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mercredi 24 février 2016

Tina Brooks

La vie musicale de Harold Floyd « Tina » Brooks commence durant son adolescence, dans le quartier du Bronx où ses parents se sont installés en 1944, à leur arrivée de Caroline du Nord. Il apprend les rudiments instru-mentaux à l’école et grâce aux conseils de son frère « Bubba », saxophoniste ténor (toujours en activité). Après avoir essayé l’alto, il adopte, lui aussi, le ténor. Son aîné, qui entame à cette époque une longue carrière dans les orchestres de rhythm ‘n’ blues, le fait entrer dans celui du pianiste Sonny Thompson, en 1950, à sa suite. Engagé par des artistes tels Charles Brown, Amos Milburn et Joe Morris, Tina passera ainsi plusieurs années au sein d’ensembles d’instrumentistes chanteurs à la mode auprès du public noir, avec lesquels il tourne abondamment et entre parfois en studio. Leur musique tape-à-l’œil lui permet de gagner sa vie mais pas de faire entendre sa voix. Cette insatisfaction le pousse à approfondir en parallèle ses compétences en harmonie et en théorie auprès de Herbert Bourne, à qui l’a recommandé l’arrangeur Sy Oliver. Intégrant en 1955, le big band de Lionel Hampton, il se rapproche du monde du jazz, mais ses attentes sont déçues : on ne lui laisse guère là non plus l’occasion de s’exprimer.


                   


C’est l’année suivante que Tina Brooks fait la rencontre déterminante : celle de « Little » Benny Harris, avec lequel il se produit dans une boite du Bronx, le Blue Morocco (un nom qui ne s’invente pas), qui toute sa vie sera sa tanière. Le trompettiste, historiquement l’un des tous premiers boppers, le prend sous sa protection et l’initie au vocabulaire du jazz moderne, à ses subtilités complexes et à son répertoire. Sous cette égide, le saxophoniste développe rapidement son style, avec pour influences Lester Young et ses fidèles disciples Wardell Gray et Dexter Gordon, tout en étant sensible à ses contemporains : Hank Mobley et Sonny Rollins. Et c’est ici que la chance semble lui sourire. Sur les conseils de son protecteur, Alfred Lion, le producteur de Blue Note, vient l’écouter et repart si conquis que Brooks intègre immédiatement les rangs de la célèbre firme : en quatre mois, il participera à quatre séances d’enregistrement. Ses véritables premiers pas phonographiques ont lieu en février 1958, sur trois morceaux d’une séance marathon en forme de jam-session autour de l’organiste Jimmy Smith, vedette maison. Il y là des habitués auxquels il se mêle timidement : Curtis Fuller, Lou Donaldson, Lee Morgan, Art Blakey... On retrouve ces deux derniers le 16 mars suivant, avec Sonny Clark et Doug Watkins, comme sidemen de son premier disque personnel, connu sous le titre de Minor Move. Avec ce casting, Blue Note met les petits plats dans les grands pour accueillir sa nouvelle recrue qui sait se montrer à la hauteur de l’enjeu. Bizarrement pourtant, ces faces éclatantes paraîtront seulement pour la première fois en 1980, lorsque les producteurs japonais entreprendront de fouiller le fonds miraculeux des bandes inexploitées de la compagnie.


                   


L’essentiel de la carrière fugace de Tina Brooks va se jouer pendant l’année 1960. Un an pour se faire une petite place sur la scène du jazz, trouver des partenaires d’entente, et graver quelques titres éternels. Le premier interlocuteur à sa hauteur est un jeune trompettiste prodige de 22 ans appelé à faire parler de lui : Freddie Hubbard. Les deux hommes se rencontrent par l’entremise de Ike Quebec dans le club de Count Basie, sympathisent et s’admirent mutuellement à tel point que Hubbard invite Brooks en juin à participer à son premier disque : Open Sesame, pour lequel son ami signe trois compositions, dont le titre éponyme et un remarquable « Gypsy Blue ». Tina Brooks lui rend la pareille en septembre en le conviant à collaborer à l’unique disque paru sous son nom de son vivant : True Blue, un chef d’œuvre du hard bop qui bénéficia de l’une des plus belles couvertures graphiques de Reid Miles. Ces disques miroirs laissent apprécier pour la première fois ses talents de compositeur, d’arrangeur et d’improvisateur. Comme dans une lignée obscure des Messengers, à dominante blues, voire fortement gospel – les titres le manifestent aussi –, ses thèmes combinent de manière très intriquée mais sans étouffement les voix du ténor et de la trompette qui exposent ensemble, de façon fragmentée mais remarquablement complémentaire, une mélodie principale, faussement simple et toujours très chantante, tandis que le trio piano - basse - batterie développe une trame harmonique riche, à dominante mineure, et une base rythmique appuyée, volontiers exotique, toujours très balancée.


                    


En septembre, Blue Note planifie une session en sextet où McLean et Brooks se partageraient les composi-tions, les arrangements et la paternité du disque : chacun signe trois morceaux. Une aubaine pour Brooks, toujours en attente de reconnaissance. Le trompettiste Blue Mitchell met sa belle sonorité au service de l’ensemble ; la rythmique Kenny Drew - Paul Chambers - Art Taylor offre son impeccable savoir-faire. Il ne manque aucun ingrédient pour faire un disque susceptible d’attirer attention et lauriers. Or plus d’un an et demi auparavant, McLean a dirigé une session en quintet qui n’a donné que trois titres satisfaisants depuis lors demeurés en at-tente. Etrangement, Lion qui n’a pas d’habitude ce genre de scrupules, tient à la publier coûte que coûte. Au lieu de laisser dormir ces titres anciens, il change ses plans, sélectionne trois titres de la séance en cours et décide d’en attribuer la responsabilité au seul McLean. Tant pis pour le malheureux Brooks, et tant pis pour les morceaux restants, qui, sacrifiés, traîneront au fond d’une boîte jusqu'à ce que les Japonais, en 1979... Vous commencez à connaître l’histoire. En octobre a lieu la troisième session du saxophoniste sous son nom, toujours pour Blue Note : Back to the Tracks. Retour en piste, avec une équipe de choc (la même sans McLean), mais une fois de plus en vain. Ce disque, bien que parfaitement programmé, ne sera jamais commercialisé non plus. Tout est pourtant prévu : un titre (amèrement ironique), une pochette, un numéro de référence (BST-84052). Il est annoncé et répertorié sur les pochettes promotionnelles des vinyles... Aucun exemplaire ne sera produit. Pourquoi ? Mystère. De quoi s’arracher les cheveux. Il faudra toute la ténacité d’un collectionneur insatiable à la recherche de ce disque fantôme pour que l’on prenne conscience, deux décennies après, que l’album n’avait en définitive jamais été mis sur le marché ! Les éditeurs nippons seront les premiers à le publier. (http://hardbop.pagesperso-orange.fr/brooks.html)

3 commentaires:

  1. http://turbobit.net/c76g5or8otmk.html
    http://www.mediafire.com/download/s3osegs4hyo1e68/Tina_Brooks_-_True_Blue.rar

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  2. https://archive.org/details/davidwnivenjazz&tab=collection une collection téléchargeable de K7 numérisées, enjoy!

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