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vendredi 10 juillet 2015

Jean Debucourt

La carrière de Jean Debucourt commence peu avant le début des années vingt sur certaines scènes de boulevard. En 1936, après un passage à l'Odéon il officie chez Molière et accède au sociétariat, statut qu'il garda jusqu'à son décès. Il se fait remarquer dans de nombreux classiques : parfait en Perdican dans «On ne badine pas avec l'amour» d'Alfred de Musset, «Othello» de Shakespeare, «Dom Juan» et «Les femmes savantes» de Molière, etc. Sans négliger les contemporains : «A chacun sa vérité» de Pirandello, «Les temps difficiles» d'Edouard Bourdet ou «Port-Royal» de Montherlant. Il enseigna à l'Ensatt et au Conservatoire de Paris, avec Jean Meyer et Pierre DuxIl aborde le cinéma dès 1919 dans un film réalisé et interprété par Jacques Grétillat, «La double existence du docteur Mozart». En 1927, Gaston Ravel en fait le jeune Châteaubriand attentionné auprès d'une rayonnante «Madame Récamier» (Marie Bell) dans le film muet où Le Bargy, grande nature à l'allure seigneuriale, interprète Châteaubriand âgé. Père et fils pour l'histoire, mais qui ne se croiseront jamais sur les plateaux de ce qui fut leur seul et unique film ensemble.
Non dénué de talent, sa véritable respiration fut toujours pour le théâtre et à l'instar de la plupart de ses compagnons des planches, il ne fut guère attiré par le cinéma… si ce n'est par l'intérêt financier qu'il procure et qui permet de vivre décemment. Racé, fin, élégant, maniant avec un égal dosage l'ironie et l'onctuosité, doté d'une jolie voix qui pouvait devenir doucereuse voire pateline, notamment lorsqu'il “s'appropriait” celle de Jésus dans la première série des Don Camillo où ses dialogues avec le bouillant curé furent empreints de drôlerie. Une voix également utilisée pour les commentaires de «Caroline chérie» (1950) et de «Fanfan la Tulipe» (1951).


Relevons tout de même quelques-unes de ses interprétations : celle du comte dont Annabella se sépare pour rejoindre son «Dernier amour» (1949) dans le mélo de Jean Stelli ; en maître de chapelle dans «Prélude à la gloire» (1949) veillant à l'ascension de son jeune prodigue (Roberto Benzi) ; en Caudron, le marchand de sanitaires, l'un des jurés à la cour d'assises de «Justice est faite» (1950) ; en avocat réputé, “conseillant” Michel Simon pour l'aboutissement d'un crime parfait dans «La poison» (1951) de Sacha Guitry ; en évêque dans «Le carrosse d'or» (1952), l'un des meilleurs films de Renoir où, malgré une courte présence, il excelle auprès de sa généreuse donatrice, la sublimissime Anna Magnani.
Ecclésiastique, il l'est encore au Gabon pour «Il est minuit, docteur Schweitzer» (1952) ; en cardinal pour «Les aventures de Till l'espiègle» (1956) ; en monseigneur dans des oeuvrettes plus primesautières, telles que «Mon curé chez les riches» (1952) ainsi que sa suite, «Mon curé chez les pauvres» (1956), du même Henri Diamant-Berger; mais changeant d'habit pour le major égrillard du 9ème dragons épris d'une actrice de music-hall dans «Mam'zelle Nitouche» (1953), etc.
On le retrouve plus sérieux dans «Les hommes en blanc» (1955), d'après le roman d'André Soubiran, s'identifiant parfaitement en professeur de médecine et davantage en révérend protestant confronté à sa fille et sa nièce toutes deux possédées par Satan dans «Les sorcières de Salem» (1956). Il terminera sa carrière sous la caméra d'Yves Allégret avec «Quand la femme s'en mêle» (1957), laquelle n'est autre qu'Edwige Feuillère.


                 


Ce film de 1947 est relativement méconnu dans la filmographie d'Henri Decoin. Il s'agit pourtant d'une des prestations marquantes de Michel Simon. Médecin de campagne promis à une brillante carrière, le docteur Ancelin a sombré progressivement dans l'alcoolisme perdant sa crédibilité professionnelle. Le film commence par ce constat du docteur devenu un pilier de bar que sa jeune compagne ramène tous les soirs au bercail après avoir fait le tour de tous ses lieux de perdition. En quelques minutes, Decoin dresse efficacement le portrait d'un notable considéré comme un paria par ses pairs. Dès lors l'accident est largement prévisible et il ne manquera pas de se produire un soir peut-être plus arrosé que les autres sur la route du retour au domicile. Face au drame et ses conséquences, le médecin recouvre soudainement ses esprits faisant preuve d'une lucidité qui effraie tout à la fois le spectateur et sa compagne jouée par Jany Holt. La maîtrise et le sang froid dont il a fait preuve font naître chez Ancelin un sentiment de puissance qui le sortent de l'état d'apathie dans lequel il s'était laissé enfermé. Les morts vont alors s'amonceler au fur et à mesure qu'il retrouve sa confiance en lui et qu'il découvre la réalité de sa vie conjugale. Le sentiment de puissance est encore renforcé par l'incrédulité de l'entourage qui a du mal à s'imaginer qu'un médecin, même alcoolique puisse être un assassin. Y compris ses aveux ne seront pas entendus par le commissaire chargé de l'enquête. Decoin décrit fort bien avec "Non coupable" le déterminisme social qui veut qu'un pauvre quidam aura plus de chances d'être accusé à tort d'un crime qu'un notable coupable d'être confondu. Elio Petri reprendra exactement la même thématique en 1975 en la transposant au plus haut niveau de l'Etat dans "Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon". Michel Simon grandiose, apporte toute son humanité à ce pauvre bougre qui passe par tous les états d'âme tout au long du film pour finir comme le docteur Jekyll complètement horrifié par ce qu'il a découvert de sa personnalité. L'allusion au roman de Stevenson est nettement marquée par Decoin qui montre bien les deux faces opposées d'Ancelin tout à la fois capable de remuer ciel et terre pour soigner la petite fille d'une cliente démunie que de tuer dans la foulée un confrère qu'il juge responsable de sa déchéance.


