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samedi 24 décembre 2016

Nicole Stephane

Fille du baron James-Henri de Rothschild, Nicole Stephane était Chevalier de la Légion d'honneur et Chevalier des Arts et des Lettres. Juive, engagée dans l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a connu la prison en Espagne en 1942 en franchissant les Pyrénées pour rejoindre les Forces françaises libres, a été agent de liaison en Allemagne. Elle a été repérée en 1948 par Jean-Pierre Melville dans un cours d'art dramatique, car elle avait échoué au Conservatoire. Melville la fait tourner dans Le Silence de la mer et Les Enfants terribles. Un accident de voiture l'ayant, en partie, éloignée du jeu, c'est vers la production que Nicole Stéphane s'est tournée. Elle réalise deux courts métrages sur Israël, La Génération du désert (1958) et Une guerre pour une paix (1967), et En attendant Godot à Sarajevo (1993). En 1962, Nicole Stéphane obtient les droits de filmer À la recherche du temps perdu. C'est le début d'une longue aventure, au cours de laquelle elle collabore non seulement avec Luchino Visconti, mais aussi avec Ennio Flaiano, Harold Pinter, Joseph Losey, Peter Brook et Volker Schlöndorff. Au début des années 1970, elle vit une relation amoureuse avec Susan Sontag, dont elle produit le film Promised Lands en 1973, un documentaire tourné en Israël à la fin de la guerre du Kippour.(Wiki)


   


Si la Guerre devait nous inspirer une bruit, le silence serait certainement le dernier à être cité. Nous pourrions citer des bombardements, des cris, des tirs, des pleurs, ... Mais le silence, non. Le silence s'apparente plutôt à des moments de calme intense, où le Mal n'est qu'à venir. Nous nous souvenons tous des silencieuses matinées pluvieuses qui annonçaient une terrible tempête. "Le Silence de la Mer" de Jean-Pierre Melville exploite avec brio le silence comme facteur d'émotion, comme seul et unique tremplin vers l'ébranlement du moi. Car si Werner von Ebrennac, soldat SS amoureux de la France venant loger chez l'habitant, se livre à de longs monologues interminables sur son enfance, sa vie en Allemagne et son amour pour la culture française, ce n'est pas pour toucher le spectateur, mais pour briser la glace imposée par le mépris de ses logeurs. Un mépris qui est progressivement en proie à l'habitude et à l'attachement qu'ont les humains les uns envers les autres lorsqu'ils vivent en communauté. Avec une plastique simple mais efficace, ce film transporte le spectateur dans une autre dimension, une autre époque. Une époque de doute, de peur, mais aussi de réelle fragmentation entre dominé et dominant. Parlant d'optimisme, de mariage, d'amour et d'amitié, sur fond d'un théâtre bien sanglant où la violence est renvoyée dans un hors-champ que l'on ne sait que trop présent. Pour son premier film, Melville signe ici l'un des plus beaux chefs-d'oeuvres de l'Histoire du Cinéma. Certes, les monologues rendent le film lent et parfois pesant, mais l'atmosphère qui règne dans ce film est maîtresse et transporte littéralement le spectateur dans la Guerre - et dans le silence morbide de celle-ci.


   


Un film hallucinant, d'une audace incroyable au regard du challenge que s'impose Melville : bâtir un film sur un long monologue en banissant toute idée d'un quelconque dialogue ! Un pari périlleux que Melville, véritablement transcendé par son sujet, réussit à merveille en prenant le parti pris de la simplicité et de l'épure. Un coup d'essai qui ressemble à s'y méprendre à un coup de génie. L'un des premiers films de Melville et sans doute le meilleur. Il y a quelque chose de "bressonien" dans cette oeuvre que l'on peut aisément comparer à l'exceptionnel "Jeanne d'Arc", quelque chose dans la pureté, dans l'expression des corps, le minimalisme intelligent, quelque chose qui ressemble à ces monuments cisterciens qui laissent pénétrer la lumière en même temps que le divin. Le "Silence de la mer" est à l'esprit ce que le "Jeanne d'Arc est à Dieu. Une digue inébranlable qui se dresse au-devant de ceux qui voudraient tordre l'esprit humain. Un chef-d'oeuvre tout simplement.(Allociné)


