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mercredi 27 juillet 2016

Robert et Gregory

Robert Mulligan est Cinéaste américain né à New York le 23 août 1925. Fils d'un agent de police, il envisage, après des études chez les séminaristes, d'entrer dans les ordres. La guerre vient interrompre sa vocation. A son retour de l'armée, il travaille au "New York Times" tout en suivant des cours de littérature et de journalisme. Puis, il entre à la CBS comme coursier, devient assistant de production, et assistant-réalisateur de Robert Stevenson qu'il finira par remplacer.
A partir de 1954, il est un réalisateur de télévision en vue et tourne d'innombrables dramatiques et séries policières. C'est après avoir vu certaines de ses oeuvres que le jeune Alan J. Pakula - alors producteur débutant - vient lui proposer de diriger son premier film de cinéma, Prisonnier de la peur, d'après un livre sur les milieux du base-ball qu'il rêvait de porter à l'écran. Robert Mulligan impose Anthony Petkins, alors à ses débuts, qu'il connaît déjà pour l'avoir fait travailler à la télévision. Le film obtiendra une très bonne presse.
Parallèlement à ses activités télévisuelles (il a tourné près de 100 dramatiques), Robert Mulligan poursuit au cinéma une carrière assez discrète et éclectique. 

Travaillant sur des sujets parfois choisis, parfois imposés, diversifiant son inspiration en touchant à plusieurs genres - la comédie avec Le roi des imposteurs, l'aventure avec L'homme de Bornéo, le drame raciste avec Du silence et des ombres ou le mélodrame social avec Une certaine rencontre - il réussit petit à petit à imposer un style à la fois réaliste et lyrique trahissant une sensibilité à fleur de peau, en s'intéressant surtout aux problèmes psychologiques de personnages sans cesse en conflit avec leur entourage.
Son association avec Alan J. Pakula a duré jusqu'en 1969, année où ce dernier est passé à son tour à la réalisation (Pakula a produit tous les films de Mulligan depuis Du silence et des ombres jusqu'à L'homme sauvage). Son premier grand succès est venu en 1971 avec Un été 42, chronique douce-amère sur l'adolescence, et fut renouvelé en 1972 avec L'autre, film fantastique d'un style très particulier adapté d'un roman de Tom Tryon, ancien comédien reconverti à l'art littéraire. 


Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est le seul roman de Harper Lee, écrivaine par ailleurs connue pour avoir accompagné et soutenu Truman Capote durant les recherches préparatoires à De sang-froid. Comme dans l’œuvre majeure de Capote, la thématique de la justice des hommes est au cœur de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, et dans sa continuité, de Du silence et des ombres, adaptation cinématographique quasi-immédiate (le roman est paru en 1960, remporte le Prix Pulitzer en 1961, le film sort en 1962) réalisée par Robert Mulligan. En partie autobiographique, l’œuvre de Harper Lee s’enrichissait également des tensions contemporaines autour de la reconnaissance des droits des Afro-Américains et des luttes contre les ségrégations raciales : toute la deuxième partie du film est ainsi, à l’image du roman, occupée par la tenue du procès d’un jeune homme noir, accusé du viol de la fille d’un paysan blanc violent et raciste.



          

A haute teneur allégorique, cette partie - et l’intense plaidoirie d’Atticus Finch - aura en partie forgé la (grande) réputation du film aux Etats-Unis, dans la plus pure tradition locale du cinéma humaniste cher à Frank Capra, où le bon cœur des hommes transcende les barrières et les différences. Sans même faire preuve du moindre cynisme (avouons avoir versé notre larme lors de l’ovation accompagnant la sortie du tribunal), on peut tout de même trouver cette partie un peu appuyée dans son didactisme, voire même les toutes dernières scènes un peu problématiques - 


                       




elles n’enlèvent toutefois rien aux immenses qualités d’un film remarquable, dont la pulsation se trouve en réalité dans sa première partie, d’apparence plus modeste mais au moins aussi poignante : narrée en voix-off par une jeune fille un peu garçon manqué (Scout, avatar probable de Harper Lee elle-même), celle-ci décrit par les yeux de l’enfance le quotidien dans une petite bourgade du Sud des Etats-Unis des années 1930. Et l’essentiel est là, dans ces jeux anodins à tromper le temps, dans le regard porté par une gamine sur le curieux monde des adultes et dans cette peur, inexplicable mais irrépressible, de l’inconnu, de l’étrange, du différent (cette peur souvent injustifiée qui, indiciblement, se propage à l’âge adulte vers le racisme ou la xénophobie)…