   
                 


"Non coupable" (France, 1947) d'Henri Decoin est une oeuvre troublante. Lorsqu'on sort de la salle, on repense à ce qu'on vient de voir et on se prend de pitié pour le personnage de Michel Simon, ici plus sobre qu'à l'accoutumé. En effet, "Non coupable" est l'histoire d'un médecin en perdition, devenant de moins en moins populaire au profit d'une clinique de médecine et de plus en plus alcoolique ( de quoi ne pas changer dans le registre de Simon ). Mais après avoir fauché un motard sur la route et après avoir maquillé ce meurtre en accident solitaire, Michel Ancelin, le docteur impopulaire, se trouve un talent de tueurs professionels. Ainsi, afin de cacher le fait qu'il a tué le motard, il va tuer tout les personnes suseptibles de révéler son secret. Le personnage d'Ancelin est excellent car il est perçu comme la personne la plus innofensive possible, en opposition donc avec sa vraie nature de meurtrier. Jusqu'au bout, il sera perçu ainsi, ce qui donnera à voir une fin pessimiste au plus au point, où la justice en prend pour son grade. Si la réalisation est faite avec convenance comme toujours chez Decoin, elle n'a rien de bien original. En conclusion, "Non coupable"(France, 1947) donne mérite au scénario bien ficelé de Marc-Gilbert Sauvajon et où Michel Simon, à travers l'objectif de Decoin incarne tout le drame du film.


                                 


La Lumière d'en face est un film français réalisé par Georges Lacombe en 1955.
C'est le drame d'un « routier » qui, à la suite d'un accident, rate sa vie. Il conduisait une citerne, un magnifique quinze tonnes. Lui, son camarade de route et la machine faisaient équipe. Survient la jeune fille qu'il rencontre, ils s'aiment ; à chaque passage il s'arrête ; un jour il lui offre timidement le mariage et elle accepte aussitôt. Entre temps, nous apprenons qu'il est champion de tir aux pigeons. C'est en rentrant pour la retrouver, peu de temps après, que se produit l'accident : échauffement d'une roue arrière. le feu. Pour éviter de faire sauter la citerne en plein village, il accélère, traverse le pays en trombe, mais rencontre à la sortie un groupe de touristes, veut l'éviter et enfile un sentier en descente. L'arrêt sera brutal, le blessant grièvement et tuant son second. Il s'en tirera avec l'obsession de l'accident. Impossible de reprendre son métier.
Le docteur, avec le maximum de ménagements, l'engage même à renoncer présentement au mariage. Mais la jeune fille insiste : elle le soignera et elle a peur d'un certain beau-père peu scrupuleux. Ils s'épousent et s'installent gérants d'un restaurant de routiers, au kilomètre 113 de la natio-. nale 7. A partir de cet instant, c'est l'évolution de leur bel amour, miné peu à peu par la fatigue d'une abstinence imposée, par le traitement et par la proximité de deux autres hommes, distributeurs au poste Antar, de l'autre côté de la route. Lutte longue, presque désespérée, d'une jeune femme qui veut rester fidèle, d'un homme que l'épreuve rend irascible et soupçonneux. De l'autre côté de la route, un jeune gars sensuel et un patron honnête, mais qui ne résistera pas au désir d'un baiser ; on suppose même que si elle accepte, il ira plus loin. Le tout s'achèvera par l'accès de jalousie du routier qui tire de sa fenêtre, blesse les deux hommes, puis s'exaspérant, tourne à la folie et s'en va sur la route à la rencontre d'un camion, « son » camion, qui s'arrête trop tard. Restent deux êtres qui s'aiment mais que le drame sépare et dont les derniers mots du dialogue demandent sans grande confiance si la vie leur réserve une chance.


            


Lorsqu'elle tourne ce drame passionnel au ton pessimiste en 1955, Brigitte Bardot n'est pas encore le sex-symbol universellement connu qui sera lancè l'annèe suivante par "Et dieu crèa la femme" de Vadim! Elle interprète dans ce film, au caractère osè pour l'èpoque, une èpouse sensuelle que l'impuissance de son mari jouè par un très convaincant Raymond Pellegrin, pousse dans les bras d'un autre! Du dèsir inassouvi et de la jalousie morbide pour cet honorable film noir à la française! A dècouvrir...
Si cette petite amourette a pu sembler osée lors de sa sortie dans les années 50, il ne s’agit plus aujourd’hui que d’une histoire d’adultère qui a très mal vieillie. Sur la forme bien sûr, sa photographie faite d’un noir et blanc austère rend le visionnage d’autant plus difficile que la direction des acteurs est fade. Sur le fond également puisque l’évocation de l’impuissance du mari qui fit scandale il y a 60 nous semble maintenant bien dérisoire. Tout ceci permit toutefois à Brigitte Bardot à ensorceler le public masculin grâce à son charme envoutant.Un drame auquel le temps donne de la patine. A la réalisation bien installée il faut rajouter un Pellegrin solide (comme d'hab) et une Bardot qui fait monter la température de quelques degrés sur la nationale 7. Sources: Francomac et http://www.allocine.fr/film/fichefilm-31462/critiques/spectateurs/

2 commentaires:

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  2. bonjour Corto.
    merci pour ce "non coupable" d'Henri Decoin que je ne pense pas connaitre.
    radisnoir

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