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vendredi 23 décembre 2016

Jesús Franco

Jesus Franco se fait la main en tournant des documentaires et des courts-métrages, avant de tourner son premier long en 1959. Mais rapidement, le contexte culturel étriqué de l’Espagne franquiste lui pèse : amateur de romans et de films d’épouvante, il souhaite faire autre chose que les mélodrames à l’eau de rose que ses collègues ibériques moulinent à la chaîne. Sa liberté artistique, il la trouvera très rapidement par le biais des coproductions, et notamment grâce à son travail avec la compagnie française Eurociné, dirigée par Marius Lesoeur. Grâce au patronage d’Eurociné, Franco peut réaliser « L’Horrible Docteur Orlof » et « Le Sadique Baron Von Klaus », deux succès des salles de quartier qui lui permettent d’imposer un style de réalisation fort efficace dans la création des ambiances glauques et malsaines.C’est le début d’une filmographie pléthorique qui va voir Franco devenir l’un des artisans les plus prolifiques et les plus polyvalents du cinéma bis européen : épouvante, espionnage, polar, aventures, notre ami gère tous les genres. Réalisateur, scénariste, compositeur de musique, acteur occasionnel, Franco est un véritable homme-orchestre et multiplie les pseudonymes, composant parfois à lui tout seul la moitié du générique du film. Sa débrouillardise devient rapidement légendaire, ce qui pousse Orson Welles à l’engager comme assistant-réalisateur sur « Falstaff », qu’il tourne en Espagne. C’est d’ailleurs Franco qui sauvera le film en trouvant in extremis un nouveau financier alors que le tournage risquait de s’interrompre. Mais il avait négligé d’avertir Welles avant d’agir : fâché, le réalisateur enlèvera du générique le nom de son assistant.(http://www.nanarland.com/acteurs/acteur-jesusfranco-jesus-franco.html)


               


Dans la filmographie insensée de Jess Franco (près de 200 longs métrages en 55 ans de carrière), on ne peut qu’entrer par effraction, au risque de se perdre à tout jamais dans une œuvre foisonnante et surprenante, foutoir qui rassemble le meilleur du « cinéma bis » européen, et le meilleur du pire. Vampyros Lesbos appartient à une période faste du cinéaste qui enchaînait alors les films sexy et psychédéliques en Allemagne, en Espagne ou au Luxembourg. Il s’agit d’une lecture saphique très personnelle de l’univers de Bram Stoker, préalablement adapté avec beaucoup de respect par Franco (Les Nuits de Dracula, 1970). Le vampire est devenu ici une fascinante jeune aristocrate qui séduit une version féminine de Renfield venue lui rendre visite sur une île ensoleillée. On retrouve le plaisir insatiable de Franco à filmer à l’infini les mêmes histoires, des actrices peu farouches et des décors naturels paradisiaques. Érotomane, voyeur et fou de littérature fantastique, Franco n’a jamais été autant inspiré que par le récit de Bram Stoker et le corps splendide de Soledad Miranda. Cette jeune actrice espagnole deviendra l’égérie du cinéaste le temps de quelques films avant de disparaître dans un accident de voiture à l’âge de 27 ans. Le long strip-tease qu’elle effectue sur une scène de cabaret, entre un mannequin de chair et un miroir coctaldien, bercée par une fabuleuse musique électro teutonne constitue l’ouverture inoubliable d’un long solo de free jazz cinématographique riche en surprises et en hallucinations. Vampyros Lesbos devrait convaincre les néophytes du génie unique de Jess Franco. Olivier Père.(http://cinema.arte.tv/fr/article/vampyros-lesbos-de-jess-franco-jeudi-15-septembre-00h45)


   


Voilà un film qui a suscité en son temps bien des phantasmes, surtout pour tous ceux qui ne l'avaient pas vu et avaient bien du mal à se le procurer. Le fait est que Vampyros Lesbos n'est pas un chef d'oeuvre, mais pas non plus un ratage total. Comme souvent, Jess Franco alterne le pire et le meilleur, des séquences magiques suivies de passages d'une platitude navrante. Jacques Zimmer avait très bien résumé le sujet dans La Saison Cinématographique, écrivant : "Jesus Franco ou l'auberge espagnole : onirique, fantastique, érotique, touristique ; son film passe d'un genre à l'autre sans qu'une volonté délibérée soit présente... On se prend à regretter, au hasard d'un beau plan ou d'une situation forte, que Franco ne prenne pas le temps de bâtir un film complètement achevé." Et c'est malheureusement vrai, Vampyros Lesbos aurait pu être très bon si Franco ne s'attardait pas tantôt sur le port d'Istanbul, tantôt sur un papillon ou un scorpion (même si ce dernier est symbolique). Le jeu des acteurs vaut avant tout pour l'interprétation de ses deux héroïnes : la blonde Ewa Strömberg (vue aussi dans "The Devil came from Akasava"), et évidemment Soledad Miranda, la première égérie du metteur en scène, qui a personnifié la sensualité dans les oeuvres de Franco quand Lina Romay personnifiera plus tard la sexualité.


