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jeudi 19 mai 2016

French dolls

Au milieu des années soixante, Michel Deville et Nina Companeez écrivent le premier traitement de L’Ours et la poupée, une comédie romantique inspirée des screwball comedies américaines d’avant-guerre. Mais la productrice Mag Bodard n’y adhère pas et Deville tourne à la place Bye bye Barbara. En 1968, il revient au projet avec sa coscénariste. Ils imaginent Catherine Deneuve dans le rôle de la femme sophistiquée ayant tous les hommes à ses pieds et, dans celui d’un père de famille qui résiste à ses charmes, Jean-Paul Belmondo et… Alain Delon. En effet, les deux acteurs sont sollicités en même temps, chacun se voyant affirmé que le film a été écrit spécialement pour lui. Lorsqu’un article du Figaro révèle que Belmondo a refusé le rôle, Deville, sans doute de peur de perdre à son tour Delon, s’empresse de préciser que seul ce dernier a été approché pour le film. Bébel répond alors publiquement : "M. Deville aurait-il honte de mon refus ? Qu’il se rassure, si j’ai refusé son script, c’est uniquement parce qu’il n’était pas dans la ligne des choses que je veux faire. Ou M. Deville jouerait-il sur les deux tableaux ? Ce qui est son droit. Mais que diable, un peu de courage. (…) Alain Delon étant un ami, M. Deville devrait se douter que nous savons ce que l’on nous propose à l’un comme à l’autre." Par solidarité, l’interprète du Samouraï décline l’offre, tout comme Catherine Deneuve. L’Ours et la poupée est coproduit par la Fox, qui a son mot à dire sur le casting. Lorsque le nom de Brigitte Bardot est avancé, on rétorque qu’elle est "has been" ; mais ses récents insuccès permettent justement de l’avoir à un cachet raisonnable, ce qui convainc les "executives". Pour son partenaire, Deville propose Jean-Pierre Cassel. "Cassel ? Who ?" Un contrat est tout de même négocié et signé par l’acteur mais ne lui est pas envoyé. C’est qu’ayant du mal à boucler son budget, la production a envoyé le scénario à Yves Montand, alors en plein tournage de Melinda à Hollywood. Cassel, conscient que l’on ne tient pas spécialement à lui, renonce au film avec soulagement. Mais deux semaines avant le début du tournage, aucun acteur n’a finalement été retenu et l’on revient vers lui. Refusant de profiter de la situation pour renégocier son contrat, comme le lui suggère son agent, Jean-Pierre Cassel ne "demande qu’une chose. C’est d’être traité sur un pied d’égalité avec Brigitte, et de recevoir un signe de la part de mon metteur en scène. Qu’il me montre qu’il est content de tourner avec moi."


           


Deville dira plus tard que cette nouvelle donne, "qui n’était pourtant pas la combinaison idéale au départ", permit au film de "gagner en authenticité et en sensibilité. Le film n’est plus un match entre deux stars, mais une opposition entre deux mondes différents. La star et l’anti-star. Bardot / Belmondo auraient infléchi la comédie dans un autre sens." Le tournage a lieu pendant l’été 1969 en Normandie dans une véritable maison, à Saint-Pierre-de-Manneville. Les pièces étant très petites, la chaleur devient vite insupportable pour les acteurs à cause des projecteurs. "Parfois un morceau de plafond se décollait, se souvient Brigitte Bardot, ou un trou apparaissait dans le sol où les tomettes, épuisées de supporter tant de poids, s’affaissaient. Mais il se dégageait tant de charme de cette vieille maison qu’il eût été dommage voire impossible de tourner le film ailleurs. Une salle de montage très précaire était installée dans une ancienne grange ce qui permettait à Michel Deville de visionner au jour le jour les rushes de la veille."


