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mardi 31 mai 2016

Jacques Baumer

De petite taille, un physique à la « monsieur tout le monde », il connaît une longue carrière au théâtre - telle la pièce La souriante Madame Beudet de Denys Amiel et André Obey ou dans des opérettes La Maréchale Sans-Gêne au théâtre du Châtelet - avant de débuter tardivement au cinéma à l'âge de 47 ans. Il incarne, dans une quarantaine de films, des personnages timides, discrets, avec un grand naturel. Il débute en 1932 devant les caméras de Georges Lacombe dans Ce cochon de Morin. Il tourne pour les plus grands réalisateurs, où il s'impose dans des seconds rôles comme une figure incontournable du cinéma français des années trente et quarante : Julien Duvivier : La belle équipe (1936), Robert Siodmak : Mollenard (1937), Sacha Guitry : Désiré (1938) et Le comédien (1947), Marcel Carné : Le jour se lève (1939), René Le Henaff : Le colonel Chabert (1943), Maurice Tourneur : Impasse des deux anges (1948), Yves Allégret : Manèges (1949). Il fut remarquable en commissaire dans Le jour se lève, en procureur - face à Raimu - dans Les Inconnus dans la maison d'Henri Decoin (1942). Il fut Delebeque dans Le colonel Chabert et Noirtier dans Le comte de Monte-Cristo de Robert Vernay (1942). Il incarne parfaitement le maître d'équitation lucide, ami de Bernard Blier, dans Manèges d'Yves Allégret. Caroline Chérie de Richard Pottier en (1950) est sa dernière apparition au cinéma.(Wiki)


                                

La gloire de Raimu ne cesse de s'étendre au début des années 40! En 1942 par exemple, il interprète successivement trois jolis drames qui sont devenus depuis des classiques du cinéma français: "Monsieur la souris", de Georges Lacombe, "Les inconnus dans la maison" de Henri Decoin et ce "bienfaiteur", du même metteur en scène, qui permet à Raimu (le bandit, la crapule) d'interpréter brillamment le rôle d'un bandit qui a une double vie! Diffusé il y a quelques années au cinéma de minuit, ce film témoigne d'une vision très noire d'un monde provençal et montre que le tandem Decoin-Raimu était à l'aise, de façon générale, dans un genre qui faisait jadis des merveilles avec une atmosphère unique! Toute de mélancolie et de tristesse, il serait injuste de ne pas citer l'excellente Suzy Pim, personnage émouvant qui ne connaîtra jamais le bonheur! A le revoir aujourd'hui, ce classique possède une force incontestable née de la complicité entre un artisan plus que créateur et son immense interprète qui atteint le grand art dans les scènes finales! Alors Raimu, d'après vous, gentil bienfaiteur ou méchant malfaiteur ? Ce film est très proche par son sujet de celui tourné 4 ans plus tôt par le même Raimu: ''l'étrange monsieur Victor''. C'est donc quelque chose d'assez bizarre que Henri Decoin ,excellent metteur en scène, se soit lancé dans cette aventure, d'autant plus que Grémillon fait partie de la crème de la crème. Je ne m'attendais donc pas pas à un chef d'oeuvre. Néanmoins, c'est pas mal du tout et l'ennui ne vient jamais. La peinture des habitants de Barfleur sur Oron a la causticité des années 40, ils sont tous formidablement interprétés. Ce sont également les années d'occupation, cela se sent dans ce scénario ou chacun cache quelque chose. En fait, c'est un film caractéristique de la decennie, riche en films de bons niveaux, avec beaucoup de séquences occupées par les seconds rôles et parfois entrecoupées de variétés. Ici ,une chanteuse de grand talent y marque sa place à tel point que l'on a envie de la réécouter. Petite anecdote: Simonne Signoret 21 ans y fait une apparition en secrétaire du journaliste et prononce trois mots, mais elle n'est même pas dans le générique.


   


La fin du film est bâclée ce qui fait tomber la note ainsi que le mauvais jeu de Suzy Prim, mais par rapport à tant de films contemporains c'est un bonheur .  Raimu toujours excellent dans les rôles à la double personnalité profite de ce petit scénario taillé sur mesure. Il restait au réalisateur a équilibrer le poids de l'acteur pour éviter les lourdeurs ce qu'il fait très bien. Film de série, film de samedi soir, film opium du peuple si l’on veut ; tourné en 1942, il ne fait pas la moindre allusion à la guerre, à l’Occupation, aux restrictions (et à pire encore, naturellement) ; il est de la même veine, sur un mode plus grinçant que "Premier rendez-vous", du même Henri Decoin, en 1941 : du cinéma de divertissement, conçu pour faire oublier la dureté des temps ; il ne faudrait pourtant pas croire que tout le cinéma des années grises et noires a été de la même veine ; d’Henri Decoin encore, "Les inconnus dans la maison" tiendront un discours beaucoup plus militant si l’on peut dire ("Trop de bistrots, pas assez de stades !") ; et que dire des "Visiteurs du soir", où le Diable dépêche sur terre ses envoyés, ce qui me semble une allusion assez claire à la situation…


                              
                            
Donc, "Le Bienfaiteur", c’est épatant, et c’est rudement bien fait ; un notable récemment installé dans un bourg, philanthrope et généreux, courageux et intelligent est, en même temps, le chef incontesté d’une dangereuse bande de malfrats parisiens ; de cette dichotomie naît le film, fort habilement mené. On n’y découvre qu’à la vingt-cinquième minute que l’aimable M. Moulinet (Raimu, donc) n’est pas ce qu’il semble être aux habitants de Barfleur-sur-Oron, paisible bourgade de l’Ouest ; Moulinet est croqué en quelques coups de crayon sommaires mais habiles. C’est un homme qui attire la sympathie et tranche sur l’invraisemblable médiocrité des notables de la commune (le médecin et le pharmacien, qui ne peuvent pas se sentir, le conservateur des hypothèques qui méprise le receveur des contributions, tous esprits forts et médiocres) ; il est amoureux (de Suzy Prim, fondatrice d’une œuvre d’aide aux jeunes filles abandonnées), va se marier, se ranger, quitter sa vie de malfaiteur….(Allociné)
Bonus :


                              



Le comédien (1948) - Sacha Guitry retrace ici la biographie de son père,le comédien Lucien Guitry,qu'il campe lui même tout en jouant son propre rôle!Fidèle à son gôut pour les répliques à l'emporte-pièce,le cinéaste évoque,avec humour et émotion,la carrière de ce monstre sacré du thèatre français qui sacrifia son bonheur à l'amour de son art!Un grand moment du film:celui de Guitry fils qui se sert du père pour régler ses problèmes conjugaux!Un comédie de moeurs aux anecdotes amusantes et aux dialogues brillants...  Ce n'est un secret pour personne : Sacha Guitry était avant tout un homme de théâtre, et il le prouve de la manière la plus évidente qui soit ici. Car si on excepte quelques réalisations (« La Poison » et « Le Roman d'un tricheur » en tête), la plupart de ces films dégageait cet aspect très « théâtre filmé » dont le grand Sacha ne se cachait d'ailleurs pas. Seulement voilà : j'ai beau ne pas être contre les lieux clos, il y a tout de même des limites. Car que c'est pauvre techniquement! C'est simple, on est d'ailleurs proche de l'ennui très régulièrement et d'ailleurs, il faut bien avouer que le résultat final est en définitive terriblement inégal. Heureusement (vous me direz, c'est la moindre des choses dans ce genre de productions : c'est vrai, mais bon, ce n'est pas suffisamment courant pour ne pas être signalé), nombre de dialogues s'avèrent être un régal, permettant ainsi au film d'avoir un minimum de densité de bout en bout, d'autant qu'il y a tout de même moins intéressant dans la vie que d'entendre Guitry « himself » nous parler avec sensibilité et talent du rapport qu'entretenait son père au théâtre, dont il était l'un des plus grands interprètes. Bref, c'est plat, parfois même un peu barbant, mais c'est écrit de manière remarquable et parle de choses intéressantes, alors ça passe.


