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dimanche 21 juin 2015

La Blonde

La Blonde et moi est le film qui révèle Jayne Mansfield, que Tashlin redirigera l’année suivante dans La Blonde explosive. Si Raoul Walsh ou Stanley Donen ont essayé d’en faire un nouveau sex-symbol à défaut d’une véritable actrice, seul Tashlin semble avoir compris comment utiliser cette « créature », ou plutôt comment jouer de ses formes. Le réalisateur appuie le côté surréel de ses mensurations et n’essaie pas de jouer sur un quelconque érotisme. Il fait de Mansfield une Marylin au carré, une pure vision de cartoon, évacuant tout l’émoi qu’elle pourrait procurer au profit d’une pure abstraction. A voir Jerri Jordan se mouvoir, on a la constante impression d’assister à un trucage qui, à l’instar de la Jessica Rabbit de Zemeckis, ferait évoluer un personnage en deux dimensions dans notre univers. Sur son chemin, le réel se plie, se distord, les lunettes se brisent, les bouteilles de lait explosent et les hommes se transforment en loups de Tex Avery. Après Sept ans de réflexion, on retrouve Tom Ewell dans un rôle similaire, celui d’un homme du commun qui tombe sous le charme d’une plantureuse créature, Jayne Mansfield succédant ici à Marylin Monroe. En répondant au film de Billy Wilder, La Blonde et moi marque le début de la seconde comédie américaine, dont nous parle Marc Cerisuelo dans les documentaires proposés en bonus. Blake Edwards, Richard Quine, vont ainsi succéder aux comédies de Capra et Lubitsch en réalisant des films satiriques, prenant pour cible les médias, où un homme ordinaire, célibataire endurci, un peu raté, stressé, voit sa vie mise sans dessus dessous par l’arrivée d’une « blonde atomique ». Ce chamboulement s’exerce sur la matière même des films qui voient leur artificialité clairement revendiquée. Ce comique visuel proche de l’absurde, issu du cartoon, est la marque de fabrique de Frank Tashlin. Pour décrire les mécaniques qui se dérèglent, s’emballent, il fait appel à l’imagerie populaire de la bande dessinée et du dessin animé où il a fait ses premières armes. D’abord dessinateur de BD, puis cartooniste chez Van Beuren (1933-1934), Ub Iwerks (1937) et enfin Warner, il signe de nombreux dessins animés, dont Porky Pig dont il est l’un des créateurs. Tashlin est salué par les spécialistes comme un auteur qui révolutionna le cartoon, à l’instar d’un Tex Avery ou d’un Chuck Jones, par son utilisation de procédés purement cinématographiques. En passant derrière la caméra après la guerre, il fait en quelque sorte le chemin inverse en insufflant aux films de prises de vue réelles l’esprit déjanté des dessins animés.


   

La Blonde et moi est une comédie assez classique dans le fond, une satire gentillette et inoffensive du showbiz et de la culture populaire des 50’s. Tashlin s’amuse avec la fabrication des stars, les petites combines pour faire remarquer son poulain, la possibilité de faire un tube sans une once de talent… mais la critique est loin d’être acerbe. Le film se rapproche plus des comédies à la Cukor (le film est tiré d’un roman de Garson Kanin, l’auteur de Madame porte la culotte et Mademoiselle gagne-tout) que des fables mordantes de Billy Wilder. C’est sur la forme qu’il marque une rupture avec la comédie de l’âge d’or, mariant l’esthétique des sitcoms et du cartoon, sur fond de Rock’n Roll et de ses tubes populaires. I love your eyes, I love your lips, they taste even better than potato chips chante Eddie Cochran. Des paroles et des musiques auxquelles le spectateur est encore peu habitué, La Blonde et moi étant l’un des premiers films produit par une Major comportant du Rock’n' Roll. Gene Vincent, Fats Domino, The Platters, Little Richard, The Treniers se partagent l’affiche en autant de saynètes où ils égrainent leurs tubes respectifs, dynamisant, à défaut de dynamiter, le film. Julie London, évoque quant à elle un versant mélancolique et quelque peu sirupeux, avec un Cry Me a River qui hante les virées éthyliques de Tom Ewell. Ces intrusions sont cependant artificiellement plaquées et ne transmettent en aucun cas la fureur et la subversion de cette musique. On ne peut vraiment parler de film Rock’n' Roll, et La Blonde et moi ne demeure au final qu’un documentaire un peu suranné sur cette époque.