                  

Peu de films se seront situés à ce point à hauteur d’enfant pour évoquer l’âge de la curiosité et des angoisses, et les plus belles scènes du film sont celles où Scout, Jem et Dill se perdent dans l’obscurité… de la nuit, de la peur ou du cœur des hommes. Sur ce dernier point, on pense en particulier à cette séquence casse-gueule devant la prison où Scout vient secourir son père face à la rage des fermiers locaux, l’innocence de la jeune fille confrontant les lyncheurs à leurs propres démons. 


                 



Aux rangs des qualités de ce film formellement superbe, il faut évoquer la très belle photo de Russell Harlan, qui contribue à cette atmosphère mêlant l’enfance et la peur, et qui ne va pas sans rappeler celle de Stanley Cortez pour La Nuit du chasseur de Charles Laughton. Enfin, le dernier mot saluera l’interprétation admirable, où, aux côtés des formidables enfants et du très digne Gregory Peck, on mentionnera l’apparition finale de Robert Duvall dans son premier rôle notable.(http://www.dvdclassik.com/critique/du-silence-et-des-ombres-mulligan)


                               

L'Homme sauvage (The Stalking Moon) est un film américain réalisé en 1968 par Robert Mulligan, avec Gregory Peck et Eva Marie Saint.
Après avoir passé 15 ans dans la cavalerie comme éclaireur, Sam Varner accomplit sa dernière mission avant de quitter l'armée. Il participe à la poursuite d'un groupe d'Apaches qui viennent de quitter leur réserve. Parmi les indiens capturés, les soldats découvrent une femme blanche, Sarah Carver, serrant précieusement contre elle son fils métis de huit ans. Elle est trop effrayée pour dire plus que son nom, mais les militaires se souviennent que neuf ans plus tôt, la famille Carver était tombée dans une embuscade et avait été massacrée...Sarah Carver exprime le désir de quitter au plus vite la petite troupe de soldats sans attendre une escorte; Sam Varner finit par accepter de l'emmener avec son fils jusqu'au relais de diligence. L'enfant s'enfuit pendant la nuit. Sam et Sarah partent à sa recherche, quand ils le ramènent au relais, ils trouvent les occupants massacrés. Sarah révèle alors que l'enfant est le fils de Salvaje et qu'il cherche à le récupérer à tout prix. Sam emmènera la femme (avec son accord) et l'enfant dans son ranch du Nouveau-Mexique et devra affronter Salvage. La force du film tient entre autres à la présence menaçante et quasi invisible de Salvage.



          
       
Six ans après leur réussite commune dans l’adaptation de To kill a mockingbird , Robert Mulligan et Gregory Peck font à nouveau équipe pour cet Homme sauvage. Le cadre est cette fois celui d’un vrai western (par opposition au dérivé de western qu’est en un sens To kill a mockingbird, avec son héros se dressant seul contre tous pour tenter de faire primer la justice et la civilisation sur la vengeance et la sauvagerie), ce qui n’empêche pas le film de nous surprendre à son tour. Sa date de réalisation ferait pencher pour un positionnement dans la catégorie du nouveau western alors en plein essor – Pour une poignée de dollarsWillie BoyRio Conchos… – mais la réalité est toute autre. L’homme sauvage ne suit aucun des codes que se partagent ces longs-métrages frondeurs. Et s’il ouvre bien sur une autre voie que celle du western classique dans sa seconde moitié, ce serait plutôt celle… des slashers.