           


Comme quoi, il suffit de peu de choses parfois... Un grand film, une interprétation du plus grand comédien du 19e siècle par le plus grand comédien du 20e siècle. Que demander de plus. Pas d'effets spéciaux, pas de scène de sexe, pas de meurtre, pas d'explosions. De quoi désespérer les plus écervelés des spectateurs et ravir les amateurs de théâtre filmé.Sacha raconte ici l'histoire de son père Lucien Guitry et il interprète les deux personnages avec son habituelle maestria. Au delà du portrait biographique, Guitry parle de l'art, du théâtre, de l'écriture, des femmes, et tout cela est un ravissement. Si "Le comédien" n'est pas l'un de ses tout meilleurs films, il reste une oeuvre très attachante et incontournable pour tous les admirateurs de Guitry.Dans ce film tourné en 1948, Sacha Guitry rend hommage à son père, Lucien Guitry, et à travers au métier de comédien. Sacha joue le rôle de père et du fils et il est accompagné par sa troupe habituel d'acteurs. Sans doute pas le meilleur Guitry, mais une bonne cuvée quand même.(Allociné)                                         

dimanche 29 mai 2016

louis jourdan

Dès 17 ans, il témoigne de son désir de devenir acteur lorsque son père, directeur, à l'époque, du Grand Hôtel à Cannes, le présente à ses hôtes Raimu et Charles Blavette en marge du tournage de La Femme du Boulanger (1938). Il est élevé en France, en Turquie et en Angleterre, et s'exerce en tant qu'acteur à l'École dramatique, faisant ses débuts à l'écran en 1939. Après la Libération, Louis Jourdan épouse Berthe Frédérique, avec qui il a un fils. Il fait une carrière internationale importante, notamment à Hollywood, mettant en avant le charme français à la manière d'un Charles Boyer (surnommé « The French Lover »). En 1954, il joue au théâtre avec James Dean et tourne régulièrement pour le grand écran. Mais, de plus, fait notable, comme des acteurs américains des années 1950-1960 pouvaient l'être, il est rompu à plusieurs disciplines et chante en anglais et sans doublage dans les comédies musicales auxquelles il participe outre-Atlantique (Gigi avec Leslie Caron et Maurice Chevalier, et Can-Can, aux côtés de Shirley MacLaine et Frank Sinatra) ou lors d'une scène romantique comme son duo avec Ann-Margret dans Made in Paris (1966). Dans les années 1980, il fait un retour vers le grand public en interprétant le rôle du méchant dans le film de la série des James Bond, Octopussy (1983), puis interprète le rôle de Pierre de Coubertin à la télévision américaine dans la mini-série The First Olympics: Athens 1896 (1984). Louis Jourdan a l'honneur peu courant d'avoir deux étoiles à son nom (musique et télévision) sur le Walk of Fame d'Hollywood Boulevard.(Wiki)


                                


Le 30 juin 1957, Ariane (Love in the Afternoon) sort sur les écrans américains. Construite comme un hommage à Ernst Lubitsch, cette comédie marque une étape importante dans la carrière de Billy Wilder. Une étape au cours de laquelle le cinéaste se sépare de son compère Charles Brackett pour entamer une relation de près de trente ans avec I.A.L. Diamond. Adaptation d’un roman de Claude Anet (Ariane, jeune fille russe) dans lequel la jeune héroïne entretient une relation passionnelle avec un homme d’âge mûr. Ce pitch est l’occasion pour Wilder et Diamond de dresser un portrait au vitriol du mâle américain et de dénoncer l’aliénation de l’individu dans la société moderne. Ici, l’individu en question n’est autre qu’Ariane, à la fois soumise à l’autorité paternelle et à celle de son amant. Afin de se défaire de cette double emprise, elle utilisera le mensonge, jouera sur les apparences et devra faire preuve de beaucoup de malice. La voir ainsi manipuler Flanagan, ce riche industriel blasé des histoires d’amour, est un véritable plaisir pour le spectateur. Peu à peu, le récit montre comment les rôles s’inversent (la jeune innocente devient manipulatrice, tandis que le vieux séducteur retrouve des émotions d’adolescent) jusqu’à trouver un équilibre qui les verra finalement se dévoiler avec franchise. Doté d’un charme de tous les instants, ce scénario diffuse un discours délicieusement acerbe et ponctué de dialogues absolument exquis. Citons par exemple Monsieur Chavasse, révélant une nouvelle affaire à sa fille : « A client from Brussels. His wife ran away to Paris with the chauffeur. I have to find them ; the husband wants his car back. » Ou encore la fameuse introduction du film lorsque le narrateur explique : « In Paris people eat better, and in Paris people make love, well, perhaps not better, but certainly more often. »


            

   
Enfin, terminons par cette petite pique de Wilder à l’encontre des Américains lorsqu’Ariane les décrit à son ami : « They're very odd people, you know. When they're young, they have their teeth straightened, their tonsils taken out and gallons of vitamins pumped into them. Something happens to their insides ! They become immunized, mechanized, air-conditioned and hydromatic. I'm not even sure whether he has a heart. » Mais dramaturgie et dialogues ne suffisent évidemment pas à expliquer le charme envoûtant d’Ariane. Un film qui, tel d’un bon vin, se bonifie au fur à mesure des dégustations. Car pour l’apprécier pleinement, il faut procéder à l'instar de son héroïne avec son amant : après une première rencontre pleine de charme, il est conseillé de répéter l'expérience. Une première fois, une deuxième, une troisième puis encore et encore jusqu'à tomber éperdument amoureux de cette œuvre intelligente et aux multiples facettes. Nul doute que certains critiques de l’époque n’ont pas pris ce temps et ont rédigé leurs papiers assassins à l’emporte-pièce.


