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mardi 19 avril 2016

Maurice Tourneur

Maurice avait été peintre et régisseur de théâtre pendant de longues années avant de venir au cinéma en 1912. Ces années d’apprentissages lui ont donné un bagage artistique sans égal pour la composition picturale de ses images, la direction d’acteurs et le choix des décors. En 1918, il invente l’expressionnisme avant les Allemands en utilisant des décors stylisés pour suggérer l’angoisse ou la terreur dans The Blue Bird (L’Oiseau bleu). Il construit toutes ses images avec le soin d’un peintre pour leur donner une profondeur comme celle d’une œuvre de Rembrandt. Maurice a d’abord été un homme de théâtre. J’ignore s’il s’est intéressé au cinéma jeune homme. Il a été acteur dans de petites troupes avant de devenir régisseur. Le passage au cinéma a été progressif. En 1910, il travaillait au Théâtre de la Renaissance comme régisseur général où il côtoyait des acteurs comme Léonce Perret et Emile Chautard qui avaient déjà commencé à travailler au cinéma comme metteurs en scène. Maurice a d’abord fait de la figuration chez Pathé et Eclair pour mettre du beurre dans les épinards. C’est finalement Emile Chautard qui l’a embauché comme assistant réalisateur vers 1912. Il y a pris visiblement goût puisque dès l’année suivante il est devenu metteur en scène de cinéma.



                            


Cependant, son véritable épanouissement ne viendra qu’en 1914 avec son arrivée aux États-Unis. Durant la période 1914-1918, Maurice a tourné en moyenne un film toutes les six semaines. C’est effectivement un record. Il avait une équipe très soudée autour de lui qui lui permet ce rythme. Il avait le français Ben Carré comme décorateur, John van den Broek comme opérateur et plusieurs assistants, en particulier Clarence Brown qui se chargeait du montage. Dès qu’un tournage était terminé, Clarence montait le film et Maurice commençait le suivant. Plus tard, Brown se chargeait même de tourner certaines scènes en extérieurs pendant que Maurice tournait en studios. Les équipes de tournage étaient légères en comparaison de maintenant. Comme Maurice le disait lui-même : « A cette époque-là, le metteur en scène était maître chez lui. Il conduisait le bateau où il voulait. Ça ne coûtait pas cher. Il pouvait se permettre des petites incursions dans les petites rivières attenantes, ça allait tout seul. » Parmi les 54 films tournés en Amérique, seuls 24 ont survécus (en partie ou en totalité), ce qui fait un pourcentage d’environ 40%. Il ne faut jamais désespérer. Il n’est pas du tout impossible que certains films soient redécouverts ou identifiés dans des archives de films à travers le monde dans les années à venir.(http://www.yuzu-melodies.fr/Maurice-Tourneur-realisateur-sans-frontieres_a2078.html)


                       


Péchés de jeunesse est un film français réalisé par Maurice Tourneur sorti en 1941.Monsieur Lacalade décide de partir à la recherche des trois fils qu'il a eus dans sa jeunesse. Il retrouve d'abord Edmond Vacheron, heureux propriétaire d'un restaurant, qui lui dit ne plus avoir besoin d'un père, puis Lucien, un compositeur de talent, qui lui avoue tout devoir à son beau-père, enfin Frédéric, qui en fait n'est pas de lui… Il rencontre finalement un quatrième fils, abandonné aussi par sa mère et qui a vécu dans un orphelinat. Lacalade accueillera les enfants de l'orphelinat chez lui. Film à sketchs suivant toutefois une logique narrative, « Péchés de jeunesse » peut parfois paraître un peu pesant, d'autant que comme souvent, l'intérêt des différentes histoires est inégal. Pour autant, je ne me suis presque jamais ennuyé devant un spectacle certes un peu daté, mais pas trop morale et faisant la part belle aux personnages, un doux vent de mélancolie loin d'être désagréable venant parfois souffler sur le récit. Ainsi, sans proposer réellement de grands moments ou même de vraies surprises, l'œuvre reste cohérente, évitant l'émotion facile ou des retrouvailles un peu trop gaies qui eussent nui à sa crédibilité. Enfin, comment ne pas citer Harry Baur, savant mélange de cabotinage et d'émotion contenue, à l'image d'une fin édifiante, mais touchante. Bref, du bon mélo à la française, pas toujours léger-léger, mais se regardant avec plaisir, notamment grâce à son acteur principal. Un film (à sketchs) mais qui vaut surtout par la dernière apparition du grand Harry Baur, "monstre sacré", immense talent toujours au bord du cabotinage, lourde et épaisse silhouette avec des grâces d'elfe. Thème : la rédemption, bien en phase avec l'époque de Vichy.   


