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dimanche 27 mars 2016

Avril et le monde truqué

C’est une première : un dessin animé réalisé à partir de l’univers graphique reconnaissable entre mille de Jacques Tardi. Tout est parti de l’envie du scénariste Benjamin Legrand d’imaginer une histoire pour son ami auteur de BD. Les deux hommes se connaissent depuis leur travail en commun sur l’album Tueur de cafards en 1984. Après l’abandon d’un premier projet sur 1914-1918 (LE grand sujet de Tardi), Benjamin Legrand lui a concocté un scénario sur mesure : une histoire qui mêle inventions techniques, personnage féminin charismatique, Paris du début du XXe et anticipation.
 Nous sommes en 1941, sous le règne de… Napoléon V ! L’humanité, privée de scientifiques depuis de nombreuses années, n’a pas évolué comme nous l’avons appris dans les livres d’histoires : faute d’inventions, le monde est resté bloqué à l’âge de la machine à vapeur et du charbon. Dans ce monde gris, on suit le parcours d’Avril, une adolescente qui, avec son chat Darwin, part à la recherche de ses parents, deux scientifiques qui ont mystérieusement disparu. Le film est une réflexion sensible et ludique sur l’usage de la science et du progrès technique. Ce dessin animé, qui a obtenu le Cristal du long métrage au dernier festival du film d’animation d’Annecy, tient toutes ses promesses. On se prend au jeu de la course-poursuite entre Avril et ses ennemis. On apprécie l’humour des dialogues et des voix (mention spéciale à Philippe Katerine dans le « rôle » du chat Darwin, et à Jean Rochefort pour sa composition de grand-père malicieux). On savoure les clins d’œil à l’univers de Jacques Tardi (guettez l’apparition d’Adèle Blanc-Sec…) et, surtout, on retrouve avec plaisir son graphisme, même s’il a été un peu simplifié.



            


Il faut accepter que son dessin subisse un certain nombre de transformations parce qu’il va être appelé à être multiplié à l’image. Dans mes dessins, par exemple, je ne m’occupe pas du regard de mes personnages. Mais dans le film, on ne pouvait pas s’en passer parce que le regard va contribuer à exprimer une émotion. Pour la représentation du téléphérique, il a fallu résoudre un certain nombre de problèmes pour donner l’impression qu’il fonctionnait à la vapeur… Le téléphérique a été conçu en 3D, parce que même si on ne le voit pas beaucoup, on va tourner autour. Pour cette première adaptation de son univers en dessin animé, le dessinateur a confié une sorte de storyboard à Christian Desmares


                  

L’animateur a relu toute l’œuvre de Tardi, et beaucoup discuté avec lui avant de choisir parmi ses différents types de dessins :J’ai choisi l’option « couvertures de bande dessinée » comme Le Cri du peuple, Le Der des ders, ou les Nestor Burma (120 rue de la gare, Brouillard au pont de Tolbiac…) : elles sont plus travaillées avec un lavis et de la matière. Cela me paraissaît assez riche graphiquement, et intéressant sur le plan cinématographique. Ce sont des images très contrastées qui correspondent bien au cinéma qui inspire Tardi : les films des années 1940, les polars noirs et l’expressionnisme allemand. (http://www.franceinter.fr/depeche-avril-et-le-monde-truque-du-pur-tardi-au-cinema)


                  

"Avril et le monde truqué" est un pur plaisir des yeux et un petit joyau d'animation aussi farfelu et ingénieux que son héroïne, la fameuse Avril... Le début est tout d'abord totalement étonnant, l'Histoire du Monde étant entièrement revue et corrigée ! On s'amuse de ce qu'on nous apprend, des Napoléon qui se succèdent jusqu'à Napoléon V en 1941, sans le moindre conflit mondial !!! Des savants volatilisés mystérieusement et le progrès ainsi verrouillé, bloqué au stade du charbon comme seule source d'énergie, privant la Terre du moindre arbrisseau... Et ensuite, cet univers visuel unique qui mélange, futur, rétro, industrie et vieux mécanisme rouillé, gris et noir de fumée et de métal, et ce trait si particulier de Tardi, ce graphisme où tout est cerné d'un simple trait, noir, net et pur. Si on ajoute à tout cela, une histoire pleine de suspens et d'humour, entre les fioles et les ballons à expériences, entre des machines gigantesques et des maisons qui se transforment et se déplacent avec des grincements terribles, on est aux anges ! 


                        

D'autant plus que les personnages ont une vraie personnalité marquée, déterminée comme pas deux pour Avril, accompagnée d'un Julius pas si clair... Les voix qui les font vivre leur donnent étrangement une présence plus qu'évidente et palpable, même si (Tardi oblige), les visages ne sont pas toujours des plus réussis. Nous voilà donc embarqués dans une histoire folle, disparition, enquête, course poursuite avec la police et rebondissements en tous genres jusqu'au plus grand et attendu, nous plongeant dans un nouvel univers fascinant ! Franchement, on ne s'ennuie pas et nos yeux d'enfant pétillent et s'émerveillent de toutes ces trouvailles à propos d'une technologie pleine de charme, tellement désuète et pourtant si inventive ! Un mélange explosif au propre comme au figuré de Frank Ekinci et Christian Desmares, dont les idées fusent ici et là, tel un feu d'artifice !  )                                         

4 commentaires:

  1. Merci pour ce cadeau, je suis un grand admirateur de l'oeuvre de Tardi et j'ai hâte de découvrir ce film !

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    1. avec plaisir , je l'ai revu hier , c'est vraiment très bon !

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  2. Nettement plus réussi que la catastrophique adaptation live d’Adèle Blanc-sec.Un très joli film.

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