                  

Satire assez anodine, Rock’n' Roll de circonstance, le film peine à véritablement trouver sa voie. Restent des dialogues souvent brillants et des gags franchement réussis. Tashlin fut gagman pour Hal Roach et Bob Hope, ce qui n’est pas très glorieux il est vrai, et a surtout tourné à six reprises avec Jerry Lewis (Artistes et modèles en 1955, Jerry chez les cinoques en 1964). S’il est difficile d’appréhender clairement l’apport de chacun des deux artistes dans le tandem, on retrouve dans La Blonde et moi une tendance à flirter avec le mauvais goût et la transgression bien présents dans les œuvres du duo. Par un humour un peu misogyne, un peu grivois, Tashlin s’amuse avec la censure et fait tourner ses gags autour de l’anatomie généreuse de Mansfield. Les bouteilles de lait très évocatrices qui explosent au passage de Mansfield sont tout de même bien osées pour l’époque ! L’intérêt du film est bien cette volonté de plier le cinéma des Majors à l’univers très sexuel des cartoons et bien sûr à celui de Tex Avery. Si le réalisateur annonce la couleur avec ses deux protagonistes nommés Tom & Jerri, ces passages sont au final assez peu nombreux, loin du cartoon live souvent vanté. Retenons celui où Jerri porte contre sa poitrine deux bouteilles de lait et parle de son envie d’élever des enfants ou encore lorsqu’elle déclare « Nobody thinks I'm equipped for motherhood » et que Tashlin s’amuse à la filmer à hauteur de poitrine, sans cadrer son visage.



                 


L’ouverture est une petite réussite qui porte en elle le programme du film. Tom Ewell se trouve dans un cadre 1.66 en noir et blanc. Promettant au spectateur du grand spectacle, il pousse les côtés du cadre pour atteindre le format du Cinémascope, puis fait appel au "Gorgeous, Lifelike Color by De Luxe " qui illumine soudainement l’écran de ses couleurs flamboyantes. Il vante ensuite les mérites d’un film où « Culture, refinement, and polite grace of present day music » seront de mise alors que la bande sonore est soudainement saturée par un tube de Rock’n' Roll qui jaillit d’un juke-box. La musique envahit la mécanique et emporte ce grand spectacle classique et de bon goût, dont Tom Ewell exalte les vertus, dans le tourbillon qui s’abat alors sur la culture populaire américaine. Même si le rendez-vous est quelque peu raté, La Blonde et moi demeure une sympathique comédie, témoin des changements radicaux qui vont ébranler les fondations du cinéma hollywoodien qui, en plus de perdre sa mainmise sur le divertissement au profit d’autres médias comme la télévision et la variété, va être considérablement influencé par ceux-ci. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/la-blonde-et-moi-tashlin


                               

Dans les années 1950, Raoul Walsh est toujours l’un des réalisateurs les plus puissants d’Hollywood. Son rythme de production reste soutenu et la puissance de sa mise en scène demeure intacte la plupart du temps. Son contrat d’exclusivité avec la Warner a pris fin et, depuis 1952, il passe d’une firme à l’autre, de la MGM (La Ruelle du péché) à la Universal (Le Monde lui appartient), de la Columbia (Bataille sans merci) à la RKO (Barbe Noire le pirate), tout en revenant ponctuellement à la Warner (Le Cri de la victoire et Les Nus et les morts, deux œuvres extraordinaires). Il continue son éclatante carrière, en traversant tous les genres, comme il en a l’habitude. Dès 1955, il entame une collaboration assez fructueuse avec la 20th Century Fox, avec entres autres trois westerns. Les Implacables lui permet de filmer les grands espaces en Cinémascope (format large extrêmement prisé de la Fox qui l’emploie dès que faire se peut) et de tracer une aventure humaine simple, forte et pleine d’enthousiasme. Le Roi et quatre reines demeure sans aucun doute le meilleur pour sa capacité à mélanger cynisme, romance et chasse au trésor. Un véritable jeu de séduction survolé par un Clark Gable au sommet et un défilé d’actrices quasi-parfait. Le troisième et dernier western, de très loin le plus imparfait et dans le même temps le plus curieux, s’intitule La Blonde et le shérif. Sortant du tournage des Nus et les morts, œuvre dantesque et personnelle à bien des égards, Walsh s’accorde non seulement une pause comique, mais réalise un film atypique dans sa carrière, pour ne pas dire unique. Il faut tout d’abord dire qu’au sein de la production hollywoodienne de l’âge d’or, la comédie-western est un étonnant sous-genre souvent mal exploité et qui, tout compte fait, n’a connu que peu de films honorables. Exceptés L’Aventure fantastique, où Eleanor Parker embrase le ton du film de sa fougue légendaire, La Vallée de la poudre, plaisante sucrerie, ou encore Le Grand Sam, avec un John Wayne hilarant, le reste demeure dans les tréfonds de la médiocrité. Or, à côté de tout cela, sans être une grande réussite non plus, force est de constater que La Blonde et le shérif fait partie des meilleures productions du genre.


