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vendredi 4 septembre 2015

Joan O'Brien

Active principalement comme chanteuse, Joan O'Brien mène par ailleurs une brève carrière d'actrice au cinéma, contribuant à dix films américains (dont trois westerns et deux films musicaux), sortis entre 1958 et 1965. Dans Opération Jupons (1959) de Blake Edwards, elle est la future épouse gaffeuse de Cary Grant. Puis elle personnifie Susanna « Sue » Dickinson (en), unique survivante (avec sa fille) du siège de Fort Alamo, dans Alamo (1960) de (et avec) John Wayne — qu'elle retrouve avec son film suivant, Les Comancheros (1961) de Michael Curtiz —.
Parmi ses autres partenaires au grand écran, citons Audie Murphy (Six Chevaux dans la plaine (en) d'Harry Keller, coproduction américano-philippine de 1962), Jerry Lewis (L'Increvable Jerry (en) de Frank Tashlin en 1962), ou encore Elvis Presley (Blondes, brunes et rousses (en) de Norman Taurog en 1963).
Pour la télévision, Joan O'Brien joue dans trente-et-une séries, de 1958 à 1965 — année à partir de laquelle elle poursuit exclusivement sa carrière de chanteuse (notamment au petit écran) —. Mentionnons la série-western (elle en tourne d'autres) La Grande Caravane (deux épisodes, 1960) et la première série policière Perry Mason (deux épisodes, 1960 et 1965).



                              


Cette comédie militaire est un petit bijou d'humour dans lequel on retrouvera avec bonheur un Cary Grant qui pour une fois ne se trouve pas dépassé par les événements, mais lorsqu'il se trouve devant le fait accompli, finit toujours par avoir le dernier mot. A ses côtés, un Tony Curtis très à l'aise dans son personnage de lieutenant d'opérette plus habitué à danser la rumba avec l'épouse de l'amiral qu'aux rigueurs de la vie à bord mais qui, grâce à sa roublardise et son sens de la débrouille, s'avère fort utile à tous en leur dénichant tout ce qui manque à bord (la scène du cochon costumé en "matelot jambon" relégué dans les toilettes du submersible est à elle seule fort réjouissante). Sixième film seulement du génie de la comédie américaine (avec Billy Wilder) Blake Edwards, Opérations Jupons revisite la Seconde Guerre Mondiale avec humour et dérision loufoque faisant la part belle aux situations les plus cocasses. Si l’on retiendra du jour le déjanté Docteur Folamour de Kubrick, cinq ans plus tard, Edwards fait étalage de tout son talent et de toute son intelligence dans le genre pour l’écriture de scènes hilarantes où l’humour s’accumule; où les gags s’enchaînent sans cesse, sans baisse de rythme. Le rire est de loin l’une des choses les plus difficiles à maîtriser au cinéma. Et au cours de sa très longue carrière, Edwards a toujours su se montrer comme un prince dans le domaine, sachant le provoquer, sachant voir ce qui fonctionne et ne fonctionne pas et sachant surtout s’entourer, à cet effet, des meilleurs. 


   

Et il ne s’est une nouvelle fois pas trompé même si cela aurait été bien difficile avec une telle distribution. Cary Grant, qui a maintes et maintes fois prouver ses talents comiques, vient s’éclater et faire le pitre avec son jeu habituel à la fois verbal et gestuel, n’hésitant jamais à se tourner en ridicule. Il y est en cela aidé par un autre grand acteur du genre, un Tony Curtis en pleine forme en Lieutenant débrouillard et maniéré, capable d’embrouiller tout le monde pour obtenir ce qu’il vise.
Edwards joue comme souvent sur les antagonismes. Un sous-marin militaire de l’armée américaine traversant la guerre en rose bonbon, un commandant qui se voudrait sérieux mais qui est dépassé et s’oppose à un Lieutenant propre sur lui, ne connaissant pas le terrain où il se sent en décalage par peur de froisser ses beaux costumes. Et des femmes. De jolies infirmières sur un engin militaire, situation qui sonne comme un outrage pour des soldats superstitieux craignant le mauvais œil ! 


