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lundi 31 octobre 2016

Détectives

Cette série reprend les aventures respectives des sept détectives de la série "Sept".
Dans le petit village de Sweet Cove, un événement vient bouleverser la paisible atmosphère dans laquelle vivent les habitants. Le jeune comte Crackersmith, que l’on croyait mort lors de la Grande Guerre, est de retour. Celui-ci s’apprête à fêter cette « résurrection », lorsque son amie d’enfance est agressée et que l’homme de confiance de feu son père est retrouvé sans vie. Dans la deuxième saison de la collection concept Sept, Herik Hanna offrait un album réussi avec 7 Détectives. Dans une sorte de spin-off, il s’empare de ses protagonistes pour proposer sept albums centrés sur chacun des enquêteurs. La première à s’y coller, est Miss Crumble, dans un « whodunit » très respectueux des conventions, bien écrit et rendant hommage aux maîtres de l’exercice que sont Agatha Christie et Sir Arthur Conan Doyle. Ce genre de roman policier se focalise principalement sur la structure de l’intrigue, proposant des indices au lecteur qui est censé pouvoir découvrir la solution de l’énigme avant qu’elle soit révélée dans les ultimes pages de l’ouvrage. Ainsi, nous avons un récit lent – ce qui ne signifie pas qu’il ne s’y s’y passe rien, bien au contraire – qui insiste sur des détails et le cheminement de l'ex-enseignante. Son sens de l’observation et sa recherche du « Monstre botté » servent aussi le prétexte pour un examen des us et coutumes de ses concitoyens, offrant ainsi son lot de remarques acerbes et de sourires. Car, autre caractéristique des « whodunit », l’humour n’est jamais loin. Il apparaît ici via quelques scènes burlesques et des dialogues vifs et ironiques. Sylvain Guinebaud s’approprie l’ambiance victorienne de l'histoire.


Loin des aventures martiales dans lesquelles il a déjà œuvré, il construit une mise en scène vivante et efficace. La veine humoristique se retrouve à travers les personnages. Le dessinateur compose de vraies trognes, parfois à la limite de la caricature, insistant sur l’expressivité. Exercice parfaitement exécuté, Miss Crumble laisse pourtant un mystère en suspens : les six autres volumes seront-ils du même niveau ? (O.Vrignon)
Pour Richard Monroe, la nuit a été éprouvante et elle n’est pas finie ! Cela fait maintenant cinq heures qu’il est cuisiné par la police et il doit tout reprendre depuis le début avec l’arrivée de l’agent Cole Williams. Tout s’annonçait pourtant bien. Engagé par la star Ava Lamont, il avait troqué son habituelle casquette de détective pour celle de garde du corps. Il fallait juste veiller sur elle durant la série de spectacles de la pièce Who killed the fantastic Mister Leeds au High Tower Hotel. Lorsque la célèbre actrice abat son partenaire James Cromley en plein spectacle, ils sont peu nombreux à croire à son innocence. Pourtant, les apparences sont peut-être trompeuses. Deuxième tome pour la série Détectives et nouvelle réussite. Toujours au scénario, Herik Hanna bâtit à nouveau une histoire tortueuse tout à fait dans l’esprit des romans à énigme. Enfin presque, le tout étant quand même bien plus dynamique et moderne que les œuvres dites de l’âge d’or, aux règles rigides (Les règles à respecter pour un roman policier).


                


Classiquement, les événements se déroulent dans un espace relativement confiné et l’auteur va habilement laisser apparaître des hypothèses pour mieux les démonter par la suite. Bien entendu, il a également soin, à travers les dialogues et les dessins, de distiller les indices qui permettront la révélation finale. Sauf qu’ici, l’habituel exposé du narrateur ne permet pas la réelle identification du (des) meurtrier(s). Les réponses ne tomberont qu’après – énorme entorse aux vingt commandements (voir ci-avant) – un final digne des polars hard boiled. Le déroulement de cette intrigue adroitement ficelée bénéficie de personnages bien construits et de joutes verbales efficaces traversées d’une bonne dose d’humour et de dérision. Au vu des récents ouvrages de l’auteur, cela semble être une de ses marques de fabrique. Ce ton - entre sérieux et comédie - se retrouve dans les planches de Nicolas Sure. Son style semi-réaliste appliqué et sobre – rehaussé par la colorisation sombre de Lou – lui permet d’installer les ambiances. La matérialisation de la voix off à travers les visages de Monroe - qui conte son épopée - et de Williams - qui l'interroge - et des bulles classiques est ingénieuse. Le récit reste bien plus vivant qu’avec des récitatifs classiques et s’épargne des allers-retours entre les scènes de l’interrogatoire et celles de l’exposé du privé. Un album réussi tant sur le fond que sur la forme. Il faut également noter qu’Herik Hanna exploite bien l’image du privé américain, comme il avait su le faire avec celle de la « vieille » détective amatrice dans l’Angleterre du début du vingtième siècle. Le troisième opus consacré à un enquêteur helvétique sera attendu avec curiosité.



Voici une enquête qui ne devrait pas poser beaucoup de problèmes au commissaire Bec, la star du Quai des Orfèvres. Une femme a été défenestrée et retrouvée morte dans la cour de son immeuble. Son mari, un inspecteur de la brigade des mœurs, est persuadé qu’elle a été agressée par un vieux clochard vivant au pied de la résidence et qui lui faisait du gringue. Les soupçons se renforcent rapidement quand on apprend qu’un receleur a été contacté par le suspect pour lui fourguer les bijoux de la défunte. Mais tout cela semble trop limpide pour Bec, d’autant plus que les habitants de l’immeuble, pourtant tous présents le soir du drame, n’ont rien vu ni entendu. Après trois tomes de très bon niveau, pas de raison de modifier une formule qui fonctionne. Herik Hanna poursuit son hommage aux récits policiers « old school ». Le scénariste excelle pour tisser une intrigue plaisante faite de faux-semblants, installer une atmosphère lourde de suspicion et agrémenter le tout de dialogues savoureux. Il est cette fois accompagné par Thomas Labourot qui livre des planches fluides et capables de donner corps aux ambiances, avec des protagonistes qui ont de vraies trognes. L’unité visuelle de la série est maintenue par la colorisation de Lou, de nouveau excellente . L’ensemble est de bonne facture, mais peut-être moins haletant que les opus précédents. En cause, un déroulement assez linéaire et une intrigue un peu moins dense. Toutefois, le divertissement reste de qualité.
Londres, 1919. L’inspecteur Frédérick Abstraight a échoué. L’Égorgeur de Greenhill lui a échappé. Lâché par ses supérieurs, honni par la population, il se réfugie auprès de la « Fée verte », absinthe dans une pinte, avec quatre sucres. Il s’est lancé dans une croisade autodestructrice. Pour l’éloigner temporairement de la capitale, ses collègues l’envoient enquêter sur la disparition du chat d’un richissime industriel.


