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dimanche 19 juin 2016

Michael au théatre

Fin de carrière en apothéose pour Joseph L. Mankiewicz qui signe avec Le Limier est ultime chef d’œuvre composant un condensé idéal de son œuvre. Après la déconvenue de son Cléopâtre (1963 et dont le montage lui avait échappé le film de 6h en deux parties se réduisant à un seul de 4h, une version intégrale reste à exhumer) les derniers films du réalisateur avaient témoignés d’un cynisme et d’un désabusement croissant dans l’expression de ses thèmes de prédilections (les faux-semblants, l’ambition) avec la comédie Guêpier pour trois abeilles (1967) et le western Le Reptile (1970). La pièce d’Anthony Shaffer (qui signe également le scénario et façonne une trilogie manipulatrice avec The Wicker Man et le Frenzy de Hitchcock) par son concept et sa dimension d’exercice de style s‘avérait donc un écrin idéal pour illustrer la vision amère qu’avait Mankiewicz de ses semblables, certes présente dans toute sa filmographie mais tempérée jusque-là par un certain romantisme (L’Aventure de Mme Muir (1948)), un optimisme pas encore éteint (On murmure dans la ville (1951)) et un sens de la tragédie puissant (La Comtesse aux pieds nus (1954)). Cette fois l’intrigue, le cadre en huis-clos et le duel entre deux uniques protagonistes amène une épure, une noirceur mais aussi une virtuosité bien plus frontale.L’histoire est celle d’un affrontement entre deux protagonistes dont les différences dessinent toute la problématique du film. Andrew Wyke (Laurence Olivier) riche auteur de roman policier anglais va convoquer dans sa somptueuse résidence le modeste coiffeur londonien Milo Tindle (Michael Caine) qui se trouve être le jeune amant de sa femme. Nul reproche à lui faire mais un curieux marché à lui proposer : simuler le vol d’un couteux bijou dont Wyke touchera l’assurance, tandis que sa vente permettra à Tindle d’assurer le train de vie qu’exigera l’ex Mme Wyke.


           


Tout cela dissimule bien sûr une manipulation et un piège diabolique qui va entraîner les deux protagonistes dans un face à face extraordinaire. La première partie du film est celle de Wyke. Erudit, malicieux et hautain, les plaisirs de ce pur gentleman se placent évidement à des niveaux supérieurs, ceux du jeu intellectuels qu’il se plait à constituer dans ses romans policiers, dans son environnement avec cette demeure incroyable composée d’innombrables artifices et au final de sa propre vie avec le défi qu’il va proposer à Milo.Ce dernier, plus terre à terre ne peut suivre l’humour raffiné, les références culturelles et le bagout que constituent la logorrhée de son interlocuteur. La scène d’ouverture où Wike finit par lui permettre l’accès jusqu’à lui dans le labyrinthe où il s’est égaré annonce ainsi le piège dans lequel il va tomber, l’humiliation où il va se laisser entraîner. Toute cette première partie traduit cette supériorité, dans la caractérisation des personnages comme dans les situations, Wike mène le jeu.


                               

Milo attend en vain son tour tandis que Wike achève les coups gagnant de billard, est suffisamment bien manipulé pour accepter ce marché improbable et au final rabaissé plus bas que terre, sa basse extraction ne lui ayant pas conféré l’aptitude à se sortir de ce mauvais pas.Le Limier constitue donc une vision de la lutte des classes réduites à sa plus simple expression, un affrontement entre tradition et modernité. On peut dans un premier temps réduire ce questionnement à l’Angleterre où cette dimension est si importante. Andrew Wike est un représentant établi de cette haute société anglaise, toisant de toute sa supériorité les inférieurs où se mélangent les pauvres bougres destinés à le rester et les étrangers qui ne seront jamais assimilés. Milo Tindle est de ceux-là méritant d’autant plus le mépris par ses origines « métèques », lui fils d’immigrant italien osant convoiter l’épouse de celui qui le surclasse en tout. Sans trop en dévoiler sur les rouages du scénario diabolique, la deuxième partie sera celle de Tindle qui va balayer par son audace cette vision dépassée. Le parvenu/étranger doit faire plus d’effort pour s’élever, apprendre et s’adapter et du coup exprime une rage et une volonté que les nantis n’ont jamais eu.


                  

La revanche se fera ainsi des plus cinglantes, Tindle attendant non seulement de rendre la pareille mais d’éteindre littéralement l’arrogance de Wike en le prenant à son propre jeu.Le récit prend encore plus de saveur en tenant compte du background des deux acteurs. L’icône shakespearienne qu’est Laurence Olivier, son prestige et ses interprétations légendaires se frotte ainsi au jeune premier montant qu’est Michael Caine qui aura dû plus qu’à son tour affronter ces clivages de classe pour parvenir en haut de l’affiche. On peut y faire diverses interprétations, Olivier représentant une tradition poussiéreuse et figée des arts (le théâtre par exemple) qui ne sortira que momentanément vainqueur quand Caine plus volontaire, plus souple et inventif symbolise une modernité (le cinéma, la télévision) qui saura s’inspirer du passé pour produire autre chose. C’est ainsi que Tindle humilié réussira à concevoir un chausse-trappe encore plus cruel et virtuose pour vaincre Wike.(chroniqueducinephilestakhanoviste)


                              