               



Citons par exemple Positif en 1957 qui déclarait sans vergogne : "Ariane […] sent la Bibliothèque Rose à un tel point que ça en devient nauséabond." Il serait amusant de lire ce qu’en pense désormais la rédaction du magazine... Avec Ariane, Billy Wilder fait pourtant preuve d'ambition et de maîtrise en adoptant un style marqué par les années 30/40, un style proche de celui d'Ernst Lubitsch. Il choisit notamment de tourner en noir et blanc et s'attache les services de William C. Mellor, directeur photo couronné d'un Oscar en 1952 pour Une place au soleil (George Stevens). Le regard empreint de douceur qu’il pose sur les décors imaginés par Alexandre Trauner, combiné à la simplicité des mouvements d’appareil de Wilder concourent à donner au spectateur l’impression d’un film tourné en plein âge d’or.(http://www.dvdclassik.com/critique/ariane-wilder)


                                  


LA CREATURE DU MARAIS n’est pas seulement un film d’épouvante, c’est aussi la ‘déchirante’ histoire d’un amour impossible entre une créature et une scientifique... Oui, l’intrigue fait penser à une série B, ce que confirme le film. C’est le nom de Wes Craven au générique qui fait que LA CREATURE DU MARAIS n’est pas complètement sombré dans l’oubli. Un navet, certes, mais divertissant, tout à fait dans l’esprit des 80’s. N'est ce pas leurs premieres œuvres qui font les grands réalisateurs ? Il faut noter que le film n’a pas été un échec, puisqu’il a engendré une suite ainsi qu’une série...  Cette oeuvre de Wes Craven est a mon humble avis reservez au initié du genre, il est clair qu'il n'est pas recommandé à des générations tarantino. Si l'on prend la BD DE BASE ON SE REND COMPTE QUE cRAWEN a reussis à rendre toute l'ambiance poisseuse et sombre, la créature n'as plus rien d'humain, chose qu'on ne trouveras pas dans la suite, bouffone, ce film est un classique, un vrai bijoux de rareté et de fantaisie, mais malheuresement il a un public trop restrain. Si le film a vieilli c'est uniquement parce que les trucages sont minables. Sinon les acteurs tiennent la route, le scénario, aussi mince soit-il, est crédible (bon, ok, c'est un film fantastique), la musique colle aux scènes sans être désagréable (pas de sons stridents, pas d'excès de violons), les décors sont loin d'être minables (je dirai quasi oniriques même). Non, vraiment, c'est un très bon film fantastique si l'on sait le replacer dans le contexte et si l'on ne s'attend pas à un film d'horeur. Un excellent film d'épouvante avec le regretté Louis Jourdan. La sublime Adrienne Barbeau l'accompagne dans cet étrange aventure. Ray Wise, l'acteur de Twin Peaks joue très bien le savant fou. Le regretté David Hess, le regretté Nicholas Worth connu dans la communauté des gamers. Wes Craven entame une série B.


            

De deux choses l'une : soit ce film a subi d'importants problèmes de production, soit Wes Craven avait totalement perdu la raison. Comment en effet expliquer autrement cette catastrophe artistique ? L'histoire pèche par un manque flagrant d'inspiration et de profondeur (le film se résume à une chasse à l'homme) et les moyens manifestement modestes réduisent la mise en scène de l'action à sa plus simple expression ce qui rend l'ensemble assez cheap, voire carrément Z par moments (le combat final des craignos monsters est d'un ridicule sans nom). On est partagé entre stupeur et compassion car on décèle quand même derrière cette accumulation de défauts une certaine sincérité : les décors naturels apportent une identité visuelle indéniable et certains plans de la créature dans son environnement sont réussis. On peut aussi apprécier la présence salutaire d'Adrienne Barbeau dans un rôle plutôt physique (dans tous les sens du terme). C'est une B série assumée, et devant le manque flagrant de moyens le réalisateur a choisi la seule voie intelligente, terminer dans le délire.


                  

Vue de cette façon le film tient la route, le scénario n'est pas plus idiot qu'un autre, les décors naturels sont très bien utilisés, et puis il y a la très jolie Adrienne Barbeau qui à la grande bonté de nous offrir un petit bain topless ! L'histoire peut être aussi vue comme une illustration intéressante du thème de la belle et la bête. Le gros point noir ce sont les maquillages et c'est là qu'on voit toute l'intelligence du réalisateur qui a dû se dire à un moment, "c'est grotesque, alors forçant le trait et virons dans le grand guignol" (c'est la scène de la transformation de Bruno qui devient un gnome). En revanche la transformation de Holland et le combat final ne sont pas terribles. Somme toute, on aura passé un plutôt bon moment. A noter une curiosité : on ne peut s'empêcher de considérer le personnage de Ferret comme une caricature de Rambo, manque de bol, ça ne colle pas, Rambo étant sorti quelques mois après le film de Craven, il s'agit donc d'un étrange cas de "caricature par anticipation" ...(Allociné)                                                                                                                                                                            

Sydney Greenstreet

Sydney Greenstreet est un acteur britannique, de son nom complet Sydney Hughes Greenstreet, né à Sandwich (comté de Kent, Angleterre) le 27 décembre 1879, décédé à Hollywood (Californie) le 18 janvier 1954.Il débute dans son pays natal en 1902, au théâtre, où il sera très actif. À l'occasion d'une tournée, il vient à New York en 1905 et jouera dès lors tant en Angleterre qu'aux États-Unis. Entre 1907 et 1940, il se produit à Broadway, notamment dans des pièces de William Shakespeare (Le Marchand de Venise en 1907, Comme il vous plaira en 1914, Les Joyeuses Commères de Windsor en 1916), et également dans quelques comédies musicales. Sa dernière pièce à Broadway est There shall be no Night (1940), aux côtés du jeune Montgomery Clift. En 1941, il commence sa carrière au cinéma, pour la Warner Brothers. Son premier film, l'un de ses plus connus, est Le Faucon maltais avec Humphrey Bogart, qu'il retrouvera dans Griffes jaunes (1942), Casablanca (1942), Passage pour Marseille (1944) et La mort n'était pas au rendez-vous (1945). Mais le partenaire qu'il aura le plus souvent est Peter Lorre, avec lequel il tournera neuf films. Des ennuis de santé récurrents (notamment un diabète, des suites duquel il décédera) mettront un terme à sa carrière au cinéma (qu'il a d'ailleurs commencée sur le tard, à 62 ans). Son dernier film est Malaya (1949), avec Spencer Tracy et James Stewart. En 1950 et 1951, il participera encore à une série de pièces radiophoniques, The New Adventures of Nero Wolfe.(Wiki)


               

Alors qu’il pratique une ascension régulière depuis 1941, le Film noir connait enfin son plein essor à partir de 1944. Une année de forte activité pour le genre, puisqu’il verra apparaitre sur les écrans des films aussi remarquables et remarqués que Assurance sur la mort de Billy Wilder (chez Paramount), Espions sur la Tamise et La Femme au portrait de Fritz Lang (respectivement chez Paramount et la RKO), Laura d’Otto Preminger (chez 20th Century Fox), Phantom Lady de Robert Siodmak (chez Universal) ou encore Adieu, ma jolie d’Edward Dmytryk (chez RKO). Les studios ont tous conscience de l’exceptionnel vivier de films que peut représenter ce genre malin, subversif, et permettant de braver le code Hays par de nombreux atours audacieux. Le Film noir permet une évolution des techniques, narratives comme plastiques, et opte pour une démarche souvent incongrue, navigant dans les eaux incertaines d’un cinéma brutal, violent, sombre et psychanalytique à la fois. L’âme humaine y est pervertie, souvent obligée de se débattre au sein d’un cataclysme mental rivalisant avec les règles établies d’une société bienpensante pourrie de l’intérieur, la plupart du temps viciée par des convenances sans réelle profondeur affective. L’être humain s’y révèle autre et, quelque part, vrai. Surtout en cette période troublée, pour ne pas dire chaotique, de la Deuxième guerre mondiale, de laquelle émergera une pensée détruite, et dont la reconstruction se fera par de douloureuses remises en question. Le Film noir saura en transmettre les interrogations et opter pour un difficile équilibre entre les forces obscures qui dominent le monde. Le contexte prédomine toujours à l’œuvre, et le Film noir fait indubitablement partie des genres cinématographiques les plus équivoques dès lors que la société recherche son nouveau centre, sans non plus délaisser la question fondamentale taraudant tout esprit s’interrogeant à propos de son univers social et politique, à savoir : que valons-nous ? que sommes-nous prêts à faire sous certaines conditions et dans certaines situations ?Il s’agit là en quelque sorte de l’un des éléments constitutifs de ce fameux Masque de Dimitrios, œuvre noire un peu tombée dans l’oubli avec les années, forcément incapable de rivaliser avec les opus précédemment cités pour cette même année 1944. Mais un film assez fort qui, s’il manque de subtilité, laisse néanmoins percevoir un monde sombre et dépressif, sous couvert d’humour noir et de recherche romanesque. Le Masque de Dimitrios confronte un banal mais populaire écrivain de romans criminels à une enquête remontant le fil des origines d’un meurtrier retrouvé assassiné sur une plage.

