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jeudi 31 mars 2016

1938 Carnegie Hall Jazz Concert

Imaginez un instant sur la même scène Benny Goodman à la clarinette, Gene Krupa aux percussions, Count Basie et Teddy Wilson au piano, Lester Young au saxophone et Lionel Hampton au vibraphone (entre autres)… Et que dire de l’endroit : le Carnegie Hall, cette célèbre « salle de concert new-yorkaise, située à l’angle des 7e avenue et 57e rue, juste au sud de Central Park, dans la circonscription de Manhattan » (nous précise Wikipedia). Car ce rendez-vous a bien eu lieu. Et nul n’a oublié cette extraordinaire nuit du 16 janvier 1938, date du désormais mythique : CARNEGIE HALL JAZZ CONCERT.
Revenons un instant sur la tenue de ce concert exceptionnel. Oui, exceptionnel. Car à cette époque, Benny Goodman – alors au zénith de sa légendaire carrière – et son équipe firent le pari de hisser le Jazz à un niveau supérieur sur la scène culturelle américaine. Il est dit qu’à l’annonce de cette proposition du Carnegie Hall, Goodman aurait d’abord ri. Mais fort heureusement, ce concert révolutionnaire eut bien lieu dans cette célèbre salle du Carnegie Hall de New York – temple du classique, véritable citadelle de la culture américaine – ce soir-là, et sera même considéré comme étant le concert de Jazz le plus important de l’Histoire…  


              

Benny Goodman mit toute son énergie pour composer une formation qui restera dans les mémoires. Dans son propre groupe il y avait déjà les légendaires Harry James à la trompette, Lionel Hampton au vibraphone et Gene Krupa à la batterie… Précisons que les places se vendirent comme des petits pains, des semaines avant le concert ; et à cette époque, les meilleurs places coûtaient aux alentours de 2,75 $… Mais quelque chose se passa qui pourrait nous paraître incroyable de nos jours : bien que le concert fut diffusé également à la radio ce soir-là de 1938, on se rendit compte que tous les enregistrements étaient perdus. Entre temps, ce moment exceptionnel était déjà devenu légendaire, notamment avec la perte de connaissance du pianiste solo Jess Stacy durant « Sing, Sing, Sing », le dernier morceau de la soirée…  Des années pus tard, en 1950, la soeur de Benny Goodman annonça qu’elle avait un certain nombre d’acétates (matière plastique inventée en 1865, utilisée pour les enregistrements audio) de ce concert à partir desquels purent être reconstitués les premiers 33 tours qui seront vendus à plus d’un million d’exemplaires. Par la suite, la découverte de « masters-studio » en aluminium du concert ont permis de rééditer des CD haute-qualité en 1998, 2002 et 2006.


                        

Je viens d’écouter ces deux formidables disques et à l’exception de deux ou trois petits passages aux craquements perceptibles, la qualité est réellement irréprochable. L’objet, à présent. Une dimension imposante : un carré de 30 centimètres de côtés. Il se présente sous forme d’un grand livre relié par spirale. On voit sur la page de couverture Benny Goodman en gros plan jouant de la clarinette, surmonté de son nom en grand, suivi des mots « The Famous 1938 Carnegie Hall Jazz Concert » que précède à gauche le logo de la marque Philips. Dans le coin inférieur droit on retrouve la mention Philips surmontant l’indication « Minigroove 33 1/3 ». A gauche, en colonne, est détaillée une partie de la liste des artistes présents à ce concert. En tournant l’imposante page, nous voyons une grande marge à gauche reprenant la liste des musiciens, tandis qu’à droite une bande rouge horizontale contient les différents morceaux joués. En dessous, une note de Irving Kolodin* à propos de cet événement se développera sur trois autres pages. Ensuite, nous arrivons à deux pochettes intégrées à la spirale : y figurent les deux précieux disques vinyles livrant leurs quatre extraordinaires faces…



                            


(*) Irving Kolodin (21 Février 1908 – 29 Avril 1988) était un critique musical américain et un historien de la musique.
Fermons les yeux et laissons-nous porter par ces sons venus du passé, ces rythmes envoûtants, ces applaudissements émouvants.
Hommage aux immenses Benny Goodman, Harry Goodman, Walter page, Bobby Hackett, Gene Krupa, Allan Reuss, Freddie Green, Count Basie, Jess Stacy, Teddy Wilson, Hymie Schertzer, Harry Carney, Johnny Hodges, Art Rollini, de Babe Russin, George Koenig, Lester Young, Rouge Ballard, Vernon Brown, Buck Clayton, Gordon Griffin, Cootie Williams, Harry James, Ziggy Elman, Lionel Hampton et Martha Tilton…(http://www.laurentkarouby.eu/2015/08/16/the-famous-1938-carnegie-hall-jazz-concert/)

Oskar Homolka

Oskar Homolka est un acteur autrichien né le à Vienne (Autriche-Hongrie) et mort le dans le Sussex (Royaume-Uni). Homolka commence sa carrière au théâtre en Allemagne, où il travaille dès 1924 avec Bertolt Brecht. Son premier film vient deux ans plus tard, avec Les Aventures d'un billet de dix marks (Die Abenteuer eines Zehnmarkscheines) de Berthold Viertel. Homolka tourne jusqu'en 1934 en Allemagne, part en Angleterre rejoindre Hitchcock pour tourner Agent secret, puis continue sa carrière à Hollywood aux États-Unis, à l'instar de nombreux acteurs ayant fui l'Europe à cette époque. Il incarne divers personnages assez stéréotypés, exploite son fort accent étranger en jouant des espions, des communistes du KGB, des personnages violents (Boule de feu) (1941). Revenu en Angleterre dans les années 1960, il y restera jusqu'à sa mort, survenue en 1978.


                                

Howark Hawks signe ici une comédie infiniment moins rythmée et tonique que L'Impossible Monsieur Bébé, mais son humour ravageur, sa romance et ses 7 espiègles petits vieux parviennent pourtant à faire de Boule de Feu une excellente comédie, très injustement "oubliée" dans la filmo de son réalisateur. Boule de Feu, c'est un peu Blanche Neige et les 7 nains... pardon, 8 ! Blanche Neige est une chanteuse de Music Hall... Le prince charmant un professeur linguiste... Les Chasseurs qui la traquent, la Police... Les 7 nains sont au nombre de 8, chacun dotés d'une discipline d'érudition comme ceux de Disney l'étaient d'un caractère (Simplet/ Philosophie, Grincheux/Mathématiques, etc.)... La méchante reine, un gangster qui doit épouser la chanteuse pour éviter qu'elle ne puisse être appelée  témoigner contre lui... Et comme de bien entendu, l'arrivée de la belle dans le quotidien studieux et organisé des 8 encyclopédistes (Gary Cooper est le seul jeune), va faire voler en éclat la concentration du petit groupe et porter en son sein la graine de l'amour, mais aussi le monde de la pègre !
Tout ça n'est pas aussi hystérique que nous l'espérions, mais Boule de Feu, en dépit de son incapacité à dépasser une limitation de vitesse bien peu élevée, n'a pourtant eu aucun mal à accrocher la banane à toute la rédaction. Mieux, nous avons été complètement conquis par le rythme casanier de ses petits vieux ! C'est bien évidement par tout un jeu de contrastes que Hawks nous immerge dans cet univers poussiéreux qui va découvrir le grand ménage de printemps (siffler en travaillant ?). La vénérable sagesse des charmants petits-vieux s'oppose à l'impatiente énergie de la jeunesse, le conservatisme s'oppose à la modernité, la savoir éclairé aux sombres projets étriqués des méchants...




