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mardi 25 août 2015

Pierre Chenal

Chenal occupe une place inconfortable dans l'histoire du cinéma français: relativement méconnu, il est catalogué comme un cinéaste n'ayant légué qu'une oeuvre légère. Sa filmographie détaillée tend pourtant à montrer le contraire. Réalisés dans les années 30, ses premiers courts-métrages sont des documentaires où le cinéaste donne dans le réalisme social. Les petits métiers de Paris (1932) ou Une cité Française du cinéma ont une ambition didactique qui le classe à l'époque parmi les novateurs. Tout au long de son oeuvre, Pierre Chenal gardera ce goût pour les atmosphères teintées de vrai où le social se montre. D'où son penchant très marqué pour les adaptations d'oeuvres littéraires de ses contemporains: il emprunte à Marcel Aymé le titre d'un de ses premiers longs-métrages, La rue sans nom (1933); convoque Pirandello et L'homme de nulle part (1937); met en image Les mutinés de l'Elseneur de Jack London; et transforme le roman de James Cain Le facteur sonne toujours deux fois pour donner Le dernier tournant. Pierre Chenal aime les acteurs et fait tourner les plus grands. Louis Jouvet, Robert Le Vigan, Michel Simon, Pierre Blanchar, Viviane Romance ou Albert Préjean louent son talent. En 1940, la carrière du cinéaste prend un nouveau tour lorsqu'il se replie, le temps de la guerre, en Argentine et au Chili. Il y réalise quelque films mineurs, puis revient en France avec des intentions comiques exprimées dans Clochemerle (1947). En 1948, Chenal repart pour l'Argentine et adapte Sangre negra du romancier noir américain Richard Wright. Puis, il se prend de passion pour le polar et se frotte au genre à plusieurs reprises. Mais Rafle sur la ville (1958), La bête à l'affût (1959) et L'assassin connaît la musique (1963) ne passent pas pour être ses meilleurs films. Source : http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index.php?pk=9898


                              

Raffles sur la ville (1958) ; Avec au générique Charles Vanel, Mouloudji, Michel Piccoli, excusez du peu, et comme l’a dit J.J Bernard dans sa présentation (toujours alléchante, je lui dois bien des découvertes) sur Cinécinéma Classic, tous les seconds rôles excellents, bluffant… D’après un roman d’Auguste Le Breton, sur une musique de Michel Legrand, ce récit a une particularité : un film d’hommes que les femmes vont faire tomber, où les rôles féminins ne sont pas réduits à une petite pépée attendant son julot.Un vieux caïd dit « Le Fondu » (Charles Vanel) tue un policier en s’évadant de l’infirmerie de la prison, son collègue et ami, l’inspecteur Vardier (Michel Piccoli, très jeune, cheveux noirs), jure qu’il aura sa peau par tous les moyens. Au même moment, une jeune reccrue arrive dans le service, tout juste sorti de l’école de police, l’inspecteur Gilbert Barot que sa ravissante épouse, clone de Brigitte Bardot (jusqu’à sa façon de parler), blonde torride émigrée de son 16° arrondissement, attend en décapotable devant le commissariat. Un homme attire tout de suite les foudres de l’inspecteur Vardier : le neveu du Fondu dit « Le Niçois » (Marcel Mouloudji), un mac minable qui vit en ménage avec une prostituée, que le cruel Verdier va faire chanter pour en faire son indic et balancer son oncle. Formidable interprétation de Mouloudji (quelle voix grave et sensuelle, en plus..) dans le rôle du Niçois face à son oncle Charles Vanel/Le Fondu, quel régal!Dans ce genre de film macho, de polar noir à la française, souvent, la femme n’existe que pour faire de la déco ou dans le rôle d’une ancienne prostituée au grand coeur tenant un bar, voire une femme fatale archétypale… ici, deux fois, une femme va faire tomber les durs, moderne… Vardier, sidéré par la beauté de l’épouse du nouveau, va en tomber amoureux, l’homme cynique et pervers, qui n’hésitait pas à voler la femme d’un jeune collègue pour le fun, va être démoli par la poupée blonde des beaux quartiers qui s’ennuie, vautrée sur un lit en bustier noir et longs cheveux emmêlés, clone de la Bardot de « La Vérité » ou « Le Repos du guerrier ». 



         

Le point faible du Fondu, c’est une certaine Cri-Cri (Bella Darvi), une danseuse de cabaret à forte personnalité qui en a vu d’autres, loyale mais pragmatique, piégée par Verdier, elle va le faire tomber malgré elle. Film dur non spectaculaire, suffisamment loin de la mythologie du truand pour donner du recul au spectateur, Le Fondu abattant son neveu froidement, bien obligé pour s’en sortir, la scène finale dans le commissariat plus romantique d’un Vardier désespéré s’offrant une fin héroïque pour racheter une vie de salaud du bon côté du manche, on est sidéré par la qualité de l’ensemble. Pas une scène, pas un rôle qui ne soit nickel, une sobriété étonnante, un scénario en béton, une histoire de passion intégrée à un polar noir sans la moindre mièvrerie, que demander de plus… Il s'agit d'un film noir policier en noir et blanc. Le scénario ne brille pas par sa crédibilité. Le film démarre par une séquence d'évasion un peu rocambolesque. Le fendu, un truand âgé s'évade alors qu'il est hospitalisé et tue un policier. L'inspecteur Vardier est prêt à tout pour venger son collègue. Sans scrupule, il manipule Le Niçois, proxénète et neveu du Fendu. En parallèle il drague sans aucune retenue la charmante épouse d'un jeune collègue qui vient d'être nommé dans le commissariat. 