                 
 
Mais le train qu’il l’emmène à Sweet Cove lui réserve bien des surprises morbides. La recherche du petit animal va se changer en traque d’un tueur. Née avec l’album Sept détectives (de la série Sept), la saga Détectives est écrite par Hérik Hanna. Chaque tome possède son personnage principal, son crime, son dessinateur, et peut être lu indépendamment des autres. Frédérick Abstraight – A Cat in the barrel – en est la cinquième histoire. C’est dans le Londres du début du XXè siècle, avec des enquêteurs inattendus et peu respectueux de la tradition policière british, incarnée par Sherlock Holmes et Hercule Poirot, que naissent ces aventures. Ce huis clos ferroviaire est un modèle d’écriture scénaristique au service d’une intrigue policière. Tout y est : accumulation d’indices au désordre trompeur, fausses pistes, personnages hauts en couleurs, rivalités diverses, rebondissements. L'ensemble est narré par le biais de dialogues ciselés et percutants, dans lesquels l’humour n’est jamais absent bien longtemps. Dans son écriture, Hérik Hanna lorgne aussi bien en direction des classiques de la bande dessinée d’humour franco-belge (La Diligence) que vers un certain cinéma porté par des échanges décapants (Michel Audiard n'est jamais très loin). Son univers, quant à lui, mêle subtilement la tradition littéraire policière anglaise aux figures criminelles du Londres au tournant du XIXè siècle (Jack L’Eventreur version Alan Moore projette son ombre menaçante). Cet épisode n’est d’ailleurs pas sans rappeler Le Crime de l’Orient-Express, d’Agatha Christie, par son action se déroulant dans un train. Cette claustration aurait pu être graphiquement pesant. Il n’en est rien grâce au trait de Julien Motteler (connu aussi sous le pseudonyme Jull). Cadrage varié et dynamique, visages précis et expressifs et mise en couleur nuancée de Lou entraînent le regard et l’esprit du lecteur dans les détails d’une investigation qui s’amuse des codes et multiplie les clins d’œil. A Cat in the barrel démontre que le genre policier, même sur des territoires connus, a la capacité de se renouveler encore et toujours pour le plus grand plaisir des amateurs. Et lorsqu’un humour savamment dosé enrobe le tout, histoire de rappeler que rien de tout cela n’est bien sérieux, il devient urgent de faire honneur à cet épisode fort réussi.


John Eaton, médecin de son état, s’apprête à se retirer de toute activité professionnelle. Il cède son cabinet et voudrait s’occuper de son ami, un célèbre détective londonien, dont la santé est au plus mal. Il témoigne, en tant qu’expert médical, à un dernier procès, celui d’Elizabeth Pumcake, meurtrière multirécidiviste. Il prétend que l’enfance et l’adolescence martyrisées de la jeune femme ont pu jouer un rôle dans son penchant pour le crime. Il ne recueille que railleries et l’accusée est enfermée à l’hôpital de Beltran. Quelques mois plus tard, le jeune psychiatre Hawkins vient trouver le retraité. La détenue s’est enfermée dans un mutisme radical et ne veut parler qu’à l’ancien docteur. Pendant ce temps, dans un quartier populaire, des prostituées sont sauvagement assassinées. Ainsi débute le sixième et avant-dernier tome de l’excellente série Détectives. Jouant avec les clins d’œil culturels et littéraires, le scénariste, Hérik Hanna, dissimule à peine le Watson, compagnon de Sherlock Holmes, s’incarnant en John Eaton ou les crimes attribués à Jack l’Éventreur. À la croisée de l’œuvre de Conan Doyle, de From Hell et de la naissance chaotique de la psychiatrie en tant que discipline reconnue, l’intrigue accroche rapidement et restitue parfaitement l’atmosphère londonienne au tournant du 19è siècle, tant convoitée ces dernières années par la bande dessinée, la littérature ou le cinéma. Les dialogues sont d’une justesse d’écriture peu commune. Ils font mouche, dans des registres aussi variés que le descriptif, la joute verbale, la poésie (une magnifique double page sur la pluie de la capitale anglaise) ou l’humour. L’auteur utilise et maîtrise parfaitement l’implicite, l’ironie ou la métaphore efficace. Mais il sait également laisser de côté les mots pour donner à l’image toute sa force d’expression. On pourrait d’ailleurs reprocher au dessin de Mara d’être un peu trop simple, de manquer de précision ou de détails, notamment dans son approche du décor ou de l’arrière-plan. L’ambiance aurait ainsi pu gagner en épaisseur. Comme les épisodes précédents, John Eaton peut s’apprécier indépendamment des autres, mais une lecture intégrale et chronologique permettra de saisir les liens entre les différents personnages et la subtilité du projet global. La qualité et le plaisir sont à nouveau au rendez-vous.(F.Houriez)

samedi 29 octobre 2016

Claire Trevor

Née Claire Wemlinger à New York, Claire Trevor doit devenir actrice lorsque son père se retrouve ruiné durant la crise de 29. Entre 1933 et 1937, elle enchaîne plus de vingt-quatre films, tous à la Fox, où elle travaille surtout pour Alan Dwan (Robin des bois, Zaza...). Au studio sur Western et Sunset, elle croise souvent John Ford, qui lui dit qu'il aura bientôt un film pour elle. Elle doit attendre jusqu'en 1939, après avoir fait sensation chez Goldwyn en jouant Francie, la petite amie de «Baby-Face Martin», le gangster interprété par Bogart dans Rue sans issue (de Wyler). Ford lui propose alors le rôle de «Dallas», encore une prostituée, dans le film qui redonnera ses lettres de noblesse au western. «Tu seras si bonne là-dedans, lui dit le cinéaste, que les gens ne s'en apercevront même pas.» De fait, Trevor n'a jamais été une vedette: d'un physique aussi dur que sa voix à couper le verre, elle a en revanche hérité d'un nombre peu commun de rôles féminins complexes et intéressants. Lorsqu'elle n'est pas femme fatale pour films au rabais (Johnny Angel ou Murder My Sweet), elle est «l'autre femme», celle qui ferait tout pour son homme, même s'effacer devant sa rivale, comme dans Raw Deal (Marché de brutes). Dans ce film d'Anthony Mann, éclairée par le sorcier de l'ombre John Alton, elle joue une scène inoubliable: alors qu'elle et Dennis O'Keefe sont déjà dans le bateau pour Panama, elle ne peut se résigner à gagner en laissant sa rivale, Marsha Hunt, en otage chez Raymond Burr. Quand O'Keefe parle de l'avenir, qu'il la tient dans ses bras, la voilette de Trevor sépare leurs visages, mais elle sait qu'il n'a pas envie de l'embrasser. «Je veux ce qu'il veut» est une réplique qu'elle aura souvent dite.