                              


Blake Edwards cumule les situations pour pousser l’humour à venir de toutes parts, pour, une récurrente gagesque dans ses films, pousser ses protagonistes à bout, dépassés par les évènements. En cela, le commandant Sherman (Cary Grant) ne sait plus, n’y est plus, ne gère plus rien, submergé par la folie d’une guerre qui semble bien loin au vu des situations abracadabrantesques auxquelles il doit faire face. Opération Jupons est un pur Blake Edwards, une œuvre comme seul lui savait les faire, alliant humour ravageur et douce émotion romantique, dépareillant et laissant une impression de futilité dérisoire à la guerre qui en devient presque nonsensique. 


                             
                           
Le cinéaste lui, préfère prendre le parti de la voir avec humour plutôt que dans toute son horreur tragique. Car finalement, la guerre, c’est chiant, c’est dur, c’est moche, c’est dramatique. Autant aller se marrer à la place, c’est bien plus salutaire !
Les cinq infirmières hébergées à bord vont, elles, apporter à l'équipage un petit vent de folie donnant lieu à quelques scènes cocasses (la gaine utilisée pour remplacer un ressort défectueux, le lancer de torpille finissant sur un camion). Ceci sans parler du sous-marin rose pris pour une intox des Japonais, et la scène finale de la voiture de l'amiral emportée par l'autobus à cause de sa femme...
On ne boudera pas cette comédie de Blake Edwards qui se regardera sans problème en famille.




                 

Après avoir été un monteur prolifique durant les années 40 - notamment sur le très attachant L'Ange et le mauvais garçon (Angel and the Badman) de James Edward Grant avec John Wayne et Gail Russell - Harry Keller continua à oeuvrer à de nombreuses reprises pour le genre, mettant en scène une dizaine d’obscurs westerns de série B (voire Z) pour la Republic, des films de courte durée (souvent moins d’une heure) qui ne sont d’ailleurs jamais sortis dans notre contrée. Quantez fut le premier d’une série de quatre westerns à budgets plus importants réalisés pour la compagnie Universal. Les deux derniers, les plus connus, ont tous deux Audie Murphy pour acteur principal, le premier étant Les Sept chemins du couchant (Seven Ways from Sundown) avec Barry Sullivan, le second (et ultime long métrage du cinéaste) ce Six chevaux dans la plaine (Six Black Horses) en 1962. Fred MacMurray joue en revanche dans les deux autres, Quantez ainsi que La Journée des violents (Day of the Badman). Alors qu’aux États-Unis ils demeurent plus ou moins cantonnés dans les fonds de tiroir, les deux films de Harry Keller avec Audie Murphy bénéficient au contraire d’une belle cote d’amour auprès des aficionados français du genre. Que ce soit d’un côté comme de l’autre, il y a à mon avis exagération. S’ils ne méritent pas d’être ostracisés alors qu'ils se révèlent tout à fait plaisants, il serait tout aussi faux, malgré la présence de scénaristes aussi réputés que Clair Huffaker et surtout Burt Kennedy, d’en faire des westerns aussi importants et réussis que ceux de Budd Boetticher auxquels ils ressemblent néanmoins étrangement, particulièrement celui qui nous intéresse ici. La réunion de trois personnages aux caractères opposés et aux motivations mystérieuses qui se déplacent dans un paysage désertique et une région dangereuse, poursuivis par quelques autres groupes faméliques ; des Indiens souhaitant échanger un de leurs chevaux contre une femme blonde ; une attaque indienne dans une habitation désaffectée en plein milieu du désert... On croirait évoquer ici La Chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome), le chef-d'œuvre de Budd Boetticher, d'autant plus que l'actrice de Six Black Horses arbore la même tenue que Karen Steele. De la pièce maîtresse de Boetticher, Six chevaux dans la plaine reprend en effet non seulement la situation favorite de Burt Kennedy - à savoir un groupe de protagonistes réunis par la force des choses qui parcourent des étendues quasi désertiques à la recherche de tierces personnes, le tout se déroulant presque exclusivement en extérieurs au sein de paysages rocheux - mais également certaines réparties strictement identiques ainsi que des séquences entières comme celle de l’échange femme / cheval qui doit avoir lieu avec les Indiens.


