.

.

jeudi 25 juin 2015

Magali et Federico

Fellini parle de sa ville natale Rimini, station balnéaire d'Emilie-Romagne, entièrement reconstruit en studio. L'idée du film lui était venue pendant sa cure à Manziana, en 1967, alors qu'il écrivait le livre, La mia Rimini. Amarcord n'est pas de l'Italien, mais du patois qui signifie "Je me souviens" et La Gradisca, selon un des épisodes du film, pourrait vouloir dire "Goûtez-y".
Chronique tendre mais sans complaisance de la petite bourgeoise catholique fasciste sans esprit.
Le fascisme est en quelque sorte une ombre menaçante qui ne demeure pas immobile derrière notre dos, mais qui grandit souvent au-dessus de nous et nous précède. Le fascisme sommeille toujours en nous. Il y a toujours le danger de l'éducation, d'une éducation catholique qui en connaît qu'un but : conduire l'homme à une dépendance morale, réduire son intégrité, lui dérober tout sentiment de responsabilité pour le garder dans une immaturité qui n'en finit pas. Dans la mesure où je décris la vie dans un petit endroit, je représente la vie d'un pays et présente aux jeunes gens la société dont ils sont issus. Je leur montre ce qu'il y a eu de fanatisme, de provincial, d'infantilisme, de lourdeur, de soumission et d'humiliation dans le fascisme de cette société là.(Federico Fellini, Amarcord, éditions Diogene, Zurich, 1974, p319).
Pour la rendre supportable et s'en moquer, Fellini accentue dans des scènes fantasmées la démesure de la mise en scène fasciste et la ralentit : ainsi la statue de fleurs semble prononcer le mariage impossible entre le gros copain de Titta et celle qu'il aime ainsi le ballet où la Gradisca s'offre au prince. 



   

Il fait ainsi du fascisme une baudruche vide et fragile, probablement comme le désir des hommes. Rien n'est immuable, donné, certain, le tout est d'apprécier la chance quand elle passe ainsi du marchand ambulant qui dit avoir un harem d'amantes ou de Titta qui se rêve seul au cinéma avec La Gradisca.
Titta ne peut rien apprendre à l'école, les professeurs y étant désespéramment mesquins. Il se rattrape partout là où la sensation prédomine. L'apprentissage passe par le corps, la confrontation physique aux autres (à l'oncle Téo), aux saveurs, aux sons, aux lumières (l 'apparition du paquebot géant, Le Rex).
La fin du film offre l'une des séquences récurentes de Fellini. Une place vide qui fait prendre conscience que plus rien ne sera plus comme avant. La noce est douchée par la pluie, tout le monde s'en va. Les manines sont revenues mais La mère et la Gradisca ont disparue. L'unité de la petite ville qui avec ses charmes et ses horreurs avait éduqué Titta se désagrège.



                 


Réalisé de 1968 à 1969, ce film représente pour nous le tournant décisif de Fellini, la charnière, le pivot. Il a étonné le monde entier par sa beauté monstrueuse. Il symbolise aussi l’abandon définitif d’un cinéma qui avait encore des attaches avec le réalisme, le néo-réalisme, le psychologisme à la Bergman. Voici pourquoi il a tellement désarmé la critique qui n’a pas pu le classer. En effet, le Satyricon étonne, fascine, dégoûte, bref, ne laisse personne indifférent. Il avait évidemment été précédé de diverses approches : on pense à Le tentazioni del Dottore Antonio et Toby Dammit car il y a bien sûr une continuité dans l’œuvre de Fellini. Cependant, le Satyricon apparaît bien comme le film significatif de la santé retrouvée de Fellini. On sait qu’une maladie et une dépression, à la suite entre autres de l’abandon définitif du Voyage de G. Mastorna avaient profondément affecté Federico Fellini qui recouvra toutes ses forces et tout son dynamisme à l’occasion de Toby Dammit, film qui précède le Satyricon d’un an. Mais Satyricon semble l’hyperbole réussie de l’abandon du projet du Voyage de G. Mastorna. C’est un voyage, non pas dans l’espace ou le futur, mais dans l’Histoire et le cœur de la Terre, dans le ventre de la « planète Mère » (terme de Robert Benayoun, in Positif, N° 111, Décembre 1969).
Nous sommes en présence de nos ancêtres, mais tellement proches et tellement lointains à la fois. Fellini a déclaré d’ailleurs qu’au départ, l’Antiquité romaine lui était aussi étrangère que les habitants de la planète Mars, ce qui nous paraît encore être une boutade au vu de la merveille de précision et d’érudition qu’est le Satyricon. L’œuvre de Pétrone, dont finalement l’identité n’est pas encore réellement confirmée, et ne le sera sans doute jamais, est respectée dans ses épisodes les plus célèbres (le banquet de Trimalchion, le rapt des trois lascars par Lichas de Tarente, la matrone d’Ephèse et le festin mortuaire et anthropophage de la dépouille d’Eumolpe) sous sa forme actuelle, c’est-à-dire les fragments épars qui ont été retrouvés. Mais Fellini y a rajouté ses propres fantasmes, liés à l’androgynie, au corps de la femme et même à l’homosexualité de façon tellement crédible qu’on a parfois du mal à distinguer ce qui est de Pétrone et ce qui est de Fellini.



