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lundi 8 août 2016

Ciné Twins

Les jumelles et les jumeaux apparaissent souvent dans des films pour évoquer le merveilleux, l'étrange, le fantastique. Dans certains cas, ils peuvent symboliser une présence bienveillante et protectrice, dans d'autres une situation plus inquiétante et un rapport conflictuel, s'inscrivant ainsi dans une fidélité aux symboliques anciennes de la gémellité. Ils mettent aussi bien en résonance des questions de représentation ( le double, la ressemblance, les moyens cinématographiques de dédoubler...) qu'ils permettent parfois à des comédiens d'explorer leur propre double ( et d'exceller) en interprétant deux rôles. « Si il y a bien un thème présent dans l’imaginaire surréaliste, comme d’ailleurs dans l’imaginaire romantique, c’est bien le thème du Double, du Doppelgänger (qui du docteur Jekyll à Kagemusha, du Prisonnier de Zenda à Persona dessine une voie royale à travers l’histoire du cinéma). » Chris Marker


                                 

Les Jumeaux de Brighton est un film français réalisé par Claude Heymann, sorti en 1936, adaptation de la pièce éponyme de Tristan Bernard1890. Brighton. Alfred Beaugérard petit bourgeois désargenté, vient d’avoir deux jumeaux. Il n’en avoue qu’un à son oncle d'Amérique, riche propriétaire de la Compagnie Franco-américaine de Navigation, car celui-ci envisage de faire de son petit-neveu son héritier à la condition qu'il reste fils unique. Alfred Beaugérard prénomme les deux jumeaux Achille. L'un sera élevé aux USA et deviendra le directeur de la compagnie maritime, l'autre sera confié à une nourrice au Havre.  Il deviendra avocat. Mais, l’oncle avait signé un contrat d'association avec un certain Capitaine Le Bail, un "rêveur", qu’il avait bien décidé de spolier. Quarante ans plus tard, la fille de Le Bail, Nancy, intente un procès devant le tribunal du Havre pour récupérer son bien. Elle choisit pour défendre sa cause un avocat au Havre, Achille Beaugérard, . Modeste, timide, et pourtant redoutable à la barre, cet Achille est dominé par son épouse Clémentine et sa belle-mère. A la veille du procès, l'autre Achille Beaugérard, directeur de la Compagnie, débarque au Havre. Lui est un vrai chef d’entreprise, toujours accompagné d'un garde du corps, célibataire et séducteur. Les jumeaux qui ne se connaissent pas et que les tiers ne distinguent pas et vont se croiser sans cesse, dans un festival de quiproquos. L’avocat respectueux qu'a désigné Nancy se transforme soudain en séducteur entreprenant. Clémentine, croyant toujours avoir affaire à son mari  docile, menace-t-elle se se laisser séduire par un beau militaire ? Elle y est encouragée avec muflerie: « Le lieutenant, le capitaine, le Commandant, tout le régiment si vous voulez ! » Le contrat d’association entre l’oncle Beaugérard et le père Le Bail, pièce maîtresse du procès, ô combien convoitée, pour être soit présentée, soit dissimulée, voyage de l’un à l'autre des protagonistes. Juste avant le début du procès, convaincues qu’Achille le jumeaux avocat est devenu fou, Clémentine et sa mère le font interner dans un asile d’aliénés. Elles le croient échappé lorsque, quelques minutes plus tard, le jumeaux directeur apparaît. A son tour, le le faux avocat est appréhendé et rejoint le vrai dans l’ambulance. L’un et l’autre n’en croient pas leurs yeux, ni le médecin aliéniste qui, croyant voir double, devient fou et conduit à tombeau ouvert l’ambulance qui s’abîme dans les eaux du port. Sauvés par Roberdet, le parrain de l’avocat, les jumeaux gisent sur un parquet fraîchement encaustiqué. Clémentine et Nancy –celle-ci a succombé aux charmes de l’homme d’affaires- accourent, glissent et tombent chacune sur un Achille qui n’est pas le leur ! Dernière méprise avant cette exclamation des deux gisants : « Nous sommes jumeaux ! ».