   

Inévitablement les deux mondes opposés génèrent des étincelles et les échanges commencent ! La jeunesse envahi le vieux monde, redonnant vigueur à nos vieux érudits, les transformants presque en enfants espiègles et turbulents, et la raison l'emportera sur les dangers de la vie de femme de gangster.
Simplement, sans hâte ni brusquerie, Boule de Feu enclenche sa mécanique ronronnante pour nous faire adhérer à cette romance résolument savoureuse et délicieuse ! La réussite de Boule de Feu se concentre principalement sur la fine équipe d'encyclopédistes, dont l'alchimie à l'image est imparable. Prévisible, voire pantouflarde dans son déroulement, Boule de Feu trouve dans la formation de son improbable couple Gary Cooper/Barbara Stanwyck, et dans ce petit monde qui s'enflamme, tous les éléments nécessaires pour créer le plaisir et l'adhésion du spectateur. Rapidement le charme opère, la mayonnaise prend et la mécanique comique fonctionne à plein. 



               
                              

Il ne manque qu'un peu de punch et de rythme pour que Boule De Feu explose réellement. A deux doigts du top, il aurait accédé sans peiner aux sommets de la comédie romantique américaine ! Handicapé par son manque de vélocité, son efficacité sera cependant sans faille si vous êtes préparé à un voyage en car, plutôt qu'en TGV. La critique semble sévère, mais croyez-nous lorsque nous vous disons qu'on ne s'y ennuie pas un seul instant. Pas un chef d'oeuvre, mais un excellent moment habité d'un charme puissant et traversé d'un humour absolument délicieux ! Si l'art d'être spirituel consiste à accentuer à l'extrême une situation alarmante, alors Wilder est un immense artiste. La pénétration, dans un univers mas­­culin exagérément chaste, du « genre de femme qui pousse toute une civilisation à la culbute » est un sujet en or (et de prédilection) pour l'espiègle scénariste, futur maître de la comédie sophistiquée.(http://www.telerama.fr/cinema/films/boule-de-feu,8444.php)


                                   

MR SARDONICUS est une réalisation de William Castle de 1962 qui convoque l'arsenal alors à la mode de l'horreur gothique : 19e siècle, héros anglais, château slave, serviteur borgne et torve, triangle entre le docteur, le monstre et Maude. Pas de doute, l'ombre de Bram Stocker fait plus que planer sur le scénar io même si la figure vampirique est ici remplacée par celle, relativement connexe, de la goule. Les habitués des productions de la Hammer, du gothique italien ou des adaptations de Poe par Roger Corman se retrouveront donc en terrain connu. Dès lors, il reste peu à dire du film lui-même. Une honnête série B, sans réel génie mais cependant correctement menée. William Castle ne faillit pas à sa réputation de roi du gimmick avec ce MR SARDONICUS dont l'élément essentiel ne tient pas au film mais à l'interaction qu'il induit avec son public. En effet, ce dernier est invité, à l'issue de l'avant dernière bobine à décider du sort du méchant par le biais du « Punishement poll », un vote calqué sur le mode des jeux du cirque de la Rome antique où le public décidait en levant ou baissant son pouce du destin du gladiateur vaincu. Le film s'interrompt donc avant le lancement de la dernière bobine et un animateur vient s'enquérir du vote des spectateurs.Le film est précédé d'un court module dans lequel William Castle introduit son film et le mode opératoire du vote. L'irruption du cinéaste dans son propre film n'est pas sans évoquer Alfred Hitchcock alors encore en pleine gloire. Par ailleurs, on peut penser que l'interruption du film pour le vote s'inscrit bien dans l'air du temps, lorsque l'exploitation en salle passait par un entracte pour vendre des friandises et boissons, pratique qui sans avoir totalement disparue est néanmoins en très forte régression dans la pratique actuelle. La télé réalité actuelle n'a rien inventé, jusque et y compris dans ses trucages et manipulations puisque manipulation du spectateur il y a. Le truc du vote est un mirage puisqu'en réalité - ou du moins dans la version projetée à offscreen -, il n'y a qu'une seule fin, celle de la mo rt de Mr Sardonicus.


   


Le vote est donc truqué : quel que soit le nombre de « thumbs up », l'animateur répondra invariablement que le décompte donne la mise à mort gagnante. L'interaction ne relève donc pas du choix réel du spectateur mais de l'impression qui lui est donnée qu'il dispose d'un choix. Le 7e art est bel et bien l'art de l'illusion ! En ces temps où la mode est aux montages ou conclusions alternatifs, il faudra donc encore longtemps avant de voir abandonner les recherches des collectionneurs avides de retrouver l'épilogue épargnant Sardonicus. Mais après tout, ne sommes-nous pas dès l'abord prévenu par le titre même du film : « Monsieur Sardonique », dont le sourire en coin réfère d'ailleurs tout autant à ce vieux margoulin de William Castle, et à son introduction hitchckockienne qui nous met sur la voie du bon tour qu'il entend nous jouer ? Après tout, on ne nous demande pas de juger Sardonique mais de voter sa punition (l'explicite « punishement poll »). Bien vu William.


                   

D'autres sources indiquent cependant qu'une fin heureuse aurait quand même été tournée, à la demande de la production et une fois le premier montage (avec punition du monstre) terminé et que c'est cette demande qui aurait donné l'idée à Castle de donner le choix aux spectateurs. Le happy end existerait alors bel et bien mais n'aurait pratiquement pas été montré. En mars 2009, le film a été présenté à Bruxelles à la deuxième édition du Festival Offscreen, dans le cadre d'un module consacré au cinéma interactif. Le punishement poll y a bel et bien livré son verdict, condamnant une fois de plus Sardonicus... même si un vrai décompte des voix lui aurait peut-être épargné la vie. Le sadisme réside donc tout autant dans la manipulation des votes ou du moins de la communication du résultat. Le cinéma est affaire de point de vue, ce qui implique la maîtrise de la communication... Et William Castle de rester dans ce domaine roi en son château ! Philippe Delvaux

