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samedi 8 août 2015

Trésors

La Pêche au trésor (Love Happy) est un film américain de David Miller et Leo McCarey, sorti en 1950.
Pour aider une jeune troupe sans le sou qui répète un spectacle à Broadway, Harpo vole de la nourriture dans la réserve d'un grand magasin. Sans le savoir, il s'empare d'une boîte de sardines dans laquelle est caché le fameux collier de diamants des Romanoff. Il va avoir à ses trousses l'intrigante Madame Egelichi et ses sbires... Love Happy est le dernier film des Marx Brothers. En réalité, il est plus souvent évoqué pour la (très) courte apparition de la jeune Marilyn Monroe, l'une de ses toutes premières à l'écran (1). Les Marx Brothers étaient alors sur le point de séparer. L'idée de base du scénario vient de Harpo et fut ensuite développée par Ben Hecht. Harpo avait souvent été comparé à Chaplin pour sa faculté à générer un humour teinté de sentimentalité et il souhaitait poursuivre sa carrière dans cette voie de comique au grand coeur. Love Happy était donc prévu initialement pour mettre en valeur Harpo seul mais la production fut plus facile à mettre en place en écrivant Marx Brothers sur l'affiche. Chico a ainsi un rôle mineur (mais nous gratifie tout de même d'un superbe numéro de piano) et Groucho fait office de narrateur, un détective privé qui raconte l'affaire. Si certains gags sont très bons, l'ensemble est très nettement en deçà des films précédents des trois frères. La partie la plus inventive est probablement celle se déroulant sur les toits avec un jeu amusant avec de gigantesques publicités lumineuses. Encore un très bon classique des Marx Brothers signè par un excellent technicien: David Miller! Marilyn Monroe fait d'ailleurs dans ce film loufoque l'une de ses toutes premières apparitions! 


   
           
Blonde et sexy, elle est ici la cliente inattendue d'un dètective privè qui n'est autre que l'hilarant Groucho Marx! On la voit surtout dans une sèquence devenue cèlèbre, courir vers le dètective en criant: "il y a un homme qui me suit."..."Un seul ? " demande Groucho, en l'èvaluant de la tête au pied et en brûlant tellement de l'intèrieur qu'on a l'impression qu'il va sortir de la fumèe par ses oreilles! Dernier mètrage des frères Marx, "Love Happy", c'est des diamants, des boîtes de sardines, des jolies pèpèes, mais aussi quelques gags d'anthologies avec un sautillant Harpo (amoureux fou d'une blonde platine, il faut voir ce qu’il cache dans son impermèable pour se laisser convaincre qu'il ètait bel et bien le plus drôle des frangins)... 
Ce rôle , le troisième interprété par Marilyn, est caractéristique du goût des Marx Brothers ; ceux-ci font rire en intercalant des scènes cocasses sans rapport direct avec le scénario.  Joe Pihodna, critique dans le "New York Tribune" dira de ce film : "Il y a grâce à Dieu, un peu de raison dans un monde sujet au vertige : sous une forme légèrement modifiée les Marx Brothers reviennent sur l'écran. L'événement vaut qu'on en parle...Les amateurs des frères Marx en auront pour leur argent car ils retrouveront certains gags éprouvés mis au point par ces comédiens. Le spectacle présenté au Criterion ne les décevra pas. Source : http://www.thinesclaude.com/la-peche-au-tresor.php



               


