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jeudi 7 juillet 2016

Les promeneurs du temps

1er janvier 1901 à Paris : le commissaire Ambroise Clé se promène dans la capitale enneigée et laisse son esprit vagabonder. Il est persuadé que le changement de siècle fait entrer le monde dans une nouvelle ère : l’ère du changement et du triomphe scientifique et rationnel. Il est loin d’imaginer qu’il va devoir résoudre l’énigme la plus improbable de sa carrière. Un homme, S. Atherton, vient lui rendre visite dans ses bureaux et lui annonce qu’il va apprendre le meurtre d’un homme dans un hôtel d’ici peu, meurtre opéré par un compas. En effet, l’inspecteur Darcheville accourt et annonce qu’un homme a été assassiné dans un hôtel à l’aide d’un… compas ! La victime a été lardée de coups de compas et l’arme est finalement plantée dans son œil. Tout de suite, le commissaire soupçonne Atherton, le mystérieux voyant qui a été capable d’anticiper cette mort affreuse. Cependant, l’interrogatoire du suspect réserve une autre surprise au commissaire : Atherton annonce que le meurtre va faire la Une du Figaro et décrit en détails ce qui sera écrit sur le journal. Le commissaire comprend qu’il entre dans une affaire hors normes… Voici une intrigue policière peu banale. L’histoire est très surprenante et le lecteur découvre un univers unique. Ici, tout y est déstabilisant : l’énigme est totalement loufoque et bien malin qui trouvera la clef du mystère (même le commissaire Clé ne l’aura pas !).
Sources : http://www.planetebd.com/


Le récit bascule petit à petit dans l’irrationnel, en dépit de personnages principaux cartésiens jusqu’au bout des ongles. Savant mélange de policier, d’énigme et de science-fiction à la Jules Verne ou à la H.G. Wells : une sorte de merveilleux scientifique imprégné de Sherlock Holmes. L’originalité vient également des dialogues : les conversations sont prétextes à créer des situations loufoques entre des personnages fantasques. L’absurde est constant dans cette œuvre et détruit toutes les normes, un peu comme si le réel se déformait progressivement devant une affaire irrationnelle. Les réflexions scientifiques du commissaire sont autant de tentatives désespérées de garder le cap de la réalité devant le paranormal. Le dessin est aussi un exotisme dans cet album : à l’image de cette ambivalence entre réel et surnaturel, le graphisme de Sylvain Dorange est original et créatif. Les visages sont à la fois géométriques et carrés (le rationnel), mais aussi déformés, à la limite du grotesque parfois, sans compter le découpage des cases qui décloisonne les planches (l’irrationnel). Le travail des couleurs est superbe, sans compter les décors : au gré des pas du commissaire, on reconnaît avec émerveillement quelques monuments de Paris. A l’image de toute l’œuvre, la fin déroute et ouvre de belles perspectives. Bref, cette œuvre fantasque et fantastique, où le policier côtoie le surnaturel et l’absurde, est unique.



   


Le respectable Ambroise Clé, enquêteur ultra-cartésien, est spécialisé dans la démystification des phénomènes dit occultes. Au cours du XXème et du XXIème siècle, lui et sa descendance sont confrontés à un insaisissable tueur en série, qui commet ses crimes en défiant toute raison. Ce meurtrier voyage en effet dans le temps, au grès de ses besoins de remodelage de l’Histoire, et assassine toujours ses victimes de 16 coups de compas. Mais revenons aux origines : Ambroise Clé se promène en solitaire dans un square parisien enneigé, à l’aube du 1er janvier 1901. Soudain, un corps céleste traverse le ciel et se crashe dans un arbre à côté de lui. Un homme en scaphandre se présente : Adelme Sweitzer, descendant du philologue Jonathan Sweitzer et… paradoxe incarné. Dans le futur, Adelme est en effet intervenu pour arrêter le père du tueur au compas, au moment fatidique où il allait tuer Alceste Clé (descendant d’Ambroise). Or ce faisant, il a compromis sa propre existence ! Il vient donc chercher de l’aide auprès du seul enquêteur susceptible de l’aider à… exister. Malgré les réticences d’Ambroise, Jonathan propose de consulter la médium Hélène Smith. En transe, celle-ci fait apparaître un ectoplasme, qui conseille de contacter un maître du temps, immortel, appelé Outanapishtim, vivant en Arménie, au sein d’une secte. Ambroise est plus que dubitatif… mais il accomplit tout de même le voyage… 
http://www.priceminister.com/s/les+promeneurs+du+temps


