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dimanche 9 août 2015

Claude Rains

Fils de l'acteur Fred Rains, à qui il doit sa passion de comédien, il est issu d'une famille de douze enfants dont seuls trois survécurent. Gazé durant la Première Guerre mondiale, il restera presque aveugle d'un œil.
Herbert Beerbohm Tree, fondateur de l'Académie Royale d'Art Dramatique, reconnaît son talent d'acteur et lui paie des leçons afin de corriger son élocution (Rains était affublé d'un terrible accent cockney et était de plus incapable de prononcer le son « r »). C'est pourtant grâce à sa voix riche et profonde qu'il se fait connaître à Hollywood dans un rôle où l'on ne découvre son visage qu'à la dernière scène, puisqu'il s'agit de L'Homme invisible de James Whale. À partir de 1936, engagé par la Warner, il se voit confier toute une série de personnages sombres. Il incarne un sénateur corrompu dans Monsieur Smith au Sénat (Mr. Smith Goes to Washington) (1939), un policier français véreux dans le très célèbre Casablanca (1942), rôles dans lesquels il excelle (cet emploi lui vaudra quatre nominations aux Oscars). Par la suite, les studios Universal lui confient le rôle titre dans le remake de 1943 du Fantôme de l'opéra, où il succède à une star du cinéma muet d'horreur, Lon Chaney, l'homme aux mille visages (il avait auparavant tourné avec le fils de ce dernier, Lon Chaney Jr., dans Le Loup-garou). Bien sûr Rains est souvent au second plan, derrière des acteurs jugés plus sympathiques et/ou séduisants : Cary Grant, Fredric March, Errol Flynn, James Stewart, Paul Muni, Jean Gabin, Glenn Ford, Robert Mitchum, Burt Lancaster, Rock Hudson, jusqu'à Richard Chamberlain en 1963.



                                

Il s'illustre dans des classiques tels que Robin des Bois de Curtiz ou Je suis un criminel de Berkeley. Mais il fut aussi un séducteur, comme son compatriote James Mason : Claude Rains tint des premiers rôles face à Kay Francis, Lana Turner, Vivien Leigh, Ann Todd et surtout Bette Davis, dont il était l'acteur préféré. En 1946, dans les Enchaînés, Alfred Hitchcock exploite parfaitement l’expressivité émotive de l’acteur, dont le visage parvient à traduire avec une grande subtilité toute une palette de sentiments contraires. Truffaut note à propos de son jeu dans Les Enchaînés : « C’est assez touchant, ce petit homme amoureux d’une grande femme. » Dans ce rôle de composition, qui lui vaut une nouvelle nomination aux Oscars, Rains passe avec aisance de l'expression de l’amoureux à celle de l’homme trahi par la même femme (Ingrid Bergman). Il doit alors dissimuler ses émotions et jouer l’homme machiavélique avant de devenir un homme traqué. Tout au long de ce film, ses micro-comportements et son regard passent du rayonnement du début (retrouvailles avec Alicia) à la haine la plus féroce (trahison et désir de vengeance) pour s'achever dans la peur. On le voit encore durant les années 1950 dans divers rôles de qualité où s’expriment toujours avec subtilité ses capacités de jeu d’acteur, qui n'excluent ni l’humour ni l’ironie ou la malice. Claude Rains, idole des cinéphiles, finit sa carrière dans le rôle du roi Hérode, après avoir incarné Jules César et Napoléon.



                              


En 1925, la major débutante Universal lance sur le marché le fantôme de l'opéra , adaptation du roman français éponyme de Gaston Leroux publié quelque quinze ans auparavant. Une version dans laquelle le rôle du fantôme est immortalisé par Lon Chaney, l’homme aux mille visages déjà fulgurant de contorsions et de grimaces naturellement effrayantes deux 
ans plus tôt dans une autre transposition littéraire francophile où le sieur campait un Quasimodo sautillant et gesticulant en tous sens, immortalisant ainsi la première figure horrifique de l’histoire du septième art. C’est surtout, pour la compagnie, une deuxième incursion plus convaincante dans le monde de l’horreur puisque Le Bossu de Notre-Dame dépeignait avant tout l’histoire claudicante d’un quatuor amoureux. Si le film connaîtra une réédition parlante en 1929, version pour laquelle Lon Chaney refuse d’être doublé, la production tentera en vain durant une décennie de fournir une nouvelle version de son classique.
Un long chemin jalonné de projets avortés qui trouve un débouché au début des années 40. Heure pour la compagnie d’investir davantage le terrain du Technicolor dont les prémisses trichromiques datent déjà de quelques années mais que les récents Autant en emporte le vent, Blanche-Neige et les sept nains et autres Le magicien d’Oz ont consacré, offrant une rivalité féroces aux œuvres en noir et blanc pourtant toujours dominantes sur le marché eu égard des différences pécuniaires qui incombent à l’une et l’autre. 


