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vendredi 27 mai 2016

L’île du docteur Moreau

Wells questionne son lecteur sur la place de l’être humain dans le monde animal et de l’animal dans l’être humain, mais aussi sur la place de la souffrance dans la recherche scientifique (plus particulièrement la vivisection), et ce qu’il est permis de faire ou non au nom de la science. Des questions qui sont toujours d’actualité, comme vous l’aurez remarqué. Peut-on poursuivre certains buts? Est-il humain de tolérer d’entendre la souffrance s’exprimer et de rester de marbre?  La science ne doit-elle pas avoir certaines limites? Ce sont en tout cas les questions qui me sont venues à l’esprit, en lisant par exemple les passages où le puma est littéralement torturé. Bien sûr, on sait maintenant que certains aspects de « l’île du docteur Moreau » sont complètement improbables. Par exemple, créer un être humain en modifiant la forme physique d’un animal est impossible, et découper puis « recoller » certains bouts d’animaux à d’autres relève de la mythologie et des chimères. Mais s’il est admis que réussir de tels « exploits » en utilisant cette technique relève du rêve ou du cauchemar, nous savons tous qu’à l’heure actuelle en modifiant les gènes nous pouvons obtenir des créatures étranges, comme tel animal fluorescent ou tel chat/chien hypoallergenique… ce qui n’est pas si éloigné des pratiques du Dr Moreau, bien que le but ne soit clairement pas de « créer de l’être humain ». Comme quoi, H.G. Wells a réussi non seulement au cours de ce roman à parler des questionnements de la fin du XIX° siècle, mais en même temps à évoquer ceux qui nous assaillent deux siècles plus tard. Lui qui ne souhaitait qu’écrire des romans de divertissement et qui ne voulait pas qu’on le compare aux récits d’anticipation de Jules Verne, il s’est bien mis le doigt dans l’oeil!(http://www.babelio.com/livres/Wells-Lle-du-docteur-Moreau/17694)



                            

Island of the lost souls de Kenton-(1932)-On sait que Charles Laughton était un immense acteur. Il le démontre une fois de plus dans cette version du chef d’œuvre de science fiction d’HG Wells qu’il irradie du mélange d'onctuosité et de venimosité qu’il savait si bien imprimer à beaucoup de ses rôles. On connaît le propos du roman de Wells qui dénonce la volonté de l’homme de s’arroger le droit divin d’inverser l’ordre naturel. Propos qui prend aujourd’hui encore plus de force avec les progrès des biotechnologies qui nous amènent souvent à jouer les apprentis sorciers. Le docteur Moreau finira dévoré par ses propres créatures dont il a perdu le contrôle tel le docteur Frankenstein avec sa chose. La texture de l’image rappelle bien sûr « King Kong » ou « les chasses du Comte Zaroff » avec la même impression d’assister à un film documentaire . Ce réalisme de l’image encore plus frappant de nos jours par contraste avec l’aspect souvent trop léché des superproductions gorgées d’effets spéciaux, compense la naïveté de certains maquillages. Un plongeon dans le temps toujours rafraîchissant et salvateur. Mon premier criterion ! (pour ceux qui ne le savent pas, criterion est une prestigieuse collection dont le but est de proposer de vieux films d'une valeur inestimable avec des qualités techniques optimales) Bon ok, tout le film était en anglais et je ne m'y entends pas assez pour tout comprendre sans sous titres. Mais peu importe, le film retranscrit l'ambiance du chef d’œuvre de Wells à merveille, et notre perception instinctive (et animale, oserais-je dire pour l'occasion!) saisit immédiatement le sens des péripéties, qu'on soit bilingue ou non. Et pour cause, les acteurs ont choisis à l'unanimité d'adopter un jeu des plus expressifs, et la palme revient de loin à cet immense acteur qu'est Charles Laughton, qui crée ici un personnage terrible et fascinant, à ranger aux côtés des grands méchants du 7e art aux côtés d'Hannibal Lecter (non je ne plaisante pas!). 


   

J'avais attendu avec excitation l'apparition du grand Lugosi à l'écran, mais il ne fait malheureusement que passer, en grande pompe (funèbre) certes, mais j'aurais aimé le voir davantage. Quant à Richard Arlen, grande découverte pour moi, cet acteur est juste formidable, il se démarque légèrement des héros typiques de Wells en affichant un caractère plus marqué, un regard fixe plutôt spécial, moins de retenue et se montrant beaucoup plus apte à survivre grâce à son état d'esprit terre à terre sans pour autant être empêtré de naïveté (grosse différence avec le protagoniste de la Machine à Explorer le temps). Les seconds rôles sont tout aussi convaincant, tandis que les hommes bêtes trempent dans le théâtral pur (What is the laaaaw ?) ou sont recalés le plus souvent à une dimension plus discrète qui apparaît alors d'autant plus menaçante, choix très judicieux de la part de Kenton qui réussit à ancrer la présence des expériences vivantes dans notre tête pendant tout le film alors que la majeure partie de la durée du film ne leur est pas consacrée. Je signale au passage que la performance des effets spéciaux est remarquable, sans âge ; on oublie très facilement que tout ceci date de 1932 en regardant le film.


