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mardi 9 février 2016

Phallaina


Phallaina raconte l’histoire d’Audrey, une jeune femme souffrant de crises hallucinatoires pendant lesquelles elle voit des baleines. Un neurologue décèle chez elle un physeter, une anomalie du cerveau qui lui permet de rester longtemps en apnée. L’œuvre de Marietta Ren (et du studio Small Bang), entre BD et dessin animé, est téléchargeable gratuitement sur l’AppStore et Google Play. Phallaina, produite par le département Nouvelles Ecritures de France télévisions, figure dans la programmation du Festival d’Angoulême où elle sera déclinée sous la forme d’une fresque en extérieur. Sur votre mobile ou votre tablette, la bande défilée, longue de 115m, se lit en scrollant à l’horizontal. Elle est accompagnée d’une bande sonore. 




A la manière d’un rouleau japonais Fascinée par les relations entre la science et la mythologie, Marietta Ren a écrit son scénario il y a environ deux ans, avant de commencer à le dessiner sur papier, à la manière d’un rouleau japonais, en supprimant les cases qui séparent habituellement les vignettes dans la BD traditionnelle, lit-on sur Le Monde. « Mon histoire était si longue qu’il a fallu me rendre à l’évidence  : seule une lecture sur écran pouvait tolérer un tel format. Travailler sur une bande continue nécessite de faire des transitions pour passer d’une scène à une autre, et même en noir et blanc, c’est un exercice assez casse-gueule. Ici, elles sont gérées à la perfection ! Tout est fluide ; les changements de cadrages, les aplats de blanc puis de noir servent à la narration sans la hacher. Aucun détail n’est laissé au hasard, tout est peaufiné à l’extrême – jusqu’à l’interface de lecture, jusqu’au curseur de chargement...(http://www.madmoizelle.com/phallaina-bd-numerique-marietta-ren-486865#gs.ZnzQkFs)


   

Marietta Ren : Le choix de faire un rouleau vient d'une envie de tester un nouveau format, un autre type de narration. L'idée était de faire quelque chose en continu, sans rupture, sans cases, plus proche de la perception naturelle, tout en conservant certains codes narratifs du cinéma. J'avais aussi envie de dessiner des baleines. Cela tombait plutôt bien car les baleines c'est long et allongé comme mon format ! Il y a une forte charge symbolique avec ces animaux et je trouvais qu'ils seraient une très belle métaphore pour matérialiser une angoisse ou une crise d'épilepsie. J'ai donc construit une fiction autour de tout ça.
Au tout début, l'histoire était beaucoup plus onirique et au fur et à mesure du temps, j'y ai introduit un peu plus de sf, de neurosciences, d'expériences, les rêves se sont transformés en hallucination… au final c'est un mélange entre mythologie et science-fiction.
 Le projet est construit comme un one-shot. Il devait être assez court, environ 9 m de longueur du 20 cm de hauteur. Mais je me suis un peu lâchée sur l'histoire et c'est devenu aussi long en durée de lecture qu'un long métrage.


   

Comme ma formation initiale est celle de dessinateur d'animation, la sensation de mouvement est une chose qui me tient à cœur. On la retrouve dans ma manière de composer d'images. J'essaie toujours de donner une direction, d'attirer le regard du lecteur vers l'image suivante et de donner l'impression que cela avance sans qu'il s'en rende compte.
Marietta Ren : Sur l'i-pad, l'histoire de la bande défilée va durer environ 1h30. Elle raconte l'histoire d'Audrey, qui est dans une phase de transition de sa vie et sa participation aux tests cliniques. Elle va apprendre des choses sur elle-même, sa mythologie personnelle, et découvrir le milieu des chercheurs en sciences cognitives. Tout est focalisé sur son ressenti.
La fresque, quant à elle, illustre la mythologie des Phallaina. Il s'agit d'une histoire dans l'histoire, un peu comme un conte à part et beaucoup plus court. Dans la BD, seulement la première moitié de la mythologie est illustrée sous forme d'hallucination ; l'autre moitié existera uniquement dans la fresque. Cela fait donc deux expériences complètement différentes et inédites.




                      




Nous sommes plusieurs à travailler sur le projet. Il y a un développeur qui crée un moteur de l'application, rassemblant l'image et le son. Il fait aussi l'interface de l'application. Un animateur crée toute la parallaxe avec son assistant. C'est un procédé permettant de donner de la sensation de profondeur, qui existe depuis assez longtemps dans le dessin animé. Et il y a aussi un sound designer. Comme dans les jeux-vidéo, le son est diffusé en temps réel, la musique et les bruitages se lancent en fonction du lieu dans lequel on évolue.
La manière dont on procède avec le sound-designer est assez simple. D'abord, on se met d'accord au niveau de la direction artistique, je lui donne mes références musicales et sonores. Ensuite, il travaille à partir de tout cela avec sa propre sensibilité. Puis, il m'envoie ses propositions que l'on retravaille un peu ensemble. 



   

Pour que la fresque soit une expérience tout aussi immersive, elle est accompagnée d'un design sonore et d'une voix-off qui lira la mythologie, même si le texte est aussi placé comme un sous-titre en dessous des images, afin de proposer plusieurs alternatives d'expérience.
Une version française est prévue si les gens n'ont pas envie de lire le texte pour profiter davantage du visuel et une version anglaise pour les gens qui ne lisent pas le français. C'est l'avantage du numérique ! 
À la base, le projet était surtout destiné à être imprimé sur papier sous forme de rouleau. Mais comme l'histoire était devenue trop longue, le support numérique est devenu une nécessité.



   

Mes inspirations viennent de divers horizons : la poterie antique grecque, Escher, l'imagerie médicale et les arts graphiques asiatiques. J'ai découvert un ouvrage considéré comme étant le premier manga au Japon, c'est un long rouleau horizontal. On y voit des personnages assis à un banquet, ils discutent et festoient. Certains se déplacent et leur circulation oriente le regard du lecteur telle sorte que l'on revient que début de l'histoire. Je me suis dit que ça serait bien de m'inspirer de ce genre de composition. Au même moment, beaucoup d'auteurs français un peu underground faisaient des BD sur le format. Et ça m'a nourri. (http://www.bdangouleme.com/830,actu-du-fauve-preparation-du-festival-2016-la-fresque-interactive-phallaina)

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