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samedi 29 octobre 2016

Claire Trevor

Née Claire Wemlinger à New York, Claire Trevor doit devenir actrice lorsque son père se retrouve ruiné durant la crise de 29. Entre 1933 et 1937, elle enchaîne plus de vingt-quatre films, tous à la Fox, où elle travaille surtout pour Alan Dwan (Robin des bois, Zaza...). Au studio sur Western et Sunset, elle croise souvent John Ford, qui lui dit qu'il aura bientôt un film pour elle. Elle doit attendre jusqu'en 1939, après avoir fait sensation chez Goldwyn en jouant Francie, la petite amie de «Baby-Face Martin», le gangster interprété par Bogart dans Rue sans issue (de Wyler). Ford lui propose alors le rôle de «Dallas», encore une prostituée, dans le film qui redonnera ses lettres de noblesse au western. «Tu seras si bonne là-dedans, lui dit le cinéaste, que les gens ne s'en apercevront même pas.» De fait, Trevor n'a jamais été une vedette: d'un physique aussi dur que sa voix à couper le verre, elle a en revanche hérité d'un nombre peu commun de rôles féminins complexes et intéressants. Lorsqu'elle n'est pas femme fatale pour films au rabais (Johnny Angel ou Murder My Sweet), elle est «l'autre femme», celle qui ferait tout pour son homme, même s'effacer devant sa rivale, comme dans Raw Deal (Marché de brutes). Dans ce film d'Anthony Mann, éclairée par le sorcier de l'ombre John Alton, elle joue une scène inoubliable: alors qu'elle et Dennis O'Keefe sont déjà dans le bateau pour Panama, elle ne peut se résigner à gagner en laissant sa rivale, Marsha Hunt, en otage chez Raymond Burr. Quand O'Keefe parle de l'avenir, qu'il la tient dans ses bras, la voilette de Trevor sépare leurs visages, mais elle sait qu'il n'a pas envie de l'embrasser. «Je veux ce qu'il veut» est une réplique qu'elle aura souvent dite.

Grâce au succès retentissant de La Chevauchée fantastique de John Ford, John Wayne devient du jour au lendemain un acteur avec lequel il faut compter. Les studios le comprennent immédiatement et cherchent à se l’approprier. L’agent du Duke, Charles K. Feldman, bataille ferme avec le patron de la Republic, Herbert Yates, afin d’obtenir le droit pour sa vedette de pouvoir tourner pour d’autres studios. A la suite d’âpres négociations, Yates accepte de lâcher sa poule aux œufs d’or et John Wayne joue dans Le Premier rebelle, grosse production de la RKO avec une importante figuration, des têtes d’afficheà tous les postes et des moyens considérables consentis par Pandro S. Berman. Après un tournage plus long et difficile que prévu, les complications se poursuivent avec des accusations d’anglophobies lancées à la suite des premières projections. Le long métrage est alors amputé de 8 minutes et le film sort enfin aux Etats-Unis. Nous ne le découvrirons en France que dans les années 80 par l’intermédiaire du circuit vidéo, cinquante ans après sa sortie américaine.



   

Premier vrai film de série A de John Wayne, ce film d’aventures se situe dans la lignée de ces histoires narrant les conflits franco-anglais du XVIIIème siècle, dont la plus célèbre reste Le Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper. Malheureusement il s’agit d’un semi-ratage par la faute quasi exclusive d’un scénario très mal construit, bavard, totalement confus et qui risque de l’être encore plus pour une personne n’ayant aucune notion de l’histoire américaine. 


Partant d’un postulat historique véridique et passionnant (les relations difficiles entre les pionniers, les Anglais, les Français et les Indiens), le film avait de belles possibilités devant lui mais le scénariste saborde l’histoire, qui se termine abruptement dans l’anecdotique le plus total avec une scène de procès assez ridicule. Pour corser le tout, le racisme omniprésent (représenté par le personnage du père de Claire Trevor) pendant toute la première demi-heure, est vraiment déplaisant. « Un bon Indien est un Indien mort » est la première phrase que l’acteur Wilfrid Lawson prononce, et tout ses dialogues tourneront autour de ce même thème : « Il faut que j’améliore mon score de 20 Indiens tués en une seule journée » et bien d’autres de cet acabit. Il est clair que certains colons de l’époque devaient être comme ce personnage, mais l’insistance avec laquelle le scénariste revient systématiquement sur le sujet est assez pénible et ces tueurs d’Indiens" ont du mal à nous être sympathiques.