   

Il faut dire qu’au départ Six Black Horses devait être le huitième film de la collaboration entre Budd Boetticher et son acteur fétiche Randolph Scott. Une fois le projet atterri entre les mains de Harry Keller, Burt Kennedy pensa même à Richard Widmark pour faire face à Dan Duryea avant qu’Audie Murphy ne soit de la partie, puisque ce dernier s’était très bien entendu avec son metteur en scène sur Seven Ways from Sundown. J’ai beau avoir dit plusieurs fois tout le bien que je pensais en tant qu’acteur du plus grand héros de la Seconde Guerre mondiale, voir se confronter au sein d’un western écrit par Burt Kennedy ces immenses comédiens que sont Richard Widmark et Dan Duryea m’aurait grandement plu même si le film aurait probablement eu un tout autre ton ; car l’intérêt du tandem ici en présence réside dans leur différence de tempérament, avec l’opposition entre un homme taciturne d’une grande probité et un exubérant tueur à gages sans scrupules mais qui force néanmoins la sympathie par sa gouaille et sa roublardise. Les deux comédiens s’étaient d’ailleurs déjà affrontés avec efficacité dans les très plaisants Chevauchée avec le diable (Ride Clear of Diablo) de Jesse Hibbs et Le Survivant des monts lointains (Night Passage) de James Neilson aux côtés de James Stewart.


                

Puisque nous évoquons ci-dessus Audie Murphy et Jesse Hibbs, l’un de ses réalisateurs fétiches, je viens de tomber sur un avis concernant le comédien et ses réalisateurs de prédilection signé Pierre Domeyne dans un ouvrage sur le western paru dans la collection 10/18 éditée par Gallimard. Une notule d’une hargne qui n’a d’égale que sa bêtise. Il est néanmoins intéressant de la remettre en avant pour faire voir à quel point la critique française avait pu se tromper, ou tout du moins avait pu se montrer impitoyable à l’encontre d’un acteur qui, sans évidemment égaler les plus grands, n’en demeure pas moins immensément sympathique et attachant, et surtout extrêmement à l’aise dans le genre. Bertrand Tavernier, qui avait lui aussi participé à cet ouvrage, a depuis grandement réévalué le comédien et nombreux de ses films. Mais voici l'objet du délit : "Un minus aux yeux glauques et aux joues pendantes, qui nous inflige depuis 15 ans des interprétations lymphatiques […] Il a écumé d'innombrables westerns, sans grande valeur, signés par ses cireurs de bottes favoris, Jesse Hibbs, Nathan Juran, George Marshall […] Depuis, l’on attend que la balle signée X atteigne enfin son but et nous débarrasse de cet ersatz de la dévirilisation du héros de western." Comme le dit l’expression, un peu retouchée, mieux vaut lire cela qu’être aveugle...Cela étant dit, ce petit texte prouve bien l’emportement imbécile de certains qui n’ont décidément pas aidé à ce qu’Audie Murphy fusse mieux considéré déjà à l’époque. Cette parenthèse effectuée, revenons-en à ces Six Chevaux dans la plaine et à son titre traduit une fois encore avec une grande fantaisie, en total contresens par rapport à l’original ; en effet, les six chevaux noirs du titre américain n’étaient absolument pas ceux que Ben Lane rencontre au début du film et à cause desquels il va passer à deux doigts de finir la corde au cou mais, bien plus poétiquement, ceux dont le personnage interprété par Dan Duryea rêve qu’ils tirent son corbillard une fois qu’il sera passé de vie à trépas. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/six-chevaux-dans-la-plaine-keller

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