                               

WC Fields aimait évoquer les animaux et les enfants comme ses pires partenaires de cinéma. Sur ce film,  Jean-Pierre Cassel a droit aux deux ! Un gros chien des Pyrénées découvert par hasard au bois de Boulogne est loué à son propriétaire mais la bête n’est pas habituée aux tournages et se montre plutôt nerveuse. "Dans une scène où je poursuis Brigitte dans le jardin et finis par la jeter à terre et l’embrasser, le chien était censé gambader autour de nous en aboyant. Mais à chaque prise, il s’excitait davantage et commençait à me mordre les mollets. Nous fumes obligés d’arrêter, quand, couché sur Brigitte, je m’apprêtais à l’embrasser langoureusement, je sentis ma cuisse droite prise dans sa mâchoire. Il ne serrait pas, mais je compris que la prochaine fois, il risquait d’enlever le morceau. Nous continuâmes la scène sans lui, ce qui fut beaucoup plus agréable." Quant au petit garçon qui joue le rôle de son fils, il n’est visiblement pas très intéressé par le cinéma. "Nous perdions souvent beaucoup de temps à lui expliquer, et à essayer qu’il soit un peu plus concentré qu’il ne l’était. J’avais l’impression qu’on ne s’y prenait pas très bien avec lui, et qu’il fallait se montrer un peu plus autoritaire. Aussi, un jour, excédé par sa mauvaise volonté, je piquais une crise et l’engueulais comme je n’ai même jamais engueulé mes enfants. Il fit une fugue, et disparut pendant vingt-quatre heures ! J’avoue ne pas m’être senti très fier, mais par la suite nous eûmes la paix."


                             

Une fois terminé, L’Ours et la poupée reste dans les tiroirs des distributeurs qui ne semblent pas y croire du tout. Mais à la mi-janvier 1970, la déprogrammation précipitée de Cran d’arrêt d’Yves Boisset offre un trou de deux semaines. Aucun matériel publicitaire n’est prêt mais la productrice Mag Bodard fait faire une affiche en toute hâte et organise des projections de presse. La première a lieu au cinéma Balzac où Jean-Pierre Cassel et Brigitte Bardot feignent un accident entre la 2CV et la Rolls du film. L’engouement est au rendez-vous, "mais les plus embêtés furent bien les distributeurs, se souvient l’acteur. Ils se trouvaient tout à coup avec un succès public auquel ils ne s’attendaient pas. J’imagine qu’il y eut des tractations de toutes sortes et nous pûmes rester quinze jours de plus dans le circuit. Puis le film poursuivit sa carrière dans d’autres salles. Malgré tout, malgré leur manque de goût et de flair, par leur imprévoyance, les distributeurs perdirent l’occasion de faire de ce film un véritable grand succès." Philippe Lombard


                             

Marie poupée (1976) -Peut-être le meilleur long-métrage de Joël Seria qui, après l'énorme succès des "Galettes de Pont-Aven", se penche sur les émois d'un fétichiste qui épouse une jeune femme en la traitant comme une poupée! Avec ce film de 1976, Seria impose encore une patte plus personnelle à son oeuvre, une histoire d'amour fou pour sa compagne Jeanne Goupil, dèjà interprète dans tous ses films précédents! Comment le vendeur d'un magasin de poupées, englué lui-même dans une solitude morose va t-il faire la rencontre d'une jolie fille (et le mot est faible) puis nouer une relation aussi intense que la jeune femme pourrait bien se transformer en une poupée de porcelaine! Les amateurs de chair auraient trop vite fait de ranger le film dans la catégorie « fétichiste », ce serait faire fi du côté poétique, profondément mélancolique, et amoureux de cette histoire de réification: la transformation d'un être en objet! Otant toute trace de mièvrerie et de saugrenu, Jeanne Goupil est d'une simplicité, d'une évidence, d'une beauté et d'une fragilité confondantes face à un André Dussolier surprenant! Citons au générique également, Bernard Fresson et Andréa Ferreol, deux acteurs de tempérament qui avait déjà tourné pour Seria! Très réussi, "Marie-poupée" mérite d'être redécouvert pour son histoire, son actrice principale (surtout) et pour ses seconds rôles excellents et de confiance pour le sujet très intimiste d'un film d'auteur qui ne ressemble à aucun autre! Musique obsédante (pour ne pas dire envoûtante) de Philippe Sarde qui colle parfaitement à l'histoire... Une toute jeune fille devient la poupée de son mari, qu'elle découvre fétichiste. Celui-ci n'honore pas son épouse, il joue avec elle comme avec une poupée, elle va alors se réfugier dans les bras d'un autre, et cela finira tragiquement.



