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jeudi 18 juin 2015

Ornette Coleman

Ornette Coleman est né à Fort Worth (Texas) le 19 mars 1930. Saxophoniste (ténor, puis alto), violoniste, trompettiste, il est un des compositeurs-clés du siècle. Celui qui revient de plus loin. Comme les artistes qui ouvrent la voie de la vie et de la pensée, il a disparu aussi souvent qu'il fit scandale, à son corps défendant, le plus souvent.Une de ses premières compositions est nommée La Voix de l'Ange (Angel Voice). Il l'a enregistrée le 22 février 1958. 
De lui, on pourrait dire qu'il est ignoré en même temps que reconnu. Le Festival de La Villette le présente en presque tous ses états : en quartet pour le concert d'ouverture (le 28 juin 1997) ; en duo avec Joachim Kühn (le 1er juillet) et à la tête de Prime Time, son groupe free-funk-rock (le 2). Le quartet est ce qui résume sa différence en jazz. Il y a bientôt quarante ans, il intitulait une œuvre Something Else (« Quelque chose autre »). Aujourd'hui, Charnett Moffett, le fils d'un de ses batteurs, est à la basse ; Denardo, son propre fils, qu'il a installé aux tambours à l'âge de douze ans, à la batterie. Une femme, Geri Allen, au piano. Sitôt cette consécration de Paris, qui l'a toujours aimé (autant que l'Italie) depuis son premier concert à la Mutualité, le 4 novembre 1965, deux concerts l'attentent au Lincoln Center de New York (les 11 et 12 juillet), dont une exécution de son ambitieuse pièce symphonique, Skies of America.





Avec Joachim Kühn, de quinze ans plus jeune que lui, il vient d'enregistrer un duo, Colors, qui sort de la route ordinaire et console de trop de CD (Le Monde du 7 juin). L'illustration de couverture est une de ses peintures. Il peint depuis longtemps. Ses premiers grands disques, en 1959, étaient illustrés par Pollock. Colors est l'enchaînement le plus libre, le plus frais, d'airs poignants, gais, déroutants. On songe avec tristesse à tout ce que le « jazz » (il n'aime par le mot, évidemment) charrie aujourd'hui de vaches affolées comme en un torrent normand. On n'est même plus surpris que celui qui passe pour son éternel avant-gardiste, son révolté fixe, son théoricien paradoxal, soit l'inventeur prolixe de mélodies chantantes, dansantes, mobiles comme une flamme, plusieurs centaines en cinquante ans, souvent reprises (Lonely Woman). Sa théorie, l'harmolodie, reste une allégorie secrète pour quelques-uns ; une énigme à beaucoup ; et risible pour les autres le plus grand nombre , qui n'y voient que du feu. L'homme le plus délicat de la planète se sera attiré plus de haines, d'insultes et de coups que quiconque. On ne lui a jamais connu ni colère ni vanité. 


                
                           
Depuis soixante-sept ans, il s'exprime avec une extrême douceur ; il dit des choses belles, étranges ; fait jouer les musiciens qu'il ne dirige jamais ; se met à l'envers du savoir, du pouvoir pour laisser libre ; semble ne pas habiter la même planète que nous : ou alors y être si humainement ancré, avec une telle force d'enracinement poétique qu'il voit tout ce que nous ne voyons pas.
Parfois, il semble revenir d'ailleurs : « J'avais déjà écrit un peu de musique flamenca. On m'a conduit dans la campagne de Séville. On voulait me faire rencontrer un guitariste. Je ne voulais pas donner l'impression de savoir jouer ce qu'il faisait. Je sais un peu de guitare, mais je ne voulais pas jouer comme je joue d'habitude. Je ne voulais pas montrer que je sais jouer. Je voulais juste lui montrer que je connaissais les formes, le style, l'idée générale. Alors il a dit : "Je chante et toi tu joues." Il s'est senti bien, à fond dans le truc, je sais que le son peut venir de n'importe où dans le monde. Du coup, j'ai joué comme vraiment je joue. C'était très ample, très profond. J'ai compris où l'on était. On est vraiment tombé amis. »




                           


Buddy Bolden (1877-1931), trompettiste mythique du Mississippi, figure l'origine absente du jazz. Peu à l'avoir entendu, personne à l'avoir enregistré. On dit qu'il jouait plus vite et plus fort que King Oliver et Louis Armstrong réunis. Armstrong (1901-1971) reste le fondateur. Il quitte le folklore et s'envole. Charlie Parker (1920-1955) est celui qui maintient le message en le renversant. Ornette Coleman vient après, troisième acte de l'idée, tellement saisi par le passage de Parker qu'il en force l'insoumission pour qu'elle ne finisse pas en routine. Ce geste de libération, il l'a payé au prix fort. Quand il lance Free Jazz, en 1960, il faut l'entendre comme un impératif, un appel, un manifeste : Libérez le jazz ! Au mieux, on a retenu une petite effusion libertaire (double quartet avec Eric Dolphy et l'alter ego, Don Cherry, Scott LaFaro et Charlie Haden aux contrebasses). Au pire, les gens ont demandé à rentrer gratuitement. Free, cela signifie aussi : entrée libre... Source : http://www.lemonde.fr/culture/article/2015/06/11/ornette-coleman-la-voix-de-l-ange_4652286_3246.html

3 commentaires:

  1. http://turbobit.net/download/folder/1176016

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  2. Un des derniers génie de la musique est mort...
    Magnifique carrière pleine d'audace et sans jamais de compromis.
    L'album 'free jazz' est un manifeste incontournable et un monument de l'histoire de la musique enregistrée.
    A écouter en boucle , et très fort !
    radisnoir

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