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mercredi 10 août 2016

Dick Pope

Dick Pope est le chef-opérateur de Mike Leigh depuis vingt-cinq ans, « pas tout à fait, vingt-quatre », précise-t-il avec une pointe de coquetterie. Il a partagé la vision ultra-réaliste, très « kitchen sink » du cinéaste anglais. Comment donc le couple a-t-il rendu la peinture lumineuse du peintre William Turner, dans le biopic qui porte son nom, Mr Turner ? Eléments de réponse.
Sur le plan de l'image, Mike Leigh a-t-il évolué depuis votre première collaboration ?
Visuellement, pas d'un iota. Bon, on s'est mis à bouger un peu plus la caméra qu'au début ! Mais, pour lui, la lumière dépend du projet, un point c'est tout. Je l'ai rencontré il y a donc vingt-quatre ans, pour le film Life is sweet. Son chef-opérateur habituel n'était pas disponible. On a parlé de tout sauf du film, dont il m'a juste résumé le projet : montrer la vie et rien d'autre... Je venais du documentaire, ce qu'il savait, j'étais tout à fait en accord avec sa vision du cinéma. Si le récit commande l'image, celle-ci n'est pas forcément toujours ultra-réaliste. Deux ans après Life is sweet, nous avons fait Naked, ensemble : Mike le décrivait comme un voyage nocturne et souterrain dans un Londres à la Dickens. De fait, l'image était très différente de celle du film précédent !




                                  

Parle-t-il de ce film sur Turner depuis longtemps ?
Depuis toujours, je crois ! Mike est un ami : nous parlons cinéma, musique, peinture ensemble, nous voyageons ensemble. Il parle de ce projet depuis longtemps. Peut-être attendait-il que Timothy Spall, selon lui l'interprète idéal pour Turner, de la même origine géographique et sociale que le peintre, soit un peu plus âgé. La question s'est posée de savoir sur quel support nous allions tourner le film : je penchais plutôt vers la pellicule 35mm, notamment en prévision de l'accusation de sacrilège si nous tournions le film en numérique ! Mais Mike m'a dit : qu'est-ce que Turner aurait utilisé aujourd'hui ? Turner était curieux de découvertes scientifiques, s'intéressait à la chimie, à l'astronomie. L'argument m'a convaincu.

Quel est l'avantage du numérique ?
Celui de maîtriser totalement la palette et la lumière du film. Comme un peintre. L'expérience de l'étalonnage numérique sur Vera Drake, pourtant tourné en 16mm, m'avait beaucoup marqué. J'ai fait de nombreux tests, à partir des pigments que Turner utilisait, à partir de ses théories sur la lumière, de ses toiles, pour constituer une palette proche de la sienne. L'idée n'était pas de reproduire ses tableaux, même si on l'a fait pour quelques plans du film, mais de retrouver la texture du monde tel qu'il le voyait. C'est vraiment l'anti-Dickens, une Angleterre d'avant la Révolution industrielle. Et je crois qu'on ne l'a pas souvent montrée comme cela, car les films historiques sont souvent un peu répétitifs... On a tourné avec la caméra Arri Alexa, que nous avions expérimentée et appréciée sur un court-métrage fait pour les Jeux Olympiques. Mais j'ai utilisé des objectifs anciens, les Cooke Speed Panchros, ceux que Kubrick a utilisés pour Spartacus, notamment. Cela donne une patine visuelle que j'aime beaucoup.



 
           

Le compositeur anglais Gary Yershon retrouve son fidèle compatriote Mike Leigh après ANOTHER YEAR, BE HAPPY et TOPSY-TURVY. Le cinéaste dresse de longs tableaux vivants du peintre dans le privé, présenté par son caractère irrassible, mais aussi attendrissant lorsqu'il s'émeut soudainement. Nous sommes à la fois en antipathie et en empathie avec ce personnage. La partition a la qualité de ses apparitions discrètes mais néanmoins poignantes. Elle ne souligne jamais l'émotion, elle vient toujours en pointillé, davantage comme un point de suspension que comme une d'exclamation.


                 
             
Y a-t-il un film sur la peinture qui vous a inspiré ?
Un au-dessus de tous les autres :
Barry Lyndon, de Kubrick. Inspiré principalement des tableux de Gainsborough. La photo de John Alcott est magnifique. C'est un film que Mike et moi aimons beaucoup, on l'a vu ensemble plusieurs fois. 
Kubrick nous offre une œuvre de très grande qualité visuelle mais on ne peut pas passer outre la bande son richement variée utilisant des musiques de compositeurs aussi différents que Bach, Frederick II de Prusse, Haendel, Mozart, Paisiello, Schubert, Vivaldi... Pour le cinéaste, la musique sert à la fois d’accompagnement de l’image cinématographique, mais aussi comme modèle de communication c’est à dire qu’il vise un cinéma qui fonctionne moins au niveau du rationnel qu’au niveau de l’affectif. La musique joue un rôle majeur dans la narration et dans le climat mélancolique de l’œuvre. Le propos de Kubrick est une nouvelle fois adapté à ses exigences par le fait de choisir une musique liée à l’époque du film. Outre la musique, le réalisateur utilise comme autre particularité sonore la voix off. Elle est déjà employée dans neuf autres de ses films afin de créer une distance par rapport aux personnages et aux situations. Ici, un commentaire désabusé à la troisième personne, magnifiquement lu par Michael Hordern, établit un parallèle entre le dit et le montré afin de souligner l’événement à venir (le commentaire intervient généralement un peu avant l’action) et de lui donner plus de force. Le film repose en effet sur un savant équilibre entre un discours extérieur à l’action, qui commente le cours des choses, et une participation plus classique grâce à l’entremise des plans rapprochés (taille ou poitrine 50 ou 36.5 mm de focale), de découpage au plus près des regards, des gestes, de la tension des évènements. L’importance narrative et émotionnelle de l’image est constante.


   

On peut être influencé par tout un tas de gens, mais faire du cinéma en Angleterre reste une loterie. On recherchait la lumière de Turner. Mais il aurait pu pleuvoir tous les jours, avec une lumière grise, plate. On a été bénis des dieux : ce fut le plus bel été depuis des années. Et partout où l'on a tourné, du pays de Galles à la Cornouaille, où la lumière est magnifique. Mike était soulagé : il travaille toujours de la même manière, sans scénario, avec un synopsis indiquant les lieux et les siutations. Il répète de longs mois avec les acteurs. Au terme de ces répétitions, le tournage est une libération.
Mr Turner est-il un film autobiographique pour Mike Leigh ?
Ce n'est pas à moi de répondre... ! Je me limiterai à dire : oui.

Sur son lit de mort, William Turner aurait dit : « Le soleil est Dieu ». Pensez-vous la même chose ?Absolument. J'essaierai de penser à le dire en mourant !
Source : http://www.telerama.fr/cinema/turner-c-est-l-anti-dickens-dick-pope-chef-operateur-de-mike-leigh,112418.php



             


"Dans 2001, j'ai utilisé Ligeti, compositeur contemporain. Mais si l'on veut utiliser de la musique symphonique, pourquoi le demander à un compositeur qui de toute évidence ne peut rivaliser avec les grands musiciens du passé ? Et c'est un tel pari que de commander une partition originale. Elle est toujours faite au dernier moment, et si elle ne vous convient pas, vous n'avez plus le temps d'en changer. Mais quand la musique convient à un film, elle lui ajoute une dimension que rien d'autre ne pourrait lui donner. Elle est de toute première importance". (Stanley Kubrick, dans Kubrick, Michel Ciment, Calmann-Levy).

1 commentaire:

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