   


La bouffonne histoire à quiproquos, dont Tristan Bernard est l’auteur, a été adaptée au cinéma dans une forme d’ironie fine et si le développement est un peu lent, les tours ingénieux de l’imbroglio causé par la présence de deux jumeaux qui s’ignorent dans la même ville ont des facettes brillantes auxquelles le public ne résistera pas. Raimu joue trois rôles, très différents, accompagné d’une troupe de premier ordre dont les silhouettes cocasses ne manquent pas. Cette comédie est construite par un maître de théâtre qui n’a pas été trahi par son adaptateur à l’écran, ce qui nous donne un divertissement de la meilleure qualité française. Beaugérard à qui vient d’échoir deux jumeaux décide de faire élever secrètement l’un d’eux au Havre et d’emmener l’autre à New York pour déférer aux désirs de l’oncle à héritage qui exige un fils unique. Quarante ans plus tard, les deux jumeaux sont victimes successivement de l’imbroglio causé par leur ressemblance inouïe, et le fait qu’ils portent le même nom et sont, l’un avocat d’une cause, l’autre adversaire de cette cause. 


               



On ne peut plus, au Havre, rien y comprendre, et la belle-mère de l’avocat Achille Beaugérard le fait enfermer comme fou mais son jumeau vient le rejoindre dans la voiture capitonnée. Tout s’arrange après une noyade imprévue, Achille Beaugérard de New York épousera la jeune fille qui requérait contre lui, et Achille Beaugérard du Havre se réconciliera avec sa femme.
Après une exposition un peu lente et qui fait penser que ce sujet aurait pu se traiter en moins de métrage, le film rebondit, prend des traits accélérés de grand comique et par le dialogue, l’image, le « gag » devient un véritable film à sujet vaudevillesque, mais à forme infiniment supérieure au vaudeville. Les cascades et les enchevêtrements de situation et des personnages feront rire, et plusieurs personnages sont bien mis en relief, l’encaustiqueur, l’homme de confiance égaré sur la mer, le pique-assiette.
 Raimu dans son triple rôle est excellent et surtout remarquable en jumeau d’Amérique. Michel Simon campe un ami parasite avec verve et l’on remarque Génin dans une silhouette de frotteur abruti qu’il remplit avec truculence. Suzy Prim joue l’épouse jalouse, Charlotte Lysès la belle mère acariâtre et toutes deux ont un métier infaillible. On admirera la gentillesse de Mira Parély et la plastique de Germaine Aussey. 
Bonus : 


                               


Copie conforme est un film français réalisé par Jean Dréville en 1946, sorti en 1947.
Lorsqu’un cambrioleur de haut vol découvre qu’il a un sosie parfait en la personne d’un paisible employé de bureau, il décide de l’employer pour se forger des alibis. Copie Conforme est l’occasion pour Louis Jouvet de s’amuser à jouer plusieurs rôles à la fois, non seulement le cambrioleur et son sosie mais aussi les différents personnages qu’il utilise pour accomplir ses forfaits. Il s’y donne à cœur joie et c’est un plaisir de le voir se transformer et donner tant de crédibilité à des rôles si différents. A ses côtés, Suzy Delair donne beaucoup de vie à son personnage (à noter également la présence du tout jeune et discret Jean Carmet). Les dialogues sont assez enlevés et l’humour est permanent. Copie Conforme est une comédie policière qui reste très plaisante.


