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lundi 24 août 2015

Le Grand Siècle

Il arrive de temps à autres que de jeunes auteurs présentent un premier album dont la maîtrise n’a rien à envier à leurs aînés, même les plus chevronnés. Ce fut le cas pour « HEL » l’année dernière mais aussi de « Le Grand Siècle », récit d’aventure historique haletant dans la tradition d’Alexandre Dumas. A l’occasion de la sortie du second tome, BDGest braque ses projecteurs sur Simon Andriveau qui nous livre un album surprenant, quittant la terre ferme pour une aventure maritime.
Simon Andriveau : Après un bac ES, j’ai fait l’école Emile-Cohl à Lyon puis j’ai suivi la formation dessinateur d’animation à l’école Gobelins, à Paris. En sortant de là, je suis rentré à BUF Compagnie, une entreprise d’effets spéciaux numériques afin de devenir animateur 3D. J’ai bossé sur pas mal de projets intéressants et moi qui étais assez bordélique et crado, j’y ai appris une certaine rigueur, un sens de la finition aussi. Après deux ans passés devant un écran j’ai eu envie de redessiner un peu et surtout de raconter mes propres histoires. Je me serais volontiers frotté à un film d’animation mais, pour commencer, faire une BD me paraissait le moyen le plus raisonnable de combiner dessin et travail d’auteur. Alors voila, j’ai pris un congé de deux mois (facile quand on est intermittent) pour monter mon petit dossier et j’ai été voir les éditeurs. Je n’avais pas trop de pression parce que en cas d’échec je retournais bosser dans ma boîte.



                 


C’est assez motivant de dessiner des choses que l’on n'a pas l’habitude de faire, des chevaux, des carrosses, des bateaux... Après, le fait que ça se passe dans la deuxième partie du 17ème siècle, c’est un ensemble de circonstances qui font que cette époque correspond mieux qu’une autre à l’intrigue que l’on met en place. Si j’ai un réel désir de verser dans l’historique, l’époque, quelle qu’elle soit, me sert de toile de fond, l’aventure étant avant tout humaine. Je ne suis pas un grand amateur de BD et mes connaissances sont assez limitées, mais j’avais l’impression que de traiter une saga historique avec ce genre de graphisme et de dialogue c’était un peu nouveau. Depuis j’ai découvert Le Scorpion et Isaac le pirate et j’ai peut-être tort mais je vois une similitude dans la démarche. En fait, je trouvais assez marrant de se démarquer des très grands auteurs comme Martin, Juillard ou Pellerin qui ont instauré des codes très marquants dans la BD historique. Très franchement, ce n’est pas toujours facile, car on a vite tendance à se faire happer par le détail. Disons que cela n’a pas été un chemin de croix, même si le terme «imposer» me semble un peu fort. J’ai été voir Jean-David Morvan que j’avais connu plus jeune, il m’a mis en relation avec quatre maisons : Soleil, Delcourt, Dargaud et Dupuis. Soleil a été assez vite emballé tandis que chez Delcourt, ils étaient un peu plus mitigés, ils m’ont demandé de refaire des essais de dessin. J’ai tenu bon, parce que j’étais assez motivé à l’idée de travailler avec Thierry Joor, directeur éditorial. Quant à Dargaud, ils ont refusé. Dupuis a rappelé mais le contrat était déjà signé chez Delcourt.


                


Je me souviens d’une nuit d’insomnie, quelques semaines après la signature du contrat ou je me demandais vraiment ce que je foutais. Je quittais un job intéressant qui payait bien, avec plein d’opportunités et tout... Là, j’avoue que ça a été l’angoisse. L’autre angoisse c’est aussi de se rendre compte qu’être auteur de BD, comme dirait Renaud, ça coûte rien mais ça rapporte que dalle.
Quant à être grisant, non. Le mot est n’est pas approprié. Peut-être que si j’étais auteur à succès cela le serait davantage. Je ne peux pas dire, mais j’ai du mal à faire le lien entre le fait d’être auteur de BD et être grisé. Quitte à se servir du 17ème siècle en toile de fond, autant utiliser toutes les opportunités illustratives et scénaristiques qu’il propose. La marine et les colonies sont devenues sous Louis XIV (plus précisément sous l’impulsion de Colbert) un enjeu important. Sans s’orienter vers une série maritime, cela m’aurait semblé dommage de faire l’impasse là-dessus. L’histoire va se passer sur 40 ans, j’ai envie de balader le lecteur un peu partout.
 - Finalement la vie de Benoît est souvent jalonnée par des hommes. Où sont les femmes ?? Y en a-t-il davantage au tome 3 ?
En cela Benoît ressemble un peu à Tintin... Hier comme aujourd’hui, la parité n’est pas de mise en BD. Mais si cela vous fait plaisir, je promets de mettre un peu plus de gonzesses dans les prochains tomes. Oui, on me fait souvent la remarque. En règle générale, ça dérange plutôt. En fait, j’aurais du mal à faire parler un paysan ou un marin du 17ème de façon policée. Et puis pour être tout à fait franc, je trouve que j’utilise un langage châtié. Mémé parlait pareil. Je ne comprends pas que l’on s’en offusque, c’est quand même un monde... 
Source et suite : http://www.bdgest.com/expo-30-BD-le-grand-siecle.html

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