Grâce au succès retentissant de La Chevauchée fantastique de John Ford, John Wayne devient du jour au lendemain un acteur avec lequel il faut compter. Les studios le comprennent immédiatement et cherchent à se l’approprier. L’agent du Duke, Charles K. Feldman, bataille ferme avec le patron de la Republic, Herbert Yates, afin d’obtenir le droit pour sa vedette de pouvoir tourner pour d’autres studios. A la suite d’âpres négociations, Yates accepte de lâcher sa poule aux œufs d’or et John Wayne joue dans Le Premier rebelle, grosse production de la RKO avec une importante figuration, des têtes d’afficheà tous les postes et des moyens considérables consentis par Pandro S. Berman. Après un tournage plus long et difficile que prévu, les complications se poursuivent avec des accusations d’anglophobies lancées à la suite des premières projections. Le long métrage est alors amputé de 8 minutes et le film sort enfin aux Etats-Unis. Nous ne le découvrirons en France que dans les années 80 par l’intermédiaire du circuit vidéo, cinquante ans après sa sortie américaine.



   

Premier vrai film de série A de John Wayne, ce film d’aventures se situe dans la lignée de ces histoires narrant les conflits franco-anglais du XVIIIème siècle, dont la plus célèbre reste Le Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper. Malheureusement il s’agit d’un semi-ratage par la faute quasi exclusive d’un scénario très mal construit, bavard, totalement confus et qui risque de l’être encore plus pour une personne n’ayant aucune notion de l’histoire américaine. 


Partant d’un postulat historique véridique et passionnant (les relations difficiles entre les pionniers, les Anglais, les Français et les Indiens), le film avait de belles possibilités devant lui mais le scénariste saborde l’histoire, qui se termine abruptement dans l’anecdotique le plus total avec une scène de procès assez ridicule. Pour corser le tout, le racisme omniprésent (représenté par le personnage du père de Claire Trevor) pendant toute la première demi-heure, est vraiment déplaisant. « Un bon Indien est un Indien mort » est la première phrase que l’acteur Wilfrid Lawson prononce, et tout ses dialogues tourneront autour de ce même thème : « Il faut que j’améliore mon score de 20 Indiens tués en une seule journée » et bien d’autres de cet acabit. Il est clair que certains colons de l’époque devaient être comme ce personnage, mais l’insistance avec laquelle le scénariste revient systématiquement sur le sujet est assez pénible et ces tueurs d’Indiens" ont du mal à nous être sympathiques.


                                


Dommage que l’écriture soit aussi médiocre puisque, techniquement, ce film d’aventures, assez élégamment mis en scène, tient toutes les promesses de son gros budget : en plus d’un beau travail pour tout ce qui concerne costumes, décors et direction artistique, les scènes d’action sont rondement menées, la photographie de Musuraca est très réussie, les extérieurs bien mis en valeurs et le thème musical principal d’Anthony Collins possède un bel élan. En revanche, l’interprétation d’ensemble, malgré un casting prestigieux, est assez fade. Le couple John Wayne / Claire Trevor, qui avait marqué les esprits dans le western de John Ford, est reformé mais avec beaucoup moins de bonheur. John Wayne n’a pas l’air très concerné par son terne personnage et Claire Trevor en femme forte, un peu garçon manqué, se révèle bien vite aussi agaçante pour son soupirant que pour nous autres spectateurs. Le couple est entouré par deux acteurs de renom dans les rôles négatifs, Brian Donlevy et George Sanders mais eux aussi seront bien souvent plus convaincants qu’ici.


                             


Ce registre fait qu'elle a travaillé pour les plus grands: Wellman, Walsh, Minelli, Huston, Dmytryck ou Robert Wise. Dans Key Largo, le gangster Johnny Rocco (E.G. Robinson) la force à chanter Moaning Low, avant de lui servir un verre, puis le lui refuse parce qu'elle chante mal (le rôle lui vaudra un oscar). Elle sera encore la compagne de Robinson dans un de ses derniers films en 1963, Quinze jours ailleurs (Minelli). Dans Né pour tuer, elle est la divorcée de Reno sur laquelle l'irrépressible Lawrence Tierney jette son dévolu. Dans une des meilleures adaptations de Chandler, celle d'Adieu ma jolie par Dmytryck, il lui suffit de souffler de la fumée de cigarette pour annoncer la couleur : non seulement cette élégante blonde platinée est la cynique épouse Grayle, mais elle est aussi la «Velma» de Moose Malloy, le pachyderme monomaniaque.


                                

En ce début d’année 1955, Universal s’affirme encore et toujours comme le studio roi du western ! Borden Chase/Aaron Rosenberg, ce fut quelques semaines plus tôt le duo gagnant scénariste/producteur qui, avec Anthony Mann, accoucha du superbe The Far Country (Je suis un aventurier). Man Without a Star, qui marque le retour de King Vidor au western presque dix ans après Duel au soleil (Duel in the Sun), est à nouveau une belle réussite qui ressemble d’ailleurs étrangement au film d’Anthony Mann sur de nombreux points, notamment un thème principal assez proche, celui d’un individualiste forcené qui va peu à peu prendre conscience que le monde évolue autour de lui, que le progrès et la civilisation ne sont pas forcément de mauvaises choses (où plutôt qu’il faut faire avec quoi qu’il en soit). Tout cela cependant sans aucun manichéisme, car la plupart des personnages principaux, quel que soit leur camp, ont dans le courant de l’intrigue des choses à se reprocher ou cèdent parfois à des pulsions pas toujours très nobles, l’amitié et l’amour étant même parfois sacrément malmenés. Le western continue donc à gagner en maturité mais toujours en douceur puisque le film de Vidor, dans la plus pure tradition série B Universal de l’époque, demeure très classique dans son style, utilise le même immaculé background "technicolorisé" et semble même prendre pas mal de recul par rapport à la gravité des thèmes développés, la pochade n’étant jamais éloignée - au grand dam de certains qui n’ont pas forcément tort de le lui reprocher. Il n’est cependant pas interdit de trouver ce mélange de ton iconoclaste au contraire franchement délectable.