                                


Dommage que l’écriture soit aussi médiocre puisque, techniquement, ce film d’aventures, assez élégamment mis en scène, tient toutes les promesses de son gros budget : en plus d’un beau travail pour tout ce qui concerne costumes, décors et direction artistique, les scènes d’action sont rondement menées, la photographie de Musuraca est très réussie, les extérieurs bien mis en valeurs et le thème musical principal d’Anthony Collins possède un bel élan. En revanche, l’interprétation d’ensemble, malgré un casting prestigieux, est assez fade. Le couple John Wayne / Claire Trevor, qui avait marqué les esprits dans le western de John Ford, est reformé mais avec beaucoup moins de bonheur. John Wayne n’a pas l’air très concerné par son terne personnage et Claire Trevor en femme forte, un peu garçon manqué, se révèle bien vite aussi agaçante pour son soupirant que pour nous autres spectateurs. Le couple est entouré par deux acteurs de renom dans les rôles négatifs, Brian Donlevy et George Sanders mais eux aussi seront bien souvent plus convaincants qu’ici.


                             


Ce registre fait qu'elle a travaillé pour les plus grands: Wellman, Walsh, Minelli, Huston, Dmytryck ou Robert Wise. Dans Key Largo, le gangster Johnny Rocco (E.G. Robinson) la force à chanter Moaning Low, avant de lui servir un verre, puis le lui refuse parce qu'elle chante mal (le rôle lui vaudra un oscar). Elle sera encore la compagne de Robinson dans un de ses derniers films en 1963, Quinze jours ailleurs (Minelli). Dans Né pour tuer, elle est la divorcée de Reno sur laquelle l'irrépressible Lawrence Tierney jette son dévolu. Dans une des meilleures adaptations de Chandler, celle d'Adieu ma jolie par Dmytryck, il lui suffit de souffler de la fumée de cigarette pour annoncer la couleur : non seulement cette élégante blonde platinée est la cynique épouse Grayle, mais elle est aussi la «Velma» de Moose Malloy, le pachyderme monomaniaque.


                                

En ce début d’année 1955, Universal s’affirme encore et toujours comme le studio roi du western ! Borden Chase/Aaron Rosenberg, ce fut quelques semaines plus tôt le duo gagnant scénariste/producteur qui, avec Anthony Mann, accoucha du superbe The Far Country (Je suis un aventurier). Man Without a Star, qui marque le retour de King Vidor au western presque dix ans après Duel au soleil (Duel in the Sun), est à nouveau une belle réussite qui ressemble d’ailleurs étrangement au film d’Anthony Mann sur de nombreux points, notamment un thème principal assez proche, celui d’un individualiste forcené qui va peu à peu prendre conscience que le monde évolue autour de lui, que le progrès et la civilisation ne sont pas forcément de mauvaises choses (où plutôt qu’il faut faire avec quoi qu’il en soit). Tout cela cependant sans aucun manichéisme, car la plupart des personnages principaux, quel que soit leur camp, ont dans le courant de l’intrigue des choses à se reprocher ou cèdent parfois à des pulsions pas toujours très nobles, l’amitié et l’amour étant même parfois sacrément malmenés. Le western continue donc à gagner en maturité mais toujours en douceur puisque le film de Vidor, dans la plus pure tradition série B Universal de l’époque, demeure très classique dans son style, utilise le même immaculé background "technicolorisé" et semble même prendre pas mal de recul par rapport à la gravité des thèmes développés, la pochade n’étant jamais éloignée - au grand dam de certains qui n’ont pas forcément tort de le lui reprocher. Il n’est cependant pas interdit de trouver ce mélange de ton iconoclaste au contraire franchement délectable.


             

