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jeudi 18 août 2016

Jerry Lewis

Il inspire encore aujourd'hui bon nombre de nos comiques préfé­rés comme Jim Carreyou encore le regretté Robin Williams. Jerry Lewis a su insuf­fler un nouveau souffle au genre comique, marchant dans les pas des plus émou­vants clowns tels Char­lie Chaplin ou Buster Keaton. Né en 1926 à Newark, Jerry Lewis, de son vrai nom Joseph Levitch, gran­dit au sein d'une famille juive d'origine russe, auprès de son père Daniel Levitch, acteur, et de sa mère musi­cienne. Jerry Lewis est donc bercé par l'univers de la scène, et emprun­tera le nom d'artiste de son père, Danny Lewis, avant de deve­nir Jerry Lewis. Bien décidé à suivre la même voie que ses parents, Jerry Lewis aban­donne ses études alors qu'il n'est âgé que de quinze ans, afin de diffu­ser son spec­tacle Le Record Act, dans lequel il paro­die de façon muette les chan­teurs de varié­tés de l'époque. La carrière de Jerry Lewis prend un nouveau tour­nant en 1946 lorsqu'il rencontre Dean Martin sur la scène d'un club à Atlan­tic City. Rapi­de­ment, les deux amis s'aperçoivent de leur complé­men­ta­rité. Si Dean Martin est charis­ma­tique et séduc­teur, Jerry Lewis est jovial et comique. Ce contraste renforcent leur humour natu­rel, et les propulse au rang de vedettes en un rien de temps. Après s'être produits sur de nombreuses scènes aux États-Unis, Jerry Lewis et Dean Martin se tournent vers le cinéma, obte­nant d’abord des seconds rôles dans des films tels que Ma bonne amie Irma, puis décro­chant les rôles prin­ci­paux dans Le Soldat Récal­ci­trant. Leur duo déton­nant conquiert le public, et la Para­mount signe avec les deux amis pas moins de treize films repre­nant le même type de comé­die. Le duo se sépare néan­moins en 1956.


                 


Rupert Pupkin, un artiste comique sûr de ses capacités de "stand-up comedian", tente désespérément de percer dans le milieu du show-business. Mais il se fait constamment rejeter par le milieu professionnel. Il éprouve une grande admiration pour la star des plateaux de télévision Jerry Langford, qu’il harcèle sans arrêt. Lorsque celui-ci le rembarre violemment à son tour, Rupert décide alors de le kidnapper.
Après l'exceptionnel Raging Bull, le film qui fut celui de la renaissance physique et spirituelle pour le cinéaste, tout en étant malheureusement une déception au box-office (indigne de la place qu'occupe désormais ce chef-d'œuvre dans l'histoire du cinéma), Martin Scorsese fait preuve de sobriété dans sa nouvelle mise en scène. Mais son art est tout autant maîtrisé dans cette réalisation aussi bien attachante que foncièrement dérangeante. Fausse comédie et véritable drame existentiel, The King of Comedy (le titre original) fait le procès de l’aliénation mentale de la télévision, et dessine le portrait drôle et impitoyable d’un homme obsessionnel et tourmenté, formidablement interprété par un Robert De Niro schizophrène qui pousse le narcissisme dans ses limites dans la peau de Rupert Pupkin. Jerry Langford est interprété par le surprenant et désabusé Jerry Lewis qui révèle dans ce film une face son sombre de son métier en maltraitant son image de clown bon enfant, dont la nature réelle est celle d'un homme rendu égoïste et misanthrope par l'hypocrisie de sa condition et par les illusions propres à son milieu. Conte cruel et d'une ironie noire sur une certaine forme de rêve américain, farce rocambolesque sur le miroir déformant tendu par une société avide de mirages et obsédée par la quête d'un bonheur sans fin, La Valse des pantins s’est logiquement ramassé au box-office lors de sa sortie, mais le temps lui a heureusement rendu justice depuis.

   
           


Rarement, dans un film de Scorsese, les crises mystiques d’un personnage ont trouvé à l’échelle d’une vision du monde un écho aussi juste et allant de soi que les lubies de Pupkin au sein d’une société sous le règne des mass-media. La Valse des pantins est avant tout le portrait à la fois impitoyable et empathique – sans une once de mépris – de cet homme sur qui la réalité n’a aucune prise, s’agitant au milieu de ses fantasmes, jouant les deux voix des conversations imaginaires qu’il aurait avec son idole, s’affichant au milieu de représentations en noir et blanc d’interlocuteurs et de public.


                                



Pupkin, dans l’œil de Scorsese et porté par le cabotinage idéalement clownesque de De Niro, ne se fait jamais objet de rejet, mais son monde n’en est pas moins à l’image de ces simulacres en noir et blanc : mortifère, voire castrateur, tandis qu’il s’est résolu à vivre dans la cave de sa mère et à l’impuissance sexuelle, se refusant l’occasion de coucher avec l’amie d’enfance qu’il désire, préférant la compagnie d’une autre fan illuminée de Langford contre laquelle il ne sait pourtant que lutter, comme deux hyènes se battant pour la même proie. Mais sans s’arrêter à ce portrait, Scorsese fait du personnage le vecteur d’une contamination à l’échelle du film et du monde qu’il dépeint.