             

Ceux qui n’auraient pas ressenti la plénitude que beaucoup ont trouvée à la vision de L’Homme qui n’a pas d’étoile devront probablement être amenés à penser que la faute en incombe prioritairement à la mésentente qui régna sur le tournage de ce film de commande entre le cinéaste et son acteur principal. D’ailleurs, il est toujours difficile aujourd’hui de faire la part des choses quant aux apports de l’un et de l’autre, chacun tour à tour reniant ou s’accaparant le film. La compagnie Universal, ne faisant encore pas partie à l’époque des Majors à proprement parler, arrivait néanmoins à attirer de grandes stars le temps de quelques films, leur proposant, au lieu d’un cachet, la participation aux bénéfices ; ce qui transformait en quelque sorte les comédiens ainsi appâtés en coproducteurs qui pensaient ainsi pouvoir avoir leur mot à dire à propos de tout et n’importe quoi. C’est ainsi que Kirk Douglas se permettait de critiquer avec une certaine virulence la lenteur du cinéaste et de regretter de l’avoir proposé en tant que metteur en scène : « C’était une erreur, un très mauvais choix ; il n’a rien compris au thème et en plus il n’arrivait pas à tourner à toute vitesse... Il fallait tout le temps le bousculer, lui faire changer son découpage. Je n’ose pas dire que j’ai mis le film en scène. »


                                


Si par la suite Kirk Douglas se révélera un admirable cinéaste (Posse - La Brigade du Texas en 1975), il semble aller soi à la vision de Man Without a Star que King Vidor a bien été le principal chef d’orchestre sur ce film, son style étant assez reconnaissable notamment dans la perfection des cadrages.
Au départ, Kirk Douglas avait au sein de son planning un trou de quatre semaines à combler entre un film pour la 20th Century Fox et un autre pour la Warner. Hors de question de se prélasser ; et le voilà qu’il demande au scénariste Borden Chase s’il n’aurait pas par hasard une histoire sous le coude. Ce dernier se met au travail, repartant d’un script dont seule la première scène avait été écrite par D.D. Beauchamp d’après un roman de Dee Linford. En 10 jours, le scénario était bouclé ; il ne restait plus qu’à dénicher un metteur en scène. On proposa le travail à King Vidor qui trouvait bonne l’idée de devoir tourner en un temps record, cette contrainte lui rappelant l’époque du muet dont il n’arrêtera pas de ressasser et vanter les mérites durant le tournage, une cause d’énervement supplémentaire pour Kirk Douglas. Vidor se lança dans l’aventure comme dans une sorte de challenge, se félicitant d’ailleurs en fin de tournage d’avoir bouclé son film en 22 jours au lieu de 24. 


                               


Et pourtant, il aurait quitté le plateau avant la fin, ayant des repérages à effectuer en Europe pour son prochain film, l’épique Guerre et Paix. La scène du Stampede fut ainsi tournée par d’autres que lui. Alors qu’il s’attribuait la paternité du film juste avant sa sortie, King Vidor dira plus tard : « A part la photographie et le paysage, il n’y a pas grand-chose de moi dans le film. Je n’ai pas écrit le scénario, il m’a été imposé. » Alors qui a mis en scène le film ? Qui a apporté le plus de modifications au scénario ? Difficile encore d’en juger ! Si le résultat final laisse à penser, qu’au vu de la stupéfiante maîtrise du cadre, King Vidor était bel et bien derrière la caméra et que Kirk Douglas s’était par ailleurs octroyé le plus beau rôle (son personnage est omniprésent), Borden Chase fait entendre que Vidor a néanmoins eu quelques coudées franches pour imposer ou non son veto sur certaines idées d’écriture, le scénariste se félicitant même qu’il ait accepté la séquence du banjo qu’il adorait mais dont il pensait qu’elle aurait été mise sur la touche. Quoi qu’il en soit, même si les deux artistes ne se sont pas très bien entendus (King Vidor disait de Douglas dans son autobiographie qu’il était "bon acteur quoique occasionnellement un peu difficile"), le tournage semble s’être relativement bien passé et le film fut globalement apprécié. Encore aujourd’hui, L'Homme qui n'a pas d'étoile figure régulièrement dans un nombre considérable de Top Ten du genre.


                               


Sinon, elle a surtout joué les «fruits abîmés» dans les polars ou les westerns, avec des noms comme Gold Dust Nelson (Honky Tonk, avec Gable), Tex, Dallas ou Dixie. Elle est aussi mémorable en mère abusive dans Hard, Fast and Beautiful (Ida Lupino), poussant sa fille au tennis pour sa propre ascension sociale. Elle-même était tout l'inverse: à Newport Beach, elle était devenue dame patronnesse. Amie de John Wayne (avec qui elle a fait quatre films), elle avait perdu son troisième mari Milton Bren en 1979 suite à un cancer du cerveau. Dès lors, elle avait donné beaucoup d'argent à l'Arthritis Foundation, et 500 000 dollars pour rénover le théâtre de l'université d'Irvine, qui a été rebaptisé à son nom. Source : Philippe Garnier

mercredi 26 octobre 2016

Julien Guiomar

Né à Morlaix (Finistère), au cœur d’une Bretagne qu’il aimait tant, Julien Guiomar a débuté sa carrière de comédien par la face nord de l’Everest, le Théatre national populaire créé par Jean Vilar au début des années 50, qui modernise les grandes pièces du répertoire. Avant d’être l’un des meilleurs laquais de la comédie française, l’acteur a joué le répertoire de William Shakespeare ou Bertold Brecht, et l’on comprend ainsi mieux la perfection de sa diction et son amour des mots. En 1966, un certain Philippe de Broca lui donne son premier rôle au cinéma, dans «Le Roi de cœur», avec Pierre Brasseur et Jean-Claude Brialy. Julien Guiomar commence alors une formidable carrière sur grand écran, figure incontournable du cinéma populaire mais aussi du cinéma d’auteur. Il a ainsi tourné pour les plus grands noms: Louis Malle («Le Voleur»), Costa-Gavras («Z», «Section spéciale»), Luis Bunuel («La Voie lactée»), Jean-Paul Rappeneau («Les Mariés de l’an II»), André Téchiné («Souvenirs d’en France», «Barocco»), Claude Sautet («Mado»), Dino Risi et Francesco Rossi…(http://www.parismatch.com/Culture/Cinema/C-etait-Julien-Guiomar-l-aile-ou-la-cuisse-incorrigible-145746)


               


Les films de Paul Vecchiali sont tout de même assez rares (seulement 16 sont sortis en salle) et ne sont pas diffusés à la télé. C’est pour cela que quand l’occasion se présente, il ne faut pas la louper. Bien entendu, il n’est pas nécessaire d’adhérer au style du pépère (les goûts et les couleurs ça se discute pas comme on dit). Bref passons au film. Que diriez d’une petite histoire? Celle d’un enfant qui a fait une fugue et qui un soir fait la rencontre d’un criminel et qui devant les yeux du mioche étrangle une bonne femme à l’aide d’une écharpe blanche. Et une vingtaine d’années après, le mioche (devenu trentenaire) reprend le flambeau. Ça vous branche? Eh bien c’est l’ami Paul qui vous balance ça en pleine tronche. «L’étrangleur», sur plusieurs aspects, fait immanquablement penser aux films noirs américains des années 40 et 50, grâce à une atmosphère déroutante et des personnages troubles. Les acteurs, Julien Guiomar et Jacques Weber pour ne citer qu’eux font le boulot proprement, surtout le premier nommé. L’ensemble est sans réel génie mais maîtrisé. Un objet singulier.Une écharpe d'enfant de couleur blanche avec des petites franges peut laisser parfois des souvenirs troublants et indélébiles! Encore que le mot « meurtre » , comme le mot « crime » et « criminel » , sonnent faux en face de ces actes irraisonnés que nous voyons dans ce film! N'éprouvant rien, Emile n'a pas de vrai mobile et ne supporte pas le malheur! Cet homme agit ni par intérêt ni par vice ni par mégalomanie ou quoi que ce soit d'approchant! Les femmes assassinées sont toutes seules, désespérées et sur le point de commettre des bêtises! Dans un contre-emploi inhabituel, Jacques Perrin est ambigu à souhait mais il lui manque l'essentiel : la puissance émotionnelle!


