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samedi 25 juillet 2015

Aspic, Détectives de l'étrange

Le vieil expert méticuleux et posé, secondé par une apprentie détective futée et impulsive, pour enquêter sur la disparition d'une naine médium réputée. Le maître qui préfère agir en solitaire et se trouve contraint de supporter l'enthousiasme débordant d'un disciple qu'on lui a mis dans les pattes. Voilà le genre de duo rencontré maintes fois. Ajoutons une touche d'ésotérisme, ainsi que les abominables desseins d'une société secrète, et la promesse de sortir des sentiers battus s'évapore. Inutile cependant de prendre ses jambes à son cou, car ce premier volet d'Aspic, Détectives de l'étrange ne manque pas de qualités, loin s'en faut. Tout d'abord, le dessin de Jacques Lamontagne. Un authentique bonheur de précision, une caresse pour les yeux. Là, où le réalisme ennuie parfois parce qu'il s'attache plus à la rigueur qu'à l'interprétation de la réalité, le Paris et les personnages de la fin du XIXe siècle proposés par l'auteur ne manquent pas de caractère. Toute sortie d'une fiction qu'elle soit et parce que le trait est stylisé, la balade dans les quartiers de la capitale se savoure avec gourmandise, l'œil s'attardant sur des intérieurs ou des bâtiments que des souvenirs imaginaires rendent familiers. Les cases les plus imposantes se laissent examiner sans qu'il y ait lieu de crier au tape-à-l'œil. Bien au contraire, l'ensemble demeure tout à fait vivant et dynamique (jolis inserts lors d'une escapade automobile vrombissante, découpage vivifiant). La preuve est ainsi faite que soin ne rime pas nécessairement avec esbroufe ou austérité et, à ce titre, la maîtrise des couleurs relève du tour de force, en offrant une gamme de teintes appropriées, chaleureuses et variées, sans jamais être clinquantes. Si le charme opère à ce point, c'est aussi parce que Lamontagne se laisse aller à quelques petits tics sympathiques. Par exemple, cette disposition à jouer sur les effets optiques déformants par le biais d'objets divers (boule de cristal, loupe, enlenmeyer) ou à abuser de la guiche pour ses personnages, ou encore à doter certaines chevelures de mèches au bord de l'hystérie. Pas une tare mais bien une source de réjouissance supplémentaire.


                 


Aperçu : http://www.bdgest.com/preview-670-BD-aspic-detectives-de-l-etrange-la-naine-aux-ectoplasmes.html?_ga=1.141187058.1159727331.1436988728
Pour un tel écrin, il fallait un scénario qui tienne la route et celui-ci se révèle plus malin que le manque d'originalité du pitch pouvait le laisser craindre. D'une part, parce que Thierry Gloris choisit de ne pas associer directement le duo pour la résolution de l'énigme mais flanque l'ancien et la jeunette d'acolytes aux caractères et aux qualités complémentaires à ceux des deux principaux protagonistes. D'autre part, parce qu'il introduit les "passages obligés" avec savoir-faire. Ainsi, la découverte de la confrérie des vilains, la Coterie des camelots du crime, arrive pile poil à l'endroit de l'album où on l'attendait, mais, pour faire passer la pilule, le scénariste glisse dans la bouche de son méchant en chef une tirade hilarante au cours de laquelle l'affreux pète un plomb et aligne les perles dans un langage des rues particulièrement fleuri. Même habileté pour enrober l'exploitation d'un indice sans paraître trop pédant, écueil dans lequel tombent si souvent les façonneurs d'énigmes lorsqu'il s'agit de montrer l'érudition et la sagacité de leurs détectives. Entrée en scène réussie pour Aspic donc, qui devrait être capable de rallier à son panache un lectorat aussi large qu'hétéroclite, au sein duquel on trouvera notamment les amoureux de dessin lumineux, d'intrigue classique mais bien exploitée, ou de fantastique qui n'exclut pas une dose de comédie. Joli coup. Par L. Cirade

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