          

Ok, certains metteurs en scène comme Jean Drèville se rattachaient à la tradition de l'analyse psychologique mais peu de gens savent que ce rèalisateur ètait un remarquable technicien dont l'oeuvre abondante et très estimable, compta quelques belles petites rèussites comme cette "Copie conforme" où l'on avait deux Louis Jouvet pour le prix d'un, ce qui multipliait ici le plaisir cinèphilique! Tour à tour escroc de haut vol et petit employè honnête, Jouvet, l'oeil plus saurien que jamais, est èblouissant comme à son habitude! Avec en prime à la distribution, l'excellente Suzy Delair, toujours aussi dèlicieuse! Un classique du cinèma français d'après-guerre qui utilise remarquablement le thème du sosie avec un Jouvet au sommet de sa forme... (Allociné)


                


Pour beaucoup, Faux semblants marque un tournant majeur dans l’œuvre de David Cronenberg. Cette assertion est à la fois vraie et réductrice. Le cinéaste s’éloigne ici du carcan horrifique qui a fait son succès pour s’attaquer au drame psychologique. Il utilise  pour la première fois un fait divers (deux jumeaux gynécologues et vraisemblablement homosexuels ont été retrouvés morts dans leur appartement) qu’en accommodant à son univers, il tire vers le fantastique (cet « instant d’hésitation entre le naturel et le surnaturel » disait Lourcelles) puis, dans sa dernière partie, vers une tragédie domestique emphatique. Les frères Mantle, jumeaux monozygotes praticiens gynécologues (interprétés par Jeremy Irons dans « son » plus beau rôle) partagent tout : cabinet (salaire), appartement (lit ?), conquêtes féminines…  Cet équilibre est rompu par l’intrusion dans leur existence d’une actrice stérile : Claire Niveau (mémorable Geneviève Bujold). Le plus faible des deux, Beverly, en tombe amoureux, dans une passion autodestructrice, redoublant la dépendance affective par la toxicomanie, où il entraîne son frère Elliot dans sa chute. L’élément dominant de cet étrange couple s’avérant in fine celui qui avait le plus besoin de l’autre. Délaissant le gore, Cronenberg prend ici à bras le corps l’horreur psychologique, montrant cliniquement comment la souffrance morale avilit les êtres, dans une pleine continuité de ses thématiques de toujours, mais sous une forme alors plus recevable pour la critique. Dans les années 80, le genre fait toujours mauvais genre (Romero et Carpenter faisant figure de derniers de la classe chez les cinéastes américains) et l’on salue alors devant l’art suggestif du film la maturité d’un nouveau Cronenberg, implicitement assagi. Cette vision est évidemment très superficielle : Videodrome pousse aussi loin qu’il ne le fait ici ses obsessions de toujours, Chromosome 3 compte déjà parmi ses grands chefs-d’œuvre et ses premiers courts-métrages (Stereo, Crimes of the Future) contiennent en leur sein toutes les thématiques de l’œuvre à venir. Ce qui frappe d’abord chez ce cinéaste, c’est la parfaite cohérence  dont il fit preuve dès ses débuts. Mais il y a aussi chez Cronenberg une capacité constante de se réinventer. 


           


De ce point de vue, Faux semblants, avec son approche plus abstraite, sa cérébralité affichée, annonce le Cronenberg conceptuel des années 90 (Le Festin nu, M. Butterfly, Crash, eXistenZ), le plus accompli de tous.

Il n’est ainsi pas anodin qu’à ce film précèdent deux tentatives (manquée pour la première, réussie pour la seconde) de réussir un succès public (avec Dead Zone et La Mouche), permettant à l’auteur de s’engager ensuite dans une voie plus radicale et risquée. La mise en branle du projet n’est pas une sinécure : financement incertain (fait de capitaux étrangers pour le moins disparates), casting difficile (une trentaine de comédiens américains et canadiens refusent avant que Jeremy Irons ne soit approché, hésitant lui-même au dernier moment à franchir le pas). Cette frilosité devant probablement autant au malaise que génère le script qu’au défi technique qu’il y a à faire jouer deux frères par le même acteur, parfois dans le même plan, dans une intrigue aussi complexe. Il n’en transparaît rien à l’écran : les transparences, relativement parcimonieuses, sont parfaites, le double-jeu de Jeremy Irons à la fois subtil et sidérant. « Jeremy s’est beaucoup investi dans les deux rôles. Au début il s’inquiétait surtout de différencier les deux jumeaux. Je ne voulais pas qu’il aille trop loin. Il était facile de les rendre différents, difficile de les rendre proches. » D’abord perdu, le spectateur s’y retrouve vite entre les deux frères Mantle, par une différence de démarche (Elliot droit, Beverly plus voûté) des signes à peine perceptibles (le dominant porte une chevalière). Le prologue en deux scènes (enfance des personnages, consécration universitaire) donne de manière claire et succincte le code de leur relation.


