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dimanche 21 février 2016

Rio Dorado

Conteur exceptionnel, Howard Hawks pourrait être dans le trio gagnant des plus grands réalisateurs américains ; amateur de jolies femmes, il excellait dans tous les genres du système hollywoodien. Selon Hawks, le parcours que doivent respecter et atteindre un couple (l’exactitude de leurs sentiments respectifs) est tortueux. Tous les personnages hawksiens sont dépourvus d’égoïsme. Ils s’aiment mais n’osent pas exprimer cet amour, car ils veulent d’abord en vérifier le contenu. La femme choisit et l’homme assume. Un exemple précis, dans L’Impossible Monsieur Bébé (1938), Katharine Hepburn lâche une phrase mémorable : « C’est l’homme que je vais épouser, mais il ne le sait pas encore ». Tout Rio Bravo (1959) est dans cette affirmation et c’est principalement ce qui fait son charme.
Procédons à une petite dissection de la mise en scène hawksienne sur le couple :
-La rencontre, synonyme du premier face à face, commence généralement par une situation incongrue ou légèrement drôle. La femme est attirée mais ne sait pas comment s’y prendre. Quant à l’homme, il est fasciné mais non conquis. De plus, le découpage des plans est hautement révélateur. Hawks choisit de les filmer séparément, en champ/contrechamp.
-Le coup de foudre qui a véritablement lieu à partir du second échange, mais qui reste confus. Le champ/contrechamp est toujours respecté, mais cette fois-ci Hawks place sa caméra à la hauteur de ses acteurs. Le message est clair : ils sont épris l’un de l’autre mais ils ne le savent pas encore. Seule la caméra le sait, le cinéaste et le spectateur.
-L’amour défini, où l’on voit les protagonistes se confier réciproquement sans toutefois franchir les limites de la bienséance...


            


Hawks maintient le suspense amoureux et ouvre la marche à suivre pour ses personnages. Durant une bonne partie du film, Feather et Chance se querelleront la tête pour des broutilles, jusqu’à ce qu’ils franchissent l’ultime étape. Mais là où l’on s’attendait à une réaction masculine violente, Hawks, comme à son habitude, transgresse les règles de la misogynie et offre le beau rôle à la femme avec un monologue exemplaire :
- « Je sais bien que j’ai le don de vous rendre furieux John. Alors, ne m’obligez pas à vous dire pourquoi je suis restée. Je ne vous compliquerai pas l’existence. Je m’écarterai de votre chemin. Je resterai là, c’est tout ! Vous ne me devez absolument rien et vous me devrez rien jusqu’à la fin. Et quand ce sera la fin, vous me direz de partir. Non ! Vous n’aurez même pas besoin de me le dire. Je le comprendrais alors et je partirais. C’est correct n’est-ce pas John ? Vous n’avez pas à me répondre maintenant si vous n’en avez pas envie. Mais au moins dites-moi un mot. »
- L’homme à nu : « Si je n’avais pas tous ces ennuis, ce serait peut-être différent. Mais je les ai ».
- Elle : « C’est tout ce que je voulais entendre ».(http://www.iletaitunefoislecinema.com/)



                  

"Rio Bravo" est généralement considéré comme typique du cinéma de l'Ouest! il est vrai que l'intrigue est classique mais absolument géniale quand on entre dedans: le fils d'un riche propriétaire est mis en prison par le shérif John Wayne pour avoir commis un meurtre! Ses frères tentent de le faire libérer, ce qui nous vaut toute une série de péripéties et de rebondissements d'anthologies, dans la meilleure tradition de la « western story » . Belle analyse de Henri Agel à propos de ce film : « A qui veut prendre la condition humaine l'image la plus noble et la plus savoureuse, la saisie la plus austère et la plus fraternelle, on doit conseiller d'aller revoir Rio Bravo » . A lui seul, ce western de Hawks est la preuve éclatante de la splendeur d'un genre qui peut condenser les lignes de force les plus vigoureuses de l'épopée, du divertissement adulte, de la tragédie et de la méditation morale! A cet égard, "Rio Bravo" est inséparable de tous les jalons qui vont des films de Thomas Ince aux films de John Huston en passant bien évidemment par John Ford! Même les vêtements de John Wayne sont dans nos mémoires en éclairant le monde de l'Ouest à la lumière du droit et de la justice! (http://www.allocine.fr/film/fichefilm-1274/critiques/spectateurs/)



                   