mercredi 30 mars 2016

Fantômas

Fantômas est le projet crée par Mike Patton (Faith No More, Mr Bungle) après la fin de Faith No More, en 1998. Nullement fantomatique, le groupe réunit trois figures de trois groupes majeurs dans leurs styles: Buzz Osborne (The Melvins) à la guitare, Trevor Dunn (Mr Bungle) à la basse et dave Lombardo (Slayer) à la batterie.
Le groupe oeuvre dans le metal avant-gardiste, en prenant soin de varier les concepts pour chaque album: la science-fiction avec Fantômas, le cinéma(plutôt les BO de films) revisité dans Director's cut, Delirium Corda baigne dans la chirurgie, enfin, l'univers des dessins-animés avec Suspended Animation (ou chaque piste est nommée selon un jour du mois d'Avril) Cependant, Mike Patton ne pouvant être sur tous les fronts, le groupe est en hibernation depuis 2006, mais continue, de temps-en-temps, à donner des concerts. 
Lorsque paraît en 1999 le premier album de Fantômas, sobrement intitulé Fantômas et sous-titré Amenaza al Mundo (traduction en espagnol de "Fantômas se déchaîne", titre du film français paru en 1965), Mike Patton, le principal artisan du groupe, n’est en est pas à son coup d’essai en matière de chant non textuel globalement composé d’onomatopées et cris en tous genres ; mais c’est la première fois qu’il systématise cette démarche à l’échelle d’un album entier. Pour ce faire, il s’adjoint les services de trois musiciens consciencieusement barrés et ouverts à toutes les expérimentations : Dave Lombardo (Slayer) à la batterie, Trevor Dunn (Mr. Bungle) à la basse et Buzz Osborne (The Melvins) à la guitare. Patton s’occupera quant à lui des voix et de la programmation.



   

L’album est découpé en trente pistes (de 29 secondes à 5 minutes 07), qui sont autant de pages d’un livre recueillant en son sein l’ensemble des angoisses, perversions, terreurs, violences et autres sympathiques déviances propres à l’être humain. Empruntant son patronyme à notre héros national incarné au cinéma par Jean Marais – et laissant de côté de Funès et ses savoureuses pitreries –, le groupe multiplie les masques et ne cesse de brouiller les pistes qui pourraient nous permettre de toucher au plus près de son identité musicale. Car ce disque semble comme sorti de nulle part et ne tendre vers aucune unité supérieure, fragment de chaos pur imprégnant nos sens amollis par le processus civilisationnel et recréant à partir de là, et de là seul, un monde ouvert aux forces indéterminées de l’entropie, donc de la vie. Il serait inutile – et bien trop long – de rentrer dans le détail de chaque piste. Une vue globale conviendra bien mieux à l’objet musical dont il est question, à savoir un ensemble hétéroclite puisant aux sources du death-métal, du doom, du grind-core, du bruitisme le plus radical, mais aussi du métal atmosphérique, du jazz et de la musique classique. Ajoutez à cela répliques de film, samples indus et bruitages cinématographiques, et vous obtenez une œuvre extrêmement dense dans son éclatement même. Fantômas pratique l’art complexe du collage et du cut-up avec une nonchalance qui confirme l’incroyable maîtrise qu’ont les musiciens des situations mises en scène. Concept-album, Fantômas ne raconte pas d’histoire selon les principes traditionnels de la narration ; l’absence de paroles n’y est certainement pas étranger, mais plus que cela c’est l’immense diversité des ambiances sonores qui rend toute unification malaisée, sinon impossible.


Succédant au fantastique et complètement cintré Amenaza Al Mundo, The Director’s Cut fait davantage honneur au cinéma en tirant chacun de ses titres d’un classique du septième art. Un Fantômas reprenant des airs connus, tels que celui du Parrain (The Godfather), sublimé par une instrumentation calée au millimètre, exécutée par des musiciens paranormaux, capables de toutes les surprises, de toutes les subtilités. Chose confirmée sur le menaçant Der Golem, le véloce et blackisé One Step Beyond, ou encore Rosemary’s Baby dont l’ampleur du thème de base est décuplée. Ce disque a définitivement marqué son époque. The Director’s Cut est sans doute l’album le moins conceptuel du quartet, et celui qui a vraisemblablement fait connaître la formation au "grand public" (du moins partiellement), de par ses intentions de travailler des thèmes plus ou moins connus de tous, en particulier des cinéphiles. Fantômas s’est totalement réapproprié chaque score et en a fait de véritables bombes inspirées, en veillant bien à ajouter sa patte déviante. On reconnait tout de suite les vocalises hallucinées, parfois quasi-inhumaines de Patton, la guitare épileptique et ultra pesante d’Osborne, le jeu précis et profond de Lombardo, et la basse récurrente d’un Dunn toujours impeccable. 


   

Comme à leur habitude (Delirium Cordia mis à part), les quatre allumés ne s’embarrassent pas de longueurs superflues, chaque titre ne dépassant presque jamais les trois minutes trente, l’ensemble respectant une structure superbement élaborée. En apparence moins foutraque que le reste de leur discographie, The Director’s Cut ne manque pour autant pas de folie, elle-même judicieusement dosée le long des seize morceaux qui composent ce disque. Ainsi, The Omen installera une ambiance religieuse à tendance sataniste du plus bel effet, Henry: Portrait Of A Serial Killer se développera tout en angoisse et groove malsain proprement jouissif, ou bien Twin Peaks: Fire Walk With Me donnera au thème original une dimension épique et dérangeante tout à fait adéquate. Patton n’oublie pas d’user de ses machines avec parcimonie, le tout induit par des arrangements à se damner, alors que rien ne semble pouvoir bousculer la parfaite alchimie qui règne au sein du groupe. Cet album – avec le premier Tomahawk sorti la même année – encouragera l’incroyable Mike à composer de nombreuses bandes originales par la suite. On pense notamment au court-métrage "A Perfect Place", à "Crank 2", ou encore "The Place Beyond The Pines", nommé aujourd’hui pour le "World Soundtracks Award". Une forme de consécration méritée pour un artiste unique, entouré ici, comme pour la plupart de ses projets, de musiciens/amis fidèles non moins essentiels et talentueux. The Director’s Cut demeure éternellement indispensable pour tous les amoureux de musique, cinématographique ou non, tout simplement.


Mike Patton est capable de beaucoup, et même pire encore. A maintes reprises il fait ses preuves autant avec ses albums concepts qu’avec son chant hors du commun. Pilier de Faith No More, Mister Bungle, Tomahawk, ce sacripant se plait à fricoter avec les genres passant du crooner aux hurlements gras ou irrités, toujours avec autant de génie…
Petit rappel des apparitions de cet génie fou (si certains sont curieux) : Lovage dont le leit motiv est « music to make love to your old lady » un résultat au final léger, sensuel, et plutôt easy listening ; The Dillinger Escape Plan ; Sepultura ; Fusion de Faith No More avec Boo-Yaa TRIBE dans la BO Judgement Night; Maldoror ce projet instrumental avec le japonais Merzbow ; Gainsbourg; Milk Cult; John Zorn ; Bob Ostertag ; Melt Banana ou encore ses projets solo comme Pranzo Oltranzista. (…) BREF !!! Tout ce beau bordel pour nous mener aujourd’hui à Fantomas. Même si pour moi indéniablement « Adult themes for voices » reste le projet le plus contemporain de tous les concepts de ce grand monsieur*, cet album reste très difficile d’accès… Il faut bien l’avouer, classer un album dans la panoplie grandissante de styles n’est jamais très aisé, mais là c’est complètement différent, et même si Fantomas est apparenté à l’expérimental, ça n’a pas grand chose à voir avec d’autres du même genre comme par exemple Einstürzende Neubauten maître du bruitiste avec ‘rien’ ou presque qui d’ailleurs se rapproche plus de l’indus. Pour écouter cet album, il faut oublier le concept de musique actuelle. Il n’y a plus de lois, quoique… Sans doute y a-t-il une logique qui dépasse la dite normalité. Un peu comme dans le monde de l’art contemporain, ou la culture de masse se retrouve perdue face à des œuvres qu’elle ne saisit pas. Alors c’est chacun sa méthode, moi je prône la concentration par les sens (non, non je ne fais pas partie d’une secte!). Ce qui est fantastique avec la musique de fantomas, c’est cette capacité a planté des décors, des images, des sensations, des frissons même. D’ailleurs comme dans une salle de cinéma prévoyez le son dolby surround et montez très fort le son pour en capter le plus possible, car certains passages très bas sont de toutes beauté. 