Ceux qui n’auraient pas ressenti la plénitude que beaucoup ont trouvée à la vision de L’Homme qui n’a pas d’étoile devront probablement être amenés à penser que la faute en incombe prioritairement à la mésentente qui régna sur le tournage de ce film de commande entre le cinéaste et son acteur principal. D’ailleurs, il est toujours difficile aujourd’hui de faire la part des choses quant aux apports de l’un et de l’autre, chacun tour à tour reniant ou s’accaparant le film. La compagnie Universal, ne faisant encore pas partie à l’époque des Majors à proprement parler, arrivait néanmoins à attirer de grandes stars le temps de quelques films, leur proposant, au lieu d’un cachet, la participation aux bénéfices ; ce qui transformait en quelque sorte les comédiens ainsi appâtés en coproducteurs qui pensaient ainsi pouvoir avoir leur mot à dire à propos de tout et n’importe quoi. C’est ainsi que Kirk Douglas se permettait de critiquer avec une certaine virulence la lenteur du cinéaste et de regretter de l’avoir proposé en tant que metteur en scène : « C’était une erreur, un très mauvais choix ; il n’a rien compris au thème et en plus il n’arrivait pas à tourner à toute vitesse... Il fallait tout le temps le bousculer, lui faire changer son découpage. Je n’ose pas dire que j’ai mis le film en scène. »


                                


Si par la suite Kirk Douglas se révélera un admirable cinéaste (Posse - La Brigade du Texas en 1975), il semble aller soi à la vision de Man Without a Star que King Vidor a bien été le principal chef d’orchestre sur ce film, son style étant assez reconnaissable notamment dans la perfection des cadrages.
Au départ, Kirk Douglas avait au sein de son planning un trou de quatre semaines à combler entre un film pour la 20th Century Fox et un autre pour la Warner. Hors de question de se prélasser ; et le voilà qu’il demande au scénariste Borden Chase s’il n’aurait pas par hasard une histoire sous le coude. Ce dernier se met au travail, repartant d’un script dont seule la première scène avait été écrite par D.D. Beauchamp d’après un roman de Dee Linford. En 10 jours, le scénario était bouclé ; il ne restait plus qu’à dénicher un metteur en scène. On proposa le travail à King Vidor qui trouvait bonne l’idée de devoir tourner en un temps record, cette contrainte lui rappelant l’époque du muet dont il n’arrêtera pas de ressasser et vanter les mérites durant le tournage, une cause d’énervement supplémentaire pour Kirk Douglas. Vidor se lança dans l’aventure comme dans une sorte de challenge, se félicitant d’ailleurs en fin de tournage d’avoir bouclé son film en 22 jours au lieu de 24. 


                               


Et pourtant, il aurait quitté le plateau avant la fin, ayant des repérages à effectuer en Europe pour son prochain film, l’épique Guerre et Paix. La scène du Stampede fut ainsi tournée par d’autres que lui. Alors qu’il s’attribuait la paternité du film juste avant sa sortie, King Vidor dira plus tard : « A part la photographie et le paysage, il n’y a pas grand-chose de moi dans le film. Je n’ai pas écrit le scénario, il m’a été imposé. » Alors qui a mis en scène le film ? Qui a apporté le plus de modifications au scénario ? Difficile encore d’en juger ! Si le résultat final laisse à penser, qu’au vu de la stupéfiante maîtrise du cadre, King Vidor était bel et bien derrière la caméra et que Kirk Douglas s’était par ailleurs octroyé le plus beau rôle (son personnage est omniprésent), Borden Chase fait entendre que Vidor a néanmoins eu quelques coudées franches pour imposer ou non son veto sur certaines idées d’écriture, le scénariste se félicitant même qu’il ait accepté la séquence du banjo qu’il adorait mais dont il pensait qu’elle aurait été mise sur la touche. Quoi qu’il en soit, même si les deux artistes ne se sont pas très bien entendus (King Vidor disait de Douglas dans son autobiographie qu’il était "bon acteur quoique occasionnellement un peu difficile"), le tournage semble s’être relativement bien passé et le film fut globalement apprécié. Encore aujourd’hui, L'Homme qui n'a pas d'étoile figure régulièrement dans un nombre considérable de Top Ten du genre.


                               


Sinon, elle a surtout joué les «fruits abîmés» dans les polars ou les westerns, avec des noms comme Gold Dust Nelson (Honky Tonk, avec Gable), Tex, Dallas ou Dixie. Elle est aussi mémorable en mère abusive dans Hard, Fast and Beautiful (Ida Lupino), poussant sa fille au tennis pour sa propre ascension sociale. Elle-même était tout l'inverse: à Newport Beach, elle était devenue dame patronnesse. Amie de John Wayne (avec qui elle a fait quatre films), elle avait perdu son troisième mari Milton Bren en 1979 suite à un cancer du cerveau. Dès lors, elle avait donné beaucoup d'argent à l'Arthritis Foundation, et 500 000 dollars pour rénover le théâtre de l'université d'Irvine, qui a été rebaptisé à son nom. Source : Philippe Garnier

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