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mercredi 20 avril 2016

José Giovanni

José Giovanni était une figure attachante du polar français. Vingt romans, trente scénarios, quinze films, précédés, au début des années 60, de trois adaptations au cinéma : le Trou par Jacques Becker, le Deuxième Souffle par Jean-Pierre Melville, Classe tous risques par Claude Sautet. Un polar à la française renaissait alors, fait d'amitié virile, de vie quotidienne des malfrats, de dialogues précis. Du polar «vu de l'intérieur», car Giovanni a fait onze ans de prison entre la Libération et 1955, condamné à mort en 1947, à 24 ans, puis gracié, pour une «affaire de racket qui a mal tourné, cinq morts». Sur les conseils de son avocat, qui a lu son journal de prison, il va raconter la vie carcérale dans le Trou (Gallimard, 1957), puis enchaîne les séries noires (trois livres en 1958 dans la collection de Duhamel). Quand Becker, Melville, Sautet, le lancent au cinéma, Giovanni est déjà célèbre, et va faire la belle vie du cinéma populaire français, écrivant à la commande des scripts pour les vedettes machos, ceux qui deviendront ses «Grandes Gueules», Ventura, Bourvil, Belmondo, Delon, Constantin. S'ensuivent les Aventuriers, le Clan des Siciliens, ou les films qu'il réalise lui-même, Dernier Domicile connu, Deux Hommes dans la ville, le Gitan... jusqu'à Mon Père en 2001, où Cremer incarne ce père que Giovanni a longtemps haï, sans savoir que cet homme renfermé se démenait pour obtenir sa grâce et le faire survivre. Cette part d'ombre, Giovanni l'a révélée dans son autobiographie. Mais le cinéma français préférait son folklore, célébrant l'«ami des vedettes» et le «bandit repenti».(Antoine de Baecque)



                                

José Giovanni est un homme au parcours peu conventionnel. Résistant (ou collaborateur ?) pendant l'occupation, gangster après la Libération, condamné à mort puis gracié, le corse d’origine devient auteur de romans basés sur ses expériences personnelles. Son intrusion dans le monde de l’écriture lui ouvre ensuite les portes du cinéma : après avoir longtemps été scénariste et adaptateur de ses propres ouvrages (pour Jean-Pierre Melville, Claude Sautet, Jean et Jacques Becker, Jacques Deray, Robert Enrico ou encore Henri Verneuil), Giovanni réalise son premier film La Loi du survivant en 1966 d’après son livre Les Aventuriers qui sera de nouveau porté à l’écran l’année suivante par Robert Enrico. Le Rapace, son film suivant, d’après une série noire de John Carrick, s’apparente à un film d’aventures exotiques flirtant avec le western spaghetti et le film politique.Le « rapace » du titre est un tueur à gages surnommé aussi « le rital ». Il doit assassiner l’actuel président d’une république latino-américaine dans la fin des années 30. On lui impose comme acolyte Miguel Juarez, jeune idéaliste convaincu par la nécessité d’une révolution qui est vite dégouté par son cynisme. Le rapace le surnomme Chico par dérision en raison de sa juvénilité et de sa candeur.






C’est Lino Ventura qui campe ledit rapace. José Giovanni retrouve alors l’acteur qui avait déjà été l'interprète d'adaptations de ses romans : Classe tous risques (1960) de Claude Sautet, Le Deuxième Souffle (1966) de Jean-Pierre Melville, Les Grandes Gueules (1966) et Les Aventuriers (1967) de Robert Enrico. Leur collaboration se poursuivra ensuite avec Dernier Domicile connu (1970) puis Le Ruffian (1983).
Le Rapace joue sur l’exotisme des révolutions mexicaines déjà exploré par le cinéma américain. En effet, le film a été entièrement tourné au Mexique avec des acteurs locaux. Les paysages sont donc magnifiques d’un bout à l’autre du film qui jouit en fait d’une formidable authenticité. Il en est de même pour l’envoutante musique de François de Roubaix, fidèle collaborateur de Giovanni, qui a fait appel au groupe péruvien « Los Incas ».





Le Rapace fait aussi penser à un western spaghetti. Le rapace est en effet un personnage archétypal du western transalpin : celui de l’ange exterminateur aux motivations ambigües qui part aussi vite qu’il est arrivé. La mort le guette à tout moment et son cynisme ainsi que sa cupidité sont encore des caractéristiques communes entre les deux personnages. De plus, l’harmonica et la guimbarde de la musique de Roubaix ne sont pas sans rappeler les partitions d’Ennio Morricone.
Cependant, le rapace n’est pas un personnage amoral comme dans le western spaghetti. Certes, le rapace est très sarcastique mais, malgré son apparence laconique, il détient un certain nombre de valeurs. Le rapace a tout d’abord un véritable respect envers les femmes. De plus, il est persuadé que la révolution ne mène à rien puisqu’un système dictatorial ne peut être remplacé que par une autre dictature, les hommes politiques étant toujours des manipulateurs avides de pouvoir.