   

(En revanche attention à l’arrêt cardiaque quand le morceau se mets à beugler inopinément !) Pour apprécier tout ça il faut faire appel alors à tous ses sens, et surtout laisser son imagination se noyer dans le tourbillon de sons que nous balancent Fantomas. On pourrait penser que cet album passe du coq à l’âne avec des atmosphères incongrues, et pourtant. Ce morceau de 74 minutes relève avec habileté des ambiances qui pourraient être tirée tout droit d’une B.O de film. (D’ailleurs le précédent album était des musiques de film.) Nous voilà face à une histoire (ou plusieurs scénarios?) où se mêlent recueillement, folie, formol, onirisme, psychédélisme, machines, nature, quotidien et violence. Avec une introduction, une narration, des moments forts, des retournements de situations, et une fin. Il y a d’ailleurs un passage que je trouve fantastique, sans doute un tournant dans le « story board » de cette histoire ? 53eme minutes : Après un passage idyllique, calme et reposant, nous voilà enfermé claustrophobe dans la tête d’un fou libidineux réalisant un acte des plus ignobles qui le transporte vers le 7eme ciel. Puis, plus rien, ou si … Un panoramique souillé où un clipoti de gouttelettes vide toute vie de cette histoire… Evidemment ceci est Ma vision, bien qu’elle ne cesse de changer à chaque écoute, car je me surprends à découvrir des strates d’ambiances différentes encore. Cher jeune gens qui désiraient du tchiki boum boum, je crains que vous trouviez cet album incompréhensible. Quel gâchis ! Au passage on retrouve dans Fantômas Buzz Osbourne, (Melvins), Trevor Dunn (Mister Bungle), et Dave Lombardo (Slayer, Grip inc ). Il en reste que Patton encore une fois ose, et jamais n’abandonnera ! ET va vraiment finir par nous faire devenir complètement fou ! 


La suite tant attendue du Delirium Cordia est enfin là. Mike Patton est toujours aussi bien entouré. Beaucoup vous diront que ce cd est génial, que ce fameux hardcore pour bébés est la dernière innovation musicale des plus déroutantes. Le concept : 30 jours d'avril, 30 pistes mixant le "hardcore" à samples de cartoons en tous genres. Délirant non? Sur le papier, en effet, le projet paraît alléchant, on va encore une fois repousser les limites de la musique extrême et marquer à vie la scéne. La vraie question qui se cache derrière ce concept c'est en fait : Pourquoi dès que Patton a une idée il faut qu'il en fassee un cd et que le tout soit intellectualisé de manière outrancière? En effet quoiqu'on en dise, rien de bien révolutionnaire içi (surtout pas l'artwork de Yoshitomo Nara certes travaillé mais réellement moche et ridicule en forme de calendrier.) Déja le "concept" du cd ne colle pas avec la forme intellectuelle qu'on lui donne. Certes, chaque musicien maîtrise son sujet, les vocaux de Patton sont vraiment hallucinés et déjantés mais bon dieu, où se cache l'intérêt? Les chansons s'enchaînent et se ressemblent. Batterie ponk, rythme effrené, riffs dégoulinants , samples psychés et effets vocaux ultra variés. On a en fait caché derrière la façade intellectuelle à faire à un cd de grind somme toute assez banal, parfois gaché par des artifices cinématographiques. 


   

Les compos sont quasiment toutes construites de la même façon ce qui n'est pas forcément dérangeant pour le genre. Mais alors pourquoi se cacher derrière toutes ces philosophies ridicules pour justifier un cd de thrash/punk héritier du Scum de Napalm death, la prod' ultime en moins? On vous rétorquera que l'univers de Patton est trop psyché et jubilatoire pour vos oreilles formatées, mais pourtant il semble que plus le temps passe, plus l'engouement fashion pour l'artiste tourne au ridicule. A quand un cd sur le thème de l'encloisonnement claustrophobique des toilettes? Pourtant l'énergie dégagée par le cd est plutôt bonne, le feeling punk est là (le fameux Lombardo de Slayer n'y est surement pas pour rien) mais faire un cd pour ça ! Ces morceaux sont plutôt taillés pour la scène, tel un jam déjanté et violent. Déçu donc, après un sans faute jusque là du groupe le plus interessant actuellement du sieur Patton. A force d'exploiter les géniales expérimentations du Disco Volante de Mr Bungle en faisant un cd pour chaque innovation, on commence à comprendre le bougre. Taillé pour la scène donc, payez vous plutôt une place de concert et retournez écouter Zorn, Melt Banana, Disco Volante pour y retrouver le même genre de son et Delirium Cordia pour du meilleur son du groupe.
(http://www.metalorgie.com/groupe/Fantomas)

mardi 29 mars 2016

Troy Donahue

Grand, blond, les yeux bleus et la silhouette athlétique, Troy Donahue devient la star des adolescents de la fin des années cinquante. Il alterne avec succès le cinéma et les films pour la télévision et tourne avec quelques unes de plus grandes stars féminines de l’époque. Il est même récompensé dans son pays, comme meilleur espoir masculin en 1960. Parmi ses meilleurs films de l’époque se distinguent: «Mirage de la vie» (1959) avec Lana Turner, «Alerte en plein ciel» (1960) avec Rhonda Fleming, «La soif de la jeunesse» (1961) avec Claudette Colbert et «L’amour à l’italienne» (1962) avec Angie Dickinson. Au milieu des années soixante, la carrière de Troy Donahue décline, la jeunesse lui préfère Robert Redford ou Paul Newman. En 1966, son contrat avec la Warner n’est pas reconduit. Il abuse alors de plus en plus de l’alcool qu’il a commencé à consommer régulièrement dès l’âge de treize mais aussi de cannabis puis de drogues de plus en plus dures. Divorcé trois fois dont de deux actrices Suzanne Pleshette et Valerie Allen, il survit pendant une dizaine d’années en jouant des rôles secondaires dans des productions minables. Francis Ford Coppola, par amitié, le fait tourner quelques jours en 1974, dans «Le parrain II» aux côtés de Robert De Niro.


