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lundi 1 juin 2015

Berceuse assassine

Chauffeur de taxi à New York, Telenko se lance dans les rues de la ville chaque nuit. Au milieu du trafic, entre deux courses, il surveille les battements de son coeur, de plus en plus fragile, vulnérable à chaque montée de stress. C'est pourtant lorsqu'il rentre chez lui, au petit matin, que l'enfer commence. Dès qu'il franchit la porte d'entrée, la voix de Martha l'accueille, plein de reproches, d'accusations et de ressentiment. Installée dans son fauteuil roulant, ayant perdu l'usage de ses jambes, son épouse attend qu'il revienne, pour la poser sur le cabinet de toilettes et s'occuper d'elle. Mais elle ne lui en est aucunement reconnaissante et l'abreuve de propos insultants, qui le réduisent à néant, lui rappelant à quel point il a raté sa vie. Alors Telenko s'isole dans son sous-sol et consigne dans de petits carnets ses pensées les plus sombres. Et lorsqu'une nuit comme les autres, il renverse un jeune dealer en rollers qui traverse devant lui, il décide de ne plus subir. La police arrive sur les lieux, le jeune homme indemne s'enfuit et lance son revolver dans une bouche d'égouts. Telenko le voit, ne dit rien aux agents et se dit que cette arme pourrait bien être sa planche de salut...On sait que Philippe Tome est capable de construire des polars sombres de la meilleure veine, tout en continuant  d'animer avec brio les gags du Petit Spirou.


                             

Ce grand scénariste qui a contribué à de nombreux succès chez Dupuis (la série Soda, ou pas moins de 14 tomes des aventures de Spirou et Fantasio) donne dans cette histoire le meilleur de lui-même. La construction de ce polar en trois épisodes dont chacun représente le point de vue de l'un des personnages était un procédé très original à la première parution de Berceuse Assassine en 1997. Tout comme la voix off des protagonistes, qui a de son coté largement devancé Le Tueur de Matz et Jacamon, qui paraitra quelques années plus tard. Dans bien des domaines Tome a apporté à la BD franco-belge une touche unique qui a fait école, une manière d'aborder sous un format classique avec des dessinateurs au style semi-réaliste, la noirceur de la société actuelle. Sans parler de l'habileté scénaristique pure qui conduit de révélations en surprises, dont la première à la planche 24 du premier épisode, qui vous laisse sans voix. Le choix de Ralph Meyer pour illustrer ce polar est une réussite totale, le dessinateur démontrant pour la première fois son talent de mise en scène, qui éclate aujourd'hui dans l'extraordinaire Asgard. Parfaitement en harmonie avec les textes de Tome, la mise en page et le découpage de Meyer tiennent le lecteur en haleine au milieu de pages à la dominante noire et jaune, comme le taxi de Telenko. Bref, cette intégrale rééditée vous propose de redécouvrir un BD marquante de la décennie 2000, en grand format, avec quelques bonus en fin d'album. Une belle séance de rattrapage en perspective. La claque est toujours d'actualité.


                


Tout d’abord celle de Telenko, chauffeur de taxi new-yorkais qui trimbale des loques dans des quartiers pourris, craignant sans cesse que son cœur ne se décide à le lacher. Il veut changer de vie et pour cela veut se débarrasser de sa femme Martha. Car Joe veut la peau de Martha, et Martha aimerait bien voir crever Joe. Surtout depuis qu’un soir où il avait trop bu, il l’a expédié dans ce fauteuil roulant après un stupide accident de voiture.Sur fond de jungle urbaine que Meyer a encrassée de sépia, ce couple affiche sa haine l’un pour l’autre, autour d’un taxi jaune qui, tel une arme bien nettoyée a détruit plusieurs vies. Celle de Dillon par exemple, un indien Navajo qui rêve de vengeance, sur celui qui lui a volé sa vie. Il veut un sacrifice qui le vengerait en même temps de tous ces blancs qui lui rendent la ville si inhospitalière. Au bout d’une berceuse que Dillon chantait à sa petite fille Hope, la fin d’un trhiller psychologique qui a marqué une époque, par une histoire forte et un axe graphique étonnant.
« Le cœur de Telenko« , « Les jambes de Martha » et « La Mémoire de Dillon« , trois albums forts, sont réunis pour former une splendide Intégrale que Dargaud réédite à partir du 25 janvier 2013. Si vous avez loupé cette histoire qui devait révéler Ralph Meyer, c’est le bon moment pour faire coup double : une très bonne histoire, un polar bien crasse pour un livre objet de belle qualité. Source : http://www.unamourdebd.fr/2013/01/berceuse-assassine-la-splendide-integrale/

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