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mardi 25 octobre 2016

T-Bone Walker

L’histoire passionnante de T-Bone Walker reste attachée à celle de la guitare, elle est également associée à celle du blues du Texas, où il a grandi avant de connaître la gloire. "Je suis né avec le blues dans la peau" est l’une de ses déclarations qui pourrait paraître exagérée si elle n’était pas confirmée par sa mère qui se souvenait avoir joué elle même de la guitare aux côté du grand Leadbelly, tandis que son fils accompagnait, dès l’âge de 8 ans, dans les rues de Dallas le chanteur aveugle Blind Lemon Jefferson. La musique a joué un rôle central dans la vie d’Aaron Thibeaux Walker dès sa venue au monde, le 28 mai 1910. On pourrait même dire que ce jeune garçon avait assimilé des styles pour le moins disparates. Par sa grand-mère maternelle, une cherokee, il a pu se familiariser avec les mélodies indiennes, tandis que son grand-père, Edward Jemison, était un familier des chansons plus ou moins paillardes. Mais la famille Jemison était très pieuse et tout le monde se retrouvait à l’église le dimanche matin. Suivant les chantiers de défrichage, Edward Jemison et les siens se déplacent à travers le nord-est du Texas : Timpson, Carthage, Kildare, Linden. C’est dans cette dernière bourgade rurale que M’Dear, la mère de T-Bone fait la connaissance de son père, un métayer du nom de Rance Walker. Et comme elle n’a pas l’intention de passer sa vie dans une ferme, elle prend très vite le chemin de Dallas avec son mari et leur nouveau-né. Rance Walker quitte bientôt leur vie et M’Dear vivra quelques temps avec Marco Washington, un musicien de rue qui inculque à T-Bone le goût du spectacle : pendant que sa mère et son beau-père jouent et chantent, le jeune garçon danse avant de recueillir dans un chapeau les dons des passants.



                  


A l’occasion, il croise d’autre artiste itinérants, et c’est ainsi qu’il fait la connaissance de Leadbelly et Blind Lemon Jefferson qui dorment parfois chez sa mère quand ils sont de passage à Dallas. L’école va permettre à Walker de peaufiner son art. Adepte du banjo dans un premier temps, il se consacre bientôt à la guitare dont il devient le représentant attitré au sein de l’orchestre de son lycée. Par une curieuse ironie de l’histoire, c’est le légendaire Charlie Christian qui lui succèdera à ce poste ! Vers le milieu des années 20, T-Bone fait une fugue pour devenir danseur et guitariste dans la troupe du Dr Breeding, un charlatan vendeur de potions miracles, avant de se faire engager brièvement dans l’orchestre de la chanteuse Ida Cox. Grâce aux disques, il apprend à aimer les "classic singers", mais aussi les bluesmen comme Lonnie Johnson qui l’impressionne par sa maîtrise de la guitare, et le pianiste Leroy Carr qu’il admire pour sa voix très prenante. Vers 1929, Cab Calloway et son orchestre sont de passage au Majestic Theater de Dallas où le créateur de "Minnie The Moocher" anime un show pour découvrir de nouveaux talents. T-Bone n’est peut-être pas l’instrumentiste le plus accompli, mais ses pirouettes scéniques, qui viennent conclure un grand écart magistral achèvent de convaincre Calloway qui l’engage sur le champ. Cette notoriété soudaine lui vaut la visite d’un Talent Scout (découvreur de talent) de la firme Columbia... le 5 décembre, il grave un 78 tours sous le nom de "Oak Cliff T-Bone" en référence au quartier de Dallas où il réside.


                 


Ce premier disque passera inaperçu pour diverses raisons : avec la récession, les premiers catalogues à faire les frais de la crise sont ceux consacrés à la musique noire ; de plus, on remarque clairement que T-Bone est encore loin d’être le créateur qu’il deviendra plus tard. Pour parfaire sa formation, il passe quelques temps à Oklahoma City où il rencontre Chuck Richardson. Guitariste de jazz, celui-ci est en train d’expérimenter avec succès l’amplification électrique. Il donne des conseils capitaux à T-Bone qui n’en rate pas une miette, tout comme l’autre élève présent ce jour là... un certain Charlie Christian. De retour au Texas, Walker séjourne à Forth Worth où il rencontre sa future épouse, Vida Lee, avant de partir s’établir à Los Angeles. A Los Angeles, la réputation de T-Bone est encore à construire et il fait ses débuts au Little Harlem Club avec l’orchestre du Saxophoniste Big Jim Wynn qui compte parmi ses membres le batteur Zutty Singleton : il dira plus tard que Wynn ne savait même pas qu’il jouait de la guitare quand il l’a engagé, rien que ses numéros de dance faisaient l’affaire... T-Bone va mettre plusieurs années à se faire une niche dans un milieu où les talents ne comptent pas. Le chef d’orchestre Les Hite va lui donner réellement sa chance à la fin des années 30 en l’engageant dans sa formation. Après Los Angeles, ce sont New-York et Chicago qui accueillent ce Big Band où T-Bone brille par ses qualités vocales et la souplesse de son style à la guitare. On le retrouve d’ailleurs au mois de juin 1940 avec le même ensemble, dans les studios Capitol, pour l’enregistrement d’un de ses plus grands classiques.