           

Julien Guiomar en policier renfermé / journaliste de la presse écrite est bon et Nicole Courcel, dans un petit rôle de prostituée, complète la distribution. « O nuit cache ma peine, elle est de n'être rien et de vivre » [...] Avec l'excuse du manque de moyens, "L'étrangleur" est un film proche des visions pessimistes des oeuvres de Paul Vecchiali! L'originalité, faut la chercher ailleurs! C'est à dire dans les curieux rapports entre Perrin, Guiomar et Eva Simonet qui parasite malheureusement l'ensemble pour son manque d'alchimie avec les deux autres acteurs! Le tout est imaginé, produit et raconté par un fin connaisseur de l'histoire du cinéma français et un grand admirateur de Jean Grémillon! A voir, si possible, la nuit...Drame. Un enfant a vu un crime (étranglement avec écharpe) dans une rue sombre. Devenu adulte, il n'aura de cesse de refaire ce geste sur des femmes rencontrées au hasard. Une femme tombe amoureuse de lui et elle s'alliera à un policier pour l'empêcher de continuer. Bon film de Vecchiali.(Allociné)


                 


Barocco (1975) -Je ne suis pas fan de l’individu, mais il faut passer outre ces a priori, surtout quand on a Adjani et Depardieu à la barre. Étonnant film et magistral dans un sens, mise en scène sans faille. Ambiance fin de siècle, et arriver à donner cette sensation de décadence, avec des plans construits à la Kubrik dans la recherche du visuel monumental. L’histoire où se mélange fiction politique et fresque cinématographique, est relégué au second plan, devant la métaphore, le double personnage de Depardieu, est en lui même, un tour de force filmique. Tous ces personnages semblent désaxés, désenchantés, la mise en scène par contre est puissante, baroque et grandiloquente, ça colle parfaitement au sujet, une société sans issue autre qu’un mur, une scène de théâtre, un ring de boxe. Superbe exercice de style. Souvent ça tombe à côté ce genre de trucs prétentieux,mais là ça fonctionne, dans un thriller à la française (exagération poussée dans le grotesque des situations, second degré permanent). Les deux qui veulent fuir toute cette merde et qui n’y arrivent peu ou pas, de nombreux seconds rôles, faire-valoir symbolisant le pouvoir, ou la perte d’illusions de l’âge adulte, et de nombreuses figures malsaines, bizarres, qui accentuent cet aspect baroque du film. Pas de doute, ce film est intéressant et important. Comment mettre une scène de théâtre dans un métro, et le métro dans un travelling, sans que ça fasse chiqué, sans se casser la gueule? Regardez ce film, vous saurez.Isabelle Adjani et Gérard Depardieu...Pouvait-on rêver, en France, en 1976, plus belle affiche ? Deux comédiens d'exception enfin réunis! Et qui plus est, parfaitement dissemblables: la belle et la bête, la star et le voyou...Ici, ils trouvent leur rôle le moins conventionnel, celui qui fera d'eux les symboles émouvants d'une génération à la recherche d'un ailleurs moins terre à terre! 


   


De "Barocco" et son atmosphère romanesque, presque fantasmagorique, il n'y eut qu'un pas pour André Téchiné dont le premier long-métrage (le très beau "Paulina s'en va") de cet ancien critique était passé inaperçu! Un exercice de style qui en rebutera plus d'un, où la couleur joue un grand rôle, et qui provoqua lors de sa sortie en salles un flot de louanges...Bon, c'est pas si mauvais tout de même ! Il est vrai que Barroco ne figure pas parmi les meilleurs films de Téchiné ( il faudrait redécouvrir Les Roseaux Sauvages ) et que son esthétique reste très datée... Pourtant, il se dégage de ce film une atmosphère très particulière, proche d'un rêve insaisissable. Isabelle Adjani n'est pas réellement extraordinaire... En revanche, Gérard Depardieu est magistral dans ce double rôle : silhouette imposante, voix fragile, regard enfantin plein de désinvolture... Le jeune acteur joue de ses nuances avec la conviction d'un poète. A l'instar de Bertrand Blier et de Francis Veber, André Téchiné sait diriger le monstre... Sur le plan de l'intrigue, Barroco demeure plutôt léger : ce qui commence comme un complot politique étouffant ( on pense à l'univers de Kafka ) bifurque lourdement vers une deuxième partie proprement fade et peu intéressante. Mais le film joue pleinement la carte du romanesque, au risque de paraître pompeux : l'onirisme y est tantôt envoûtant, tantôt ridicule. A voir pour Depardieu et pour Philippe Sarde.(Allociné)



                 

Les Ringards est un film français réalisé par Robert Pouret, sorti en 1978.Bidard, Aldo et Charlot sont trois malfrats minables que le commissaire Garmiche piste depuis des mois, les tenant pour de dangereux gangsters. Pris par erreur pour les auteurs d'un cambriolage, les trois « ringards » sont enfin placés sous mandat de dépôt. Mais Annie, femme de Garmiche et chargée de mission au ministère de la Condition pénitentiaire, les fait libérer pour illustrer sa politique libérale. En fait, elle devient l'égérie du groupe et son véritable chef : c'est sous sa direction que les trois voyous réussiront leur premier « gros coup » : le braquage d'un fourgon postal entre Toulon et le circuit du Castelet.
Dans la vie, il y a deux sortes d'individus : les bons et les méchants, les chefs et les subordonnés, les riches et les pauvres, les gendarmes et les voleurs...Et là on peut y ajouter une sous-catégorie : les voleurs et les volés! Aldo dit « la classe » , Charlot dit « l'éponge » et Jeannot dit « la presse » sont "Les ringards" du père Pouret! Une bande de malfrats minables, bref un chef d'oeuvre de malhonnêteté à eux tous seuls! Comédie décontracte bien de chez nous dans la grande tradition ringarde des 70's avec dans les seconds rôles le commissaire Georges Wilson et une sorte de « Blanche Neige » (Mireille Darc) qui rêve d'être libre et responsable! Un hold-up de trois cent briques se profile pour ces trois Pieds-Nickelés puis la bonne humeur (l'examinateur au permis de conduire complètement ouf) fait passer la relative banalité de cette situation!


