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jeudi 23 juin 2016

Greer Garson

Greer Garson va régner au sommet durant toutes les années de guerre au travers de rôles de femme digne et courageuse. Pendant quatre années elle figure sur la liste des top-ten des champions du box-office (de 1942 à 1946)11. Le réalisateur Mervyn LeRoy devient le réalisateur attitré de Greer Garson. Après Les Oubliés, elle tourne dans deux autres triomphes du box-office avec ce réalisateur, Prisonniers du passé et Madame Curie, mélodrames sentimentaux assez académiques. Adulés par le public et la critique de l’époque, ces films sont parfois aujourd’hui jugés plus sévèrement : « Greer Garson, championne du décorum, dont le jeu compassé convenait parfaitement au style anonyme du metteur en scène ». Certes, le sujet de Prisonniers du passé peut aujourd’hui prêter à sourire (le film lança la mode de films ayant pour thème l’amnésie), mais, malgré un coup de théâtre peu crédible, l’alchimie fonctionna grâce à un certain charme et à un désarmant savoir-faire. Quant à Madame Curie, il est conçu à nouveau pour servir de véhicule au couple qui fait fureur au box-office, Greer Garson et Walter Pidgeon. Puis, c’est Tay Garnett qui la dirige dans Madame Parkington et La Vallée du jugement, pour lesquels elle obtient deux nouvelles nominations aux Oscars. Il affirme dans son autobiographie s’être bien entendu avec elle, et avoir réussi « à dégeler son jeu très grande dame et à atténuer sa tendance au théâtral. » Quelques années plus tard, la MGM cantonnera de la même manière dans des personnages exemplaires une autre comédienne britannique, Deborah Kerr.(Wiki)


                 

Random Harvest, adulé aux Etats-Unis, représente l’exemple type de ce que pouvait être le mélo hollywoodien des années 40, genre dans lequel se spécialisèrent des cinéastes tels Irving Rapper ou Edmund Goulding avec comme vedettes principales Bette Davis ou Joan Crawford, et dont le plus beau fleuron pourrait bien être Now Voyager (Une femme cherche son destin). L’histoire de Prisonniers du passé est celle d'une femme déterminée à ressusciter un amour égaré dans l'esprit de l'homme qu'elle aime mais qui ne la reconnaît plus. Comme pour la grande majorité des mélos de cette période, nous y trouvons un postulat de départ totalement improbable que l’habileté d’un scénario réussit à faire digérer avec ses invraisemblances et ses ficelles usées jusqu’à la corde, un dosage parfait de coup de théâtre, de romantisme et d’instants plus calmes, toute une ‘iconographie’ que l’on retrouve de films en films avec une prédilection pour la pluie, les larmes, les miroirs, les toiles peintes champêtres, les départs en train, etc., le tout baigné dans une photographie ultra léchée et des décors, costumes et maquillages très sophistiqués…Tout est en place et Mervyn LeRoy, professionnel jusqu’au bout des ongles, dirige avec une certaine délicatesse cette histoire d’amour impossible entre un millionnaire amnésique et une chanteuse de cabaret. Il faut dire qu’il est bien aidé par les scénaristes qui, toujours sur le fil du rasoir mais arrivant à ne jamais tomber dans le ridicule, démontrent un savoir faire indiscutable ; tout coule et se déroule avec fluidité malgré la mise en place d’un jeu narratif assez complexe dans lequel les fantaisies de la mémoire se jouent cruellement du spectateur qui se surprend à se retrouver face à un véritable film à suspense. En effet, Paula, ayant réussie à retrouver la trace de son mari disparu, va essayer selon les directives d’un psychiatre, de faire ressurgir les souvenirs de leur bonheur passé, mais avec tact, sans dévoiler ni son identité ni les relations qu’ils purent avoir pour ne pas risquer de provoquer de choc psychologique qui serait peut-être encore plus dommageable que sa semi-amnésie. Les occasions de stimuler cette mémoire vont alors se multiplier mais, désespérément, rien n'y fait et le spectateur est au supplice à cause de l’empathie qu’il ressent pour le personnage de Greer Garson.


            

Que le soldat ne reconnaisse même pas en Paula la femme qu’il a passionnément aimé devient assez vite un véritable crève-cœur ! Nul doute que si Greer Garson, parfaite dans un rôle qui lui tenait sans doute fortement à cœur, n’avait pas obtenu cette année là l’Oscar de la meilleure interprète féminine pour un autre mélodrame encore plus réputé, Madame Miniver de William Wyler (qui récolta par la même occasion celui du meilleur scénario écrit… par la même équipe), elle l’aurait certainement reçue pour Random Harvest qui fut néanmoins nominé sept fois (les seules nominations de la carrière du cinéaste) sans rien rapporter. Ce qui n’empêcha pas le film de Mervyn Leroy de rafler tous les suffrages publics et critiques et d’être l’un des plus grands succès commercial de l’année 1943. Quant à Ronald Colman, sa composition est elle aussi admirable.