   
            

   
Afin d’amoindrir les frais, Lubin réutilise les décors créés pour l’œuvre de 1925 et notamment réutilisés un an plus tard pour le The climax de George Waggner qui offre une première version colorée du visage de Boris Karloff. Un recyclage artistique double (le matériau d’origine et ses décors) qui poursuit sa récupération en recourant à des airs d’opérette tombés dans le domaine public. Recapitalisation importante au vu de l’œuvre finale qui comporte une majeure partie de séquences chantées sur la scène de l’opéra de Paris, au détriment des apparitions du fantôme lui-même pourtant rôle-titre du métrage. C’est que Lubin concentre l’essentiel de l’intrigue sur les luttes intestines qui ruinent le lieu de pèlerinage des mélomanes du tout Paris et réduit à peau de chagrin les manipulations de l’assassin masqué. Une déformation de l’œuvre qui n’empêche cependant pas l’excellent Claude Rains (dont l’inimitable rire sarcastique hante les esgourdes des spectateurs de L’homme invisible) d’imprégner la pellicule de son charisme et de signer un Enrique Claudin tout aussi convaincant que la version de Chaney.



                             

Décentralisée, l’intrigue perd quelque peu de son charme et ne retrouve que difficilement le lustre qu’elle recouvrait dans l’œuvre de Julian. Le classique horrifique gothique accouche au final d’une comédie musicale empreinte d’un tas de genres entremêlés (le policier et le burlesque notamment) qui s’avère parfois longuette. Bénéficiant d’un Technicolor classieux, l’œuvre n’en constitue pas moins une relecture intéressante et éminemment bariolée de l’écrit de Leroux. 
J'ai attaqué ma série des "Universal Monsters" par ce film, faut dire que je viens de voir le musical à Londres et que pour le coup, je voulais me faire une idée de l'adaptation de l'oeuvre de Leroux en film. L'histoire est classique et c'est pas du côté des surprises qu'on trouvera son contentement. Par contre, côté film de "monstres", c'est assez décevant, finalement le film s'attarde plus sur le personnage de Christine et des ces deux prétendants que sur le fantôme lui-même... En soit le film est plutôt réussi, le technicolor rend bien hommage au somptueux des décors et des costumes, mais on est un peu loin de ce que le film aurait pu être. Faudrait que je vois la version avec Lon Chaney à l'occasion.


                                  



Cette adaptation du classique de H.G. Wells (un des grands précurseurs du roman fantastique) est, sans doute, l’une des meilleures productions horrifiques des Studios Universal avec "Frankenstein". On ne s’étonnera pas que les deux films aient été mis en scène par le même réalisateur, l’excellent James Whale qui démontre, une fois de plus, ses talents de visionnaire. Car, outre un rythme intéressant pour un vieux film et une excellente BO, on retiendra avant tout de "L’Homme invisible" ses effets spéciaux avant-gardistes. Les spectateurs des années 30 ont dû être littéralement scotchés sur leur fauteuil en voyant cette scène hallucinante où le héros retire ses bandages pour dévoiler sa nature à ses assaillants. Mais ses effets spéciaux n’auraient sans doute pas été aussi marquants sans la prestation extraordinaire de Claude Rains qui, pour ses débuts sur grand écran, frappe un très grand coup alors qu’il n’apparaît quasiment pas. Privé de son image, l’acteur ne peut compter que sur sa voix et éblouit par sa diction si particulière (avec des accents hitlériens dans l’autoritarisme et la mégalomanie de ses monologues) et son rire diabolique. Le personnage est d’ailleurs d’une complexité épatante pour l’époque puisque le réalisateur ne tente jamais de le rendre sympathique (son attitude à l’auberge, sa considération pour ses semblables, ses projets de conquête du monde…) mais n’oublie pas pour autant de le rendre humain, notamment à travers sa relation avec sa fiancée (Gloria Stuart, un peu cruche et totalement soumise) et sa terreur de ne jamais pouvoir trouver d’antidote à son invisibilité. La force de l’intrigue réside, d’ailleurs, dans les questions qu’elle soulève puisque les aspirations de l’Homme Invisible quant à l’utilisation de son pouvoir paraissent terriblement réalistes (difficile de ne pas être tenté par le voyeurisme ou encore la criminalité lorsqu’on est un esprit fragile et qu’on s’imagine pouvoir agir en tout impunité).


           


Ce questionnement est brillamment mis en exergue à travers le costume terriblement effrayant du héros (son arrivée à l’auberge, avec ses bandages, son long manteau et ses énormes lunettes, est glaçante), ce qui rend le film gentiment angoissant aujourd’hui encore. Comme à son habitude, Whale n’oublie pas de faire la part belle à l’humour noir, à travers les dialogues plein de cynisme de l’Homme invisible et des réactions qu’il provoque (le pantalon qui court tout seul résume parfaitement cet état d’esprit)… même si le réalisateur impose, une fois encore, la monstrueusement cabotine Una O’Connor qui en fait des tonnes en aubergiste hystérique. Le reste du casting est plus discret (et moins marquant) à l’exception de William Harrigan en collègue traqué. On pourra toujours reprocher au film de s’achever comme tous les autres films de monstres Universal (avec la mort du monstre immédiatement suivi du panneau "fin"), mais c’est bien insuffisant pour priver le film de son statut de formidable réussite et d’œuvre fondatrice de tout un pan de la science-fiction au cinéma. Allociné

1 commentaire:

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