           
   
Prenant tout d’abord place dans une Angleterre victorienne guindée (avec ses Anglais pur jus persuadés que l’Amérique leur reviendra à nouveau) et technologiquement en ébullition (l’invention de la voiture sans chevaux, ci-contre à droite, ou le revolver de manche, objet d'un running-gag un peu mou), La Blonde et le shérif interloque et séduit tout à la fois. Raoul Walsh a en effet l’air de céder au comique pompier, entre retenue britannique forcée et effets burlesques, notamment avec cette voiture peu à peu en flammes après avoir émis quelques bruits disproportionnés. Le message est donné d’entrée de jeu : le film ne sera pas forcément de toute première finesse, mais jouera à fond la carte des différences entre l’Angleterre racée et l’Amérique sauvage. En l’occurrence, nous pouvons constater que dans sa première partie, cela fonctionne plutôt bien. Certes, on ne rit de bon cœur que rarement, mais au moins on sourit, et surtout on s’amuse. Une fois arrivé dans l’Ouest, notre héros anglais affable et singulier est ainsi totalement dépassé par les événements. Il arrête une attaque d’Indiens par une leçon de morale et arrive dans l’hôtel-saloon d’une ville en provoquant l’incompréhension. Il s’agit de la ficelle humoristique la plus utilisée par le scénario, ce constant décalage entre deux cultures, forçant le trait de tous côtés, allant jusqu’à poser une barrière dans le langage (accent et patois local sont plus que jamais de rigueur). Le personnage ne comprend de ce fait que la moitié de ce qu’on lui raconte et ne saisit jamais les véritables enjeux qui se déroulent sous ses yeux. Il faut le voir accepter de boire du whisky en ne comprenant absolument pas que son interlocuteur cherche simplement à le provoquer et à le tuer. Par ce biais, le réalisateur tire le maximum de cette partie du sujet, en parodiant tous les lieux communs du western : le saloon, les tueurs locaux, le croque-mort, le cimetière, le manque d’éducation, la loi du fusil, la lâcheté des uns et la bêtise des autres. 


               

Pour la première et seule fois de sa carrière, Walsh s’autorise une véritable récréation dans laquelle il rabaisse l’Ouest et ses mythes, tout en accentuant la perte de repères ressentie par un étranger venu d'une l’Europe finalement trop civilisée. Il n’est pas question de morale ni de quelconque psychologie, tout n’est qu’humour au second degré et fantaisie. Et les bonnes scènes ne manquent pas, avec par ailleurs une partie de poker assez loufoque, et où notre Anglais se laisse conseiller par un chien, ou encore cette cabane abritant une famille vivant dans la saleté (le mari obtus et le gamin parmi les chiens). Devenu shérif par erreur et cherchant à vendre des fusils de « gentlemen » qui ne peuvent en rien rivaliser avec les Winchesters désormais installées dans l’Ouest, le héros parcourt donc le film de son élégance, s’offusquant de la moindre immoralité. L’acteur anglais Kenneth More est excellent dans cette posture, et la relative réussite du film lui doit beaucoup. Quoique son personnage émette un soupçon de misogynie (très discret, davantage ressenti qu’aperçu explicitement), il faut avouer que son verbiage, son visage incrédule et la sympathie qu’il promène font mouche et contrastent habilement avec l’antipathie dégagée par chaque élément autour de lui.


                

Malheureusement, comme c’est si souvent le cas pour ce type de films, l’ensemble s’épuise sur la durée. Arrivé à la moitié de l’histoire, le récit n’avance plus et commence un peu à recycler les gags. La routine s’installe et le spectateur commence à trouver le temps long. Outre cela, le chapitre qui se concentre sur les Indiens est à peine convenable et, véritable comble pour une pantalonnade comme celle-ci, provoque un petit malaise (les femmes indiennes qu’il faut marier, les acteurs mal grimés…). Enfin, la séquence musicale dans le canyon, avec ses effets d’écho, n’est guère supportable. Techniquement, le film est soigné mais un peu froid et impersonnel. On a pourtant droit à un Cinémascope princier, à la belle photographie d’Otto Heller (responsable de la photographie du Corsaire rouge de Robert Siodmak ou bien des Maléfices de la Momie de Michael Carreras) et au savoir-faire de Raoul Walsh, même si ce dernier ne semble pas profiter d’une grande inspiration : son génie ne s’exprime pour ainsi dire pas. C’est propre et solide, mais il est inutile de comparer avec le reste de sa filmographie. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/la-blonde-et-le-sherif-walsh

2 commentaires:

  1. http://uptobox.com/ebpq7b2yxuoz
    https://ktqxph.1fichier.com/

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  2. Hello Corto.
    Connais pas ce 'la blonde et le sheriff' mais bon c'est du Raoul Walsh donc je prend.
    Merci et Belle journée.
    radisnoir

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