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lundi 18 janvier 2016

Josef von Sternberg

Sternberg travaille comme assistant pour plusieurs réalisateurs et remplace Roy William Neill, malade, dans le tournage de plusieurs scènes de By divine right, qui sort en 1925. Le premier rôle, Elliott Dexter, qui est aussi coproducteur du film, l'inscrit au générique sous le nom de « von Sternberg », peut être par assimilation à Erich von Stroheim. L'acteur de théâtre britannique George K. Arthur lui demande d'être dirigé dans un film qui marquerait ses débuts à l'écran. Sternberg lui soumet un scénario et réalise la même année 1925 The Salvation Hunters, qui surprend le public par son côté naturaliste, et séduit Charlie Chaplin. Chaplin invite Douglas Fairbanks et Mary Pickford, ses associés de l'United Artists, à lui confier une réalisation, mais Mary Pickford refuse le scénario qu'elle lui a commandé. C'est avec la Metro-Goldwyn-Mayer qu'il signe un contrat. Les débuts de Sternberg n'y sont pas très heureux. Il quitte le plateau de The Masked Bride, qui est achevé par Christy Cabanne en 1925. L'année suivante, The Exquisite Sinner est refait par Phil Rosen. A Woman of the Sea, commandé par Charlie Chaplin pour Edna Purviance, sera détruit avant d'avoir été jamais montré. Cette série noire s'interrompt quand il rejoint la Paramount. Les Nuits de Chicago, tiré d'une histoire de Ben Hecht, et Les Damnés de l'océan le classent parmi les grands maîtres du muet. Sa carrière prend un nouveau tour avec L'Ange bleu, tourné pour la UFA en Allemagne. Pour la partenaire féminine d'Emil Jannings, il porte son choix sur Marlène Dietrich. Dans ses souvenirs, Sternberg affirmera avoir créé de toutes pièces le mythe de Marlène et minimisera le rôle de son interprète, qui protestera. Sternberg déclare avoir « cessé de faire du cinéma en 1935 », faisant allusion à la fin du cycle Marlène. Cependant Shanghai Gesture en 1941, et surtout Fièvre sur Anatahan tourné au Japon, prouvent le contraire, et ne peuvent que faire regretter qu'un sujet aussi ambitieux que I, Claudius n'ait jamais pu être terminé .


                                


L'Ange bleu est un film réalisé par Josef von Sternberg avec Marlene Dietrich et Emil Jannings.
Dans l'Allemagne des années 1920, le professeur Emmanuel Rath (Emil Jannings) règne sur ses élèves en despote autoritaire. Son existence de célibaitaire endurci n'est traversé par aucun nuage, si ce n'est peut-être le surnom qu'on lui attribue: unrat, l'ordure. Un jour Rath apprend que ses élèves ont l'habitude de se retrouver dans un cabaret mal famé appelé l'Ange bleu. Il s'y rend alors dans l'intention de les prendre sur le fait. Il tombe immédiatement sous le charme de la chanteuse vedette, Lola Lola (Marlene Dietrich), qui va bientôt entraîner son existence routinière dans une spirale passionnelle et dangereuse.
C'est grâce à ce film que Marlene Dietrich est devenue célèbre, dans les années 1930. Comme disait Cocteau, "Votre nom commence par une caresse et se termine par un coup de cravache"! On doit ce choix à un coup de poker de von Sternberg, qui prit alors le risque d'imposer une débutante dans le rôle pivot du film. Emil Jennings, qui joue le rôle du professeur, était bien plus connu à l'époque, puisqu'il venait de recevoir le premier Oscar du meilleur acteur en 1929. Le film est une adaptation du livre de Heinrich Mann, Professor Unrat. A noter que c'est le premier film parlant du cinéma allemand. On y retrouve cette ambiance particulière de lenteur qui donne parfois l'impression d'avoir affaire à un Fritz Lang, surtout dans la première partie.


          
                       
A l'époque, L'Ange bleu a fait grand bruit, tant les motifs de scandale sont nombreux. Von Sternberg dévoile ainsi certaines parties de l'anatomie féminine proprement inimaginables, pour les esprits chastes des années 1930. Certaines répliques sont osées, à l'instar du "petit gourmand" prononcé lascivement et sans ambiguïté par Lola Lola à Rath réclamant trois sucres dans son café. Notons également la réaction indignée du public devant la scène de Lola Lola jactant comme une poule et de Rath lui répondant en poussant des "cocorico!". Ce film est très clairement divisé en deux parties. A la fois dans le scénario, mais également dans la réalisation, en ce sens que dans les dernières minutes von Sternberg utilise régulièrement, par parallélisme, des scènes très similaires au début du film (le travelling arrière dans la classe est l'une des premières mais aussi la dernière scène du film, le cabaret  filmé de l'extérieur la première fois que Rath s'y rend est montré de la même façon dans la dernière partie, l'élève souffre-douleur du début n'est autre que Rath à la fin du film, etc.) Von Sternberg a donc volontairement créé un effet de miroir saisissant entre le début et la fin. Nous ne pouvons malheureusement pas développer ce thème, afin de ne rien révéler au spectateur, mais l'invitons à regarder le film sous cette perspective.