          

C'est absurde et fort distrayant (Aldo reproduit évidemment son légendaire déhanché avec ses deux compères) où l'on suit sans ennui ces aventures rocambolesques! Sinon, le camembert dans les spaghettis (che vergogna!!!). Musique attachante de Francis Lai, style « Borsalino »...Toujours dans l'exploration archéologique du cinéma français, je suis tombé sur cet ovni. Un summum qui n'a pas d'égal............ ce n'est pas un nanard, il n'en a pas les subtilités. Ce n'est pas un film ni une série B ou Z. C'est le vide sidéral, le néant du cinéma des années 70........... tout est filmé sous le soleil dans de beaux endroits et avec la plus belle bande de seconds rôles qui ferait pâlir plus d'un réalisateur et le résultat est tout simplement catastrophique............. mais alors vraiment la cata. Que Guiomar et Wilson aient pu jouer dans ce machin me laisse sans voix............(Allociné)

mardi 25 octobre 2016

T-Bone Walker

L’histoire passionnante de T-Bone Walker reste attachée à celle de la guitare, elle est également associée à celle du blues du Texas, où il a grandi avant de connaître la gloire. "Je suis né avec le blues dans la peau" est l’une de ses déclarations qui pourrait paraître exagérée si elle n’était pas confirmée par sa mère qui se souvenait avoir joué elle même de la guitare aux côté du grand Leadbelly, tandis que son fils accompagnait, dès l’âge de 8 ans, dans les rues de Dallas le chanteur aveugle Blind Lemon Jefferson. La musique a joué un rôle central dans la vie d’Aaron Thibeaux Walker dès sa venue au monde, le 28 mai 1910. On pourrait même dire que ce jeune garçon avait assimilé des styles pour le moins disparates. Par sa grand-mère maternelle, une cherokee, il a pu se familiariser avec les mélodies indiennes, tandis que son grand-père, Edward Jemison, était un familier des chansons plus ou moins paillardes. Mais la famille Jemison était très pieuse et tout le monde se retrouvait à l’église le dimanche matin. Suivant les chantiers de défrichage, Edward Jemison et les siens se déplacent à travers le nord-est du Texas : Timpson, Carthage, Kildare, Linden. C’est dans cette dernière bourgade rurale que M’Dear, la mère de T-Bone fait la connaissance de son père, un métayer du nom de Rance Walker. Et comme elle n’a pas l’intention de passer sa vie dans une ferme, elle prend très vite le chemin de Dallas avec son mari et leur nouveau-né. Rance Walker quitte bientôt leur vie et M’Dear vivra quelques temps avec Marco Washington, un musicien de rue qui inculque à T-Bone le goût du spectacle : pendant que sa mère et son beau-père jouent et chantent, le jeune garçon danse avant de recueillir dans un chapeau les dons des passants.



                  


A l’occasion, il croise d’autre artiste itinérants, et c’est ainsi qu’il fait la connaissance de Leadbelly et Blind Lemon Jefferson qui dorment parfois chez sa mère quand ils sont de passage à Dallas. L’école va permettre à Walker de peaufiner son art. Adepte du banjo dans un premier temps, il se consacre bientôt à la guitare dont il devient le représentant attitré au sein de l’orchestre de son lycée. Par une curieuse ironie de l’histoire, c’est le légendaire Charlie Christian qui lui succèdera à ce poste ! Vers le milieu des années 20, T-Bone fait une fugue pour devenir danseur et guitariste dans la troupe du Dr Breeding, un charlatan vendeur de potions miracles, avant de se faire engager brièvement dans l’orchestre de la chanteuse Ida Cox. Grâce aux disques, il apprend à aimer les "classic singers", mais aussi les bluesmen comme Lonnie Johnson qui l’impressionne par sa maîtrise de la guitare, et le pianiste Leroy Carr qu’il admire pour sa voix très prenante. Vers 1929, Cab Calloway et son orchestre sont de passage au Majestic Theater de Dallas où le créateur de "Minnie The Moocher" anime un show pour découvrir de nouveaux talents. T-Bone n’est peut-être pas l’instrumentiste le plus accompli, mais ses pirouettes scéniques, qui viennent conclure un grand écart magistral achèvent de convaincre Calloway qui l’engage sur le champ. Cette notoriété soudaine lui vaut la visite d’un Talent Scout (découvreur de talent) de la firme Columbia... le 5 décembre, il grave un 78 tours sous le nom de "Oak Cliff T-Bone" en référence au quartier de Dallas où il réside.


                 


Ce premier disque passera inaperçu pour diverses raisons : avec la récession, les premiers catalogues à faire les frais de la crise sont ceux consacrés à la musique noire ; de plus, on remarque clairement que T-Bone est encore loin d’être le créateur qu’il deviendra plus tard. Pour parfaire sa formation, il passe quelques temps à Oklahoma City où il rencontre Chuck Richardson. Guitariste de jazz, celui-ci est en train d’expérimenter avec succès l’amplification électrique. Il donne des conseils capitaux à T-Bone qui n’en rate pas une miette, tout comme l’autre élève présent ce jour là... un certain Charlie Christian. De retour au Texas, Walker séjourne à Forth Worth où il rencontre sa future épouse, Vida Lee, avant de partir s’établir à Los Angeles. A Los Angeles, la réputation de T-Bone est encore à construire et il fait ses débuts au Little Harlem Club avec l’orchestre du Saxophoniste Big Jim Wynn qui compte parmi ses membres le batteur Zutty Singleton : il dira plus tard que Wynn ne savait même pas qu’il jouait de la guitare quand il l’a engagé, rien que ses numéros de dance faisaient l’affaire... T-Bone va mettre plusieurs années à se faire une niche dans un milieu où les talents ne comptent pas. Le chef d’orchestre Les Hite va lui donner réellement sa chance à la fin des années 30 en l’engageant dans sa formation. Après Los Angeles, ce sont New-York et Chicago qui accueillent ce Big Band où T-Bone brille par ses qualités vocales et la souplesse de son style à la guitare. On le retrouve d’ailleurs au mois de juin 1940 avec le même ensemble, dans les studios Capitol, pour l’enregistrement d’un de ses plus grands classiques.


              

Deux ans plus tard, on peut enfin entendre sa guitare avec l’ensemble du pianiste Freddie Slack, qui n’a pas les mêmes hésitations que Les Hite en matière d’amplification électrique. T-Bone en profite pour graver d’autre faces importante de sa carrière comme le somptueux "Mean Old World" un classique qui sera repris par la suite par de nombreux bluesmen noirs et blancs.T-Bone Walker passe sur la scène du Club Alabam un soir de 1942, les propriétaires du Rhumboogie de Chicago sont dans la salle... Impressionnés par sa virtuosité, ils lui proposent un engagement de longue durée dans la windy city. T-Bone y séjournera régulièrement pendant deux ans, gravant une série de faces sous son nom pour les marques Rhumboogie et Old Swingmaster.Fort de ses expériences en studio, T-Bone signe un contrat dés 1946 avec Black & White, un label qui se rend tout de suite compte de son potentiel et lui donne le meilleur producteur de l’époque, Ralph Bass. Amateur de jazz confirmé, Bass à découvert et produit des stars comme Dizzy Gillespie ou Dexter Gordon, inutile de préciser qu’il a compris instantanément tout l’aspect révolutionnaire dans la musique de T-Bone. En l’espace de 18 mois, ce ne sont pas moins de cinquante titres qui sont gravés par le guitariste avec des accompagnateurs comme Jack McVea, Lloyd Glenn ou Billy Hadnott. C’est l’époque de ses plus grands succès : "T-Bone Shuffle", "West Side Baby", "I Want A Little Girl" et surtout "Call It Stormy Monday".