      
   


Un meurtrier bien connu des polices et autres gangs mafieux de l’Europe Centrale, au cœur des années 1920, entre deux guerres. Dans le portrait qui est fait de lui, Dimitrios est un prestidigitateur du crime, un minable charognard vivant sur le dos d’un monde en pleine reconstruction. Reconstruction par ailleurs sabordée par l’atmosphère générale, décrivant un monde prêt à passer au deuxième acte majeur de son autodestruction, puisque l’action du film prend place en 1938, alors même que l’Europe s’apprête à entrer en guerre. Aucune des deux guerres mondiales n’est par ailleurs mentionnée dans le récit, ni celle passée, ni celle envisageable à venir et faisant pourtant rage lors de la production de cette œuvre. Ce qui laisse au film une marge de manœuvre assez habile, puisqu’il expose un monde déprimant et lardé de forfaits criminels donnant à voir l’espèce humaine sous un jour peu reluisant. Et Dimitrios en est le parangon, le Mabuse obsessionnel et mesquin, arnaqueur à la petite semaine, lancé à la poursuite du gain de façon dépassionnée mais totalement intéressée. Dimitrios, c’est la gangrène européenne cupide incapable de se reformer autour d’une cicatrisation déjà guettée par les vautours de tous horizons.


                                


Un assassin et voleur que l’on suit de flash-back en flash-back, et qui prend un tour charismatique assez impressionnant sous les coups de boutoir de récits à la première personne édifiant donc inévitablement sa légende. Or, dès l’instant où les masques tombent, en l’occurrence celui de Dimitrios, que découvre-t-on d’autre qu’une silhouette vieillissante, usée par ses forfaits, tombant en disgrâce dans une ultime tentative de meurtre brouillonne et désespérée, destinée à lui permettre de fuir une nouvelle fois son passé ? Au milieu des ruines de la conscience, ruines que ne manque pas de souligner le ventripotent personnage de Mr. Peters quand il déclare régulièrement que le monde manque de bonté (référence d’ailleurs explicité au conflit mondial en cours), se dressent quelques personnages ambigus qui se montrent en définitive autres que ce qu’ils semblaient être au départ. Mr. Peters traverse ainsi le film en parfait criminel revanchard, tenu par l’appât du gain, prêt à engloutir un million de francs en retrouvant Dimitrios et en les lui extorquant. La séquence durant laquelle il enlève l’enrobage cachant les fameux billets de mille francs ne manque pas de souligner son évidente parenté avec celle, plus symbolique, du Faucon maltais de John Huston, et dans lequel le même acteur (Sydney Greenstreet) découvrait littéralement le fameux faucon de Malte (en réalité faux) sous un œil dévoreur et passionnel.(http://www.dvdclassik.com/critique/le-masque-de-dimitrios-negulesco)


                            

The verdict (1946) -Premier film de Don Siegel qui fait déjà preuve d'un indéniable feeling pour trousser ses ambiances et faire monter la sauce - un crime tortueux avec une victime retrouvée enfermée dans sa chambre : mystère, mystère. On est dans le London de la fin du XIXème avec de petites rues glauques forcément embrumées, un soleil qui ne se lève jamais (le fameux phénomène de "l'aurore nocturnale" propre au film noir vintage - vous me reprenez si j'invente), un cimetière envahi par la fumée comme si un dragon se trouvait sous chaque tombe, des cloches qui résonnent pendant des heures quand un condamné à mort est conduit à la potence... L'atmosphère est aussi lourde que le personnage principal (l'acteur de poids Sydney Greenstreet who plays l'inspecteur Grodman) qui ne va pas tarder à avoir un poids encore plus lourd sur la conscience : à peine arrivé dans son bureau alors qu'une exécution vient d'avoir lieu, on apprend que l'homme qu'il vient de conduire à sa mort était innocent, un témoin crucial venant tout juste d'être retrouvé. Greenstreet qui tirait déjà un peu la gueule depuis le début (le poids des ans, aussi) devient vert-mauve et vire au jaune-fuchsia (le film étant en noir et blanc, cela pourrait prêter à discussion mais j'en mettrais personnellement ma main au feu) quand on lui apprend qu'il est viré de son taff - il faut bien qu'il serve de fusible auprès de l'opinion publique et la sanction se fait encore plus difficile à supporter lorsqu'il apprend que c'est ce couillon de John Buckley (un petit moustachu peu finaud et opportuniste) qui va prendre sa place.Ses amis tentent bien de lui remonter le moral et voilà-t-y pas que dans la foulée l'un d'eux est assassiné : la liste des suspects est plus que limitée (un adversaire politique qui a juré sa perte, une fille aux mœurs légères avec laquelle il a eu maille à partir le soir du crime et un troisième larron dessinateur et alcoolique qui n'a a priori rien contre lui mais comme c'est Peter Lorre - ouais, forcément suspicieux). On sent bien que Greenstreet - qui mène son enquête dans l'ombre en free lance - va tout faire sur l'action pour tenter de ridiculiser Buckley... La vengeance est un plat qui se mange froid, froide comme la mort ajouterait Fassbinder s'il était plus jeune...


          


Film d'ambiance, disais-je, film aux dialogues qui fusent et qui se joue bien souvent à huis-clos dans de sombres apparts, film d'acteurs avec en particulier un Peter Lorre aux yeux plus globuleux que jamais et à la voix plus traînante qu'une grosse limace (Greenstreet apparaît lui terriblement las pendant tout le film, quand à Joan Lorring dans l'un des seuls rôles féminins, ce n'est pas à proprement parler la femme la plus sexy du monde...), film à rebondissements avec de nombreuses fausses pistes... même si, même si l'habitué du genre peut deviner relativement en avance qui est le vrai coupable. Des ombres fuyant sur les murs, des mains gantées qui tentent de forcer des portes, un cercueil que l'on déterre pour tenter d'exhumer des preuves, des somnifères utilisés pour agir en toute tranquillité dont même un chat est victime (po commun), des coups de feu qui éclatent dans la nuit, des messages anonymes, des flics qui rappliquent de nulle part au moindre coup de sifflet (la meilleure réplique restant celle de Peter Lorre après que sa tenancière lui a conseillé de toujours garder à portée de la main un sifflet : "How would you blow a whistle if somebody cut your throat ?" - "No wind...!" a-t-elle juste la force de lâcher, effarée), Don Siegel sait créer des situations suffisamment inquiétantes pour qu'on savoure jusqu'au bout cette turpide machination.