Ce bon film de Sacha Guitry rappelle, par sa forme, Le roman d'un tricheur du même auteur. Celui-ci raconte en effet avec esprit, l'amusante histoire d'un petit village qui conquiert le bonheur. Le scénario original est conçu et construit dans le style très personnel de son auteur. L'histoire commence dès le générique, mais la véritable action ne débute que plus tard, après quelques tours de passe-passe imagés et verbaux chers à Sacha Guitry. Ce film est divertissant et bien réalisé. Sacha Guitry est semblable à lui-même dans un rôle sur mesure. Lana Marconi, très jolie, est une comédienne en progrès. Pauline Carton, Jeanne Fusier-Gir, Génin, etc... sont ici d'excellents mimes, et Fernand René a composé une admirable et cocasse figure de centenaire.
R.R. La Cinématographie Française, 1950.
Le trésor de Cantenac tente de renouveler Le roman d'un tricheur... à l'envers. Cette fois, au lieu du portrait assez cynique d'un être complètement en marge de la société, qui a lutté pour se faire une place dans l'existence et n'a perdu cette place qu'en retrouvant l'honnêteté, Sacha Guitry nous présente son contraire: un grand enfant naïf, qui n'a eu que la peine de naître, mais à qui la vie n'a rien apporté et qui, par miracle, fera in extremis le bonheur de son village. Construit selon le même principe du récit presque totalement commenté par la seule voix de l'auteur, ce film s'annonce comme une réussite parfaite dans la description initiale de Cantenac et de ses habitants. La verve aiguë du satiriste brille de tous ses feux dans la peinture de ces individus, tous plus stupides, envieux, mesquins, lâches et méchants les uns que les autres. Trois personnages font exception: la fille de la mercière, qui incarne l'amour et que l'auteur nous présente comme "trop distinguée" pour ses concitoyens, et surtout l'idiot, qui est en réalité le seul poète (donc le seul sage), et le centenaire qui a conservé de sa longue expérience une malice désabusée. Ces deux derniers sont d'ailleurs les gardiens du trésor: symbolisme touchant et riche en signification, mais à peine suggéré.


           

Malheureusement, la seconde partie du film ne tient pas ces belles promesses. On sait que notre Guitry, toujours si brillant dans la causticité et la lucidité amère, n'a jamais été le chantre inspiré de ces sentiments édifiants que sont la bonté et la générosité désintéressées. Le diable boiteux s'est fait hermite. Jacques Lorcey - Sacha Guitry, PAC, 1985
Au milieu de cette production "théâtrale" se glisse un scénario original : Le trésor de Cantenac. C'est, de nouveau, la manière du Roman d'un tricheur. L'auteur commente le récit et le joue. Prétexte à des jeux imagés et verbaux, cette fable moderne comporte une présentation du village où la griffe de satyre se fait aiguë. Sauf les amoureux, (Lana Marconi e Michel Lemoine), tous ces humains se signalent par leur petitesse, leur bêtise ou leur méchanceté. Le centenaire - témoin d'un autre époque - flambe de malice et le Baron (Sacha) apprend avec lui une grandeur paternaliste. Entre autres idées amusantes, il faut noter celle qui consiste à faire jouer les deux rôles du curé et de l'instituteur par le même acteur (René Génin). Habilement, Sacha Guitry en fait des frères jumeaux ! Si Le trésor de Cantenac renoue avec le passé cinématographique, il ne brille que par éclairs intermittents.
Jacques Siclier, Anthologie du Cinéma, Edit. de l'Avant Scéne, 1966.


              

Se voyant amaigri et vielli, il (Sacha Guitry) troque le masque du séducteur fantaisiste contre les apparats du patriarche. Il élabore une fable édifiante où un baron ruiné réconcilie les habitants de son village après avoir découvert un trésor. Le message d'un tel conte fleure les cours de morale des écoles élémentaires et redore certains thèmes du retour à la terre qui avaient fait les délices de la politique de Pétain. Le village serait la France et Guitry son sauveur. Il se peut qu'il y ait pensé, lui qui est si fier que son nom lui vienne aussi d'un village, comme il le rappelle dans l'ouverture du Comédien. Il aime cette idée d'aristocrate républicain, jamais révolutionnaire et surtout pas bourgeois, humaniste éclairé et patriote. Mais il lui faut encore brouiller les cartes et pourrir ce discours à l'idéologie ambiguë en désignant les utopies aveuglantes qu'il véhicule. L'obsession de la mort l'habite au point de devenir un élément moteur de ses créations. Elle se mêle à une lucidité qui lui fait poser un regard impitoyable sur l'époque, sa société et lui-même... Beaucoup de ses amis ont disparu: Marguerite Moreno, Raimu, Sinoël, Léon Blum, Albert Lebrun. Il se considère comme un survivant dans un monde peu conforme à ses idées. La méchanceté imprègne son propos. Il se laisse gagner par la tentation du jeu de massacre.
Noël Simsolo, Sacha Guitry - Cahiers du Cinéma, 1988


                



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