                              


On pourra toujours arguer que le cœur du travail se situe dans les maquillages et que les trucages sont quasi inexistants, mais ces derniers ne paraissent en aucun cas caduque, contrairement d'ailleurs, à ceux des Morlocks de La Machine à explorer le temps, magnifiques pour le cinéphiles mais risibles pour le grand public. L'adaptation du roman est très libre, cependant, on ressent les mêmes sentiments en voyant ces images de jungle féroce, calquées sur un style expressionniste où des ombres dantesques côtoient la lumière blanche presque brillante, je tiens d'ailleurs à vanter la précision de cette édition criterion tout simplement stupéfiante. L'île, qui se voit reconstituée à l'aide de décors grandeur nature (je n'ai pas repéré une seule peinture), du port d’amarrage au vaste manoir du docteur Moreau, nous fixe un cadre presque étouffant, donnant l'idée d'un huis clos dangereux. Les dialogues sont omniprésents, et filmés en mouvement, généralement, pour renforcer cette angoisse. La musique ne se déclenche que pour le générique de début – très joli – et pour le générique de fin, ce qui se révèle parfois désorientant, mais plutôt satisfaisant au final. La hiérarchie qui régit l'île est longuement décrite, et la réflexion sur la science expérimentale n'arrive que tard dans la narration, mais prend rapidement une ampleur impressionnante.(https://youplala.wordpress.com/2009/02/03/lile-du-dr-moreau-de-herbert-george-wells/)-Bonus :


           


Deuxième adaptation cinématographique du fabuleux roman d’H.G. Wells (après le Island of the lost souls de Kenton en 1932), L’île du docteur Moreau propose une version plus fidèle (hormis quelques écarts narratifs peu dommageables comme Montgomery devenu mercenaire) à l’esprit du roman que celui de Kenton qui mettait en vedette un docteur Moreau tyrannique aux pratiques sadiques et aux desseins d’omnipotence dévastateurs. L’excellent Burt Lancaster, en fin de parcours, campe pour le coup un savant-fou pour le moins tempéré, désireux de faire évoluer la science plutôt que de se voir décoré ou d’asseoir sa mainmise sur un monde tout entier acquis à sa cause. Rejeton de Frankenstein, le docteur Moreau est autant capable d’empathie que d’indifférence à l’égard des créatures qu’il entend créer. Le fouet ne claque que pour montrer une certaine domination et enrayer toute tentative de rébellion, ersatz violent aux principes législatifs instaurés depuis leur naissance (un gardien des lois maintient l’ordre au sein de la monstrueuse confrérie). Evolutionnisme raccourci ou eugénisme anthropomorphe, peu importe le nom qu’on lui attribuera, cette entreprise, à l’instar des méthodes employées par le docteur, son sévèrement condamnées par Andrew Braddock, seul représentant moraliste du territoire îlien qui tente d’ailleurs d’éduquer par petites touches la jeune Maria dont il s’est entiché. Une amourette inutile qui dessert davantage l’intrigue qu’elle ne la sert, ne jouant finalement que le rôle de contrepoids à l’horreur qui baigne l’histoire à grands renforts de petits baisers échangés sur fond de décors paradisiaques. De même que le personnage de Montgomery a vu son importance décliner par rapport au roman de Wells, le personnage féminin n’est réduit qu’au statut de second-rôle potiche.


           


Le métrage se joue essentiellement sur la confrontation entre le docteur Moreau et Braddock, mettant constamment à jour le rapport de force relatif qui existe entre les deux personnages. Un rapport de force qui passe inévitablement par les animaux créés par le docteur, ces bêtes entre-deux-états aveuglés par la toute-puissance de leur géniteur mais également happés par les instincts primaires qui les habitent toujours (l’envie de faire couler le sang notamment). Les monstres, aux magnifiques maquillages signés de John Chambers rappelant inévitablement ceux de La planète des singes sur lequel le magicien du latex oeuvra, envahissent peu à peu le devant de la scène pour y jouer leur propre rôle dans une séquence de mutinerie assez efficace. Contrairement au métrage de Kenton (les monstres, confinés à l’état d’ombres), celui de Taylor se plait à mettre en exergue lesdites créatures, objet central de l’intrigue, créant de ce fait davantage une œuvre aventuresque qu’un réel film fantastique anxiogène.


                              

Pourtant, fort de cette monstration omniprésente, Taylor ne prend que peu la peine de définir les rapports qui unissent bêtes et maître, ne proposant que ponctuellement des rencontres entre les deux types, humain et animal, pour ne délivrer que de rares preuves d’endoctrinement. Un tâtonnement qui nuit considérablement au soi-disant désir de mutinerie des monstruosités dès l’abord peu enclines à s’essayer à toute action vengeresse. L’île du docteur Moreau repose essentiellement sur son casting irréprochable et la magnificence de ses maquillages. Moins creusé que son illustre modèle Paramount, le métrage de Taylor propose cependant une relecture plus aérée de l’ouvrage de Wells qui gagne ne clarté ce qu’elle perd en profondeur.(http://www.cinemafantastique.net/Ile-du-docteur-Moreau-L.html)                                         

2 commentaires:

  1. http://uptobox.com/io56bn878dgp
    http://uptobox.com/r39vrpaw7zfr
    http://www.ebooksgratuits.com/pdf/wells_ile_docteur_moreau.pdf

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  2. à voir MEN and CHICKEN film danois sortie en 2015 ,revisite du roman d'H.G.WELLS qui mérite d’être vue

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