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mercredi 9 mars 2016

fleur bleue

Parmi les quelques films noirs dont le scénario est signé Raymond Chandler, Le Dahlia Bleu est un peu particulier du fait des circonstances dans lequel il fut tourné : pressé par le fait qu’Alan Ladd devait retourner sous les drapeaux, Chandler écrivit le scénario au jour le jour, tenant le choc grâce au whisky (selon la légende). Acteurs et même réalisateur ne savaient pas quelle scène ils tourneraient le lendemain. Paramount voulait à tout prix réutiliser le couple Alan Ladd / Veronica Lake que l’on avait déjà vu dans This gun for hire (1942) et The glass key (La clé de verre, 1942). Le scénario est souvent présenté comme assez faible ce qui est un peu sévère à mes yeux : c’est certes un peu simple pour du Raymond Chandler et il comporte quelques scènes bâclées mais cela reste assez prenant et intrigant. De plus l’armée fit pression pour changer la fin qui, de ce fait, paraît un peu faible sur la dernière minute avec des aveux faits à la va-vite : le meurtrier qui était prévu par Chandler a du laisser la place… Les ambiances nocturnes sont parfaites, avec de très belles scènes sous la pluie. Alan Ladd joue de façon assez retenue, Veronica Lake est superbe. Cela reste indéniablement un beau film noir. Voilà un film noir comme je les aime, très classique mais sans être trop complexe. Alan Ladd revient de la guerre avec deux compagnons et se rend compte que sa femme (Veronica Lake) le trompe. Il la quitte mais elle est retrouvée assassinée le soir-même. Le suspense est bien maintenu jusqu'à la fin car toutes les pistes sont possibles. Seule petite déception, la solution est presque trop simple.



           

Après la sortie du film, Raymond Chandler, auteur du scénario du Dahlia Bleu, écrit une lettre dans laquelle il se plaint d'abord des dialogues que le réalisateur, George Marshall, n'a cessé d'ajouter aux siens. Puis il enchaîne sur «la mise en scène, si mauvaise que le monteur, qui est compétent, n'a pas réussi à le dissimuler.» Chandler exagère un peu. Le début du film exhale avec justesse le désenchantement qui submerge les Etats-Unis dans l'immédiat après-guerre. Marshall montre bien comment les trois anciens combattants, qui débarquent à Los Angeles, comprennent que leur nouvelle vie ne va pas être toute rose. Assez vite pourtant, le film se met à manquer de tonus et de noirceur. Marshall aurait-il, comme l'en accusent Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier (dans 50 Ans de cinéma américain), allégé le script plus que de raison ? Sans doute. Il ne faut pourtant pas prendre George Marshall pour un maladroit. Sept ans auparavant, il a quand même dirigé Femme ou démon (Destry Rides Again, 1939), avec Marlene Dietrich et James Stewart, un superbe western un tantinet parodique et un poil noir. 


                                 


Ce Dahlia bleu comporte lui-même quelques moments remarquables. La collision de Johnny Morrison, alias Alan Ladd, et de sa femme, Helen (1), est d'une dureté bien sentie. Et la rencontre du même Morrisson-Ladd avec Veronika Lake (2) est plutôt glamour. Le réalisateur a surtout bien su employer la ribambelle de seconds couteaux hollywoodiens qu'il a eu à sa disposition. Howard da Silva, qui, quelques années plus tard, va voir sa carrière amochée par la liste noire (il refusera de donner des noms), réussit à camper un caïd, en fin de compte pitoyable. Will Wright, employé de banque dans Johnny Guitar, flic dans House by the River, incarne ici un salaud crédible. Et surtout, William Bendix, le dur des films noirs des années 40, le capitaine Blake de Ça commence à Vera Cruz, vole le film à tout le monde. Le Dahlia bleu devient alors l'histoire de Buzz, un type blessé à la tête durant la Seconde Guerre mondiale, accusé du meurtre de la femme d'un de ses copains quand il rentre à Los Angeles...  Source : http://next.liberation.fr/cinema/2007/08/29/le-dahlia-bleu-recit-de-l-amerique-desenchantee_100628



                             
                               
