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mercredi 10 août 2016

Nicole et Jean

Après revisionnage cette après-midi, mon impression sur La Marie du Port ,film mésestimé de Carné s’améliore encore et je suis pas loin de le mettre aux premiers rangs (avec Thérèse Raquin) de sa carrière d’après-guerre ; Prévert n’est plus là, même s’il a, paraît-il rédigé une partie des dialogues, mais Kosma l’est encore, et la musique est superbe. L’intrigue, de Simenon, toujours subtile et prenante et le film est presque absolument fidèle au roman. De toute façon, à quelques exceptions prés, le Liégeois est toujours moins trahi lorsque est adapté un de ses livres sans intrigue criminelle plutôt que dans ses Maigret ou ses policiers, qui tournent facilement à la simple résolution de l’énigme, ce qui n’est pas son propos et son génie. Le père Le Flem, veuf et père de cinq enfants, vient de mourir. Sa fille aînée, Odile (Blanchette Brunoy) est la maîtresse d’Henri Châtelard (Jean Gabin) opulent cafetier de Cherbourg. La deuxième, Marie (Nicole Courcel) est à l’âge où les fille s’émancipent et a pour petit ami le jeune coiffeur Marcel (Claude Romain), fils du père Viaud (Julien Carette), ancien marin alcoolique. Les scènes initiales de La Marie du Port sont magnifiques ; on ressent très fort en suivant l’enterrement et en visitant les rues de Port-en-Bessin la pertinence du mot de Mauriac : Une ville de province, c’est un désert sans solitude. Et puis des images du passé : les commères qui cancanent devant la maison mortuaire, le prêtre et les enfants de chœur en noir avec les surplis blancs qui psalmodient l’office des morts, la procession dans les rues où les rares passants se découvrent pour saluer… Et encore la répartition des orphelins entre les oncles et tantes qui se disputent ceux qui sont les plus grands et les plus forts parce qu’ils pourront gagner leur pain et aider aux travaux de la ferme : il n’y a pas beaucoup de différence entre le monde minier de Germinal, en 1860 et celui de la Normandie paysanne près d’un siècle plus tard.


 
   

Châtelard/Gabin est un mâle dominant, jouisseur, qui n’a pas l’habitude que des femmes lui résistent. Odile/Blanchette Brunoy est une maîtresse décorative, mais molle, qui rêve de quitter les grisailles de la Manche pour l’éclat de Paris ; elle s’ennuie, traîne au lit, ferme les yeux sur les passades de son amant qui s’est d’ailleurs lassé d’elle. Et même quand celui-ci commencera à tourner les yeux vers sa jeune sœur Marie, elle n’y verra pas une trahison, simplement un ennui.
La Marie du port est un film gris, et même assez dur. C’est un film où personne ne s’aime et où personne n’aime vraiment personne. Châtelard finira par épouser Marie, parce que le mariage est le seul moyen pour qu’il la possède et elle se fait épouser parce que Châtelard lui donnera le confort, l’argent et la respectabilité. Le jeune Marcel se consolera de la désaffection de Marie en couchant avec Odile et en s’embarquant sur un paquebot. Odile laissera son ancien amant et sa sœur à leurs affaires en partant pour Paris où elle entamera sans doute une carrière de gourgandine. Rien de joli, joli.


                             


La distribution du film est impeccable ; on redécouvre Blanchette Brunoy (que Gabin retrouvera quelques années plus tard, dans Le baron de l’écluse dans un rôle plus traditionnel) et le charme vénéneux de Nicole Courcel. Seul Carette en fait vraiment un peu trop. Et puis il y a des tas de ces seconds rôles si importants dans le cinéma français de jadis : un simple regard en coin de Gabrielle Fontan suffit à prouver son grand talent, Louis Seigner, Olivier Hussenot, René Blancard, Jean Clarieux donnent de la couleur et de la verve et, pour une fois, Jane Marken n’interprète pas une mégère, mais une brave femme. Le fait est assez rare pour être signalé ! « Tout ce petit monde n’a qu’une ambition : réussir, c'est-à-dire ne plus travailler. Ces gens du peuple veulent ne plus rien faire ; vous avez, le fameux esprit de jouissance qui nous a perdus en 1940. Ils sont tous là, ces personnages, ces thèmes, ces répliques, ces problèmes qui, au temps du sérieux, ont été une grande époque du cinéma français ; Et voilà que les personnages (…) ne peuvent plus se regarder sans être pris d’une soudaine envie de rire. Carné lui-même a eu envie de rire, c’est visible. Il s’est retenu non sans mal de ne pas terminer la Marie du port en comédie — presque en vaudeville (…). Le malaise de Carné vient de cette simple constatation : il n’est plus permis aujourd’hui de montrer les ouvriers, les matelots, les paysans, les petits commerçants, comme les cinéastes se sont permis de le faire jusqu’à ce jour. »


