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vendredi 1 juillet 2016

Le chien qui louche

« Tu es tendu », dit Mathilde. Et bien qu'il le nie, Fabien a toutes les raisons de l'être dans ce TGV Paris-Angers. Il va rencontrer le clan de sa copine : les deux frangins, le père, la bonne, et tomber dans un piège inextricable. Agent de surveillance du Musée du Louvre, après avoir subi les quolibets des Angevins sur son métier et esquissé une pique humoristique vite interprétée comme une provocation, il est traîné jusqu'à la fierté des Benion : leur magasin de meubles et, surtout, l’aïeul à l'article de la mort, le fondateur de leur dynastie de nouveaux riches. Lors de ce périble, l'un des frères monte fouiller une malle dans le grenier et en extrait une abominable croûte qu'il soumet à l'expertise du nouveau gendre, qui, mal à l'aise, tente d'esquiver la réponse par une jargonnade. Hélas, sa future belle-famille la comprend comme une éloge, pire : comme un serment. Sans s'en rendre compte, le jeune homme vient de s'engager à faire exposer « Le chien qui louche » au Louvre avant que le grand-père ne décède. Et les Benion sauront comment lui rappeler sa « promesse »... Démarré comme une chronique du couple ordinaire, Le chien qui louche se transforme avec beaucoup d'humour en une balade artistique avec l'introduction du personnage central : le musée et ses admirateurs plus ou moins mystérieux. Fabien déambule dans les salles, au milieu des statues et des tableaux, des habitués et des touristes pressés. Mi-fasciné, mi-blasé, accompagné de l'étrange monsieur Balouchi, il entraîne le lecteur vers une réflexion sur l'Art et sa perception, ainsi que sur les raisons qui font qu'une œuvre puisse être accrochée en ces lieux.


   


Etienne Davodeau bascule doucement son histoire dans l'absurde, entre les exigences délirantes de la beaufitude et l'assistance d'une mystérieuse société secrète qui fait irruption dans la routine du héros. Seules les scènes finement observées entre les deux amoureux apportent à ce récit décalé son ancrage dans le réalisme du quotidien. Hymne d'amour au Louvre, Le chien qui louche sème son grain de folie dans le train-train parisien. Savoureux.(http://www.bdgest.com/chronique-5873-BD-Chien-qui-louche-Le-chien-qui-louche.html)
Après les vignes, le Louvre. Etienne Davodeau, auteur des enivrants Ignorants et de la libre Lulu femme nue, s'est immergé dans le musée pour en tirer une comédie charmante. Dans Le Chien qui louche, un surveillant tente un braquage à l'envers, pour accrocher aux fameuses cimaises une croûte de sa belle-famille (le portrait d'un... chien qui louche, donc).« Nous sommes dans l'une des principales salles du Louvre, dite des Caryatides. Le héros du Chien qui louche, Fabien, est un surveillant. Il fait un petit jeu avec un collègue : au bout de combien de temps la question de la Joconde (où est-elle... ?) va-t-elle surgir ? Cette page vise à présenter un personnage mystérieux et important, M. Balouchi, qui entretient un rapport très particulier au musée – et dont je ne veux pas dire plus pour conserver un certain suspense... Il aborde l'art de façon très prosaïque. Pour lui, la statue qu'il décrit est semblable à une joueuse de volley-ball. Je cherche ainsi à montrer les œuvres et m'arrêter sur elle de façon ludique. Afin de piquer l'attention du lecteur, à une époque où les visiteurs déambulent au Louvre comme on va chez Disneyland, en glissant davantage qu'en observant vraiment.


                 

Quand j'ai lu Période glaciaire, le livre de Nicolas de Crécy autour du Louvre [paru en 2005], j'ai postulé pour vivre la même expérience : travailler sur ce musée. J'ai pu obtenir un merveilleux sésame, une carte permettant d'y accéder tout le temps, sans restriction aucune – même quand c'est fermé, même dans les salles où le public ne peut aller... J'y ai même passé une nuit avec mon ami David Prudhomme, auteur de La Traversée du Louvre, mais ne m'en suis pas servi pour l'album. Ah, je m'en suis goinfré, du Louvre, deux années durant ! Et j'ai réalisé à quel point il était difficile d'englober ce lieu entier dans un seul ouvrage. J'ai eu envie d'une comédie légère, déjantée. Je me suis alors orienté vers les surveillants, présents toute la journée, presque invisibles pour le public. J'en ai interviewé une quinzaine, j'ai passé plusieurs journées complètes avec eux. »« Voilà la cour Puget, où j'ai passé beaucoup de temps. Un endroit agréable, imposant, élégant, lumineux... Cette page clôt une séquence muette où l'on voit Fabien prendre ses fonctions. J'ai découvert en préparant cette BD qu'on appelle les ailes du Louvre des “régions”. Il y a donc des surveillants “inter-régions”... Ils découvrent leur affection le matin pour la journée. Ici, la quiétude des lieux est troublée par l'arrivée de deux lourdauds, les futurs beaux-frères de Fabien. Je me suis amusé à faire concorder l'attitude des statues et les dialogues. Mais figurez-vous que je suis allé au Louvre récemment et que ces deux statues, justement, avaient disparu...

               
                                


Ca bouge beaucoup ! Assez rapidement, j'ai su que j'allais privilégier les sculptures aux peintures — c'est moins ennuyeux, il faut trouver un angle, une expression, et ça évite une réinterprétation trop scolaire. Je ne me suis pas torturé outre mesure pour représenter les œuvres : je suis un auteur de BD, pas un pur dessinateur. Pour moi qui sortais de deux années dans les vignes pour les besoins de mon précédent album (Les Ignorants), ça a été assez complexe ! Je crois que je n'ai jamais croqué autant de personnages... » « Fabien est ici en salle de repos, où les surveillants prennent leurs pauses. On y trouve un café, et une bibliothèque qui comporte même des bandes dessinées ! L'anecdote citée m'a été réellement rapportée : les pieds de certaines statues ont des reflets anormaux, parce qu'elles ont été lustrées par des fétichistes qui s'y frottent et les lèchent... Les surveillants du Louvre ont un rapport particulier à leur métier : ils doivent être présents sans se faire remarquer, dans un des endroits les plus connus au monde. Certains font abstraction de ce qui les entoure, d'autres sont hypersensibles à certaines salles ou époques, et développent une vraie compétence artistique. Ce livre a souffert de mon travail précédent sur Les Ignorants, que j'ai très largement improvisé. J'ai eu du mal à fonctionner de façon plus conventionnelle, en écrivant un scénario avant de réaliser la partie graphique. J'ai donc fait une note d'intention, puis me suis lancé librement. J'ai dessiné l'histoire de manière chronologique, très conventionnellement, sur du papier, à l'encre et au lavis... Actuellement, je commence mon prochain album : Cher pays de mon enfance, une collaboration avec le journaliste Benoît Collombat de France Inter, sur les dessous sanglants de la Ve République, qui sera publiée dans La Revue dessinée et chez Futuropolis. »(http://www.telerama.fr/livre/bd-le-chien-qui-louche-viree-drolatique-avec-les-surveillants-du-louvre,105299.php)

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