              

Deux ans plus tard, on peut enfin entendre sa guitare avec l’ensemble du pianiste Freddie Slack, qui n’a pas les mêmes hésitations que Les Hite en matière d’amplification électrique. T-Bone en profite pour graver d’autre faces importante de sa carrière comme le somptueux "Mean Old World" un classique qui sera repris par la suite par de nombreux bluesmen noirs et blancs.T-Bone Walker passe sur la scène du Club Alabam un soir de 1942, les propriétaires du Rhumboogie de Chicago sont dans la salle... Impressionnés par sa virtuosité, ils lui proposent un engagement de longue durée dans la windy city. T-Bone y séjournera régulièrement pendant deux ans, gravant une série de faces sous son nom pour les marques Rhumboogie et Old Swingmaster.Fort de ses expériences en studio, T-Bone signe un contrat dés 1946 avec Black & White, un label qui se rend tout de suite compte de son potentiel et lui donne le meilleur producteur de l’époque, Ralph Bass. Amateur de jazz confirmé, Bass à découvert et produit des stars comme Dizzy Gillespie ou Dexter Gordon, inutile de préciser qu’il a compris instantanément tout l’aspect révolutionnaire dans la musique de T-Bone. En l’espace de 18 mois, ce ne sont pas moins de cinquante titres qui sont gravés par le guitariste avec des accompagnateurs comme Jack McVea, Lloyd Glenn ou Billy Hadnott. C’est l’époque de ses plus grands succès : "T-Bone Shuffle", "West Side Baby", "I Want A Little Girl" et surtout "Call It Stormy Monday".


                 


"Call It Stormy Monday" est un des thèmes les plus populaires de l’Amérique noire, c’est celui du "Triste lundi" qui voit le week-end laisser la place à une nouvelle semaine de labeur. C’est à cette nostalgie de bons moments passés que T-Bone faisait référence dés 1947. Après Black & White, c’est la firme Impérial qui signe avec Walker, l’associant à des maîtres du studio comme Maxwell Davis ou Dave Bartholomew. Il va enregistrer une série de compositions magistrales, encore supérieures aux précédentes. Les arrangements se font plus musclés, l’atmosphère plus dramatique, les solos de guitares plus incisifs. Avec le succès, ses revenus augmentent considérablement, ce qui lui permet de s’adonner à sa passion du jeu. Mais les clubs et les casinos sont des lieux où l’alcool se consomme librement et sa santé s’en ressent : il n’est pas rare qu’il soit contraint d’annuler un engagement parce qu’on a dû l’hospitaliser d’urgence. A partir de 1955, en dépit de son mode de vie, Walker signe avec Atlantic et réalise ses meilleurs disques, quelque soit les contextes, très jazz avec Barney Kessel, très blues avec Junior Wells et Jimmy Rogers, "T-Bone Blues" enregistré en 1957 est une merveille du début à la fin, toutes les relectures de ses classiques sont définitives, sa guitare vibrante, souple, concise, élégante fait des ravages...




                 


Après un tel sommet, T-Bone ne pouvait que redescendre. Les débuts des sixties sont difficiles, les amateurs de blues revival américain ne cherchent guère la participation de musiciens jazzy comme T-Bone dans leurs festivals acoustiques. Comme souvent dans le jazz et le blues, c’est le public européen qui va relancer sa carrière. Choisi par Willie Dixon pour participer à la première tournée de l’American Blues Festival en 1962, il séduit le nouvel auditoire du blues partout où il se produit. Il faut dire que son jeu de scène est spectaculaire pour l’époque : il fait le grand écart, joue de la guitare dans le dos ou avec les dents... des trucs inouï qui seront repris quelques années plus tard par un certains James Marshall Hendrix.T-Bone refait surface aux Etats-Unis en adaptant sa musique aux sonorités soul & funky à la mode vers la fin des années 60. Avec le soutien d’un bel orchestre, Walker enregistre encore deux albums magistraux pour Bluesway : "Stormy Monday Blues" (1968), le plus soul où il reprend une énième fois son grand classique et un étonnant "Funky Town" (1969) comme son nom l’indique plus orienté funk pour séduire un nouveau public.En parallèle, T-Bone reviendra souvent en Europe, on peux l’entendre en vedette au club des trois Mailletz de Paris ou à la grande parade du jazz de Nice, tandis que le label Black & Blue lui donne à nouveau l’occasion de graver de superbes recueils comme l’excellent "Feeling The Blues" enregistré en novembre 1968 à Paris avec Hal Singer au sax, George Arvanitas au piano, Jacky Sampson à la basse et Sp Leary à la batterie.Dans les seventies, T-Bone continue à produire de nombreux albums, moins réussis, mais qui contiennent quelques grand moments : "Good Feeling" enregistré en 1970 propose encore une performance ahurissante pour un pionnier de 60 ans.(Source : Jazz & Blues Collection)

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