Les promeneurs du temps est un polar historico-fantaisiste formidablement emmené par des protagonistes folklos et attachants, et mis en images à l’aide d’un dessin naïf et stylisé. Sur le même mode que le premier opus, ce second tome ne prend pourtant pas vraiment la suite chronologique de l’aventure. Il se déroule plutôt en parallèle… quoiqu’en matière de paradoxes temporels, cette notion demeure assez floue. Il est tout de même conseillé de bien avoir pigé les ressorts temporels entortillés pour en apprécier la fantasque saveur. Car le récit joue de nouveau sur le registre des entrelacs temporels et des phénomènes occultes, comme un gamin le ferait d’un Rubik’s Cube® : c’est-à-dire dans un désordre frénétique et sans jamais vraiment retomber sur ses pattes. Comme ce même gamin s’arrangerait pour recoller les étiquettes aux bons emplacements, le scénario de Franck Viale multiplie les combines bancales au sujet des paradoxes et de la raison. Mais à vrai dire, la logique n’est pas vraiment le propos de fond : le dynamisme aéré et la légèreté torturée des aventures demeurent les axes privilégiés de cette seconde salve, qui emmène cette fois Ambroise et sa clique au proche orient puis dans les montagnes de l’Himalaya, pour une rencontre périlleuse avec une secte et une entité informe. Réalisé à gros renforts de pinceaux de couleurs infographiques, le traitement visuel de Sylvain Dorange aboutit de nouveau à un résultat original et frais, quoique parfois un chouya indistinct. A suivre dans un 3ème opus à paraître (dans le futur ?) et d’ores et déjà baptisé Le paradoxe du multivers…


   


Le commissaire Ambroise Clé ne parvient toujours pas à trouver le tueur au compas. Errant dans Paris, il rencontre un enfant, Isidore Krantz, qui prétend pouvoir l’aider et qui a un discours décousu et totalement irrationnel. Piqué par la curiosité, Ambroise finit par le suivre et il arrive dans la maison des Krantz. L’enfant est passionné d’ésotérisme et montre au commissaire les machines révolutionnaires qu’il possède. L’enfant lui explique que son esprit médiumnique va pouvoir l’aider dans son enquête. Grâce au psychomanteum, une machine étonnante, il va pouvoir appeler son esprit guide, Adelme Sweitzer, pour qu’il parle au commissaire. Après tout un rituel précis et savamment orchestré, l’esprit d’Adelme hante les lieux comme un fantôme inquiétant. Pour lui, le tueur au compas ne cesse de passer entre les mondes et les époques. Il permute souvent entre le temps d’aujourd’hui et un temps parallèle. C’est dans un de ces voyages qu’il a tué Adelme, rompant l’unité de l’univers en modifiant le passé. Il n’y a donc plus qu’une solution : le commissaire doit voyager entre les mondes pour retrouver le tueur et l’empêcher de commettre ces meurtres à nouveau. Voici la fin du premier cycle des aventures improbables d’Ambroise Clé. Le commissaire n’a pas fini de se triturer la cervelle pour tenter de comprendre qui est ce mystérieux tueur au compas. Finalement, un coup de théâtre des plus étonnants va lui donner un sacré coup de pouce : c’est un enfant qui apporte toute la solution et semble être un docteur Frankenstein en culottes courtes !
https://www.facebook.com/promeneusdutemps/


De façon assez surréaliste, un jeune rouquin racontera tout à Ambroise et va débloquer l’intrigue. A la différence de ce que l’on aurait cru, le final repose donc beaucoup plus sur les dialogues que sur l’action. La preuve avec ce retournement de situation : ce n’est pas le commissaire qui parvient à trouver la solution, mais une improbable rencontre avec un adolescent plus intelligent que les plus grands chercheurs de l’époque ! Le reste est une longue série de paroles savoureuses et pleines de paradoxe. En voyageant dans le temps, Ambroise n’a de cesse de vouloir comprendre l’incompréhensible et d’expliquer l’inexplicable. Beaucoup de personnages s’interrogent sur les conséquences de ce voyage hors du commun et là encore, la fin est beaucoup plus une réflexion surréaliste qu’une série de péripéties. Les personnages ne cessent d’échanger sur le temps, tant et si bien qu’on a l’impression de lire un texte philosophique de Bergson façon science-fiction, avec des analyses totalement folles qui donnent le vertige. L’humour n’est jamais très loin dans ces textes absurdes et décalés. Le dessin de Sylvain Dorange participe grandement à ce voyage ébouriffant. Cependant, l’absurde est trop présent et casse finalement la narration. Le final n’est pas très impressionnant et à force d’originalité, les auteurs en oublient de rendre l’histoire stimulante. Le manque d’action finit par être ennuyeux et les dialogues mécaniques. La chute finale est toutefois habile et annonce un nouveau cycle prometteur…

1 commentaire:

  1. http://uploaded.net/file/cgvdvdqw
    http://uploaded.net/file/iimegqdv
    https://1fichier.com/?jhjzsqvoke

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