Piège Mortel (1982): Sidney Bruhl, auteur de comédies policières, assiste dépité à la première représentation de sa dernière pièce : c’est un four. Le public comme la critique s’accordent pour juger la pièce exécrable. De retour dans son charmant « cottage », Bruhl retrouve sa femme Myra, épouse aimante, dévouée, mais cardiaque, et adepte de toutes substances aptes à calmer une nervosité hyperbolique. Le dramaturge fomente alors un projet susceptible de relancer sa carrière ; il veut s’approprier le manuscrit de Piège mortel, une brillante comédie policière écrite par Clifford Anderson, l’un de ses étudiants. Le soir même, il invite le jeune homme chez lui. La tension est à son comble : nous savons que Sidney envisage d’assassiner son élève, et que sa femme Myra veut l’en dissuader, sans éveiller les soupçons du jeune homme. Nous interprétons donc les paroles de Sidney comme fallacieuses et dangereuses, celles de Myra comme des tentatives de détournement, et les signes d’inquiétude du jeune homme comme tout à fait légitimes. Les gros plans insistent sur l’état des personnages : le malaise grandissant de Christopher Reeve, l’anxiété extrême de Dyan Cannon et l’effrayante froideur de Michael Caine. La menace est croissante, jusqu’à l’entrave physique de l’étudiant, menotté par de grosses chaînes. Sidney met alors fin à l’angoisse en donnant à Clifford la clé pour se libérer. C’est dans cet instant de soulagement général, évidemment partagé par le spectateur, que le professeur s’empare subitement des chaînes et étrangle son élève avec force jusqu’à lui trancher la gorge, sous les yeux effrayés d’une Myra impuissante. Après avoir enterré le cadavre, le couple se remet paisiblement de ses émotions et s’apprête à dormir. Bruhl demande à son épouse d’aller ouvrir la fenêtre.


   


Celle-ci s’exécute lorsque surgit Clifford, revenant d’outre-tombe, le visage en sang et le corps recouvert de terre humide. Il assomme son "meurtrier" de plusieurs coups de bûche et poursuit Myra jusque dans le salon. Myra s’effondre, succombant à une attaque cardiaque. C’est alors que Sidney rejoint Clifford, les deux hommes observant sereinement le cadavre côte-à-côte. Le spectateur comprend à cet instant qu’il est manipulé depuis le début par ces deux dramaturges aussi cyniques que monstrueux, qui ont construit, mis en scène et interprété une pièce dont Myra est la dupe et la victime. Ainsi se résume la première partie de Piège mortel, construite comme une scène d’exposition, présentant à la fois le lieu dans lequel le film va se dérouler (la maison d’un auteur d’intrigues policières, collectionnant les armes utilisées dans ses pièces), les personnages de Sidney et Clifford (dont on ignore qui est le plus intelligent, le plus fourbe et le plus dangereux des deux), les thèmes qui seront développés (la manipulation, le jeu de dupe, l’illusion, la duplicité) et le ton qui sera adopté (une esthétique baroque, jouant du théâtre dans le théâtre, mêlant horreur et humour noir avec une légèreté et une efficacité tout à fait déconcertante).



                

Bref, le spectateur est d’ores et déjà mis en garde : il ne saura jamais s’il doit croire en ce qu’il voit, si les personnages sont sincères ou menteurs, si celui qui semble manipuler est bien maître du jeu, s’il faut rire ou s’effrayer de ce qui se déroule sous ses yeux.Au premier abord, le film ne semble pas avoir d’autres enjeux que celui de jouer avec la théâtralité et les émotions du spectateur. Sidney Lumet est pourtant réputé pour ses films sociaux et engagés, dénonçant les dangers d’une justice expéditive dans Douze hommes en colère et Le Verdict, la manipulation des médias dans Network, les répercussions de l’engagement politique des parents sur leur progéniture dans À bout de course. Il s’intéresse par ailleurs aux intrigues policières et criminelles dans Serpico et plus particulièrement dans The Offence, nous proposant une plongée dans la conscience troublée d’un policier traumatisé par la violence des crimes auxquels son métier le confronte. Si divers sont les sujets abordés dans ses films, tous se rejoignent sur un point : le sérieux avec lequel ils sont traités.


                              


C’est pourquoi Piège mortel apparaît si particulier, si inattendu dans le paysage cinématographique de ce réalisateur, bien que cette tonalité hybride soit déjà perceptible dans Un après-midi de chien, drame social contenant quelques touches d’un humour absurde. Le spectateur se trouvera parfois mal à l’aise face à un film oscillant en permanence entre humour noir et monstruosité, et se demandant jusqu’où le réalisateur est prêt à aller. Le choix de l’acteur principal, Michael Caine, renforce également cette ambiguïté, dans la mesure où ses rôles les plus marquants sont plutôt sombres et inquiétants : soldat combattant pendant la Deuxième Guerre mondiale dans Trop tard pour les héros (1970), malfrat cherchant à venger son frère dans La Loi du milieu (1971), coiffeur parvenu jouant un jeu dangereux avec le mari de sa maîtresse dans Le Limier (1972), psychiatre psychopathe dans Pulsions (1980). Incarnant ici Sidney Bruhl, un dramaturge aux intentions équivoques, Michael Caine nous propose un brillant numéro d’acteur. Jouant tour à tour l’écrivain aux abois, le meurtrier déterminé, l’époux amoureux et dangereux, l’amant inquiet et soumis, son visage caméléon se prête à cette multiplicité de caractères qui nous paraissent tous plus convaincants les uns que les autres...(Dvdclassik)

1 commentaire:

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