   


Film un peu désuet, très daté, assez bien réalisé, et qui semble n'avoir été fait que pour mettre en valeur les charmes (réels) de l'actrice Jeanne Goupil (femme du réalisateur). La réalisation est sage sans recherche de style mais les décors et les habits de poupée sont bienvenus, l'intérêt est dans le scénario qui va jusqu'au bout de son sujet : le fétichiste impuissant, qui refuse d'assurer son rôle d'époux. (cf certains films de Bunuel). La femme n'est qu'une poupée vivante. Nous évoluons donc dans le monde d'un pervers dans lequel la pauvre fille un peu niaise va sombrer. Le scénario manque un peu d'action mais les personnages sont crédibles. Le thème évoque aussi la pédophilie. La fin est trop rapide. Voici un film difficile qui traite au travers d'une jeune vierge de 17 ans un sujet rare:le fétichisme. Jeanne Goupil 25 ans porte le film sur ses épaules et bénéficie de la caméra affectueuse de Joêl Seria ,cela se voit pour notre grand plaisir car ses moments de grâce sont merveilleusement mis en valeur. Il n'en est pas de même pour ses moments de tristesse ce qui donne au film un ton trop contrasté...Mais qui aurait pu tenir un tel rôle qui tient presque de la gageure? Dussolier n'a pas grand chose à faire et encore moins Fanny Ardant dont c'est la première apparition à l'écran. Merci en tous cas au réalisateur pour son courage et la beauté de nombreux plans. Par moments c'est du grand art par la simplicité de l'écriture à l'opposé de la sophistication des décors et des costumes indispensables au récit.



                 


Seul le cinéma est capable de transformer ainsi des névroses, complexes ,obsessionnelles, destructrices qui gâchent la vie dans ce qu'elle a de plus naturel, en un bonheur cinématographique ...Il suffit pour cela qu'un artiste soit au commandes. Les défauts des parties tristes,le coup de zoom du début ainsi que le ralenti final qui n'ont rien à faire ici m'empêchent de mettre ce film dans mon panthéon cinématographique .Un fait demeure évident à mes yeux:c'est un film qui ne peut que plaire aux amoureux du septième art. Un bon film d'humeur tranquille et bucolique, assez différent des films issus du partenariat Marielle-Séria. André Dussolier y joue un fétichiste psychorigide pas vraiment porté sur la chose tandis que Jeanne Goupil, de son minois coquin, exprime son insatisfaction en jetant son dévolu sur le truculent Fresson... Le pitch tient du téléfilm érotique M6 et pourtant le film de Joël Séria captive de bout en bout, la tendresse opérant de chaque instant. Sinon Marie-poupée s'avère bien filmé et très agréable à regarder dans sa totalité, allant par ailleurs assez loin dans la provocation sans pour autant tomber dans la comédie pure d'un Comme la lune - nous sommes ici face à un drame porno-soft d'une qualité surprenante car jamais vulgaire, qui porte la marque de son réalisateur. En fin de compte la comparaison avec le cinéma de Bertrand Blier me semble ici injustifiée, ce Marie-poupée reposant moins sur l'écriture dialoguée que sur le fétichisme anatomique de la mise en scène. Un bon film, donc. (Allociné)                                                                                                                                                                                

1 commentaire:

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