                                                      
Un homme revient sur son passé de "pécheur", un peu comme le faisait l'héroïne de "Carnet de bal", ouvrage autrement plus réussi, en retrouvant ses béguins de jeunesse (J.Duvivier, 1937). Ici, le scénario est assez paresseux et les meilleurs moments (le 3e épisode situé en pleine fête foraine) semblent empruntés à des précédents de meilleure facture (notamment "Les Disparus de Saint-Agil avec les "Formidabes" qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux "Chiche Capon" de l'original). De même Miss Florence fredonne "Comme de bien entendu", rengaine venue tout droit de "Circonstances atténuantes"(J.Boyer, 1939), délicieux film de marlous avec Michel Simon et Arletty au sommet de leur art, chef d'oeuvre. Notons la présence (assez dévêtue et bien en chair) de Monique Joyce, très juste dans son rôle de garce-acrobate-femme-de-voyou, figure bien connue des années d'occupation, une des nombreuses maîtresses de Jean Luchaire, grand patron de presse et collabo de haut vol, fusillé en 1946. Bonne interprétation générale avec notamment l'impeccable Jacques Varennes (souvent employé par Guitry) et le fantasque Pierre Bertin (une vingtaine d'années avant son mémorable numéro de doux foldingue dans "Les Tontons flingueurs"). Un très joli plan séquence en travelling dans le quatrième sketch (l'orphelinat).(http://www.amazon.fr/P%C3%A9ch%C3%A9s-jeunesse-Harry-Baur/product-reviews/B00CMUUGFU)


                               


Il y a de très belles choses dans ce film, notamment le couple de ‘’vieux’’ puisque c’est comme cela qu’ils sont affectueusement nommés: Belmont et Gabrielle Fontan sont exceptionnels. L’histoire tient bien la route et l’ambiance générale cohérente. Ce que je n’ai pas supporté, c’est la façon dont Ginette Leclerc joue son rôle et en corollaire la façon insistante qu'a Tourneur de faire durer les gros plans sur son visage. Le comportement de Marthe (ancienne prostituée) envers les hommes, son mari compris, me parait à des années lumières de la réalité. Le coté misogyne de Tourneur est poussé à ses limites ainsi que le coté larmoyant avec le retour de la famille ( jeune et vieux). Les dialogues sont, comme presque toujours à cette époque, remarquables; l’intelligence et les réparties sont nombreuses avec en plus une bienveillance constante et un goût du bonheur marqué. La séquence précédent la fin est une réussite tant par sa beauté que par son coté ‘’osé’’, c’est le crime parfait. Le val d’enfer  ne se reçoit pas de la même façon selon nos façons de voir ce genre de film qui est un témoignage de vie...Pour moi ,cela doit être joué avec la plus grande sobriété possible et la plus grande cohérence possible...Il y a des scènes insupportables. Indéniablement, certains aspects ont vieilli, notamment dans la réalisation ou même l'aspect légèrement pesant du paysage rural, si bien qu'on a parfois du mal à être captivé par le récit. Reste que cette dimension très sombre, agrémentée de scènes saisissantes et d'une construction plutôt habile, permettent de rendre « Le Val d'enfer » appréciable, voire très intéressant par moments.



           

Car si la sensuelle Ginette Leclerc reste une belle garce, on ne peut s'empêcher de compatir à plusieurs reprises tant sa vie est d'un ennui indescriptible, tandis que les « gentils » ne s'y prennent pas toujours très habilement pour la rendre heureuse (euphémisme). Cela permet à l'œuvre de proposer une dramaturgie assez forte, peuplée de seconds rôles un peu stéréotypés mais plutôt attachants. Dommage du coup que l'entreprise se termine sur un bon vieux « travail, famille, patrie » (nous sommes alors en 1943 : un hasard, sans doute) tout sauf subtil et finalement assez peu dans le ton du récit. Tant pis : les enjeux et le contexte restent suffisamment intéressants pour rendre le film appréciable, voire intense par moments, l'exemple-type du drame « à la française » durant la Guerre. Ce très beau drame pourrait faire figure de chef d’oeuvre s’il ne portait pas la marque infamante de la firme Continental. Cette compagnie à capitaux allemands a effectivement officié de 1941 à 1944 en France afin de favoriser la propagation des nouvelles "idées" vichystes.


                                

Dès lors, une relecture du Val d’enfer s’impose, gâchant sérieusement le plaisir que l’on éprouve à sa vision. Les classes laborieuses sont belles et bien glorifiées tandis que les "inutiles" et les êtres immoraux comme la putain de service sont rejetés. Cette dernière n’essaie-t’elle pas de séparer une famille traditionnelle ? Ne se joue-t’elle pas de son mari et ne porte-t’elle pas en elle le vice ? Elle sera donc implacablement condamnée à mourir afin de rétablir l’équilibre nécessaire à toute vie saine. Une vie entièrement dévouée au travail, à la famille et à la patrie. Car, dans sa brillante mécanique scénaristique et mélodramatique, Le val d’enfer n’est pas autre chose qu’un bel outil de propagande que l’on ne peut regarder sans avoir ce sous-texte pernicieux en tête. Loin d’être raté, ce témoin d’une époque trouble nous permet de nous interroger sur les rapports entre cinéma et propagande, mais aussi sur l’épineuse question de savoir si l’on peut apprécier une oeuvre dont le message est synonyme de compromission avec une idéologie condamnable.(http://www.avoir-alire.com/le-val-d-enfer-la-critique)

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