                              


Un final diablement noir et un verdict sur cette œuvre forcément positif pour le tout premier film du Don et sa première intrusion plus que prometteuse (le mot est laid, j'avoue) dans le genre. Encore un excellent film anglais... ah ben non, ouais, pardon.Merveilleux film de Don Siegel, où l’on retrouve avec plaisir le couple Greenstreet/Lorre. Le réalisateur use et abuse de cette atmosphère victorienne et des soirées londoniennes noyées de brume. L’intrigue policière est puissante (meurtre dans une pièce fermée) et le spectateur est sans arrêt mis sur des fausses pistes. Parfaitement réalisé et mis en scène, ce film reste un plaisir à regarder plus de 50 ans après sa sortie.Don Siegel réussit magistralement ce film noir dans la mesure où jusqu’à la dernière minute il laisse planer l’ambiguïté sur l’identité du meurtrier. L’ambiance sonore et visuelle contribue à renforcer le mystère et l’angoisse. Peter Lorre et Sydney Greenstreet sont formidables à l’écran.(http://shangols.canalblog.com/archives/2011/08/03/21724699.html et http://films.blog.lemonde.fr/2007/04/06/verdict/)

vendredi 27 mai 2016

L’île du docteur Moreau

Wells questionne son lecteur sur la place de l’être humain dans le monde animal et de l’animal dans l’être humain, mais aussi sur la place de la souffrance dans la recherche scientifique (plus particulièrement la vivisection), et ce qu’il est permis de faire ou non au nom de la science. Des questions qui sont toujours d’actualité, comme vous l’aurez remarqué. Peut-on poursuivre certains buts? Est-il humain de tolérer d’entendre la souffrance s’exprimer et de rester de marbre?  La science ne doit-elle pas avoir certaines limites? Ce sont en tout cas les questions qui me sont venues à l’esprit, en lisant par exemple les passages où le puma est littéralement torturé. Bien sûr, on sait maintenant que certains aspects de « l’île du docteur Moreau » sont complètement improbables. Par exemple, créer un être humain en modifiant la forme physique d’un animal est impossible, et découper puis « recoller » certains bouts d’animaux à d’autres relève de la mythologie et des chimères. Mais s’il est admis que réussir de tels « exploits » en utilisant cette technique relève du rêve ou du cauchemar, nous savons tous qu’à l’heure actuelle en modifiant les gènes nous pouvons obtenir des créatures étranges, comme tel animal fluorescent ou tel chat/chien hypoallergenique… ce qui n’est pas si éloigné des pratiques du Dr Moreau, bien que le but ne soit clairement pas de « créer de l’être humain ». Comme quoi, H.G. Wells a réussi non seulement au cours de ce roman à parler des questionnements de la fin du XIX° siècle, mais en même temps à évoquer ceux qui nous assaillent deux siècles plus tard. Lui qui ne souhaitait qu’écrire des romans de divertissement et qui ne voulait pas qu’on le compare aux récits d’anticipation de Jules Verne, il s’est bien mis le doigt dans l’oeil!(http://www.babelio.com/livres/Wells-Lle-du-docteur-Moreau/17694)



                            

Island of the lost souls de Kenton-(1932)-On sait que Charles Laughton était un immense acteur. Il le démontre une fois de plus dans cette version du chef d’œuvre de science fiction d’HG Wells qu’il irradie du mélange d'onctuosité et de venimosité qu’il savait si bien imprimer à beaucoup de ses rôles. On connaît le propos du roman de Wells qui dénonce la volonté de l’homme de s’arroger le droit divin d’inverser l’ordre naturel. Propos qui prend aujourd’hui encore plus de force avec les progrès des biotechnologies qui nous amènent souvent à jouer les apprentis sorciers. Le docteur Moreau finira dévoré par ses propres créatures dont il a perdu le contrôle tel le docteur Frankenstein avec sa chose. La texture de l’image rappelle bien sûr « King Kong » ou « les chasses du Comte Zaroff » avec la même impression d’assister à un film documentaire . Ce réalisme de l’image encore plus frappant de nos jours par contraste avec l’aspect souvent trop léché des superproductions gorgées d’effets spéciaux, compense la naïveté de certains maquillages. Un plongeon dans le temps toujours rafraîchissant et salvateur. Mon premier criterion ! (pour ceux qui ne le savent pas, criterion est une prestigieuse collection dont le but est de proposer de vieux films d'une valeur inestimable avec des qualités techniques optimales) Bon ok, tout le film était en anglais et je ne m'y entends pas assez pour tout comprendre sans sous titres. Mais peu importe, le film retranscrit l'ambiance du chef d’œuvre de Wells à merveille, et notre perception instinctive (et animale, oserais-je dire pour l'occasion!) saisit immédiatement le sens des péripéties, qu'on soit bilingue ou non. Et pour cause, les acteurs ont choisis à l'unanimité d'adopter un jeu des plus expressifs, et la palme revient de loin à cet immense acteur qu'est Charles Laughton, qui crée ici un personnage terrible et fascinant, à ranger aux côtés des grands méchants du 7e art aux côtés d'Hannibal Lecter (non je ne plaisante pas!). 


   

J'avais attendu avec excitation l'apparition du grand Lugosi à l'écran, mais il ne fait malheureusement que passer, en grande pompe (funèbre) certes, mais j'aurais aimé le voir davantage. Quant à Richard Arlen, grande découverte pour moi, cet acteur est juste formidable, il se démarque légèrement des héros typiques de Wells en affichant un caractère plus marqué, un regard fixe plutôt spécial, moins de retenue et se montrant beaucoup plus apte à survivre grâce à son état d'esprit terre à terre sans pour autant être empêtré de naïveté (grosse différence avec le protagoniste de la Machine à Explorer le temps). Les seconds rôles sont tout aussi convaincant, tandis que les hommes bêtes trempent dans le théâtral pur (What is the laaaaw ?) ou sont recalés le plus souvent à une dimension plus discrète qui apparaît alors d'autant plus menaçante, choix très judicieux de la part de Kenton qui réussit à ancrer la présence des expériences vivantes dans notre tête pendant tout le film alors que la majeure partie de la durée du film ne leur est pas consacrée. Je signale au passage que la performance des effets spéciaux est remarquable, sans âge ; on oublie très facilement que tout ceci date de 1932 en regardant le film.