                                


Il commence par mettre en images l’imaginaire de Pupkin (ses conversations d’égal à égal avec Langford) pour les confronter aussitôt au réel décoré mais bien sinistre de la cave maternelle. Cela posé, la mise en scène s’affranchit peu à peu du besoin de signifier la frontière entre réalité et illusion. Les scènes imaginaires surviennent sans prévenir, avec pour seul repère le comportement de Langford, conforme ou non au désir de Pupkin. Au fil des initiatives délirantes de ce dernier, on met un temps de plus en plus long à déterminer si ce qui se passe à l’écran relève de ses fantasmes ou de la réalité, comme la scène, longtemps rêvée et finalement accomplie, où il s’introduit inopinément chez son idole avec l’amie d’enfance désirée. Le film se laisse ainsi dériver sur cette limite, suivant une logique combinant la dérision des institutions et l’amertume des illusions dont on est conscient – jusqu’à la fin où la confusion est totale, faux happy-end trop précipité et bruyant pour être honnête, nous laissant nous demander, dans un ultime travelling dilatant le malaise, si le rêve a été atteint ou si c’est lui qui a fini par tout emporter. Benoît Smith



                     


Avant d'aller récolter une deuxième palme d'or à Cannes en 1995 avec "Underground", Emir Kusturica avait sorti deux ans plus tôt "Arizona Dream", soit sa propre version du rêve américain. Autour de Johnny Depp qui rêve de partir en Alaska gravitent de nombreux personnages animés tous par le désir de concrétiser un rêve, que ce soit devenir acteur (Vincent Gallo), travailler avec son neveu et lui céder sa concession automobile (Jerry Lewis) ou tout simplement voler (Faye Dunaway). Si le film est assez déroutant la première fois par sa manière de filmer, "Arizona Dream" est le genre de films qui laisse une marque indéfectible sur le spectateur. Cette emprise, on la doit au style Kusturica mais également au casting prestigieux, à une multitude de détails comme ce poisson volant qui intervient pour guider Axel dans ses choix sans oublier la bande-son inoubliable signé Goran Bregovic et Iggy Pop. A mi-chemin entre la comédie et le drame, "Arizona Dream" séduit par son caractère décalé, par la folie qui règne dans les relations entre la mère et la fille à l'image du premier repas qu'ils partagent tous ensemble et par l'utopie des rêves des personnages de Johnny Depp et de Faye Dunaway et de leur amour impossible et adolescent. Indescriptible, étrange, surprenant, aucun adjectif ne semble assez fort pour qualifier ce film hors norme.Au diable mes à priori ! Oui, il s'agit d'un film avec Johnny Depp très consciencieusement applaudi par la critique comme le public, oui il est réalisé par un cinéaste Serbe qui aurait pu vendre son âme à Hollywood, oui il y a des stars (Jerry Lewis et Faye Dunaway) et des gros moyens, oui c'est un long-métrage très gentil qui ne vous remuera pas les tripes...


            


Mais bon dieu qu'il est beau ! En effet, "Arizona Dream" mis en scène par Emir Kusturica voici maintenant quinze ans a exercé sur moi un impact énorme, m'a envoûté de la première la dernière seconde sans que je n'y voie aucune objection. Pourtant, je n'aime pas écrire des critiques élogieuses (sinon autant s'en tenir à dire que c'est magnifique) et c'est très brièvement que je vais tenter d'expliquer ce qui m'a tant frappé dans ce film. Tout d'abord, c'est l'évidente élégance avec laquelle le réalisateur filme ses personnages comme ses paysages grâce à une caméra calme posant son regard sur les rêves des protagonistes ici décrits qui m'a plu. Chacun a en quelque sorte sa part de réel et de fantasmé et finalement, malgré la clareté extrême d'un récit très linéaire, on se laisse emporter par des séquences quasi-idéalisées et parfois complètement folles.


                

J'avoue également avoir été réceptif à l'humour décalé, absurde, rêveur mais pas grossier, violent ou cynique. "Arizona Dream" m'a beaucoup fait rire de la même façon que j'ai trouvé tous les personnages très attachants. Ils sont creusés et originaux et l'on s'identifie finalement très facilement à eux. La simplicité des aspirations de chacun (bien que je n'aime pas le terme simplicité qui pour moi se rapporte souvent à naïveté), la douceur de leurs sentiments sans oublier bien sûr la cinéphilie magistralement amenée (c'est beau quand même une déclaration d'amour à ses classiques sans une adulation aveugle et bête !) m'ont profondément ému. Alors oui, je le clame haut et fort : "Arizona Dream" est un film magnifique que je recommande vivement à toutes et à tous.Un film qui utilise le rêve pour nous embarquer dans une histoire tellement singulière et étrange qu'on croirait rester dans ce songe du début à la fin. Au milieu on se rend compte qu'il sonne terriblement vrai et humain, et ça ne peut que plaire. Des plans bien choisis et une bande son vraiment bonne qui nous emporte à la fois dans une sphère onirique et dans un humanisme profond qui rythme le film.... que dire d'autre que "la vie est magnifique". (Allociné)

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