                 

Rien de bien nouveau dans ce film d'horreur des années 50, visiblement influencé par le premier Godzilla.
En effet, The Monster that challenged the World, en français, Le Monstre du Lac Salé, réalisé par Arnold Laven en 1957, accumule tous les poncifs du genre: des expériences atomiques ultra-secrètes, un séisme sous-marin et une créature de la Préhistoire réveillée par cette éruption volcanique, les radiations ayant eu une influence sur sa taille et sa férocité.

Voilà pour les hostilités ! Evidemment, le film d'Arnold Laven souffre du poids des années, et les effets spéciaux sont parfois gênants, même pour un film d'épouvante des années 50. Toutefois, Arnold Laven a le mérite de dévoiler peu à peu le visage du monstre de service, sorte de limace géante, dévorant les malheureux plongeurs du coin. Pour le reste, Le Secret du Lac Salé est une nouvelle métaphore sur les dangers du nucléaire.
Toutefois, The Monster That Challenged the World reste un nanar, une petite bisserie sympathique et sans prétention, le charme du film reposant évidemment sur sa créature gluante. Comme je l'ai déjà souligné, les effets spéciaux sont loin d'êter convaincants, à l'image de cette séquence sous-marine platement réalisée, où un plongeur se fait massacrer par le monstre sanguinaire. Attention, rien de bien effrayant ! On voit clairement un mannequin mécanique se débattre sous un scaphandrier...






Après les fourmis géantes du continent américain de DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE (1954, Them!), les tarentules géantes de TARANTULA (1955) ou EARTH VS THE SPIDER (1958), la mante religieuse géante venue du Groenland de THE DEADLY MANTIS (1957), les immenses abeilles africaines de MONSTERS FROM GREEN HELL (1957), ou même les sangsues démesurées du bayou marécageux de L’ATTAQUE DES SANGSUES GÉANTES (1959, Attack of the Giant Leeches), voici les escargots géants des Mers du Sud ! Personnellement, j’éviterai le trop facile amalgame du récent engouement de la sortie de PACIFIC RIM pour ranger les films de monstres américains dans la catégorie nippone des Kaiju Eiga, car bien qu’il s’agisse aussi de sujets nés de l’après-Hiroshima, il s’agit avant tout de séries B américaines de monstres atomiques, qui n’ont pas le rapport métaphorique, poétique et ancestral japonais à la Nature. 


                                

Et seuls quelques-uns de ces films US (THE DEADLY MANTIS, MONSTERS FROM GREEN HELL et THE MONSTER THAT CHALLENGED THE WORLD) ont repris l’apparenté ancestrale, voire préhistorique, des Kaiju, mais, pour moi, ces séries B américaines restent avant tout de la science-fiction horrifique des années 50. 
Mais on peut trouver des points communs, bien entendu, entre les larves géantes et luisantes d’un RODAN (1956, Sora No Daikaiaju Radon) et nos affreux mollusque de THE MONSTER THAT CHALLENGED THE WORLD, mais seulement dans une logique d’échanges d’influences entre deux industries cinématographiques, bien distinctes (et même si Hollywood a, à plusieurs reprises, participé à la production et à la distribution de certains Kaiju Eiga).


                                                                 

Produit par Arthur Gardner et Jules V. Levy pour l’Allart Pictures Inc., et distribué par la United Artists, THE MONSTER THAT CHALLENGED THE WORLD a été réalisé par Arnold Laven. Laven a été réalisateur pour l’United States Army Air Forces pendant la Seconde Guerre Mondiale, et c’est à cette époque qu’il a rencontré Arthur Gardner et Jules V. Levy, avec lesquels ils s’associera pour tourner une poignée de séries B dans les années 50, comme WITHOUT WARNING (1951), un thriller avec un tueur psychopathe, VICE SQUAD (1953), un film noir avec Edgar G. Robinson, et ce fameux THE MONSTER THAT CHALLENGED THE WORLD (1957). Le film est assez prenant et les effets visuels plutôt réussis, le mollusque géant, bien que montré à l’écran à l’aide d’une simple superposition d’images, peut parfois rappeler le poulpe gigantesque (animé en stop-motion par Ray Harryhausen) de IT CAME FROM BENEATH THE SEA (1955). THE MONSTER THAT CHALLENGED THE WORLD est un bon divertissement de Drive-in pour un samedi soir en famille. - Trapard -


                               

Amateur de westerns depuis ma tendre enfance, mon père m'emmenait dans une petite salle de cinéma de quartier. Je me rappelle qu'elle était chauffée par un gros poêle à charbon et les sièges étaient de simples chaises en bois, très loin du confort des salles actuelles, c'est dire. Dans cette salle, j'ai vu des dizaine et des dizaines de westerns, qui sont pour la plupart, soit réédités, soit vraiment introuvables même en version anglaise. Et bien, celui-là, je le découvre à l'âge de la retraite. C'est un comble d'avoir loupé ce film "cultissime" digne des plus grands films sur les guerres indiennes (Major Dundee de Sam Peckinpah, Les Cheyennes de John Ford, La porte du diable d'Anthony Mann...). On pourrait en citer des dizaines. Celui-ci a un peu de mal à démarrer, puisque la première moitié du film est surtout centré sur les relations entre le lieutenant Hazard et les deux femmes qui éprouvent soit de l'amour (Suzanne Pleshette - Mrs Kitty Mainwarring), soit de l'intérêt (Diane McBain - Laura Frelief). Un peu d'action par-ci par là permet de maintenir l'intérêt durant les 45 premières minutes. Puis, peu à peu, l'attention se transforme en passion jusqu'à la fin du film. Tant pis pour ceux qui n'éprouvent aucun intérêt pour l'acteur Troy Donahue. Acteur peu connu, certes, mais je l'ai trouvé sublime de vérité, sincérité, courage, charisme dans ce film, même si au demeurant, j'eusse préféré un autre acteur dans le rôle du jeune lieutenant fougueux et fidèle à ses engagements. Le général Alexander Quaint (James Gregory) est aussi magnifique dans la peau du vieux soldat intègre et rigoureux. Les combats sont très bien menés, les décors naturels sont splendides, les personnages et les caractères sont très bien dépeints. Raoul Walsh, qui réalisait là son dernier film, montre au travers ce brillant spectacle, qu'il était l'un des maîtres des grands westerns avec John Ford, Howard Hawks et plus près de nous, Clint Eastwood. "A distant trumpet" (titre original) reste un film d'anthologie à découvrir pour ceux qui ne l'ont jamais vu. Au terme d’une carrière cinématographique extrêmement prolifique, Raoul Walsh clôt son imposante et excitante filmographie par un baroud d’honneur assez réjouissant, un très beau chant du cygne, certes quelque peu bancal mais cependant d’une vigueur telle qu'elle emporte tout sur son passage !