               

La première apparition de l'actrice remonte à 1960, dans "La Belle du tabarin". Mais son premier rôle important sera dans "Les Nuits de Dracula" (1969). En tout, elle tournera dans huit films de Franco, avant sa mort tragique à 27 ans peu après le tournage de "The Devil came from Akasava". Une mort longue et atroce, suite à un accident de voiture. Jess Franco, très longtemps, sera hanté par sa mémoire, jusqu'à l'entendre et la voir durant son sommeil, à l'instar du personnage de Linda dans "Vampyros Lesbos". Très étrange... "Vampyros Lesbos" peut être considéré comme une version détournée du "Dracula" de Bram Stoker, dont il avait déjà livré sa version l'année précédente (avec Christopher Lee et Klaus Kinski). En fait, on remplace Nadine Carody par Dracula, Linda Westinghouse par Jonathan Harker et le Docteur Seward par le Professeur Van Helsing, et le tour est joué ! Mais le film est surtout connu pour sa bande originale, un sommet de "psychédélisme groovy", que l'on doit au duo Manfred Hübler / Siegfried Schwab, une musique qui a fait le tour du monde, et qui comporte notamment une refonte incroyable du "Satisfaction" des Rolling Stones. La B.O., ajoutée aux scènes de spectacles érotiques dans le cabaret (il n'y a que Franco pour imaginer une Comtesse vampire se livrant à des shows "chauds" dans un club privé), et les passages saphiques entre Ewa et Soledad suffisent à sauver le film. Mais bon, Papy Jess a fait quand même mieux (et surtout pire, diront certains).(http://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/802-vampyros-lesbos)


                  


Quartier de femmes 1974 - Après une très grosse double déception lors du visionnage de deux films récents de Jésus Franco, je me suis lancé, sans grande conviction, dans celui de ce Quartier de femmes. Pourtant, c’est une belle surprise, qui vaut mieux que son titre racoleur. Coté casting on a le droit à des acteurs assez inégaux dans leurs prestations et leurs personnages. Pour ma part très clairement c’est Dennis Price qui se détache le plus du lot, en montrant de réelles qualités d’interprètes et en s’avérant toujours d’une belle constance dans ses apparitions. Le couple héros du film est plutôt bien interprété, même s’il y a des hauts et des bas dans la prestation des acteurs, Geneviève Robert emportant le morceau sur un Andrés Resino un peu plus timoré. Pour le reste le casting est relativement prétexte, avec des actrices surtout au jeu aléatoire, et une petite prestation d’Howard Vernon. Le scénario est un bon point du film. Laissant supposer un métrage plein de sévices et de lesbiennes sadiques dans une prison pour femme, la réalité est toute différente. Alors il y a bien la fessée et autre petite torture de ci de là, mais enfin le film ne s’attarde pas vraiment sur cela, où alors essaye de le faire avec un certain réalisme (bagarre…). En fait il construit une histoire plus travaillée, montrant un couple accusé injustement d’un meurtre, et cherchant à se barrer du bagne. C’est fait avec sérieux, le rythme est très solide, aidé en plus par une durée courte (1 heure 20), les événements s’enchaînent plutôt bien, et la fin est une grande réussite. Franco ne loupe pas sa sortie, et c’est une bonne chose. La mise en scène n’est pas exempte de défauts, avec un franc coté artisanal (caméra qui peine à se stabiliser dans les plans fixes…), mais au bout du compte ce n’est pas mauvais du tout. Il y a de bonnes idées, des plans visiblement travaillés et réfléchis (sur la fin notamment), et une certaine nervosité dans la réalisation qui surprend chez le réalisateur.


   

La photographie n’a rien d’exceptionnel elle non plus, mais elle est assez propre pour un film fauché des années 70, et certains plans sont même assez jolis. Les décors en revanche sont franchement à la peine, et manque nettement de crédibilité. Le budget en est surement la cause, et cela se retrouve encore dans les costumes, assez misérables. Alors ce film est soft, vous ne verrez en matière érotique, qu’un petit sein qui se dévoile et en matière de torture absolument rien de violent. C’est presque du tout public. Enfin la bande son est un autre aspect très positif du film. Il n’y a qu’un thème certes, et il fait un peu rire lors de sa première entrée en matière tant on se dit qu’il a un coté dramatique trop appuyé, mais au final son retour régulier fait plaisir, et Franco ayant pensé son film comme une sorte de tragédie grecque à grand renfort de passages tragiques, ce thème, soigné, s’intègre fort bien. En clair Quartier de femmes est un drame tout à fait plaisant à suivre. Dans son registre il se démarque du style habituel, privilégiant torture et violence bis, au profit d’une réflexion plus psychologique, et d’une réelle dramatisation. Certes le casting est inégal et on ne peut pas dire que le film soit très beau à regarder, avec un petit budget qui se fait clairement sentir, mais il y a du potentiel, c’est certain...(Allociné)

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