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dimanche 20 mars 2016

It's alive


« Allons Hitch, vous ne pouvez pas aller contre votre personnage. Et vous ne faites pas de films pop ! Pourquoi m’avez-vous demandé ? Vous savez bien que je n’écris pas de pop musique ! Hitch, je ne vois pas l’utilité de continuer à travailler avec vous… J’avais déjà toute une carrière derrière moi avant de travailler avec vous et j’en ai une autre devant moi ». C’est sur cette cinglante tirade, alors que l’on reprochait à la musique composée par Bernard Herrmann pour Le rideau déchiré d’être trop académique, que le compositeur se brouille définitivement avec Alfred Hitchcock. L’exigence et le caractère entier d’Herrmann sont de notoriété publique et, traumatisé par cette perte, Hitchcock ne portera que peu d’intérêt aux compositeurs tels que Maurice Jarre, Henry Mancini ou encore John Williams avec qui il travaillera par la suite. Conscient de l’apport de la musique d’Herrmann pour ses films et ne supportant pas l’ombre d’une tierce personne, Hitchcock ne cite même pas son compositeur fétiche dans ces célèbres entretiens avec François Truffaut. Vengeance ? Probablement, en tout cas Bernard Herrmann, après avoir claqué la porte des studios de cinéma pendant un temps pour revenir à ses amours pour la musique classique, avait vu juste quant à sa carrière puisque le nouvel Hollywood va lui donner un nouveau souffle. Les films d’Alfred Hitchcock ont bercé toute une génération de jeunes réalisateurs. Tous ont au moins rêvé d’égaler, voire de surpasser le maitre du suspense. Bernard Herrmann s’est fait un malin plaisir de mettre sa musique au service de cette  nouvelle vague de réalisateurs faisant ainsi un pied de nez à la carrière vieillissante du gros Alfred. Les musiques composées par Bernard Herrmann pour Taxi driver (1976) de Martin Scorcese ou encore celles pour les films de De Palma comme Sœurs de sang (1973) et Obsession (1976) n’ont pas à pâlir face à d’anciennes œuvres mythiques d’Herrmann. Moins connue est celle qu’il a composée en 1974 pour le film de Larry Cohen, Le monstre est vivant (It’s Alive).


             


Quel drôle de personnage ce Larry Cohen ! Créateur de la série Les envahisseurs, réalisateur de films d’horreur, scénariste d’épisodes de Columbo et plus récemment de Phone game, producteur de la trilogie des Maniac Cop, Larry Cohen porte de nombreuses casquettes. Ce touche à tout sans grand génie a le mérite de n’être jamais à cours de bonnes idées tout en sachant jongler avec des budgets très serrés. Durant la préparation de It’s alive, ce fan absolu d’Alfred Hitchcock voulait  faire appel à Anthony Perkins et Janet Leigh, les acteurs principaux de Psychose. Finalement, John P. Ryan (Cotton Club, L’étoffe des héros) et Sharon Farrell sont choisis pour incarner le couple principal du film. D’Hitchcock, il ne gardera que Bernard Herrmann qui, à la surprise générale, accepte de composer la musique de ce petit film d’horreur réalisé par un sombre inconnu.


                              


Le monstre est vivant est l’histoire des Davies, famille moyenne américaine qui attend l’arrivée d’un second enfant onze ans après la naissance de leur premier fils. Mais Leonord Davies accouche d’un bébé monstrueux qui, avant de disparaitre, tue les médecins qui l’ont accouchée. Une chasse à l’enfant monstrueux s’ouvre et Frank Davies veut à tout prix tuer son fils pour effacer cette monstrueuse anomalie. Sans tomber dans le film pamphlet, Le monstre est vivant est une étrange évocation de la famille où le thème des enfants handicapés est traité avec une grande noirceur sans être dénuée d’humour.



                               


Pour Psychose, Bernard Herrmann a composé une musique exclusivement jouée par des cordes qu’il aimait appeler de la musique en noir & blanc. Le monstre est vivant, étant un film en couleur, les instruments choisis pour la musique sont différents puisque le seul instrument à cordes utilisé pour ce dernier est une viole d’amour. Pour illustrer Le monstre est vivant, Herrmann souhaite le son puissant d’un orgue. Exilé à l’époque à Londres, c’est dans une église, celle de St Giles’Cripplegate, qu’il enregistre la musique de ce film d’horreur. Afin d’entretenir un climat d’angoisse, Herrmann compose une musique où le timbre des cuivres sont à l’honneur. Aux sections de trompettes, de clarinettes, de cors d’harmonie et de trombones, Herrmann ajoute un synthétiser moog qui modernise le son de l’orchestre. Pour l’anecdote, Bernard Herrmann a dirigé l’enregistrement de cette musique glaçante emmitouflé dans des habits d’hivers tellement la température était basse dans l’église de St Giles’Cripplegate. Etrangement, la musique de Le monstre est vivant n’avait jamais été commercialisée. Il a fallu attendre 2012 pour que Film Score Monthly accouche enfin de cette musique exceptionnelle. Grâce au label de Lukas Kendall, on peut enfin découvrir plus de quarante minutes de cette partition inédite. Deux titres en version alternate ont été ajoutés afin de compléter cette version ultime.

   


Le monstre est vivant obtint le prix spécial du jury au festival du film fantastique d’Avoriaz en 1975 relançant ainsi sa carrière sur le marché américain. Bernard Herrmann, disparu cette même année le soir de Noël, ne verra malheureusement jamais le succès de ce film qui enfantera deux suites, Les monstres sont toujours vivants (1979) et La vengeance des monstres (1987). Même si la musique du monstre est vivant est sans grande surprise, on peut imaginer l’excitation de Larry Cohen en voyant à quel point la musique d’Herrmann fonctionne bien avec les images qu’il a filmées. Une chose est certaine, aucun titre de cette musique de film ne se siffle car Bernard Herrmann ne compose jamais de pop musique.(https://lesoreillesentrelesyeux.wordpress.com/2012/03/25/bernard-herrmann-le-monstre-est-vivant-its-alive/)

2 commentaires:

  1. https://1w5l62gy4j.1fichier.com/
    https://zpfjol.1fichier.com/

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  2. Bonus : http://uptobox.com/7ur4nx6zq6ad

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