                           

Aussi convaincant dans la première partie au cours de laquelle, sous le coup de son traumatisme, il éprouve de fortes difficultés d’élocution et où il réapprend à vivre et à redécouvrir les bonheurs simples de l’existence, que dans la seconde où, ayant retrouvé sa véritable identité et son aplomb, il n’en apparaît pourtant pas aussi serein qu’il devrait l’être, homme devenu fragile par le doute et l’incertitude qui le rongent quant à ses trois années oubliées, persuadé en son for intérieur avoir vécu une belle histoire d’amour, une clé retrouvée dans la poche de son veston étant le seul objet le reliant avec cette partie de sa vie occultée mais qu’il sent avoir été une période bénie. Se raccrochant désespérément à ce ‘trou noir’ qu’il espère arriver à éclaircir un jour, il vit continuellement dans une espèce de tristesse, dans une nostalgie incompréhensible puisque basée sur du vide, perdu dans cette tentative de s’accrocher à un bonheur ressenti au plus profond de son âme sans qu’il n’en connaisse l’origine. L’on se rend compte de la complexité d’un tel rôle et Ronald Colman y est vraiment touchant.(http://www.dvdclassik.com/critique/prisonniers-du-passe-leroy)


                           

Le Dictateur de Charlie Chaplin (1940), Arise my love de Mitchell Leisen (1940) ou encore To Be or not to be de Lubitsch (1942) furent des films produits par Hollywood avec la volonté sous-jacente d’inciter l’Amérique à entrer en guerre (le Lubitsch tourné avant fut retardé et sorti finalement alors que le pays était déjà engagé). Madame Miniver allait pourtant les surpasser dans cette optique avec un des plus beaux mélos des années 40. Plutôt que la fable de Chaplin ou la farce de Lubitsch, Wyler opte pour le mélodrame à l’empathie plus immédiate avec le destin de cette famille britannique confrontée à la guerre. Le film adapte le livre éponyme de l’auteure anglaise Jan Struther paru en 1940 et au fil de l’engagement inéluctable des Etats-Unis dans le conflit, le scénario n’aura de cesse d’affirmer un propos de plus en plus vindicatif sur l’ennemi allemand, loin de la neutralité des premières moutures. Sorti finalement après Pearl Harbor, le film sera alors totalement en phase avec le sentiment d’alors de l’opinion et aura un impact certain dans la politique de Roosevelt, notamment au niveau de l’aide américaine à la Grande-Bretagne. Fort heureusement loin de cet assumé rôle de propagande à replacer dans son contexte, Mrs Miniver est surtout un petit bijou d’émotion.Le fait d’évoquer une famille britannique était supposé amener une certaine distance avec le sujet pour le public américain, mais Wyler en plaçant la thématique d’une guerre, d’un mal et de la mort se rapprochant inéluctablement parle en fait à ses compatriotes encore extérieurs aux évènements. La première partie fait ainsi office de paradis perdu où l’on découvrira la famille Miniver et le paisible village anglais typique où ils vivent.


         

Wyler caractérise ses personnages avec tendresse dans un quotidien fait de situations cocasses – la crise d’achat commune du couple au début-, de seconds rôles attachant –le chef de gare et son goût inattendu pour le la culture des rose- et de romance pleine de candeur entre le fils aîné Miniver et la jolie voisine incarnée par Teresa Wright. Le sens du détail du réalisateur et la conviction des acteurs font de ces archétypes universels des êtres plus consistants auquel on pourra s’identifier lorsque les nuages poindront dans ce cadre idyllique. Cette menace, c’est bien sûr le risque de guerre qui vient jeter un froid sur tous ces moments insouciants tel ce God save the queen solennel venant interrompre une scène de bal. Une fois le conflit lancé, cette imagerie idéalisée va s’effriter lorsque la famille devra se confronter aux rigueurs de la guerre. Wyler mêlera idées visuelles et situations dramatiques pour illustrer cette bascule progressive vers vers une tonalité plus sombre. Ce sera d’abord avec l’angoisse latente pour ce fils aîné (Richard Ney) engagé dans la RAF, et surtout avec ces nuits de blitz où les moteurs des avions ennemis et de la chute des obus envahissent désormais l’espace sonore.


                               

Une des scènes les plus glaçantes verra d’ailleurs Greer Garson et Walter Pidgeon donner le change dans leurs abris en se rassurant par une discussion badine tandis que les explosions se rapprochent. Les Miniver se trouveront ainsi de plus en plus impliqués à ses grands enjeux lorsque le père sera engagé dans une mission de sauvetage à Dunkerque et surtout par la confrontation directe avec l’ennemi lorsqu’un pilote allemand écrasé viendra menacer Greer Garson. La guerre passe ainsi d’un sujet de conversation lointain à une menace latente puis enfin un danger concret où l’ennemi est à nos portes.En accentuant ce climat de chaos, Wyler ne cherche pas à faire céder ses héros mais au contraire à éveiller ce qu’il y a de meilleur en eux. On en a un bel exemple tout d’abord avec ce clivage de classe désormais révolu qui verra la fière Lady Beldon (May Whitty) laisser la victoire à son concurrent « indigne » mais tout aussi méritant dans la traditionnelle compétition florale du village.(http://www.iletaitunefoislecinema.com/chronique/6148/)

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