                 


"Call It Stormy Monday" est un des thèmes les plus populaires de l’Amérique noire, c’est celui du "Triste lundi" qui voit le week-end laisser la place à une nouvelle semaine de labeur. C’est à cette nostalgie de bons moments passés que T-Bone faisait référence dés 1947. Après Black & White, c’est la firme Impérial qui signe avec Walker, l’associant à des maîtres du studio comme Maxwell Davis ou Dave Bartholomew. Il va enregistrer une série de compositions magistrales, encore supérieures aux précédentes. Les arrangements se font plus musclés, l’atmosphère plus dramatique, les solos de guitares plus incisifs. Avec le succès, ses revenus augmentent considérablement, ce qui lui permet de s’adonner à sa passion du jeu. Mais les clubs et les casinos sont des lieux où l’alcool se consomme librement et sa santé s’en ressent : il n’est pas rare qu’il soit contraint d’annuler un engagement parce qu’on a dû l’hospitaliser d’urgence. A partir de 1955, en dépit de son mode de vie, Walker signe avec Atlantic et réalise ses meilleurs disques, quelque soit les contextes, très jazz avec Barney Kessel, très blues avec Junior Wells et Jimmy Rogers, "T-Bone Blues" enregistré en 1957 est une merveille du début à la fin, toutes les relectures de ses classiques sont définitives, sa guitare vibrante, souple, concise, élégante fait des ravages...




                 


Après un tel sommet, T-Bone ne pouvait que redescendre. Les débuts des sixties sont difficiles, les amateurs de blues revival américain ne cherchent guère la participation de musiciens jazzy comme T-Bone dans leurs festivals acoustiques. Comme souvent dans le jazz et le blues, c’est le public européen qui va relancer sa carrière. Choisi par Willie Dixon pour participer à la première tournée de l’American Blues Festival en 1962, il séduit le nouvel auditoire du blues partout où il se produit. Il faut dire que son jeu de scène est spectaculaire pour l’époque : il fait le grand écart, joue de la guitare dans le dos ou avec les dents... des trucs inouï qui seront repris quelques années plus tard par un certains James Marshall Hendrix.T-Bone refait surface aux Etats-Unis en adaptant sa musique aux sonorités soul & funky à la mode vers la fin des années 60. Avec le soutien d’un bel orchestre, Walker enregistre encore deux albums magistraux pour Bluesway : "Stormy Monday Blues" (1968), le plus soul où il reprend une énième fois son grand classique et un étonnant "Funky Town" (1969) comme son nom l’indique plus orienté funk pour séduire un nouveau public.En parallèle, T-Bone reviendra souvent en Europe, on peux l’entendre en vedette au club des trois Mailletz de Paris ou à la grande parade du jazz de Nice, tandis que le label Black & Blue lui donne à nouveau l’occasion de graver de superbes recueils comme l’excellent "Feeling The Blues" enregistré en novembre 1968 à Paris avec Hal Singer au sax, George Arvanitas au piano, Jacky Sampson à la basse et Sp Leary à la batterie.Dans les seventies, T-Bone continue à produire de nombreux albums, moins réussis, mais qui contiennent quelques grand moments : "Good Feeling" enregistré en 1970 propose encore une performance ahurissante pour un pionnier de 60 ans.(Source : Jazz & Blues Collection)

John Vernon

John Vernon est un acteur et producteur canadien né le 24 février 1932 à Zehner (Canada) et mort le 1er février 2005 à Los Angeles (Californie).Il incarnait Dean Wormer dans le film culte "Animal House". Il était le mauvais garçon mort après avoir été poussé à travers une fenêtre par un personnage encore plus inquiétant que le sien, joué par Lee Marvin, dans "Point Blank". Toutefois, les Canadiens se souviennent surtout de John Vernon comme du comédien qui incarnait le coroner de la série policière "Wojeck", diffusée par CBC, réseau anglais de Radio-Canada, durant les années 60. Le comédien au visage grêlé et aux yeux bleus aux paupières lourdes avait le physique idéal pour jouer les bandits, ce qu'il fit d'ailleurs dans une douzaine des 85 films dans lesquels il a tourné tout au long de sa carrière de quatre décennies. Il a cependant lancé cette dernière dans la peau du héros de "Wojeck", série qui servit de modèle à de nombreuses autres, de "Quincy" à "CSI" en passant par "Da Vinci's Inquest". "Tout le monde a vu mon visage, mais personne ne sait vraiment qui je suis, avait-il une fois déclaré à un journaliste, ajoutant avoir à maintes reprises été confondu avec Richard Burton ou Robert Shaw. Les gens me prennent pour d'autres, et j'aime ça." Plus récemment, il avait été vu dans un documentaire portant sur les personnages d'"Animal House", inclus dans l'édition DVD de ce film à l'origine paru en 1978. John Vernon a également joué dans "The Outlaw Josey Wales", "Dirty Harry", "Airplane 2", "Topaz", "Brannigan", "Charley Varrick", "Nobody Waved Goodbye" et "Tell Them Willie Boy Was Here". A la télévision, on a également pu le voir dans "The FBI", "Bonanza", "Mission Impossible", "The Name of the Game", "High Chapparall", "Judd for the Defence" et "Quincy".(http://cinememorial.com/acteur_John_Vernon_459.html)


                  