                              

« Ce film réaliste, dont la qualité technique s’affirme indéniable, prend sa place typiquement dans l’œuvre du célèbre metteur en scène des Enfants du Paradis (…) Si le ton du récit est imprégné de scepticisme et de désespérance, il serait inexacte de considérer La Marie du port comme un film (…). Du Café du Port de Port-en-Bessin à la Brasserie Centrale de Cherbourg, nous ne quittons guère l’atmosphère bistrot avec tout cela comporte de médiocrité humaine, de lâcheté quotidienne, de misère morale. Voici, en somme, un très habile film gris, qui ne manque pas de résonance humaine et qui se révèle plus pitoyable que malsain. »
Une des meilleure adaptation de Simenon.Ce film,injustement considère dans l oeuvre de Carne est pourtant un modèle de maitrise dans la mise en scène et le jeu des comédiens.De plus l absence de dramatisation qui a sans doute desservi le film a sa sortie lui donne aujourd'hui un modernisme intéressant pour le spectateur actuel. 
           


                                                               

Est-ce que les jeunes pousses peuvent bien imaginer qu’on pouvait, en 1957, réaliser un film militant sur l’accouchement sans douleur ? Je ne parle – vous avez bien lu – ni de pilule, encore moins d’avortement, mais bien, je le confirme d’accouchement sans douleur !
C’est-à-dire qu’il y a, dans cette petite vallée du Haut-Var toute une camarilla de médecins, de sages-femmes, de vieilles rombières, qui estiment qu’un bon accouchement ne peut être qu’un accouchement qui déchire la femme !
Et cela alors même que le Vatican (et c’est Pie XII à l’époque : le moins qu’on puisse dire est que le progressisme n’est pas son truc), que le Vatican, au contraire, prône et encourage cette méthode naturelle d’accouchement, faite de la connaissance par la femme de son propre corps, et d’exercices simples de respiration et de décontraction. Ca ne s’est jamais passé comme ça ? J’affabule ? Tu parles ! J’ai eu un oncle médecin, bon partisan de l’accouchement sans douleur qui racontait les saletés transportées par ses confrères, les propos selon lesquels si l’accouchement n’était pas douloureux, ça donnerait envie aux femmes de cavaler… Alors, le film ? Un film à thèse, chose que je n’aime guère…Mais Gabin y est plein d’humanité et Nicole Courcel ravissante et émouvante. Il n’y a que Silvia Monfort qui surjoue, comme tous les grands acteurs de théâtre, souvent épouvantables au cinéma (Gérard Philipe). (Qu’on remarque bien qu’on peut n’être qu’acteur de cinéma et néanmoins épouvantable : l’apparition de notre vieille connaissance Orane Demazis en est témoignage ; elle est mauvaise, mauvaise…à tous les sens du terme, dans le rôle et dans le jeu…). Cela étant, Le Cas du docteur Laurent, c’est souvent niais, mais assez charmant…


       
 
Ce film est un peu didactique mais se laisse voir quand même. Le film a surtout un intérêt en tant que photographie des mentalités de l'époque. Depuis la péridurale est passée par là améliorant encore nettement le confort des femmes lors de leur accouchement. Le film est très intéressant dans la partie qui concerne les réactions de la médecine et des conseils de l'ordre. On ne sait pas vraiment si c'est une concurrence qu'ils redoutent, ou bien une révolution de leur métier ou encore si c'est la pression religieuse qui les pousse à rejeter cette méthode.   Avec un sujet si sérieux, Le Chanois ose aussi des scènes comiques autour des habitants du village, où on les voit s'engueuler comme on s'engueulerait chez Pagnol, avec un accent du Sud si caractéristique. Cela dit, le comique va parfois un peu trop loin, surtout à la fin, où la recherche d'une voiture pour faire accoucher une fille part dans un burlesque un peu forcé.
Je pense que pour apprécier ce film, il faut le voir dans le contexte de l'époque, où les droits de la femme étaient réduites à peau de chagrin.
Sources: http://www.impetueux.com/

1 commentaire:

  1. https://1fichier.com/?xnk0rghv5x (lien Francomac)
    https://1fichier.com/?zqfk888xgh

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