Ainsi, Le Rapace se transforme en film politique façon El Chuncho / Quien Sabe ? de Damiano Damiani sorti un an auparavant. Le Rapace nous montre en effet progressivement un face à face entre Chico, le jeune idéaliste plein d’espoirs, et le rapace, vieux baroudeur désabusé et à tout jamais désillusionné. Finalement, le film de Giovanni penchera plutôt pour le camp du pessimiste rapace. Ce qui différencie aussi le rapace du vengeur violent du western spaghetti, c’est que le rapace est en réalité un homme de cœur. En effet, ce n’est pas parce qu’il ne prend pas part à la révolution à laquelle il semble se désintéresser, qu’il n’est pas pour autant un homme sans cœur. Rappelons la citation de Dostoïevski à l’ouverture du film: « Mais, mon ami, on ne peut pas vivre absolument sans pitié ». En fait, Le Rapace nous offre aussi une histoire d’amitié virile entre Chico et le tueur à gages, comme les aime bien José Giovanni.







Cependant, le personnage de Ventura reste complexe et ambigu. L’argent semble en effet ne pas être une véritable motivation du tueur à gages. En fait, le rapace erre sans but tel un fantôme. Il se retrouve toujours dans des situations qui ne le concernent pas et tourne autour de la mort, tel un rapace autour des cadavres. Très méconnu par le public et trop souvent négligé par les critiques, Le Rapace est pourtant un film admirable qu’il faut découvrir. En effet, José Giovanni a signé un film très réussi en montrant qu’il était capable de manier aussi bien l’action que la réflexion. Deux ans après Le Rapace, Giovanni retrouve Lino Ventura pour Dernier Domicile connu, film policier qui est sans aucun doute son film le plus célèbre.(http://labruttin.blogspot.fr/2007/12/le-rapace-1967-de-jos-giovanni.html)






José Giovanni est considéré comme une valeur sûre du cinéma populaire français des années 60 et 70, aussi bien au poste de scénariste (Le Trou, Le Deuxième Souffle, Les Grandes Gueules, Les Aventuriers…) que de réalisateur (Deux hommes dans la ville, Le Gitan, Comme un Boomerang). Un très bon "faiseur" sans la moindre autre prétention que celle de raconter une histoire solide et efficace. Et c’est ce qui fait la force de son cinéma. Ses histoires, polars ou films d’aventure, s’inspirent généralement de son passé de gangster, passé trouble qu’il n’a jamais véritablement totalement révélé, même dans sa formidable biographie (Mes grandes gueules), sa dernière publication, deux ans avant de décéder. Nous savons seulement qu’il a été condamné à mort avant d’être grâcié et libéré grâce aux efforts de son père. Sur les conseils de son avocat, José Giovanni commence alors l’écriture. Le succès littéraire est déjà au rendez-vous avant qu'il ne devienne scénariste, puis réalisateur. Son point de vue original du monde des truands permet un style original et viril.Pour Les Egouts du paradis, Giovanni est contacté afin de rédiger le livre racontant le casse de Nice (considéré comme l'un des trois casses du siècle) : celui de la Société Générale de Nice, par un certain Albert Spaggiari, dandy cambrioleur un peu allumé ayant disparu après une évasion spectaculaire. Le sujet intéresse José Giovanni, et ce sera Michel Audiard qui s’occupera des dialogues. Avec cette équipe, il n’est pas étonnant que le projet devienne intéressant, avec ses "valeurs" de gangsters et son ton à la fois ironique et anarchiste.


   

Et ce fut effectivement le cas. Les dialogues baroques de Michel Audiard se marient admirablement avec le style réaliste de Giovanni. Car c’est bien là la force principale de ce film : il sent la sueur, la poussière, l’effort. Il est tout sauf propre et lors des travaux dans les égouts, on sent bien que les acteurs ont bien dû souffrir en creusant, en portant des caisses véritablement lourdes et en plongeant dans les eaux sales remplies d’étrons. Car ce n’est pas un trucage, Francis Huster ayant décidé au moment du tournage qu’il ne ferait pas appel à une doublure pour cette scène. Huster prête admirablement bien ses traits à Spaggiari, avec ses envolées lyriques et son charisme de criminel. Il arrivera même à être touchant lors de la perte de Charlotte, interprétée par la charmante Lila Kedrova (Le Rideau déchiré). Tout le casting est à son image (avec une mention spéciale pour André Pousse), habitant merveilleusement bien les membres de ce casse improbable et pourtant vrai.


                             

Les scènes les réunissant sous terre contrastent admirablement avec celles plus intimes lors des moments de repos. A tel point qu'à la fin du film, c’est avec une légère tendresse que nous quittons cette équipe improbable. C’est en effet l'une des constantes des œuvres, littéraires comme cinématographiques, de José Giovanni : leur fatalité. Car le destin de chaque protagoniste semble écrit jusqu’à la dernière seconde, traînant derrière lui un sentiment amer et tragique.Voilà donc une œuvre majeure d’un petit maître du film d’aventure à la française, qui réunit autour de lui un scénario solide, un dialoguiste inspiré, et des acteurs très convainquants dans un film à la fois touchant, distrayant mais aussi efficace. Notons que l’année suivante, une nouvelle adaptation sur le casse de Nice sortira sur les écrans, en provenance de l’Angleterre cette fois : The Great Riviera Bank Robbery, écrit et réalisé par Francis Megahy.(http://www.dvdclassik.com/critique/les-egouts-du-paradis-giovanni)

1 commentaire:

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