Il y a cent ans et des poussières, un Indien païute se trouve pris tel un grain de sable irréductible dans la machinerie de la nation américaine. En 1969, échappé des griffes du maccarthysme, le cinéaste Abraham Polonsky en tire un western, Willie Boy, qui réduit à néant le mythe de la conquête. Il aura fallu attendre 2009 pour l'édition DVD en France de ce chef-d'œuvre implacable. Pour une grande part, le nom du cinéaste Abraham Polonsky – tout comme celui de John Garfield qu'il dirigea dans son premier film en 1948, L'Enfer de la corruption (Force of Evil) – reste attaché aux années noires du maccarthysme. C'est pourtant dans ces années d'immédiat après-guerre, où allait sévir la commission du sénateur contempteur des activités dites «anti-américaines», que sortit des studios d'Hollywood toute une première vague de films «pro-Indiens». À quelques exceptions près (le réalisateur de Buffallo Bill, William A. Wellman, par exemple), à peu près plus rien n'avait subsisté sur les toiles en technicolor du grand rêve formé au XIXe siècle de cet «homme de la Frontière», qui devait naître de la rencontre supposée naturelle avec les Indiens. La réalité de la politique d'extermination puis de cantonnement des peuples indiens eut tôt fait de reléguer cette utopie humaine aux livres d'aventures de Fenimore Cooper et aux vestiges bienveillants du cinématographe expérimental. Dans les années 1950, quelques films allaient décocher des flèches décisives, en forme de lignes de fuite, dans cette représentation culturelle de l'Indien: parmi eux, exemplairement, La Porte du diable (Devil's Doorway) d'Anthony Mann (1950), Last Hunt (La Dernière Chasse) de Richard Brooks (1956) et Run of the Arrow (Le Jugement des flèches) de Samuel Fuller (1957). Tout en respectant le genre du western (dont il défend l'héritage culturel américain), Polonsky va pousser encore dans ces retranchements l'écriture largement cinématographique de cette mythologie de l'Ouest, en situant avec hardiesse l'action de son film au tout début du XXe siècle.


           

Dans cette période historique, la nation américaine issue de la guerre de Sécession est aussi censée avoir achevé la politique d'assimilation des «Indiens», prônée en dernier ressort par les plus libéraux d'entre les maîtres du Nouveau Monde. Basé sur un authentique fait divers, Tell them Willie Boy is here (titre original) narre l'histoire de Willie Boy, indien d'une tribu païute du Nevada, qui rentre, après s'être employé comme vacher, dans sa réserve de Morongo dans le désert californien. Willie n'a qu'une idée en tête, ravir à sa famille (indienne également), qui s'y oppose, la belle qu'il a élue. Il ne fait là qu'accomplir le rite indien du mariage par capture (consentie par l'aimée), que Polonsky oppose, par un subtil retournement de l'imagerie de l'Indien en «sauvage», au rapt sur-représenté de femme ou d'enfant blanc. Et c'est un autre Indien qu'il doit affronter (le père), dont le meurtre va déclencher toute la dramaturgie du film.


                   


Dans un premier temps, pour le fugitif Willie Boy, la chasse à l'Indien qui est organisée par le shérif adjoint Cooper ne peut être que formelle, pour le principe, les histoires d'Indiens n'intéressant plus personne. La belle et lui n'ont qu'à s'enfoncer dans le désert ou dans les montagnes inhospitalières où personne n'ira les chercher. Mais c'est sans compter avec la visite officielle dans l'État voisin du Nevada, au même moment, du président Taft. Car déjà des reporters de presse prompts à monter les événements guettent son arrivée à Morongo, où l'on s'affaire autour du fauteuil hors normes qui doit accueillir son imposante stature. Dès lors, les ingrédients sont réunis pour muer le drame en tragédie dans la tradition du western et il ne saurait y avoir d'issue hors de l'Histoire pour les fugitifs indiens. Film superbement écrit (le scénario est de Polonsky), Willie Boy est un ravissement au sens propre du mot «rapt». Baignant dans la lumière parfaitement découpée de Conrad Hall à la photographie, les différentes scènes qui le composent ont une vitalité spécifique qui semble continuellement détourner des attendus de la narration d'ensemble.  (https://blogs.mediapart.fr/patrice-beray/blog/240210/willie-boy-here)


                 


Varrick, sa femme et ses complices se lancent dans un petit casse dans la bourgade minuscule de Tres Cruces, Nouveau Mexique. Ils pensent y subtiliser une dizaine de milliers de dollars, peut être plus, peut être moins. Un coup tranquille. Hélas pour eux, tout se passe mal. Deux flics, qui passaient par là, interviennent et sont dézingués. La femme de Varrick, que le truand adorait, y reste également ainsi que l'un de ses complices.
Et avec tout ça nous n’en sommes qu’à cinq minutes de film. L’information principale, celle qui fera office de ressort pendant tout ce polar agité, n’est pas encore tombée. Les survivants, Varrick et son séide, Harman, un grand imbécile, ont en fait dérobé trois quarts de million de dollars. Une sacrée somme en 1973. Et une aberration dans une banque médiocre située au cœur d’une ville minable.

Ce trésor inattendu fait partie du butin de la Mafia. Il ne devait que transiter par Très Cruces quand Varrick et sa bande l'ont dérobé. Harman, l’idiot dangereux, le complice survivant de Varrick, est trop heureux d’avoir récupéré ce magot. Plus malin, son patron, Varrick, est inquiet : la Mafia ne laissera pas faire. Et en effet, l’organisation, par le biais d’un fondé de pouvoir local, envoie un tueur aux basques des voleurs. Et ce nettoyeur est un professionnel de l’élimination des gêneurs, un type atroce, qui mêle sadisme et efficacité.



   

Si vous reconnaissez dans ce résumé certains aspects d’un film récent, de 2007, des frères CoenNo Country For Old Men, vous ne vous trompez pas. Le thème est presque le même : que faire, quand on est seul et individualiste, d’une somme d’argent qui vous arrive dessus sans crier gare et appartient à une organisation puissante ? Un vieux thème américain, la lutte de l’individu contre les organisations. Il est possible d'ailleurs que Cormac McCarthy, qui a écrit le roman dont est tiré le No Country..., ait vu le film de Siegel, qui date lui de 1973. Quant au tueur, un psychopathe froid qui se nomme Molly, c’est bien un cousin du personnage incarné par Javier Bardem. Ici c’est Joe Don Baker qui incarne ce malade de la violence : il n’est pas inférieur à son successeur espagnol. Les autres acteurs sont aussi de premier ordre. Il y a par exemple John Vernon (le traître de Josey Wales hors-la-loi) en banquier de la mafia, inquiet de se voir reprocher ce vol par ses patrons.



                


Mais le grand atout du film c’est son héros, Charley Varrick lui-même, et l’acteur qui joue le rôle, Walter Matthau (celui conduit). Varrick est un as que ses ennemis prennent pour un nul. C’est de plus un sentimental. Matthau, qui l'incarne est un acteur au talent immense et de plus en 1973, il est au sommet de sa forme. A cette époque, il a déjà fait l’acteur à la télévision, puis pour Elia Kazan (un premier second rôle dans Un homme dans la foule, un des meilleurs films de son réalisateur) ; il a commencé à collaborer avec Billy Wilder (La grande combine) avec qui il va faire deux bons films. Dans le bonus, le réalisateur français Alain Corneau rappelle que quand Tuez Charley Varrick! est sorti, les fans de Siegel ont été surpris de voir cet acteur catalogué comme burlesque dans ce film noir. (http://cinoque.blogs.liberation.fr/waintrop/2013/08/charley-varrick-sommet-de-la-filmograophie-de-don-siegel.html)