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dimanche 26 juillet 2015

Lucio Fulci

Dans la jungle du cinéma populaire italien, une poignée de films parviennent à s’extraire de l’anonymat, parfois grâce à leurs qualités exceptionnelles, souvent grâce à leur singularité au sein d’un système de production très opportuniste. Les films les plus fameux de Lucio Fulci bénéficient de l’aura réservée aux films malsains et vénéneux, et dépassent par leur excès non seulement les frontières du bon goût mais aussi celles des films de genre italiens routiniers.Si Lucio Fulci (1927-1996) tourna beaucoup (quarante ans de production, cinquante-six films pour le cinéma et la télévision), au gré des modes du cinéma populaire italien, élève de Visconti et Antonioni, débutant comme assistant et scénariste de Steno (Stefano Vanzina) pour Un Americano a Roma, travaillant avec Totò, réalisant de nombreuses comédies pour le tandem Franco et Ciccio ou Adriano Celentano, il trouva dans la violence et l’horreur ses marques de cinéaste, au point de développer une approche de plus en plus personnelle du fantastique. Cadeau : 


                             
           


Ses caractéristiques sont une atmosphère putride et onirique, des espaces déconnectés, des dimensions parallèles et des récits aléatoires, permettant ainsi le rapprochement vers Poe, Lovecraft mais aussi Artaud. Ses plus belles réussites se situent dans deux genres distincts, appartenant à deux périodes de la filmographie du cinéaste : le thriller morbide et le fantastique gore. Son premier film « cruel » est le western Le Temps du massacre (… Tempo di massacro, 1966) avec Franco Nero, puis Liens d’amour et de sang (Beatrice Cenci, 1971), véritable film maudit. Liens d’amour et de sang est l’adaptation méconnue d’une affaire criminelle du 17ème siècle qui inspira à Stendhal l’une de ses chroniques italiennes et fut déjà portée plusieurs fois à l’écran (notamment par Riccardo Freda). Le film de Fulci, très anachronique, survient en pleine vague du western italien ; il en adopte les tics visuels, alliés à un style expressionniste dégradé. Le cinéaste assouvit ses pulsions sadiques en insistant sur les scènes de torture. Cette histoire cruelle mêlant inceste et parricide offre l’occasion à Fulci, qui deviendra quelques années plus tard le spécialiste du « gore » transalpin, de réaliser peut-être son chef-d’œuvre. Beatrice Cenci connut une distribution française confidentielle, amputé de scènes importantes. Source : http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2012/07/13/lucio-fulci-le-poete-du-macabre/


                               

En 1975, Lucio Fulci n’est pas encore "Lucio Fulci". S’il a déjà livré des œuvres remarquées dans divers genres tels que le western, avec l’intéressant Le Temps du massacre, ou le giallo, avec des variations telles que Les Salopes vont en enfer / Le Venin de la peur ou La Longue nuit de l’exorcisme, il n’est pas encore l’auteur des opéras gore qui feront sa renommée. Le réalisateur sort alors de deux succès, Croc Blanc avec Franco Nero et sa suite, que l’on peut également rattacher au western. Le fait que Fulci ne soit pas a priori un spécialiste du genre est justement ce qui fait la force et la faiblesse de 4 de l’Apocalypse. Car nombreux sont les amateurs de western, hollywoodien ou spaghetti, qui ne trouveront pas ici ce qui les attire habituellement. La plupart des ingrédients traditionnels sont absents - peu de combats au revolver, et encore placés en début de film - ou détournés - le motif traditionnel de la vengeance, élément de base du spaghetti. 4 de l’Apocalypse devient dès lors plus intéressant quand on le considère comme une étape dans la construction du style Fulci que comme un simple western. Le script est tiré de nouvelles de l’auteur américain Francis Brette Harte dont les nouvelles, parmi lesquelles The Outcasts of Poker Flat et The Luck of Roaring Camp, sont souvent situées dans des villes champignon ou des campements jouxtant les exploitations minières. Cet assemblage de nouvelles peut expliquer la structure en épisodes très road movie du film. En effet, Fulci ne s’intéresse pas à une intrigue qui évoluerait vers une conclusion ; en ce sens, la confrontation finale en décevra plus d’un. Là ou d’autres auraient achevé l’histoire sur un duel léonien donnant à l’ensemble une portée mythologique, Fulci montre son "héros" abattant sa Némésis à terre et désarmée, devenant ainsi ce qu’il avait juré d’abattre. 4 de l’Apocalypse s’apparente donc à un western spaghetti quelque peu hors norme. Il est intéressant de voir comment Fulci détourne le genre pour lui insuffler ses propres obsessions, qu’illustreront ses classiques à venir. 



   

On l’a dit, la rigueur du script lui importe peu, il se préoccupe bien plus de créer des ambiances oniriques, versant par moments dans le fantastique. Voyez par exemple comment le départ de Stuby et Bunny hors de la ville est montré de différents points du vue, comme si les morts rencontrés par Bud et auxquels il a décidé de tenir compagnie les observaient. On remarquera également que certains paysages désertiques évoquent étrangement, par exemple, l’Enfer tel que Fulci le dévoilera à la fin de L’Au-delà. Car c’est bien d’un voyage vers l’outre-monde dont il s’agit ici, l’itinéraire des quatre compagnons prenant l’apparence d’un voyage vers la mort : la poussière du désert qui les recouvre peu à peu leur donne l’apparence de cadavres ambulants - une première approche du zombie chez Fulci ? - et la superbe chevelure rousse de Lynne Frederick a tôt fait de se muer en tignasse blonde sans vie. Mais Fulci n’oublie pas non plus d’introduire des motifs gore que l’on croise très peu dans le genre spaghetti. 



