.

.

jeudi 14 mai 2015

Mabuse


Docteur Mabuse le joueur (1922) :
Point de vue sur les mains manucurées de Mabuse. Celui-ci tient les photographies de nombreux personnages en éventail, comme des cartes à jouer... il pioche dans un important paquet serré dans un casier et se compose une « main ». Il bat son jeu, coupe et tire l’un des portraits, le contemple et le tend négligemment par-dessus son épaule dans l’attente d’être servi... mais rien ne se passe. Au milieu d’un dressing, un serviteur impeccablement mis semble hagard et fébrile. Il n’a pas vu le geste d’impatience de son maître. Spoerri est cocaïnomane. S’ensuit un bref échange entre le maître et le domestique : Mabuse chassera son factotum s’il le revoit sous l’effet de la drogue ; celui-ci se tirera une balle dans la tête si jamais il est congédié. A l’issue du psychodrame, Spoerri s’exécute diligemment tandis que le professeur tire une montre de sa poche. C’est le début d’une opération orchestrée par le diabolique docteur depuis son bureau : plusieurs acolytes mènent une action parfaitement synchronisée, véritable ballet du crime, dans le but de subtiliser un important contrat commercial. Mabuse a maintenant opéré sa transformation physique qui l’a rendu méconnaissable et peut, grâce à un étonnant stratagème, récupérer le dossier dérobé. Un peu plus tard, grimé en ivrogne, Mabuse se rend dans une de ses caches des bas-fonds de la ville où des aveugles sont employés au conditionnement de faux billets de banque pour le compte du maître. C’est à la Bourse - temple de la finance internationale - et avec cette monnaie de mauvais aloi, que va être commis le véritable crime, sans violence ni contrainte... un casse d’un nouveau genre.



   

En cette année 1921, le cinéma n’était plus tout à fait un art neuf, ni Fritz Lang un metteur en scène novice. Ce premier opus languien consacré au personnage de Mabuse s’inscrit dans une tradition déjà bien établie, celle du film à épisodes, ou sérial. Lang avait découvert le sérial lors de son séjour parisien en 1914 avec les Fantomas de Louis Feuillade ou les Rocambole de George Denola. C’est un genre d’essence populaire, héritier des romans-feuilletons de la fin du XIXe siècle, de Jules Verne autant que de Dumas, mais qui a su captiver toute une génération même parmi les intellectuels. Il suffit de lire les merveilleuses pages de Louis Aragon sur les Vampires de Feuillade pour mesurer combien ceux qui ont connu la Première Guerre mondiale se sont attachés à ces histoires légères, pleines de rebondissement et de suspense, développant une imagerie savoureuse et campant des héros et des bandits hors de la norme d’un quotidien un peu morose. C’est aussi la revanche d’un art populaire vigoureux contre un art officiel académique et empesé. C’est enfin un domaine d’expérimentation narrative où la poésie côtoie le réalisme avec un certain bonheur. 


                 


Ce sont sans doute ces nombreux atouts qui enthousiasmèrent le réalisateur quand lui et sa collaboratrice, la romancière et scénariste Théa von Harbou, décidèrent d’adapter Dr. Mabuse der Spieler, roman-feuilleton du journaliste luxembourgeois Norbert Jacques publié dans le Berliner illustrierte Zeitung. Fritz Lang venait juste de terminer Der Müde Tod (les Trois lumières), un ambitieux conte philosophique et métaphysique d’où le romanesque et le fantastique n’étaient pas absents ; le scénario original de Fritz Lang et Théa von Harbou mélangeait des tableaux de diverses époques en chapitres alternés. La qualité de la réalisation et des décors, la portée mystique de cette histoire mettant en scène la Mort, lasse de prendre des vies, valurent un succès et une renommée internationale au réalisateur viennois. Passer d’un sujet si élevé à un roman de genre pouvait paraître un pari audacieux mais le script de Mabuse avait tout pour plaire au producteur Erich Pommer. Celui-ci dirigeait la Decla (Deustche Eclair), maison de production issue de la firme française Eclair qui avait elle-même connu un grand succès avec les Exploits de Nick Carter, un des touts premiers sérials réalisé par Victorin Jasset entre 1908 et 1910. L’équipe de Mabuse pouvait s’appuyer sur une tradition bien établie et Fritz Lang, qui en était à son neuvième tournage en deux ans, sur une expérience solide.