The blue Gardenia (1953) : La carrière hollywoodienne de Fritz Lang a beau avoir retrouvé un regain d'intérêt cinéphilique certain et comporter même sans doute son plus beau film ("Moonfleet"), il faut bien dire qu'il y a quelque chose qui m'y gène souvent un tout petit peu et me la rend quand même moins impressionnante que la période allemande: il faut aimer aller à la pèche dans ses films U.S. Le brio de la mise en scène est bien là, mais c'est comme si parfois sa propre logique avait du mal à s'accommoder avec les impératifs des studios. Alors il esquive ça comme il peut... Finalement, pour résumer avec le fonctionnement de "La Femme au portrait" comme meilleur exemple, on pourrait défendre ces films en parlant de songes et de fantasmes de films au sein d'Hollywood, une fabrique à rêves que ses films révèlent à nue. Ici comme dans d'autres de ses oeuvres, le happy-end dérisoire et "obligé" touche presque de la fantasmagorie, de par la mise en scène et son expédition rapide, donnant un cachet mi-décevant mais aussi mi-onirique dans la forme qui fait que tout ce qui a précédé peut encore tenir. Lang sauve au moins ça avec plus d'aisance qu'Hitchcock devant gérer un suspens impossible du genre: "Cary Grant, méchant ou pas?"... Sinon "La Femme au gardenia" est un film noir post "Laura" et imprégné du même auteur d'origine. L'amour de Lang à nous concocter des espaces clos sied parfaitement bien au concept du "Blackout". Norah, l'héroïne se trouvant enfermé dans l'ambiguïté d'images vraies mais dont elle doute, emportant le spectateur avec elle: on ne voit à l'ecran que ce qu'elle a vue, un miroir se briser, le reflet d'un homme et son impossible au delà (De l'origine des sept ans de malheurs). 



   

Mais comme on boit beaucoup dans la sublime première partie, il faut louer ce film pour son humour et sa légèreté, ce qui le rend bien supérieur par exemple au lourd "Secret derrière la porte"... Dont tout le contenu théorique est bien là mais sans la nécessité d'appuyer. Lang dans son utilisation de la maison des trois colocataires, de celle du peintre, de la chanson de Nat King Col et de la boite du Guardenia crée des lieux fascinant, toujours influencés par la psychologie des personnages qui y évoluent: tout est simple et limpide, mais on a du mal à saisir ce qui s'y passe ou à s'y dépêtrer. Ce que raconte "Blue Gardenia", c'est l'ivresse et le choix de se déconnecter dangereusement de sa propre réalité: Norah qui par sa rupture se voit briser son petit univers (représenté par la scène de l'anniversaire avec la table dressée comme une miniature), le journaliste Casey Mayo qui va tomber amoureux et va voir ses combines lui échapper. Interprété à la perfection par Anne Baxter, Richard Conte, ou Raymond Burr, "Blue Gardenia" est un exercice de style et un divertissement de luxe qui donne beaucoup de plaisir et qu'il faut prendre comme tel pour en extraire toute les beautés, c'est un peu une définition à lui tout seul de la politique des auteurs "old school" des Cahiers Jaunes... 


                

Ce qui lui rajoute un charme suranné: même la commande ou le détournement du film de genre ne peut plus vraiment se faire de la sorte aujourd'hui. Un excellent film policier au scénario original avec un dénouement musical bien imaginé. Superbe mise en scène comme d'habitude avec une Anne Baxter particulièrement jolie et en pleine forme. La signature de Lang se retrouve souvent malgré une photographie différente de ses habitudes. Le titre est romantique, beaucoup plus que le film qui voit l'héroïne se faire manipuler sans états âmes par le journaliste ou le policier. C'est cette sorte d'aliénation qui donne le coté noir à la femme au gardénia car il n'y a pas d'actions violentes en dehors du crime. Je trouve que le personnage de Prebble convient mal avec la fraicheur de Norah et j'ai un peu de mal à croire qu'il puisse la séduire malgré son état de faiblesse du aux circonstances. J'ai aussi quelques réserves sur le montage imaginé par Norah pour fêter l'anniversaire de son fiancé…Cela ne colle pas avec la personnalité qu'elle nous révélera peu à peu. Par ailleurs, je suis plus enthousiaste de Lang lorsqu'il s'investi davantage dans les sentiments, ''Cape et poignard'' ou ''règlement de comptes'' sont édifiants à ce sujet. Heureusement l'histoire d'amitié entre les trois femmes apporte un minimum de chaleur ...(dvdclassik et Allociné)

1 commentaire:

  1. https://1fichier.com/?e2gneqrb02
    https://archive.org/download/BlueGardeniaNtsc/Blue%20Gardenia_ntsc.mpg
    http://www.vostfr.club/films/1953-the-blue-gardenia.html

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