                              


On pourra toujours arguer que le cœur du travail se situe dans les maquillages et que les trucages sont quasi inexistants, mais ces derniers ne paraissent en aucun cas caduque, contrairement d'ailleurs, à ceux des Morlocks de La Machine à explorer le temps, magnifiques pour le cinéphiles mais risibles pour le grand public. L'adaptation du roman est très libre, cependant, on ressent les mêmes sentiments en voyant ces images de jungle féroce, calquées sur un style expressionniste où des ombres dantesques côtoient la lumière blanche presque brillante, je tiens d'ailleurs à vanter la précision de cette édition criterion tout simplement stupéfiante. L'île, qui se voit reconstituée à l'aide de décors grandeur nature (je n'ai pas repéré une seule peinture), du port d’amarrage au vaste manoir du docteur Moreau, nous fixe un cadre presque étouffant, donnant l'idée d'un huis clos dangereux. Les dialogues sont omniprésents, et filmés en mouvement, généralement, pour renforcer cette angoisse. La musique ne se déclenche que pour le générique de début – très joli – et pour le générique de fin, ce qui se révèle parfois désorientant, mais plutôt satisfaisant au final. La hiérarchie qui régit l'île est longuement décrite, et la réflexion sur la science expérimentale n'arrive que tard dans la narration, mais prend rapidement une ampleur impressionnante.(https://youplala.wordpress.com/2009/02/03/lile-du-dr-moreau-de-herbert-george-wells/)-Bonus :


           


Deuxième adaptation cinématographique du fabuleux roman d’H.G. Wells (après le Island of the lost souls de Kenton en 1932), L’île du docteur Moreau propose une version plus fidèle (hormis quelques écarts narratifs peu dommageables comme Montgomery devenu mercenaire) à l’esprit du roman que celui de Kenton qui mettait en vedette un docteur Moreau tyrannique aux pratiques sadiques et aux desseins d’omnipotence dévastateurs. L’excellent Burt Lancaster, en fin de parcours, campe pour le coup un savant-fou pour le moins tempéré, désireux de faire évoluer la science plutôt que de se voir décoré ou d’asseoir sa mainmise sur un monde tout entier acquis à sa cause. Rejeton de Frankenstein, le docteur Moreau est autant capable d’empathie que d’indifférence à l’égard des créatures qu’il entend créer. Le fouet ne claque que pour montrer une certaine domination et enrayer toute tentative de rébellion, ersatz violent aux principes législatifs instaurés depuis leur naissance (un gardien des lois maintient l’ordre au sein de la monstrueuse confrérie). Evolutionnisme raccourci ou eugénisme anthropomorphe, peu importe le nom qu’on lui attribuera, cette entreprise, à l’instar des méthodes employées par le docteur, son sévèrement condamnées par Andrew Braddock, seul représentant moraliste du territoire îlien qui tente d’ailleurs d’éduquer par petites touches la jeune Maria dont il s’est entiché. Une amourette inutile qui dessert davantage l’intrigue qu’elle ne la sert, ne jouant finalement que le rôle de contrepoids à l’horreur qui baigne l’histoire à grands renforts de petits baisers échangés sur fond de décors paradisiaques. De même que le personnage de Montgomery a vu son importance décliner par rapport au roman de Wells, le personnage féminin n’est réduit qu’au statut de second-rôle potiche.


           


Le métrage se joue essentiellement sur la confrontation entre le docteur Moreau et Braddock, mettant constamment à jour le rapport de force relatif qui existe entre les deux personnages. Un rapport de force qui passe inévitablement par les animaux créés par le docteur, ces bêtes entre-deux-états aveuglés par la toute-puissance de leur géniteur mais également happés par les instincts primaires qui les habitent toujours (l’envie de faire couler le sang notamment). Les monstres, aux magnifiques maquillages signés de John Chambers rappelant inévitablement ceux de La planète des singes sur lequel le magicien du latex oeuvra, envahissent peu à peu le devant de la scène pour y jouer leur propre rôle dans une séquence de mutinerie assez efficace. Contrairement au métrage de Kenton (les monstres, confinés à l’état d’ombres), celui de Taylor se plait à mettre en exergue lesdites créatures, objet central de l’intrigue, créant de ce fait davantage une œuvre aventuresque qu’un réel film fantastique anxiogène.


                              

Pourtant, fort de cette monstration omniprésente, Taylor ne prend que peu la peine de définir les rapports qui unissent bêtes et maître, ne proposant que ponctuellement des rencontres entre les deux types, humain et animal, pour ne délivrer que de rares preuves d’endoctrinement. Un tâtonnement qui nuit considérablement au soi-disant désir de mutinerie des monstruosités dès l’abord peu enclines à s’essayer à toute action vengeresse. L’île du docteur Moreau repose essentiellement sur son casting irréprochable et la magnificence de ses maquillages. Moins creusé que son illustre modèle Paramount, le métrage de Taylor propose cependant une relecture plus aérée de l’ouvrage de Wells qui gagne ne clarté ce qu’elle perd en profondeur.(http://www.cinemafantastique.net/Ile-du-docteur-Moreau-L.html)                                         

jeudi 26 mai 2016

Gustav von Seyffertitz

Émigré en 1895 aux États-Unis, Gustav von Seyffertitz y débute comme metteur en scène au théâtre en 1897, à Broadway (New York). Il exerce là jusqu'en 1916 (parfois comme acteur), sur des pièces et une comédie musicale (en 1911). Puis il se déplace à Hollywood, où il apparaît au cinéma à partir de 1917 (notamment dans La Petite Princesse de Marshall Neilan, avec Mary Pickford). Il contribue en tout à cent-dix neuf films américains (majoritairement muets, une cinquantaine étant parlants) jusqu'en 1939. Parmi ses cinq derniers films sortis cette année-là, citons Le Fils de Frankenstein de Rowland V. Lee (avec Basil Rathbone, Boris Karloff et Béla Lugosi). L'un de ses rôles notables est celui du professeur Moriarty dans Sherlock Holmes d'Albert Parker (avec John Barrymore interprétant le rôle-titre et Roland Young personnifiant le docteur Watson), version sortie en 1922. En janvier de cette même année, il obtient la citoyenneté américaine. Parmi ses autres films, mentionnons La Belle Ténébreuse de Fred Niblo (1928, avec Greta Garbo), The Canary Murder Case de Malcolm St. Clair et Frank Tuttle (1929, avec William Powell — déjà croisé dans Sherlock Holmes — et Louise Brooks), Agent X 27 de Josef von Sternberg (1931, avec Marlène Dietrich), ou encore Marie-Antoinette de W. S. Van Dyke (1938, avec Norma Shearer dans le rôle-titre). Notons aussi sa contribution à quatre films muets de Cecil B. DeMille, en 1917 et 1918, dont L'Échange (en) (1918, avec Elliott Dexter et Florence Vidor). En outre, Gustav von Seyffertitz réalise quatre films muets, le premier étant Le Jardin secret (1919), avec Lila Lee. Les trois autres, sortis en 1921, ont pour vedette Alice Calhoun.(Wiki)


                              


Sherlock Holmes contre Moriarty (Sherlock Holmes) est un film muet américain réalisé par Albert Parker, sorti en 1922. L'intrigue du film s'inspire de la pièce de théâtre de 1899 écrite et jouée par William Gillette, tout en y ajoutant des modifications importantes.
Alors étudiant à l'Université de Cambridge, Sherlock Holmes rencontre le docteur Watson qui l'amène à sa première enquête, sur un vol dont est soupçonné le prince Alexis. En même temps que le véritable auteur, Holmes découvre que l'opération est conduite par le professeur Moriarty. Quelques années après, désormais installé à Londres, au 221B Baker Street, Holmes retrouve le prince Alexis qui lui demande d'enquêter sur un chantage dont il est victime, de la part de Moriarty, qui détient la correspondance échangée entre Alice Faulkner et sa sœur Rose. Cette dernière, ancienne fiancée du prince, s'est suicidée lorsqu'il l'a éconduite...
Ce film, un temps réputé perdu, durait 136 min à l'origine, d'après la wikipedia anglophone.  Selon "The Best Moving Pictures of 1922-1923" (Robert E. Sherwood, Ed.), la date de sortie serait le 29 octobre 1922, tel que c'est signalé sur Silent Era (Cf. lien externe).  Roland Young débute au cinéma dans ce film.  William Powell débute également au cinéma dans ce film (où il est crédité William H. Powell).(Wiki)