                      



Avant d’en arriver là, le film est une heure durant une démonstration par l’exemple du talent de metteur en scène de Mulligan, et de son approche si particulière. Mulligan est un artiste qui croit en la retenue et en la finesse dans la façon d’exprimer les émotions et les discordances, même les plus violentes. Il s’attache dès lors à un principe d’économie de moyens le plus franc qui soit, et qui n’est pas une réaction anti-spectaculaire mais plus simplement sa manière à lui de faire les choses. L’homme sauvage est une œuvre extrêmement parcimonieuse dans son emploi des dialogues, mais aussi des coupes de montage. Plutôt que de comprimer les personnages de l’histoire par un excès de dialogues sursignifiants, Mulligan s’en remet essentiellement aux expressions et aux postures (parfois immobiles, parfois en mouvement) de ses comédiens pour laisser transparaître leurs sentiments. Des comédiens qu’il filme dans des plans suffisamment amples, tant en largeur qu’en profondeur de champ, pour réduire le nombre de changements d’axe au strict minimum et ainsi laisser leurs interprétations s’installer dans la durée, sans interruptions. Certains de ces cadrages sont proprement époustouflants : dans la scène de l’achat du billet de train au guichet de la gare, ou plus loin tous ceux qui regroupent trois ou quatre personnages dans la pièce principale de la maison du héros.

                               



Ce héros est donc Gregory Peck, qui joue Sam, un officier militaire acceptant de prendre sous son aile une femme blanche (Eva Marie Saint) reprise des mains des Apaches après avoir été leur captive pendant dix ans. Période au cours de laquelle elle a eu un fils, qu’elle souhaite garder auprès d’elle – et dont le père Salvaje, chasseur indien impitoyable et insaisissable, va dès lors partir à leur poursuite. La mise en place du conflit et la première partie de la chasse démontrent que Mulligan n’est pas simplement un fin scrutateur des âmes, et qu’il sait tout aussi bien filmer l’action. Il excelle à rendre palpable l’immensité et la dangerosité des espaces désertiques de l’Ouest américain, et cela une fois de plus sans effets de manche superflus. A l’image d’un autre film avec Gregory Peck, mais d’un tout autre genre (Les canons de Navarone), L’homme sauvage propose un traitement très direct de telles scènes d’aventure : il expose telles quelles sur l’écran et sur la bande-son ces contraintes de la nature, face auxquelles les personnages sont désarmés, obligés de subir. Subir la distance énorme qui sépare deux lieux habitables ; subir les cataclysmes qui peuvent soudain se déchaîner comme cette terrifiante tempête de sable qui piège les trois héros toute une nuit durant au milieu du désert.


                                 



Une fois arrivé dans l’enceinte de la maison de Sam, le film prend donc des faux airs de slasher en huis clos puisque les personnages s’y trouvent assiégés par Salvaje et que les cadavres s’accumulent au fil des minutes. La sobriété de Mulligan se retourne alors quelque peu contre son œuvre. La mécanique du slasher exige en effet d’être soutenue par une dynamique d’exagération des émotions, du suspense, de la nervosité, qui irait de plus crescendo. Au contraire de quoi L’homme sauvage reste trop atone, trop froid ; le choix de Mulligan de maintenir Salvaje dans une posture de menace fantôme (il n’a aucune ligne de dialogue, on ne le voit jamais à l’écran plus de quelques secondes d’affilée) au lieu de le faire peu à peu évoluer en personnage à part entière en est une des expressions les plus marquées. Il serait excessif de dire que l’on se désintéresse de l’histoire, mais on ne s’y implique certainement pas autant qu’on le pourrait, sur un plan émotionnel. Implication qui ne s’accroît pas plus au niveau intellectuel, le scénario laissant à l’état de friche la thématique – potentiellement passionnante – qui sous-tend le duel entre Sam et Salvaje. Nous avons d’un côté un blanc aspirant à une vie sédentarisée et membre d’une communauté, de l’autre un indien solitaire et presque animal dans son style de vie et son comportement, et entre eux un enfant sans prénom et que les deux hommes se disputent pour savoir qui l’éduquera à son image. L’homme sauvage raconte donc à travers eux la prise de pouvoir des blancs sur l’Amérique, et la nécessité pour eux d’en finir définitivement avec l’esprit (le fantôme) des tribus indiennes natives qu’ils ont éradiquées. Ou plutôt il aurait pu raconter cela, avec une pincée d’ambition supplémentaire en complément de ses autres qualités.(http://cine-partout-toutletemps.over-blog.com/article-l-homme-sauvage-de-robert-mulligan-usa-1968-52482464.html)


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