Les visages n’ont qu’à peine changé et tout semble être à sa place : sept années après Rio Bravo (1959), Howard Hawks retrouve son saloon, sa prison, son hôtel. Si ce n'est le nom de la ville - qui se fait désormais appeler El Dorado - rien n'a bougé, comme si on était parti la veille. Le monde continue de tourner autour de ses femmes, le shérif et ses assistants n’ont pas complètement dessaoulés et les grands propriétaires terriens y font toujours la loi.  Après trois relatifs échecs commerciaux et artistiques - Hatari (1962), Le Sport favori de l'homme (1964) et Ligne rouge 7000 (1965) -, Howard Hawks s’appuie sur son définitif Rio Bravo pour en réaliser deux variations qui seront ses ultimes films, El Dorado (1966) et Rio Lobo (1970). Écrits par la même Leigh Brackett, ces trois scénarios sensiblement identiques donnent à John Wayne le rôle d’un juste au grand cœur venant à l’aide d’une ville vivant les derniers instants de son époque. Alors qu’à trop tirer sur la corde il ne reste plus grand-chose dans Rio Lobo si ce n’est la mythique figure de l’acteur, la manière avec laquelle El Dorado bégaie Rio Bravo donne une véritable existence au film aux côtés de son aîné. Autour des personnages joués par John Wayne et Robert Mitchum - les amis Cole Thornton et Harrah, l’un mercenaire et l’autre shérif -, il flotte dans El Dorado une joyeuse tristesse absente du film originel de 1959. Au contraire des Cheyennes (1964) de John Ford et de Il était une fois dans l’Ouest (1968) de Sergio Leone où l’un comme l’autre enterrent à leur manière le western, il n'est pas ici question d’une mélancolie du genre. El Dorado n’est pas un film désabusé sur la représentation de l’Ouest américain et si l’un de ses derniers plans présente les deux copains hilares béquilles sous le bras, c’est que les souvenirs d’Howard Hawks vont ailleurs.



         


Le but de Howard Hawks est ici de raconter une histoire simple, une histoire d’hommes dans la même veine que celle de Rio Bravo, ce qui explique les très importantes ressemblances avec son aîné. Tant et si bien que El Dorado constituera ce que les historiens du cinéma en Europe ne manqueront pas d’appeler le deuxième segment d’une trilogie informelle qui sera clôturée par l’inégal mais intéressant Rio Lobo en 1970. Présentement, la base de l’histoire est conservée : une ruelle, un saloon, un bureau du shérif, des adjoints aux liens d’amitié plus forts que de la dynamite, un méchant propriétaire terrien qu’il faut arrêter, des femmes aussi belles que mentalement solides… La liste pourrait être longue, car El Dorado est bel et bien un calque parfois très fidèle de Rio Bravo. Contrairement à la catastrophe que cela pourrait produire dans des mains inexpérimentées, Hawks transforme l’essai et confirme qu’avec une histoire quasiment identique, on peut réaliser un deuxième film formidable qui évite les maladresses grâce à un art de la variation imparable.(http://www.iletaitunefoislecinema.com/)



                               

Le metteur en scène va donc légèrement décaler les traits de ses personnages, les reconstruire avec des compromis et des différences en conservant la matrice d’origine. John Wayne retrouve par ce biais un personnage qu’il connait bien, celui d’un aventurier, un « gunfighter » typique, avec ses règles de vie et son grand cœur, mais situé de l’autre côté de la loi. S’il défend des idéaux nobles, Wayne n’en n’est pas moins ici qu’un tireur qui vend ses services, une sorte de mélange entre le John T. Chance de Rio Bravo et le hors-la-loi romantique d’un Stagecoach, les années en plus. A soixante ans, le Duke reste élégant et résolument "cool", comme si le temps n’avait pas encore de prise sur lui. Son jeu est en totale adéquation avec l’univers de son metteur en scène, à la fois juste et surtout d’un naturel désarmant. Il ne joue pour ainsi dire pas ; il « est », tout simplement. Juste à côté de lui figure le grand Robert Mitchum.(http://www.dvdclassik.com/critique/el-dorado-hawks)



                                