   


La transition entre le cinéma muet et l’ère du parlant voit les productions s’adonner à l’envi au jeu du remake afin de recycler les titres qui firent leur succès du temps où le silence était d’or. The Bat de Roland West, énorme succès dès sa sortie, n’échappe
pas à la règle et fait l’objet d’un refaisage quatre ans après sous la houlette du même cinéaste. The bat est à l’origine une adaptation d’une pièce de Mary Roberts Rinehart, The Circular Staircase, publiée en 1908 et transposée en collaboration avec Avery Hopwood, immense dramaturge qui œuvre à en produire des adaptations fidèles pour les salles obscures. La pièce connaît un immense succès de 1917 à 1920 aux Etats-Unis et l’histoire, après une première version courte réalisée en 1915 par Edward LeSaint, renoue forcément avec le septième art pour s’imposer dans un registre en vogue, celui du récit à suspense ici formidablement mêlé à la comédie vaudevillienne. La forme théâtrale originelle entraîne l’œuvre à en adopter une mise en scène assez proche composée de plans larges fixes dans lesquels évoluent une kyrielle de personnages contraints de déverser leurs flots de répliques délirantes pour faire avancer l’enquête. Pourtant, à l’inverse, la mise en scène de West arbore une maestria incomparable et empile les moments de bravoure filmiques d’un point de vue technique : armé d’une caméra mobile qu’il a lui-même payée et recourant à l’utilisation d’une grue articulée, West multiplie travellings horizontaux et verticaux, signant de véritables prouesses techniques qui se voient malheureusement souvent confinées à asseoir au mieux les décors dans lesquels gesticulent les comédiens.
Une fluidité filmique qui ne trouve pas de correspondance au sein de l’intrigue elle-même. Gangrénée par une multitude de personnages à la limite de l’identifiable pour certains qui courent et bondissent en tous sens sur trois étages dans une infinité de pièces parées de trappes dissimulées et de trompe-l’œil en tous genres, l’histoire se résume à un whodunit magistralement mené en ce sens que les cartes sont sans cesse redistribuées au sein de cette faune dont les agissements individuels amènent inexorablement chaque protagoniste à être tour à tour suspect et victime.


   


L’énigme gagne ainsi en épaisseur au fil de l’œuvre, suite à une accumulation de figures et de
détails qui recouvrent tantôt une certaine importance et tantôt ne constituent que de simples impostures dévoyantes, au point de devenir une invitation à la danse pour le spectateur qui assemble pêle-mêle les incalculables pièces d’un puzzle rendu incomplet dès l’entame. Ainsi, lorsque le dénouement point, la révélation n’en est que plus forte et légitime à elle seule la demande finale adressée au public afin de les prier de ne pas tomber dans une délation précoce qui ruinerait l’intérêt de leur entourage pour le métrage. Une pratique peu commune exercée par le truchement d’une scène théâtrale, dernière évocation de l’univers originel de The bat, qui termine de consacrer The bat whispers comme une œuvre novatrice à défaut d’être pleinement convaincante de bout en bout.


                 


Avançant une énigme volontairement brumeuse, The bat whispers se pose en exemple-type des transpositions policières des Agatha Christie et autres Simenon qui vont dominer le genre policier durant de longues années. Cluedo gigantesque empli de passages souterrains et de placards tournants, The bat whispers se distingue essentiellement des métrages concurrents par son étonnante grammaire cinématographique, rendue par un formidable 65mm que les emplois expressionnistes de West magnifient considérablement. Ancêtre du Batman de Bob Kane, le meurtrier arbore à l’instar de son descendant comic indirect une double personnalité lugubre et une signature vestimentaire (une immense cape qui reflète sur les parois une ombre de chauve-souris) reconnaissable entre mille.(http://www.cinemafantastique.net/Bat-whispers-The.html)

mercredi 25 mai 2016

John Fraser


John Fraser, né le à Glasgow, est un acteur écossais. John Fraser commence sa carrière en 1952, dans la série TV Kidnapping et il obtient son premier grand rôle l'année suivante dans The Good Beginning puis on le vera dans Titanic (1953) Les Briseurs de barrages (1955), Les Fanfares de la gloire (1960), Les Pirates de la nuit (1961) ou Schizo (1976). Fraser a aussi joué dans plusieurs séries TV comme Columbo (1972) Doctor Who (1981) ou Brigade volante, il a mis fin à sa carrière en 1996. John Fraser a publié ses mémoires en 2004, ou il raconte sa vie d'homosexuel et ses amitiés avec certains acteurs.
(Wiki)



                    

Dans le monde ténébreux de la criminalité, Jack l'Eventreur n'a jamais été retrouvé. Le mystère de son identité reste entier, il est donc naturel qu'il soit adapté au grand écran avec des versions aussi différentes qu'intéressantes.
Jack l'Eventreur est également entré dans la légende populaire, dans l'imagerie collective. On lui octroie alors des adversaires diverses. Dans A STUDY IN TERROR, le célèbre éventreur rencontre une autre figure de notre culture, Sherlock Holmes. Et il n'a pas été le seul. MEURTRE PAR DECRET pose également les deux mythes en adversaires farouches. Dans le fourmillement des personnalités du meurtrier possibles, MEURTRE PAR DECRET privilégiait la piste des liens avec la famille royale et Sherlock Holmes nous apparaissait comme très complexe puisqu'il participait au complot dusilence afin de sauver la couronne. Dans STUDY IN TERROR, c'est encore une autre piste qui est exploitée, à mi-chemin entre le chirurgien et la noblesse. Entre les deux, le cœur de James Hill a dû balancer alors finalement il a compilé.


         


Nous avons donc ici un terreau commun, un Jack l'Eventreur aux compétences très poussées et aux victimes bien choisies. Cependant, ses mobiles restent bien obscurs. Un large panel de meurtriers possibles défile devant nos yeux. Sherlock Holmes et son indécrottable compagnon Watson rencontrent une foule de personnes diverses. Certaines ont l'air de cacher bien des choses, d'autres d'en savoir plus qu'elles n'en disent. Pour étoffer l'enquête, le réalisateur n'hésite pas à rendre la silhouette du tueur, là au loin, dans l'ombre, bien androgyne. Il joue ainsi avecle spectateur qui finalement ne sait plus trop quoi croire. Par ce jeu, le film lorgne vers les gialli et autres Edgar Wallace. Mais qui se cache derrière le tueur finalement ? Et quand l'enquête avance, on va de surprise en surprise.

