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vendredi 10 juin 2016

Tennessee Williams

Délicate, vaporeuse, foisonnante de personnages solitaires, fragiles et damnés, l’œuvre dramatique de Tennessee Williams, trente ans après sa mort pitoyable (saoul, dans un hôtel de New York, seul, étouffé par le bouchon utilisé en cuiller pour ingurgiter deux capsules de Seconal), demeure l’une des grandes dramaturgies américaines du vingtième siècle (avec celles d’Eugene O’neill et d’Arthur Miller) une œuvre surannée certes comme la dentelle ancienne, mais de la dentelle véritable, que, signe de survie, admirent et déchirent les metteurs en scène du siècle suivant, les Européens surtout, tels l’Allemand Frank Castorf et le Polonais Krystof Warlinowski. C’est le fameux Tramway nommé désir, évidemment, qui, créé en 1947 (une demi-heure d’applaudissements au Barrymore Theater), continue de reconduire la réputation de Williams à travers rues et avenues du théâtre universel depuis près de sept décennies; le Tramway c’est Brando en camisole mouillée de sueur qui hurle « Stella! » à sa femme qu’il a violée et qui l’aime, mais c’est surtout le personnage sublimé et pathétique de Blanche Du Bois, la sœur survenante et sophistiquée de Stella, qui demeure parmi les plus célèbres personnages du théâtre du vingtième siècle avec la Mère Courage de Brecht, les bonnes assassines de Genet et la Winnie enlisée de Beckett, ces sœurs de Willy Loman de Miller, les clochards qui attendent Godot et du Zucco en fuite de Koltès. Tous perdants. Tous survivants.(http://revue.leslibraires.ca/chroniques/litterature-etrangere/tennessee-williams-la-dramaturgie-de-verre)


                 

Fidèle à son goût de l'aventure, John Huston instaurait un contexte explosif à la production de La Nuit de l'iguane afin de pouvoir créer toute la tension propice à cette adaptation fiévreuse de la pièce de Tennessee Williams. Le réalisateur embarque ainsi son équipe et trio de star (Richard Burton, Ava Gardner et Deborah Kerr) loin du confort des studios dans la zone portuaire alors sauvage (mais devenu un incontournable touristique grâce au film) de Puerto Vallarta surplombée par une jungle épaisse.A cela s'ajoute la présence sur le tournage d'Elizabeth Taylor accompagnant Richard Burton (et veillant sans doute au grain au vu de la présence de cette croqueuse d'hommes d'Ava Gardner) et le couple encore illégitime après les soubresauts de Cléopâtre entraine avec lui une armée de paparazzi qui ajoute encore à la tension ambiante sur le plateau. Huston jamais aussi à l'aise que dans le chaos calmera tout le monde avec humour en offrant à chaque membre du casting un pistolet en or avec le nombre de balles correspondant aux partenaires, cette solution extrême amusant tout le monde et détendant l'atmosphère.Ce contexte sert donc parfaitement un récit intense et en huis-clos. Dans un hôtel isolé, différents personnages devront faire face à leurs démons en pleine moiteur mexicaine. En premier lieu Larry Shannon (Richard Burton) prêtre défroqué et déchiré entre sa foi, ses désirs charnels et son attrait pour la boisson et se trouve au bord de la rupture. Cet intenable dilemme place le personnage dans des accès de rage et d'hystérie épique où Burton peut donner sa pleine mesure dans le registre excessif qu'on lui connaît, notamment la mémorable ouverture où il craque face au regard accusateur de ses paroissiens ou encore le trop plein d'émotion qui le voit marcher pieds nus sur du verre brisé, n'y tenant plus face aux assauts de la nymphette Charlotte (Sue Lyon de nouveau en tentatrice juvénile après Lolita).La problématique de Burton est la plus explicite, portée par l'exubérance de l'acteur mais Huston s'y prendra de façon plus subtile avec celles qui complètent ce curieux triangle amoureux, Ava Gardner (son amour) et Deborah Kerr (sa conscience, Sue Lyon plus en retrait étant son désir et sa culpabilité). Loin de la beauté inaccessible qu'elle sut si bien incarner, Ava Gardner mise en confiance par Huston joue sans doute le personnage le plus proche de sa vraie personnalité.




   


Garçon manqué durant son enfance et jusque la manifestation de sa féminité, Ava Gardner en aura gardé des traces une fois star puisque capable de jurer et lancer les pires plaisanteries grivoises dénotant avec son aura glamour et on retrouve tout cela dans ce personnage de Maxine débraillée et rigolarde. L'actrice assume pleinement sa quarantaine entamée et sous l'excès apparent distille subtilement au détour d'un dialogue ou d'un regard la profonde solitude de Maxine, son amour non avoué pour Shannon tout en laissant exploser sa sensualité lorsqu'elle s'abandonne aux bras de ses "boys".Face à ses deux monstres Deborah Kerr, s'illustre avec un personnage tout en retenue et subtilité qui a trouvé la paix et sera une béquille pour ses compagnons torturés.