           


Depuis le début du parlant, le réalisateur nous aura offert un corpus westernien qui, à l’instar de l’ensemble de son œuvre, se sera lui aussi montré irrégulier (quelle filmographie ne l’aurait pas été avec un tel nombre de titres) mais qui n’aura pas non plus été avare en pépites, voire en chefs-d’œuvre. Afin de lui rendre un petit hommage, voici une micro-rétrospective alors que nous abordons ici son œuvre ultime ; nous nous souviendrons donc surtout - dans le genre qui nous concerne - du toujours aussi impressionnant vu d’aujourd’hui La Piste des géants (The Big Trail), de l’épique et superbe Charge fantastique (They Died with Their Boots On), du curieux et tourmenté La Vallée de la peur (Pursued), du méconnu et pourtant formidablement plaisant Cheyenne, du tragico-romantique La Fille du désert (Colorado Territory), du mésestimé mais pourtant sublime Victime du destin (The Lawless Breed), du mineur mais agréablement teigneux Bataille sans merci (Gun Fury), du coloré et dépaysant La Brigade héroïque (Saskatchewan), de l’ample Les Implacables (The Tall Men) et enfin du délicieux Un Roi et quatre reines (A King and Four Queens) . Une bien belle brochette de westerns, qui vient se conclure en beauté avec ce robuste A Distant Trumpet. (Allociné/Dvdclassik)

lundi 28 mars 2016

Jennifer O'Neill

Jennifer O'Neill est une actrice américaine née le à Rio de Janeiro (Brésil). Après des débuts en fanfare dans Rio Lobo et surtout Un été 42, et malgré Otto Preminger, Blake Edwards, Tom Gries, Luigi Zampa, Luchino Visconti (un brillant - et inattendu - second rôle féminin dans L'Innocent, en parfaite antithèse de Laura Antonelli) et David Cronenberg par la suite, la carrière de la superbe Jennifer O'Neill (qui fut un mannequin renommé dès 1962) n'a pas tenu ses promesses, sombrant dès la fin des années soixante-dix dans la série B (ou Z) d'horreur ou d'action.
À la télévision, dans les années quatre-vingt, l'actrice tient encore la vedette dans la série Espion modèle (où elle renoue avec sa première activité et forme avec Jon-Erik Hexum un couple des plus "glamour") et compose une somptueuse Messaline, puis disparaît quasiment des écrans, se contentant d'apparitions de plus en plus discrètes. En revanche, elle a publié plusieurs livres depuis 1999 (son autobiographie Surviving Myself fut le premier). Jennifer O'Neill a été mariée neuf fois.


                                 


Un été 42 (1971) - Ce film sur le passage à l’âge adulte (le thème central chez Mulligan) joue sur plusieurs tableaux. Sans pomper les œuvres, il rappelle par certains aspects le style de Mike Nichols (Le Lauréat en particulier car il présente des similitudes aussi dans les grands faits du synopsis) et de façon plus lointaine, certains films sur la jeunesse des années 1950-60 (comme A l’est d’Eden avec James Dean) sans partager leur côté tumultueux et rebelle. Lorsqu’il tourne cet Été 42 (1971), Robert Mulligan a déjà à son actif le film judiciaire ‘humaniste’ Du silence et des ombres (1962) ; viendront L’Autre (1972) et Un été en Louisiane (1991), dernier opus, autour de rivalités amoureuses entre adolescents dans les années 1950. En 1942 Hermie (Herbert en VF) a 15 ans. C’est l’été et il n’est pas attiré par les jeunes filles de son âge. Sur la plage apparaît une créature souriante et un peu éthérée. Aimanté par Dorothy (Jennifer O’Neill, révélée l’année précédente par Rio Lobo, vue aussi dans Scanners et héroine de L’emmurée vivante de Fulci), il arrive à l’approcher avec ses rodomontades d’ado transi. Les réponses de Dorothy sont légères et bienveillantes. Hermie l’admire, aimerait en faire la première étape de sa vie d’homme, il est relié seulement au présent, tâche de satisfaire les pressions de son âge et de s’en émanciper. Dorothy le laisse faire, elle semble accepter tout, détachée, sans projets ni reliques à chérir. Une romance insoluble est en train de se dérouler : elle permet à l’un de grandir et à l’autre de se consoler, sans avoir vocation à passer la saison, sinon dans les souvenirs. Un été 42 est un mélo élégant et sensible même lorsqu’il joue au teen movie voire flirte avec le potache (sauf à la rigueur le premier quart-d’heure, jusqu’à la rencontre). 



           

Le film centré sur les ados débouche sur une véritable rencontre : partant sur un effet nostalgie, il devient plus largement mélancolique, mais autrement lumineux, mettant le corps tout entier et non plus seulement un pied dans le monde adulte. Hermie change de regard sur ce qu’il connaît, prend conscience de lui. Le dernier tiers avoue toute la gravité des enjeux et de ses personnages, perce des ‘images’ pour révéler, pudiquement, des abymes de tristesse. Le film connaît un grand succès (grande référence aux USA), sa bande-son The summer knows un encore plus large. Des remake plus ou moins avoués auront lieu (Maléna en 2000 avec Monica Belluci s’en inspire, Stealing Home en 1988 avec Jodie Foster est considéré par des membres de l’équipe d’Un été 42 comme une copie), ainsi qu’une suite officielle (Class of 44). Passion sans lendemain pour l'un des plus beaux mélodrames jamais tournés! Un homme se souvient quand il avait quinze ans, sa famille était venu passer l'été dans l'île! il y avait beaucoup moins de maisons et beaucoup moins de gens que maintenant! 


                 

Le caractéte de l'île et la singularité de la mer étaient beaucoup plus remarquables à cette époque là! Pour qu'un garçon ne meure pas d'ennui, il fallait que sa famille soit sûre que d'autres familles du voisinage fournirait à l'île son contingent d'enfants! Pendant l'été de 42, il y avait Hermie, Oscar son meilleur ami et Bernard, son second meilleur ami! ils s'étaient donnés le nom de "Trio terrible"..."Cette maison isolée ètait celle qu'elle habitait! Personne depuis la première fois qui l'avait vu (Magnifique Jennifer O'Neill, dont la beauté illumine le film), ni rien de ce qui lui est arrivé ensuite, ne lui a donné une telle sensation de peur et de confusion! Aucun des êtres qu'il a connu n'a autant fait pour le rendre plus sûr de lui ou plus incertain, plus persuadé de son importance et de son insignifiance"...Ce chef d'oeuvre subtil aux saveurs nostalgiques touche la corde sensible grâce à la mise en scène de Robert Mulligan et à la musique mythique (et oscarisée) de Michel Legrand! Ni sensiblerie ni érotisme, mais un ton toujours juste, grave, émouvant et poétique! Un grand moment de cinéma...(Allociné)



                   