Le film louche également vers le règlement de compte social avec un médecin bien présent, qui passe ses nuits à soigner les indigents dans son hospice et qui harangue la foule la journée. Dans une belle tirade, il remercie Jack l'Eventreur de ses méfaits car ainsi les yeux de tous sont braqués sur la misère de Whitechapel. Un tel discours fait de lui un suspect potentiel très crédible. Mais Sherlock Holmes ne s'y laisse pas prendre et c'est avec toute la classe qui le caractérise qu'il nous lance sur une autre piste. A ce propos, John Neville est largement à la hauteur de son rôle. D'aucuns pensent que Peter Cushing a incarné avec un tel brio le personnage de Conan Doyle que les autres ne seraient que de pâles imitations. Eh bien John Neville les contredira de manière éhontée et incarne le célèbre personnage avec crédibilité. Naturellement, sa prestation est parfaite et celle des autres protagonistes de l'histoire également. 


                                


Sherlock a par exemple un frère et les relations qu'ils entretiennent, leurs échanges verbaux ressemblent à un irrésistible ballet. Dans une atmosphère pesante, une touche d'humour est toujours la bienvenue.
Outre l'intérêt de l'histoire, le réalisateur parsème son propos d'images fortes, d'idées très intéressantes. Nous retiendrons en particulier l'annonce d'une femme, au centre de l'intrigue, défigurée au vitriol. Nous attendons sa rencontre avec ferveur. Elle est à la hauteur de nos attentes, d'autant plus que Sherlock Holmes souligne qu'un visage ravagé peut cacher une âme elle aussi détruite et qui réinvente l'histoire. Que nous a alors apporté cette rencontre ?


Les meurtres sont relativement sobres, à part le premier, très joli. La fille est jetée dans une sorte d'abreuvoir et le couteau plonge encore et encore. La caméra filme les mouvements assassins sous l'eau et c'est très beau. Pour conclure, SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'EVENTREUR est très plaisant à suivre. Il campe des personnages complexes et intéressants. Il propose une autre version que celle de From hell, certainement moins spectaculaire et scandaleuse mais finalement, qui ira dire qu'elle n'est pas crédible, aux dernières nouvelles, Jack l'Eventreur n'a jamais été démasqué.(http://www.sueursfroides.fr/critique/sherlock-holmes-contre-jack-l-eventreur-280)


                            


Curieux film que cet Isadora, mélange de téléfilm romanesque de l'après-midi, grande oeuvre torturée sous psychotropes et hommage timide à l'une des plus importantes danseuses de tous les temps. Singulier aussi que son réalisateur, Karel Reisz, un amoureux du réalisme, ait choisi de peindre le portrait d'une artiste fantaisiste et plutôt en dehors des réalités. Singulier mais finalement logique, puisque l'auteur de Morgan avait pour but avoué de casser les conventions, et rompre avec un certain académisme du cinéma britannique. Il en va de même d'Isadora, film anti-conventionnel au traitement audacieux, qui ne révolutionne ni le biopic ni le cinéma mais se met au service total du personnage qu'il dépeint. Isadora, c'est donc Isadora Duncan, celle par qui la danse moderne et contemporaine est née. La danseuse aux pieds nus, qui se rêvait en renouveau du modèle des figures antiques grecques et n'était vêtue que de légers voiles. La femme de tête, furieusement libre, qui dansait partout et tout le temps, pour qui "danser, c'est vivre". Celle qui tombait amoureuse aussi vite qu'une Bugatti file dans la nuit ; celle qui aimait les drapés et les foulards et mourut étranglée par l'un d'eux, pris dans les roues de ladite Bugatti. Isadora s'attache surtout à montrer une femme multiple. Isadora danseuse, Isadora mère, Isadora féministe, Isadora sympathisante communiste : toutes ses facettes se retrouvent dans le film, sorte de patchwork habile mais parfois fourre-tout de ce qu'a pu être Duncan.Difficile aujourd’hui de voir le film de Reisz à la lumière de ce qu’il était à l’origine : une œuvre-fleuve de près de trois heures, apparemment plus bordélique, plus jusqu’au-boutiste encore. Le major Universal précipite sa sortie fin décembre 1968, dans une seule salle de Los Angeles, pour qu’il puisse concourir aux Oscars cette année-là. Vanessa Redgrave sera bien nommée à la statuette (elle perd face à Barbra Streisand et Katherine Hepburn), mais pas avant que le Los Angeles Time n’ait eu le temps de torpiller le film, incompris à sa sortie. Paniqué, le studio le ramène sur le banc de montage, l’ampute de quarante bonnes minutes, avant de le ressortir le 27 avril 1969 dans une nouvelle version, plus édulcorée (quelques scènes de nu trop explicites passent à la trappe) et sous un nouveau titre. C’est ainsi que The loves of Isadora Duncan, nom plus générique et aux accents de produit télé, tombe presque immédiatement dans l’oubli. Malgré tout, Universal donne la permission à Reisz d’emmener son film au festival de Cannes 1969, d’où Redgrave repartira auréolée du prix de la meilleure actrice.


   

Dans les années 1990, Isadora fait un dernier tour de piste en director’s cut, directement exploité en VHS. Puis se fait à nouveau oublier. Voilà pour la petite histoire d’un film un peu maudit, presque saboté avant d'être né.Une dizaine d’années avant Isadora, Karel Reisz fonde, avec Lindsay Anderson et Tony Richardson, le mouvement de film documentaire Free Cinema, dont le but était de s’ancrer dans la réalité des situations dépeintes, rompant ainsi avec la tradition conventionnelle du cinéma anglais des années 1950. A propos de ce courant, il déclare : « Nous travaillons hors du cadre habituel de l'industrie et nous avons en commun des préoccupations sociales que nous tentons d'exprimer dans nos films. » C’est ainsi que naissent Momma Don't Allow (1955), consacré au goût de la musique jazz dans certains milieux ouvriers, Samedi soir, dimanche matin (1961), sur l’ennui du dimanche après-midi dans les quartiers ouvriers (encore), et surtout Morgan (1966), qui évoque de manière humoristique un cas de folie inspiré par King Kong, au cours d'un divorce qui tourne mal.


                              

Vanessa Redgrave y tient déjà le rôle principal féminin, et remporte son premier prix d’interprétation au Festival de Cannes et une nomination à l’Oscar, devenant du même coup une star internationale.sadora vient donc rompre un cycle social et ouvrier entamé depuis quelques années par Karel Reisz.  Pour autant, il diffère par bien des aspects d'un certain nombre d'autres biopics, souvent plus pompiers, à la ligne très claire et à la chronologie précisément respectée. Pas question pour Reisz de suivre un schéma préfabriqué : il jette dans Isadora tout ce qui le passionne chez Duncan, et particulièrement dans son autobiographie de 1928, Ma vie, dont le film est tiré. Ce qui marque le plus, c'est à quel point le réalisateur s'intéresse davantage à la femme qu'à l'artiste, là où un biopic tend d'habitude à souligner l'apport culturel de son personnage central. Reisz, lui, fait alterner scènes dans le présent et flash-backs à un rythme effréné, parfois confus, qui a le mérite de bien transmettre le tourbillon certain qu'était la vie d'Isadora Duncan, mais qui peut prendre des allures de trip illuminé à qui ne connaîtrait rien à l'histoire de la chorégraphe. A l'inverse, facile pour le spectateur familier du travail de la danseuse et du langage chorégraphique en général de trouver le film trop oublieux de l'héritage laissé par la prêtresse de la danse contemporaine.(http://www.iletaitunefoislecinema.com/chronique/4864/isadora-the-loves-of-isadora-karel-reisz-1968)