                               

Ce calme intérieur et cette compréhension la condamne aux seuls plaisirs spirituels mais c'est bien elle qui s'allègera le plus simplement de sa croix avec la fin de son grand-père poète (Cyril Delevanti) trouvant enfin ses ultimes vers dans une scène magnifique.Huston confère une énergie formidable à l'ensemble qui évite constamment le théâtre filmé tout en donnant tout l'espace aux acteurs pour déclamer avec passion les tirades de Tennessee Williams le tout étant largement connoté d'aspect et situations scabreux explicité comme ce moment où Ava Gardner est sur le point de mettre à jour l'homosexualité latente de Mrs Fellowes (Grayson Hall).Huston capte à merveille l'atmosphère nocturne, la moiteur ambiante et l'étrangeté de ce moment qui verra enfin chacun se révéler à lui-même. On quasiment l'impression de se réveiller dans un lieu tout différent lorsque le jour fait son apparition lors de l'épilogue, voyant s'éloigner la détachée Deborah Kerr et donnant un futur possible à ses héros enfin apaisés.(http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/)


                                


Sidney Lumet et Meade Roberts - un scénariste de télévision qui a déjà travaillé avec le cinéaste et qui passe à cette occasion au grand écran – adapte avec The Fugitive Kind une pièce de Tennessee Williams. L'auteur dramatique a travaillé encore et encore cette pièce qui lui tenait à coeur mais Orpheus Descending, variation style Old South du mythe d'Orphée. ne l'a jamais complètement satisfait.Les personnages sont très beaux et la justesse du jeu des acteurs leur confère une sorte d'aura mythique. Marlon Brando et Anna Magnani incarnent pleinement à l'écran les personnages tourmentés et complexes de Williams. Brando avec sa présence naturelle et son jeu écorché confère une immédiate intensité à son personnage et Ana Magnani - qui pourtant parle à peine anglais au moment du tournage - fait vibrer les mots de Williams dans sa bouche. Le côté très littéraire du texte passe ainsi à merveille, la mise en scène discrète mais précise de Sidney Lumet parvenant à nous faire complètement oublier l'origine théâtrale du récit. On trouve dans ce film certains des grands thèmes de Lumet. Il ne s'agit pas de faire un auteurisme à rebours, simplement de constater que naturellement les interrogations du cinéaste rejoignent celles des grands auteurs américains.Lumet observe le fonctionnement d'un groupe, d'une communauté, et regarde comment ceux-ci poussent les gens à rentrer dans le rang sous peine d'exclusion. Ici il s'agit d'une petite ville du Mississippi et d'une population réactionnaire, mais ce sont les mêmes mécanismes qui se feront jour lorsque le cinéaste filmera le fonctionnement de la police ou de la démocratie américaine. The Fugitive Kind est un beau film dans lequel Lumet parvient à retranscrire l'atmosphère sauvage, sexuelle et moite de Tennessee Williams et à nous immerger dans ce vieux Sud étouffant qui a toujours fasciné et dégoûté l'écrivain américain.


           

Il s'agit d'un film noir filmé en noir et blanc et qui dure environ deux heures. Le scénario est tiré d'une pièce de théâtre. Les décors sont donc limités mais l'espace restreint du magasin ou se déroule l'essentiel de l'histoire est parfaitement utilisé. La mise en scène se focalise sur les personnages. Valentin est un musicien, un marginal qui n'a pas d'attache. Suite à des déboires avec la justice il quitte la Nouvelle Orléans et il échoue dans une petite ville. Bien décidé à changer de vie il se fait embaucher dans un magasin tenu par Lady ... et il fait de son mieux pour rentrer dans la norme. Les dialogues sont intenses et pleins de sens. Il y a peu d'action et le film présente tout de même quelques longueurs. L'ambiance est sombre, très pessimiste. Les personnages sont torturés, traînant leur passé parfois très lourd. Le racisme et l'intolérance sont en arrière plan. Les marginaux ont du mal à être intégré dans une société qui n'accepte pas les différences. Les indésirables sont priés d'aller voir ailleurs. Le point fort du film c'est l’exceptionnelle qualité de l’interprétation. Marlon Brandon est époustouflant dans le rôle de Valentin. La réplique est donnée par Anna Magnani très émouvante dans le rôle de Lady.(Greenwich)

2 commentaires:

  1. https://1fichier.com/?f3kqw23gfu
    https://1fichier.com/?74f45b5vhz

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  2. Comme le chante si bien notre papy rocker national JOHNNY "on a tous en nous quelque chose de TENNESSEE" vous avez surement vu UN TRAMWAY NOMME DÉSIR 1951 BABY DOLL 1956 LA CHATTE SUR UN TOIT BRÛLANT 1958 ou encore SOUDAIN L’ÉTÉ DERNIER 1959 mais vous souvenez vous de LA MÉNAGERIE DE VERRE 1950 LA ROSE TATOUÉE 1955 L'ECOLE DES JEUNES MARIES 1962 ou PROPRIÉTÉ INTERDITE? sinon des séances de rattrapages s'imposent que du très bon,bons films

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