                             

 
 L'Ange bleu est un film original. C'est un conte cruel tourné avec beaucoup d'acuité. Chaque réplique semble mûrement réfléchie, et guidée par le seul souci d'efficacité de la mise en scène. On sent chez von Sternberg que la percussion des images est le maître-mot. A titre d'exemple, l'une des premières scènes s'ouvre sur la mort du petit oiseau du professeur Rath, qui ne chantera plus, et que la servante jette au feu sans trembler. Cela renforce ainsi l'impression de vie tristement banale de Rath, mais prélude également du sort qui pourrait lui être réservé par la suite. Von Sternberg joue sur deux tableaux, tout en contraste, entre la première et la seconde partie du film, et il est rare qu'une scène du début ne trouve son pendant, tristement déformé, vers la fin. Emil Jennings, par sa prestation irréprochable, contribue grandement à donner vie à cette césure. Ajoutons que Marlene Dietrich dégage une sensualité qu'il faut bien se garder de juger avec les canons modernes de la beauté. Les belles femmes d'aujourd'hui n'ont plus grand chose à voir avec celles des années 1930, plus charpentées mais pas moins sensuelles! Si son interprétation n'est pas réellement inoubliable, elle reste néanmoins de très bonne facture.
        
                              


Malgré ses 80 ans, L'Ange bleu est un film qui n'a rien de conformiste, bien au contraire. Drôle, mais aussi cruel et brutal, c'est un film extrêmement intéressant à regarder, qui se sert des atours du film muet (expressionnisme des séquences, longs moments de silence qui pèsent sur l'image, etc.) sans pour autant délaisser les charmes incontestables de la bande-son (scènes chantées de Marlene Dietrich, pour ne citer que cela).
Un film bien ficelé, et pour ainsi dire "intelligent", si tant est qu'il y ait un sens à appliquer ce mot à une réalisation.



                

Les espions s'amusent (Jet Pilot) est un film américain de Josef von Sternberg sorti en 1957Comme annoncé sur son affiche, "Jet pilot", dans son titre original, devait être "le plus grand spectacle aérien de l’ère du jet"; il était si "grandiose, que sa réalisation a pris des années". Si cette dernière assertion est exacte, on pourra discuter la première. "Jet pilot" ne sortit aux USA qu’en novembre 1957, sept ans après le début du tournage (8 décembre 1949), mais en fait, le film fut rapidement retiré de la distribution et resta en boite jusqu’à sa réapparition en 1981, sur la chaîne TV NBC ! Ainsi, tourné en pleine guerre froide, le film ressortait un an avant la mort de Brejnev qui marqua le début de la fin de la guerre froide…En 1950, le film était produit par RKO, la propriété de Howard Hughes, qui sous sa direction ne sortit que de mauvais films. En 1957, Hughes avait vendu RKO à Universal. La production de ce film dura dix huit mois. Hughes engagea Josef von Sternberg plus une demi douzaine de réalisateurs, travaillant simultanément ou successivement, sur le film. Devant la médiocrité du résultat, Hughes finit par faire appel à Paul Mantz, pour refaire des séquences aériennes qui lui avaient déjà coûté 180.000 dollars. Mantz travailla avec son vieil ami, le colonel Chuck Yeager, qui l'aida à arranger des scènes aériennes filmées avec son B-25 "The smasher". Le montage traîna pendant des années. H. Hughes voulait, avec ce film, rééditer le coup de "Hell's angels" (1930) en mêlant aviation et sexe, cocktail qui avait bien marché. Rappelons que Hughes, bisexuel notoire et plutôt obsédé, mettait dans tous ses films des allusions sexuelles plus ou moins claires, au niveau des dialogues, des situations... 



            



Côté sexe, il y a la très belle Janet Leigh, sorte de Lilya Litvak qui aurait troqué son Yak 1 contre un jet, bien moulée dans sa combinaison de vol, que le colonel Wayne lui ordonne d’enlever pour procéder à une fouille ! Vous connaissiez la jupe fendue, vous aurez droit au pantalon fendu, Hughes s’étant toujours intéressé, en plus de l’aérodynamique, au (sous) vêtement féminin et au "soutien des masses" (tout comme les Soviétiques, mais dans un autre registre...). Côté aviation, on peut apprécier de magnifiques vues aériennes avec des jets qui étaient, en 1950, à la pointe de la technologie US. Quand le film sortit, ces appareils étaient déjà en voie de remplacement. Les derniers Northrop F-89 Scorpion furent remplacés par des F-102, en 1957, la production du F-86 s’arrêta en 1958 et le B-36 fut retiré du service par le SAC, en février 1959. En 1981, les avions du film étaient devenus des pièces de musée, les F-16 avaient remplacé les F-86, les B-1 les B-36 (merci, la guerre froide ?). Ce film est donc le témoin du passé et du rapide progrès technologique de l’aviation dans la seconde moitié du XX° siècle.



                                  


"Les espions s'amusent", que certains considéraient comme un film de propagande anti-communiste, reçut l'aide de l'USAF qui fournit les avions et les pilotes, dont le colonel Chuck Yeager et le major Charles Rayburn Cunningham. Le tournage eut lieu sur plusieurs bases militaires, en Californie, mais aussi dans le Colorado, le Texas…Le producteur et démiurge Howard Hugues souhaitait faire de Jet Pilot une oeuvre tout à la gloire de l'aviation. Mais, déçu par les séquences aériennes, il entreprit de le faire remonter, au mépris de Josef von Sternberg, le réalisateur, qui renia le film purement et simplement. Résultat : réalisé en 1950, le film ne sortit qu'en 1957.  Pour les besoins des cascades aériennes, la production a fait appel à Chuck Yeager, le premier pilote à avoir franchi le mur du son en 1947. A cette occasion, l'US Air Force s'et offert un joli coup de publicité.(http://aeromovies.fr/articles.php?lng=fr&pg=30).

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