               


« Une fois prêtre, toujours prêtre ! » Pierre Fresnay est Maurice Morand, un prêtre dèfroqué! Cet homme qui n'a eu que des sarcasmes pour la foi des détenus de l’Oflag XIII-4 en avril 1945! On ne savait de lui que ce qu'on ne connaissait : un professeur d'histoire au Caire, un homme d'études! il y a un adage qui dit que si un roi se retire pour ce qu'il pense être son devoir, on ne doit pas croire qu'il l'a fait pour une femme! Maurice Morand n'est pas roi mais règne sur soi-même! C'est difficile ? Non, juste orgueilleux! Bref, tout vaut mieux que les fausses vocations! Morand en est un célèbre exemple! Ours de bronze au Festival de Berlin, "Le défroqué" n'est pas ce qu'on appelle un chef d'oeuvre du genre! Le film a mal vieilli et l'affrontement final entre Morand et Lacassagne est à la limite du ringard! Reste la grâce du dernier plan (la larme à l'oeil de Morand qui prie en latin) et le jeu excessif de Pierre Fresnay! N'est pas Bresson qui veut monsieur Léo Joannon, réalisateur français à qui l'on doit "Atoll K", le plus mauvais film du tandem Laurel & Hardy...A mes yeux éberlués ce film fut un succès très tangible à sa sortie. Tant mieux pour lui puisqu'il est sincère. Sincère, oui, mais empesé; bien plus qu'un Renoir gêné dans ses mouvements, plus coincé qu'un Autant-Lara par des ligues de vertu. Le problème me semble être le cadre. Dans les films qui traitent gracieusement de la Foi, le cadre doit être large; c'est une aspiration qui occupe tout le sac pulmonaire, ce qui monopolise tout le corps. A amenuiser son cadre en permanence, Joannon amenuise ainsi la portée de son propos. Les propos tenus par les prisonniers ne sont pas non plus très "en situation"; le film me semble une régression totale par rapport au sublime (viscéral, pour tout dire) "Journal d'un curé de campagne" de Bresson.


   


Peut-être parce que le film de Bresson tenait debout sans chercher à s'affider un public, celui-ci en trouve un à force de se défiler sans cesse. Rien ne tient debout ici, les dialogues sonnent faux, mais ce n'est pas un film réellement haïssable, juste songe-creux. Quel film! Il vous prend aux tripes dés le départ et ne vous lâche pas un instant, sans jamais s’écarter du sujet . C’est courageux et magnifique d’autant que les deux principaux acteurs sont bouleversants parfois de violence et parfois d’humilité, bien dirigés et bien filmés. La foi, la grâce, la communion des Saints sont des choses passées de mode en France où le catéchisme n’est plus assumé par des prêtres et pourtant elles existent et devraient intéresser tout à chacun. Ce film unique qui vient de sortir en DVD est l’occasion pour les gens curieux de métaphysique de comprendre ces notions difficiles à vivre.


                           


On n’en sort pas indemne, c’est souvent insoutenable et c’est par la souffrance qu'on atteint la grandeur de cette oeuvre. La notion de sacrifice, si discutable est ici poussée à son paroxysme à tel point que Dieu et le Diable se confondent parfois. Merci au cinéma de nous enrichir à ce point. Leo Joannon a pris le risque de l'incompréhension et du ridicule, il a atteint le sublime proche de la folie des ses personnages mais à s’approcher trop de Dieu ou de Satan n’est ce pas l’inévitable? Je n’avais jamais vu ce film, ni un tel film. Pialat, Bunuel, Bresson n’ont jamais été aussi loin, mais attention à bien le comprendre. Sans une solide connaissance de ce que pouvait être l’église catholique romaine il y a 60 ans dans notre pays ou un athéisme soutenu par une forte culture des religions le mot fin peut se transformer en point d’interrogation.(Allociné)

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