                 



Nous les voyons d’abords enfants, identiques jusque dans l’habillement, parlant un langage scientifique qui les place presque dans une position d’autisme par rapport aux autres (la petite fille à qui ils demandent de leur faire découvrir le sexe qui les qualifie de freaks - « Besides, I know for a fact, you don’t even know what fuck is »), passionnés déjà par l’anatomie humaine, triturant le ventre d’une poupée de vulgarisation médicale (passion donc de l’in utero, lieu de l’indifférenciation gémellaire). Malgré l’anormalité des enfants, cette ouverture se distingue peu de celle d’un biopic sur gamins surdoués inadaptés. A un détail près : les parents en sont absolument absents. Cette béance dans le récit, d’une manière invisible de prime abord, transforme toute la perception que nous avons de ces deux scientifiques en herbe (ce que fut aussi Cronenberg dans son enfance) et laisse discrètement le champ ouvert à un développement pervers. Nous les retrouvons étudiants en médecine, déjà trop avant-gardistes pour un corps médical prenant visiblement la déontologie plus à la lettre qu’ils ne le font (leur consécration pour un écarteur qu’un professeur leur a interdit d’utiliser sur autre chose que des cadavres), dans une relation de partenariat qui ira sans varier jusqu’à la catastrophe : Elliot récoltant les honneurs pour ses discours, Beverly travaillant à la recherche dans son bureau. Quand son frère lui dira regretter qu’il ne soit pas venu à leur cérémonie, il se contentera d’un « I was there » signifiant bien la parfaite indistinction à laquelle ils aspirent. Il ne s’agit pour eux que de se "répartir le travail" : les mondanités pour l’un, la besogne pour l’autre. L’adage profite aussi au plus instable et au moins sûr des deux (Beverly, héritant d’un prénom à connotation féminine) et qui, comme ne manque pas de le lui rappeler son frère, sans ce marché de complet partage, serait sans doute encore puceau.


                 


Cette fusion est non seulement pathologique, elle est dès le départ illusoire (le générique nous montrant sur fonds rouges, accompagné du beau score de Howard Shore des planches médicales toutes dédiées à la séparation d’organes). Elle va buter sur une rencontre avec l’autre… une "mutante", une tri-phydée  qui, pour cette raison, n’aura jamais d’enfants. Claire Niveau ne se considère pas comme une femme accomplie, mais, comme elle le déclare elle-même, « Just a girl » (le visage enfantin de Geneviève Bujold donne un sens encore plus terrible à ces mots). Elle est celle qui ne donnera pas de descendance : « When I’ll be dead, I’ll just be dead. » Et qui en réponse à la suggestion consolatrice d’adopter ne trouvera que ces mots : « It won’t be the same, it won’t be a part of my body. » Claire Niveau a, tragiquement pour elle, ce que les jumeaux Mantle n’ont pas : un corps unique (« Two bodies, two minds, one soul » titrait la tagline du film). Ils sont deux, elle est une. Ce que Beverly, le moins dépendant des deux frères en réalité, lui demandera, c’est de lui offrir, à lui aussi, une singularité (lui dont le code génétique est identique à celui d’un autre individu).Source et suite : http://www.dvdclassik.com/critique/faux-semblants-cronenberg

1 commentaire:

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