On sent bien qu' « Opération clandestine » n'est pas l'œuvre la plus personnelle de Blake Edwards, ayant en plus souffert d'un montage chaotique dû au producteur du studio. Ce qui se voit d'ailleurs à travers quelques transitions, ce qui paradoxalement donne une certaine singularité à l'entreprise, lui évitant d'être trop linéaire. Le résultat n'est pas grandiose, et Michael Crichton, scénariste, a beau avoir renié le film, il se suit pourtant avec un certain plaisir. Dynamique, bien mené et évoquant un sujet encore tabou à l'époque (l'avortement), on a ainsi droit à quelques vraies bonnes séquences et même à certaines réflexions intéressantes sur le sujet. James Coburn réussit de son côté l'exploit d'être à la fois pas du tout crédible et excellent en pathologiste aux méthodes ressemblant plus à celle d'un flic que d'un médecin. « Opération clandestine » n'est pas forcément une œuvre sur laquelle on a des millions de choses à dire, la faute peut-être à son aspect presque bancal, mais que l'on est toutefois plutôt content d'avoir vu. Au vu de ce thriller on peut dire que Blake Edwards est plus doué pour la comédie mais Opération Clandestine reste (malgré un style très téléfilm) un thriller médical (d'après une histoire de Michael Crichton) relativement plaisant à suivre ; Opération Clandestine doit beaucoup à James Coburn qui porte ce petit film sur ses épaules. Il est très à son aise en docteur très cool à qui on ne la fait pas. A l'exception notable du "Jour du vin et des roses", pour moi plus grande et plus forte oeuvre ciné sur le thème de l'alcoolisme avec "Le Poison" de Billy Wilder, les tentatives de films de Blake Edwards en dehors du registre de la comédie, pour donner lieu à quelque chose d'impersonnel, m'ont jamais particulièrement emballé ; "Opération clandestine" fait partie de ceux-là. 



    


Reste que si on oublie que c'est un Blake Edwards, qu'on ne trouve aucune trace du style personnel du cinéaste, c'est malgré tout un film très efficace porté par un rythme impeccable, par un James Coburn ayant du charisme à revendre et par une bonne intrigue qui sait se faire des fois surprenante. On ne passe pas un grand moment de cinéma mais les 100 minutes du film passe assez rapidement et sans déplaisir. Opération clandestine et Deux hommes dans l'ouest ont été désavoué en leur temps par l'immense Blake Edwards. Charcutage et remontage chaotique sont le fait du studio ayant commandité ces deux films. Opération clandestine, inédit en dvd, est tiré d'un scénar de Michael Crichton, mis en musique par Roy Budd, et porté par James Coburn. 


                 

L'intrigue est certes anémique, mais ce film réserve de beaux moments : la relation attachante entre le Dr Carey et sa compagne, les violences inatendues infligées au héros, le charme indéniable de Coburn ... font de ce petit film une curiosité à recommander à tout malade cloué au lit, un dimanche après-midi. Disons le tout net, les thrillers ne sont pas ce que Blake Edward a fait de mieux. Là, loin des comédies qui ont fait son succès, le réalisateur de "The party" ou de "Diamants sur canapé" s'emberlificote un peu les pinceaux en tissant la toile de cette "Opération clandestine". Certes, James Coburn saisit l'occasion qui lui est donnée pour affirmer un peu plus son talent, mais l'ensemble demeure, hélas, bien inégal. L'intrigue, aussi mince qu'une feuille de papier à tabac, laisse trop à désirer. (Allociné)                                       

dimanche 27 mars 2016

Boris Karloff

Acteur au physique impressionnant qui en fait le successeur de Lon Chaney, Karloff est également un véritable morceau d'histoire cinématographique à lui seul. Ayant traversé l'époque du muet jusqu'au modernisme en couleurs du cinéma d'exploitation cormanien, en passant par de nombreuses collaborations avec des réalisateurs majeurs, il peut en outre se vanter d'avoir pu amener une parcelle de l'héritage des films Universal dans la nouvelle génération horrifique d'alors. Un lien entre plusieurs époques, donc. Mais bien sûr, Boris Karloff est avant tout un grand acteur, et ses prestations dans les deux Frankenstein de James Whale restent ses plus hauts faits d'armes. Il fut cependant capable de s'en libérer, ne rechignant pas à jouer de son image (sa collaboration avec Abbott et Costello) et à se faire passer pour le vieillard grabataire au sein des nouveaux venus de l'horreur (dans The Comedy of Terrors), prouvant ainsi que son talent ne se limitait pas aux rôles de monstres, mais qu'il était autant capable de jouer la comédie. Considéré comme un acteur révélé sur le tard (80 films avant Frankenstein, quand même), Boris Karloff est cependant une des personnalités que le genre fantastique a permis de mettre sur le devant de la scène. Un genre auquel il a rendu énormément, n'hésitant pas à endurer des souffrances physiques durant ses tournages (les Frankenstein). Bref un modèle d'acteur, une gueule talentueuse, un style particulier, qui encore une fois, et c'est le propre de tout grand acteur, ne pourra être égalé.(http://www.psychovision.net/films/biographies/77-karloff-boris)


                 


En 1934, John Ford, qui a déjà derrière lui une longue carrière, réalise le remake d’un film muet britannique de 1929, Lost patrol, tiré d’un roman de Walter Summers. Tourné dans un coin du désert californien, porté par une distribution exemplaire, (Victor McLaglen, Boris Karloff), The lost patrol est un film court (66 minutes) considéré à l’époque comme le meilleur film de l’année. Près de quatre-vingts ans plus tard, il va de soi que le film a vieilli, mais il reste fondateur par bien des aspects. En 1917, en Mésopotamie, pendant la difficile – et peu connue – campagne menée par les troupes impériales britanniques contre les Ottomans, une petite patrouille de cavaliers parcourant un paysage de dunes est prise à partie par des combattants invisibles et perd son officier. Le reste de la troupe se réfugie autour dans un oasis et y est progressivement décimé par un ennemi habile et patient, jusqu’au dénouement, qui préfigure les mythiques westerns. Lointain ancêtre des survival movies qui se multiplient depuis plus de trente ans, The lost patrol est une étude de caractère, aux dialogues parfois trop écrits mais à l’excellente interprétation. Ford y regarde, comme souvent dans son cinéma, un groupe d’hommes soumis à des forces hostiles. Tracés à grands traits, les portraits n’en sont pas moins frappants, du sous-officier expérimenté à la jeune recrue candide, en passant par les soldats, hommes simples ou complexes, à commencer par le personnage de Karloff, religieux névrosé qui a toute sa place dans Les sorcières de Salem, le chef d’œuvre d’Arthur Miller (1953). Parmi les lointains descendants de ce film, il me semble enfin que l’on peut regarder avec intérêt le film de Walter Hill, Southern comfort (Sans retour, 1981), qui remplace le désert par le bayou. Finalement très américain, The lost patrol nous montre aussi une troupe bavarde, peu disciplinée, à la tête de laquelle le sergent est d’abord un grand frère. Certaines des péripéties et des morts sont d’ailleurs directement imputables à ce commandement très amical, étonnant au sein d’une armée britannique que l’on ne savait pas si cool, en particulier en temps de guerre...(http://aboudjaffar.blog.lemonde.fr/2012/07/14/la-patrouille-perdue/)


   