   

Finalement, peu importe ! Le film est un chef-d’œuvre immortel au même titre maintenant que le livre lui-même. On a pu dire qu’il ne respectait pas les données historiques puisqu’on remarque çà et là des éléments étrangers. Mais qu’importe encore car on ne connaît pas avec certitude l’époque à laquelle a été écrit le Satiricon : premier siècle après Jésus-Christ vraisemblablement, dans les environs de Naples, au moment approximatif de l’éruption du Vésuve qui ensevelit Pompéi, selon des sources autorisées. Alors pourquoi n’y voit-on jamais la marque du christianisme naissant, diront certains, sinon de façon très allégorique ? D’autre part, dans sa préface à l’édition du Satiricon de Pétrone, Certes, mais Fellini y découvre aussi un parallèle avec notre monde actuel, et cela n’est pas non plus contestable (Satyricon a été réalisé dans la mouvance de 1968 et à ce titre reste prophétique même en 1992). « Faut-il déceler ici la marque de l’état de dépérissement de notre culture et l’annonce de sa mort prochaine, pressentie par Valéry dès 1919 ? » (D'après La cultura nel mondo, mai-août 1971, article de Philippe Hourcade, “Libres propos sur le Satiricon de Fellini", N° 3-4, p. 13 à 19).


   

La tête de la Gorgone de Corfou que l’on aperçoit à l’arrière-plan, parmi les homéristes pendant le banquet de Trimalchion, avec ses yeux globuleux, a sans doute comme signification, puisque Fellini adore les signes, la pétrification de tous les acteurs du film, à la fin, sur l’île. Transformés en pierres, peints “à fresque” sur des murs en ruines. A cet égard, le Satyricon se termine un peu comme Intervista. Arrivés dans cette île inconnue, le narrateur — Encolpe — atteste qu’”un jeune grec leur raconta...”. Musique. Images : celles de l’eau de la mer, de l’île au loin, des murs recouverts des portraits de Giton, de Triphène, etc., tous les protagonistes de cette histoire comme si le mystère demeurait entier et que Le Satiricon de Pétrone ne pouvait livrer son secret. Que nous raconta donc ce jeune grec ? Sans doute ces fragments d’histoire que nous venons de voir, ou alors une autre histoire puisque l’œuvre antique de Pétrone nous est parvenue morcelée, dispersée. Nous disposons actuellement entre le tiers et le trentième estimés de l’œuvre de Pétronius Arbiter selon Gérard Zwang.


                               

Mais cette fin interrompue est encore une mise en abyme : on ne peut l’oublier tant elle pose question et renvoie à l’origine, à la naissance, comme la fin de La Dolce Vita, la fin d’Intervista ou celle des Notti di Cabiria. On sait que Fellini aima ce côté inachevé de l’œuvre de Pétrone qui lui laissait une porte ouverte pour son Satyricon. Car on a déjà dit que Fellini avait horreur des fins même s’il a bien fallu en trouver une qui n’en soit pas une pour le Satyricon. « Pourquoi n’avoir pas tenté au contraire de restituer intact le livre de Pétrone et même de le compléter, afin de servir notre héritage humaniste ? Telle n’a pas été en l’occurrence l’ambition de Fellini : ce n’est pas un copiste, et peut-être aussi a-t-il pensé que le désir de restaurer intégralement les œuvres du passé n’était que pure utopie, vaine nostalgie d’époques irrémédiablement révolues : ces pans de ruines où sont peints les principaux personnages du film, certes reconnaissables mais devenus étrangers, énigmatiques désormais, et qui s’éloignent de nous, m’inciteraient à le croire. » (D'après La cultura nel mondo, mai-août 1971, article de Philippe Hourcade, “Libres propos sur le Satiricon de Fellini", N° 3-4, p. 13 à 19) Source : http://www.iletaitunefoislecinema.com/memoire/2141/fellini-satyricon

1 commentaire:

  1. https://9cf7yprsgp.1fichier.com/
    https://tkpki3lbd3.1fichier.com/

    RépondreSupprimer