                               

Les deux personnages, le fendu et Vardier, sont bien entendus opposés l'un à l'autre mais ils ont finalement des points communs. Ils sont notamment tous les deux épris de femmes qui vont causer leur perte. La maîtresse du Fendu veut le quitter lorsque celui-ci doit s'isoler dans une planque pour échapper à la police. De même Vardier est plaqué par sa jeune maîtresse qui préfère finalement son mari ... L'interprétation est assez bonne avec Charles Vanel dans le rôle du truand implacable mais en fin de course et Michel Piccoli dans le rôle de Vardier un flic cynique. Les seconds rôles sont plus ou moins ternes. Le scénario nous plonge dans le milieu de la nuit de Montmartre avec les cabarets, la prostitution, les jeux ... Il n'y a pas vraiment de héros dans ce film. On a du mal à avoir de l'estime pour Vardier qui n'est pas vraiment un homme aimable. De même les truands ne sont pas montrés sous un aspect positif. C'est ainsi que le Niçois dénonce son oncle à la police ... ce qui lui vaudra d'être froidement abattu par le Fendu. Le rythme du film est bon, sans temps mort. Le film est accompagné par une musique jazz qui colle bien avec le monde de la nuit. Source : http://www.cinemaniac.fr/rafles-sur-la-ville-la-qualite-oubliee-du-polar-noir-francais/


                             

L'assassin connait la musique -En 1961 Paul Meurisse vit sa petite heure de gloire cinématographique après deux épisodes du Monocle qui ont imposé son flegme débonnaire si particulier. Pendant quelques années les producteurs toujours prompts aux bonnes affaires vont tenter de surfer sur la vague. Ici c'est le vétéran Pierre Chenal en cale sèche depuis la Libération qui s'emploie à l'exercice avec cette comédie policière bucolique mais un peu mollassonne vaguement inspirée des aventures meurtrières de Landru, le gentleman de Gambais et adaptée d'un roman de Fred Kassak. Paul Meurisse donne le change quoique semblant un peu détaché des affaires. Mais son personnage aidant on ne sait pas exactement départager ce qui revient au rôle ou à la lassitude de l'acteur. Le reste de la distribution ne participe pas à remonter le niveau global de cette petite production notamment une Maria Schell particulièrement agaçante en divorcée nunuche chérissant son vieux papa breton incarné par un Noël Roquevert dont on peut regretter que Pierre Chenal n'ait pas pensé à l'utiliser davantage pour donner un peu de vigueur à un récit qui en aurait bien eu besoin. Le thème du compositeur en panne d'inspiration devenant criminel à cause du bruit ambiant de la capitale qui pousse tous les bourgeois vers les bourgades cossues des alentours est plutôt bienvenu, prémonitoire du progrès qui avance à grands pas sans se soucier toujours du bien-être de l'homme. Une réflexion pas trop de mise en ces Trente Glorieuses triomphantes. On sourit parfois mais l'ensemble est tout de même un peu poussif. Paul Meurisse par la suite endossera encore une fois la pelisse du commandant Théobald Dromard dit le Monocle ("Le monocle rit jaune" Georges Lautner 1964) puis verra tout doucement sa carrière s'étioler hormis deux participations remarquées chez Jean-Pierre Melville.Pierre Chenal manifesta avant "Le dernier tournant" (son meilleur film) un certain esprit de recherche dans divers films français, alors surestimés!


            


Puis, par la suite, poursuivit une carrière internationale médiocre en Argentine et au Chili! De retour en France, il signa plusieurs films dont "L'assassin connaît la musique", adapté d'un roman noir de Fred Kassak, "Une chaumière et un meurtre". Un musicien cherche le calme pour composer une symphonie! Tout irait bien si un atelier de carrosserie ne venait d'ouvrir en bas de l'immeuble! Un pavillon, à Marly-le-Roi (dans les Yvelines) aurait contenté l'artiste...Seulement tout un enchaînement criminel commence à partir de là! On dit que la musique adoucit les moeurs mais ce n'est pas forcément vrai! La preuve, dans ce film enjoué de 1963, une comédie noire de bon aloi qui trouve un interprète idéal: Paul Meurisse, dans le rôle du pianiste qu'il va falloir louer! Sylvie Breal, Yvonne Clech et Noël Roquevert constituent le reste du casting! Ray Ventura joue même un petit rôle de chef d'orchestre! Maria Schell est en revanche agaçante en employée modèle...On dit souvent que la musique adoucit les mœurs.


                 


Ce n'est pas ce que fait penser cette comédie noire où un compositeur, joué par le grand et l'unique Paul Meurisse, n'hésite pas à donner un billet pour un aller simple dans l'autre monde à tout ceux qui auraient la mauvaise idée de vouloir l'empêcher de finir une composition tranquille. L'acteur des "Monocle" porte énormément du film sur ses épaules et imprime son style pince-sans-rire inégalable avec toute la maestria qu'on lui connait. Mais Maria Schell, dont le décalage entre ses dialogues en voix-off candides et prudes et ses actions qui le sont beaucoup moins est très drôle, est pas mal non plus. Les explications totalement nazes du personnage de Jacques Dufilho pour réussir à transformer des meurtres en suicides incroyablement invraisemblables agitent aussi les zygomatiques. Le tout parsemé de très bonnes répliques. Bref on est près à pardonner une réalisation qui manque parfois d'énergie, "L'Assassin connait la musique" faisant très bien avec ses belles qualités sa mission de divertir et de faire rire.(Allociné)

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