Howard Hawks a 73 ans et il a du mal à reconnaître John Wayne, dix ans de moins pourtant, qui peine à monter sur son cheval, semble souffrir du dos à chaque pas qu'il fait devant la caméra. Le « Duke » a tellement grossi qu'on a parfois l'impression qu'on lui a cousu son uniforme yankee sur la bedaine... Heureusement, sa doublure est là – on voit la différence – dès qu'il s'agit de courir après un Sudiste. On est en 1970, Rio Lobo est le dernier film du génial cinéaste et, soyons clair, sa réputation est exécrable : auto-remake parodique de Rio Bravo et El Dorado, tournés respectivement onze et quatre ans plus tôt, histoire éculée (donc) racontée sur un tempo cacochyme, caractérisation minimale des personnages (malgré un scénario signé à nouveau Leigh Brackett, la romancière complice des grands Hawks d'après-guerre). Tout cela est vrai, et pourtant, quand on le revoit, le plaisir est bien là. Car Rio Lobo est une sorte de résumé-puzzle de ce qu'on aime toujours chez Howard Hawks.
A quel moment refaire ce qu'on a déjà fait (bien) devient, non de la maîtrise et de l'approfondissement mais du radotage ? Question centrale ici (et valable dans plein de domaines). Dans sa bible sur Hawks (The Grey Fox of Hollywood, qui a largement aidé à la rédaction de cette série de papiers), Todd McCarthy cite quelques critiques (qu'il appelle « archi auteuristes ») ayant soutenu coûte que coûte Rio Lobo, au nom des ressemblances avec l'œuvre passée du cinéaste.




            

Des exemples : reprise de répliques (« Tu as le cou brisé », dit Wayne a un soldat, comme Cary Grant dans Seuls les anges ont des ailes), sifflements d'oiseau avant l'attaque (comme dans La Captive aux yeux clairs), et puis cette prison qui, comme dans Rio Bravo et El Dorado, devient l'espace clos qui réunit, soude le groupe, lequel est comme toujours composé d'hommes d'âges et d'expériences divers.Rio Lobo n'apporte effectivement pas grand-chose à ces motifs, mais leur familiarité est un atout majeur. Si tous les westerns avec John Wayne forment une série dont il serait le héros récurrent, alors les films de Hawks en représentent une saison (tardive). Retrouver figures et personnages, même avec d'autres patronymes ou d'autres acteurs, place le spectateur sur un agréable terrain connu. L'essentiel du plaisir du film est là. Des hommes entre eux, ou la camaraderie comme obsession. Au début de Rio Lobo, des Sudistes piquent spectaculairement à des Nordistes (dont Wayne) une caisse d'or transportée en train – l'attaque du train est un sous-genre du western. Mais comme la guerre s'achève quelques jours plus tard, Wayne fait ami-ami avec deux leaders sudistes (joués par le Mexicain Jorge Rivero, latlin lover moins ridicule que son brushing ne le laisse supposer, et par le fils Mitchum, Chris). Cette atmosphère de réconciliation (longue tirade de Wayne qui hait ceux qui l'ont trahi mais admire ceux qui l'ont combattu) est extrêmement plaisante.


                  

Le trio d'anciens combattants, déplacés au Texas, va devenir quatuor (l'arrivée de Jennifer O'Neill, radieuse) puis sextette, pour combattre un tyranneau local qui veut arracher leurs terres aux éleveurs-fermiers du coin (autre sous-genre). A la différence de Ford, Hawks n'est pas le cinéaste de la collectivité mais bien du commando, et celui-ci peut même accepter des femmes et des vieillards. Cette action commune est un autre facteur de complicité avec le spectateur – pas si loin du récent Mad Max, au fond très “hawksien”. « Hawks était tout de même un peu sénile », a dit Jennifer O'Neill (qui n'avait pas encore tourné Un été 42). C'est plus compliqué que ça : amateur de jolies femmes, Hawks avait beaucoup hésité (au point, raconte McCarthy, que le critique français Pierre Rissient avait fait passer des essais à une escouade de jeunes comédiennes européennes) avant de craquer sur la (très) jolie mannequin. Mais Hawks déchanta rapidement sur le plateau, la trouvant fade à l'image (ce qui est un peu exagéré). Il déplaça son intérêt sur la jeune Sherry Lansing (qui abandonnera ensuite le job d'actrice pour devenir productrice et... patronne de studio, à la Fox puis chez Paramount). C'est à elle que revient la scène finale – à ce moment-là, Jennifer O'Neill a quasiment disparu du film –, le dernier plan jamais tourné par Hawks. « Il voulait que je sois Lauren Bacall », racontera-t-elle plus tard. Un seul type de femme – grande, athlétique, aussi active que les mecs – excitait Hawks. Mais l'excitait beaucoup ! Le rôle central des femmes pistolet au poing dans Rio Lobo n'est pas si courant dans le western classique... Et là scène où Jennifer O'Neill chasse illico les doutes de ses compagnons sur ses qualités de cavalière est très réussie.(http://www.telerama.fr/cinema/les-quatre-atouts-de-rio-lobo-le-mal-aime-d-howard-hawks,130670.php)

1 commentaire:

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