Annonciateur d’une trajectoire particulière, Cerveaux de rechange (The man who changed his mind) se présente surtout pour l’acteur comme un retour aux sources, déjà amorcé par Juggernaut la même année. Exploité outre-Atlantique, Karloff se ressource dans ses propres terres avec cette pellicule réalisée par Robert Stevenson, auteur de la future adaptation du roman Jane Eyre de Charlotte Brontë avec Orson Welles, sur un scénario de John L. Balderston (la pièce Dracula à l’origine du film Universal, La momie, La fiancée de Frankenstein) et Sidney Gilliat, auteur des scripts de The lady vanishes et Jamaica Inn, deux fleurons de la période anglaise d’Alfred Hitchcock. Egalement baptisé Dr Maniac ou The Man Who Lived Again, intitulés peu adéquats, Cerveaux de rechange aborde l’aliénation progressive d’un scientifique investi dans ses recherches et désireux de faire effectuer à la science un pas supplémentaire. Le docteur Laurience, à l’opposé de la figure du maniaque qu’annonçait l’un des titres alternatifs, est présenté dès l’entame comme un personnage aux idées farfelues raillé par ses pairs et délaissé par une corporation qui voit en lui bien plus un illuminé qu’une menace. Au service de l’esprit scientifique, Laurience met volontiers de côté les problèmes éthiques et utilise des singes comme cobayes afin de mener à bien ses expériences. Les expériences en question consistent à échanger les esprits d’un sujet à l’autre dans une optique bienfaitrice. Aussi niaise soit-elle, l’expérience n’en paraît pas moins dangereuse dès que le savant émet l’hypothèse de réaliser des tests sur des humains. A l’image de The man they could not hang et des Frankenstein, deux oeuvres dans lesquelles Karloff interprète tantôt un "mad scientist" tantôt une créature horrible, Cerveaux de rechange repose sur des personnages crédibles aux antipodes des savants excentriques qui pullulent dans le cinéma bisseux des 30’s.



                 


Animé de desseins louables, le scientifique troquera finalement sa flexibilité morale pour une rage meurtrière suite aux manipulations médiatico-capitalistes dont il fera l’objet. Ce renversement des statuts (Lord Haslewood, milliardaire véreux qui n’investit dans la science que pour faire progresser ses intérêts propres, est finalement le vrai vilain de l’histoire) s’avère d’autant plus marqué que Laurience, conscient des accès de folie dont il est victime, émet finalement des regrets par rapport à ses exactions, moment de lucidité où il exhorte son assistante de détruire la machine infernale. Ce travail sur le fond compense une certaine inertie formelle encore tributaire de la mise en scène théâtrale en vogue lors de la décennie précédente. Néanmoins, la pellicule, portée par d’impressionnantes interprétations (Donald Calthrop, excellent dans le rôle de l’assistant rabougri de Laurience et Frank Cellier, tout aussi impeccable dans sa double interprétation), représente l’une des plus belles réponses aux œuvres Bis d’un cinéma hollywoodien qui commence doucement à traîner la patte en la matière et qui s’embourbe dans ses propres conventions (les expérimentateurs fous et leurs dérives animalières).(http://www.cinemafantastique.net/Cerveaux-de-rechange.html)


                            

Les Trois visages de la peur (1963) : Bien avant Creepshow et ses suites, le grand Mario Bava livrait ce film à sketches horrifique de toute splendeur. Passant d’un genre à un autre, « il maestro della paura » adapte ici des nouvelles de F.G. Snyder (Le Téléphone), Tolstoï (Les Wurdalaks) et Ivan Chekhov (La Goutte d’eau). Si l’ordre de diffusion des divers segments varie d’un pays à l’autre, il est bien plus grave de constater que l’introduction et le final furent, à l’époque, supprimés de toutes les copies du film. Exit donc Boris Karloff qui introduit la séance et, en habit de Wurdalak, chevauchant un cheval qu’un travelling arrière nous dévoile mécanique, avec les quelques assistants qui actionnent des branches autour de lui. Exit aussi les sous-entendus lesbiens des deux protagonistes féminines du segment « Le Téléphone » que Bava dû remonter sous les exigences des distributeurs américains. Supprimé aussi la musique de Roberto Nicolosi, qui fut remplacée par celle, moins angoissante, de Les Baxter. Un beau petit massacre qui n’a pas empêché le film d’obtenir un énorme succès. Heureusement pour nous, une édition récente, proposée avec le Mad Movies n°205 et disponible à bas prix dans toutes les bonnes solderies, propose le film dans sa version intégrale avec un ordre tout à fait réjouissant en ce qui concerne les sketches, puisqu’on va crescendo vers une frayeur de plus en plus insondable. Tous ces remaniements sont dus au fait qu’il s’agit d’un film de commande pour Mario Bava, bien obligé de respecter les désidératas des producteurs et distributeurs. Cela n’empêche en rien le réalisateur d’exceller dans cet exercice. Bien qu’inégaux, les trois histoires présentées comportent leurs lots de réjouissances et de splendeurs. Dans « Le Téléphone », peut être l’épisode le plus faible, Michèle Mercier (pas encore devenue Angélique marquise des anges) est harcelée au téléphone par une personne qui la menace de mort. Un thriller réaliste et hitchcockien, où l’unité de lieu est parfaitement maîtrisée de bout en bout. Le début est vraiment prenant mais les choses se précipitent un peu trop sur la fin pour que ce segment reste dans les mémoires. Plus marquant, « Les Wurdalaks » met en scène un homme parcourant la campagne slave qui débarque dans une famille de paysans. Des démons revenant boire le sang de leurs proches semblent hanter ces terres. Et lorsque le père, parti à la chasse aux démons, revient à minuit, il ne semble plus avoir un comportement très humain.



                  

Le point fort est une nouvelle fois l’atmosphère, Bava rendant hommage aux célèbres films de la Universal. Ce n’est pas pour rien qu’on y retrouve Boris Karloff, qui, l’air grave et sérieux, n’hésite pas à se parodier. « Je suis mort…de faim ! » lance-t-il. Les fans apprécieront l’ironie ainsi que les superbes décors et la fabuleuse lumière venant colorer de multiples teintes le visage de celui qui fut la créature de Frankenstein la plus célèbre. Enfin, dans « La Goutte d’eau », Bava excelle dans son art : le film de terreur ancestrale. Une infirmière y vole la bague d’une patiente qui vient de décéder et dont elle a fait la toilette mortuaire. De retour chez elle, la femme va être hantée par le spectre dont elle s’est accaparée le bien. Ce segment est sans nul doute le meilleur des trois. Il s’agit du plus effrayant aussi. Éclairages bariolés, lumières clignotantes, climat sonore envahissant, « La Goutte d’eau » plonge le spectateur dans un climat de folie obsédant. Les apparitions du spectre font froid dans le dos et restent gravées dans la mémoire. Rien que pour ce petit chef d’œuvre qu’est « La Goutte d’eau », il faut voir Les Trois visages de la peur. Vous ne fermerez peut être plus l’œil une fois la nuit tombée mais cinématographiquement, vous ne le regretterez pas.(http://www.cinemafantastique.net/Trois-visages-de-la-peur-Les.html)