                  

Dès l’ouverture, les impacts de balle se font sanglants. Mais le point culminant est atteint lors de la séquence de torture du shérif, partiellement dépecé par Chaco qui l’achève en plantant son étoile dans le cœur. Et bien évidemment, on n’oubliera pas la séquence de cannibalisme - même si celle-ci est involontaire.Les performances d’acteurs sont inégales, comme souvent chez Fulci. Fabio Testi s’en sort sans aucun doute le mieux en campant un antihéros contraint d’assurer la survie du groupe que le destin l’a amené à diriger. D’individualiste superficiel, il apprendra à assumer des responsabilités, si ce n’est celle de devenir père, qu’il abandonnera pour achever sa vengeance, non sans avoir restauré le sens de la solidarité dans une communauté de mineurs.  L’air de rien, un personnage qui tranche agréablement avec les clichés du spaghetti. Plus classique mais néanmoins réjouissant, le Chaco campé par Tomas Milian, qui par bien des aspects évoque Charles Manson, incarne ici le mal absolu, sans motif ni justification. Son aspect démoniaque est accentué par des détails mystérieux tels que ses tatouages faciaux apparaissant sans raison. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/4-de-l-apocalypse-fulci


                             


L’Emmurée vivante (Sette note in nero, 1977) demeure un des meilleurs films de Lucio Fulci. C’est un thriller paranormal à l’esthétique de roman-photo dans lequel le spécialiste de l’horreur à l’italienne néglige les scènes sanglantes pour construire une intrigue autour des hallucinations d’une jeune femme, témoin involontaire d’un meurtre énigmatique. À la manière de Blow Up d’Antonioni, des « gialli » de Dario Argento ou Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg, le film est une enquête policière dans laquelle l’héroïne doit trouver le sens des images mentales terrifiantes qu’elle a aperçues au volant de sa voiture lors de la traversée d’un tunnel de montagne. Le film illustre la thématique fulcienne de la superposition d’univers disjoints, du point de rencontre entre le rêve et la réalité, le passé et le présent, le monde des morts et celui des vivants. Une fois n’est pas coutume, Fulci bénéficie de bons acteurs au générique, Jennifer O’Neill et Gabriele Ferzetti, mais aussi Gianni Garko abonné des westerns italiens parodiques et Marc Porel déjà dans La Longue Nuit de l’exorcisme.L’Emmurée Vivante donc… Nous ne nous avancerons pas au point de dire que cet opus fait partie de ses plus éclatantes réussites, notre connaissance de la filmographie de Fulci se limitant à quelques cinq films. Reste que certains éléments sont dignes d’intérêt et justifient la vision de ce long-métrage. A commencer par un casting détonnant, qui voit la célèbre Jennifer O’Neil se frotter au Giallo. Sacré dépaysement pour l’actrice de Rio Lobo (Howard Hawks) et du mythique Un Eté 42 (Robert Mulligan), tournés 6 ans plus tôt. Et sacrée surprise pour le spectateur que de découvrir la star - qui fit fantasmer des millions de spectateurs chez Mulligan - dans cet environnement hostile, en proie à des visions délirantes, des traumatismes effrayants et des terreurs enfouies. 


   

Convaincante malgré un doublage italien forcément perturbant (mais qui d’une certaine manière participe au charme du genre), elle porte le film sur ses épaules même si le reste de la distribution s’en sort plus qu’honnêtement : Gabrielle Ferzetti - aperçu dans l’Aveu de Costa-Gavras et Il Etait une fois dans l’Ouest de Sergio Leone - et Marc Porel, acteur suisse déjà remarqué chez Henri Verneuil (Le Clan des Siciliens) et Luchino Visconti (Ludwig, L’innocent…) font ainsi d’honorables seconds rôles. Reste que malgré cette réunion de talents, c’est bien le style Fulci qui donne au film sa force et son empreinte si singulières. Loin de certaines fulgurances gore de quelques-uns de ses films les plus fameux (Zombi 2), le film s’attache plus à la psychologie de ses personnages qu’à des effets sanguinolents outranciers - même si, en introduction du film, une étonnante scène de suicide donne à voir un crâne explosant dans sa chute le long d’une falaise, scène dont vous aurez du mal à vous défaire tant sa force fait même oublier le grotesque des effets spéciaux employés… Suspense psychologique donc, L’Emmurée Vivante suit les visions et les interrogations de son héroïne via le style propre à Fulci : musique synthétique outrageusement "Bontempi", zooms manuels constants sur les (très beaux) yeux de Jennifer O’Neill, lumière blanche et crue, jeu sur les couleurs rougeoyantes des décors, esthétique fortement empreinte de l’époque mais aussi rebondissements scénaristiques répétés. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/l-emmuree-vivante-fulci

3 commentaires:

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  2. Je suis d'abord et avant tout un grand fan de Fulci !

    Merci pour ton travail, toujours excellent !

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    1. J'ai bien apprécié malediction story , merci à toi !!

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