Au gré d’un cursus un peu chaotique, Fritz Lang reçut une formation artistique assez complète. Nul doute qu’il eut très tôt l’intuition du potentiel plastique du sérial. Pour son premier film Halbblut (La Métisse, 1919, avec Ressel Orla, la vedette féminine de la Decla), mélodrame reposant sur un classique triangle amoureux, il avait déjà déconcerté la critique par son usage du studio pour recomposer des paysages aux accents picturaux ; avec ses films d’aventure, il put aller encore plus loin. Il écrivit lui-même le scénario de son troisième film, Die Spinnen (Les Araignées, 1919) ; en multipliant à foison les péripéties, il s’était octroyé une grande latitude dans la composition de décors exotiques saisissants, n’hésitant pas à concevoir lui-même certains éléments-clefs. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/le-docteur-mabuse-lang


                                 


Le Testament du docteur Mabuse (1933) :
Plus de dix ans après la première transposition de l’étrange personnage créé par le romancier luxembourgeois Norbert Jacques en 1921, Fritz Lang livre une seconde fournée des aventures du savant fou docteur Mabuse, avatar des méchants de l’époque aux côtés du docteur Fu Manchu et du machiavélique Fantômas. Un deuxième épisode qui se décline comme une véritable séquelle de l’œuvre de 1922, Docteur Mabuse, le joueur, qui présentait pour la première fois sur grand écran ce volubile destructeur d’économie qui, de dévaluations en faux-monnayages, ruine sa patrie en usant et abusant de sa capacité à changer d’apparence tout en dominant une équipe extrêmement organisée dirigée de main de maître par ce pendant du docteur Caligari qui pousse ses sbires au crime en les hypnotisant télépathiquement. Un glissement d’autant plus clair que la première séquence du métrage, sonorisée mais dénuée de tout dialogue, se présente comme une transition obligatoire entre le cinéma muet (auquel appartient le précédent tome) et le cinéma parlant. Tiré d’un nouveau roman de l’écrivain Jacques, le présent métrage devra attendre une trentaine d’années avant que Lang ne remette sur le métier un troisième et ultime épisode intitulé Le diabolique docteur Mabuse qui verra son anti-héros campé par Wolfgang Preiss.
Pour l’heure, Rudolf Klein-Rogge continue d’incarner l’inquiétant Mabuse aussi bien dans la version allemande que dans la française puisque, à l’instar du Dracula tourné simultanément par Browning et Melford (pour la version espagnole), l’œuvre se dote d’un bilinguisme salvateur à l’époque où le doublage n’existe pas encore. Lang poursuit ici la peinture entamée dans M. le maudit et, à une moindre échelle, dans Metropolis de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres abasourdie par la dette infligée qui peine à remonter une pente économique devenue abrupte. En résulte un approfondissement des fossés sociaux creusés par un chômage omniprésent qui frappe notamment Kent dans la première partie de l’œuvre, un monde sans emploi qui « pousse au crime » et devient le lieu béni d’organisations de malfaiteurs et contrebandiers comme celle qui suit aveuglément la voix d’un maître invisible et ne posent aucune question puisqu’ils bénéficient par sa grâce d’un salaire décent.



   

Dirigeant la pègre à distance, le fou 
criminel qu’est Mabuse devient une allégorie de la gangrène hitlérienne qui ronge l’Allemagne des années 30 qui vient de voir le poste de chancelier usurpé par un nabot à moustache. Une symbolique étonnante au vu des amitiés qu’entretient l’épouse et co-scénariste du cinéaste Thea von Harbou avec le régime nazi dont elle deviendra une cinéaste officielle suite à son divorce et à la répudiation pour cause de non-aryanisme de son ex-mari parti se ressourcer aux Etats-Unis suite à l’interdiction du film par Goebbels, une carrière hollywoodienne entamée dès l’année suivante avec le drame Fury. Finalement, le film devra attendre 1951 pour être enfin projeté en terre natale dans une version raccourcie avant de connaître les joies d’une version longue lors de sa restauration de 2000.


                  

Des versions lacunaires qui n’ont jamais entaché l’aura de cette œuvre universelle et intemporelle qui décrit les dérives sociopolitiques de toute cellule sociétale tout en s’imbibant d’une peinture ontologique assez classique (le dilemme de Kent entre sa destinée et la femme qu’il aime). Film policier qui verse dans l’étrange (les visions d’Hofmeister, l’emprise de Mabuse sur Baum dans une superbe séquences entre onirisme et folie), Le testament du docteur Mabuse impose de part en part quelques scènes au suspense haletant (la salle piégée) que l’ingénieux montage vient encore accentuer en faisant exercer au spectateur de nombreuses virevoltes entre les différentes situations qui le parsèment. Subtile jointure entre l’expressionnisme auquel elle appartient encore en surface et le cinéma moderne qu’elle tend à rejoindre, l’œuvre de Lang est un jalon obligatoire dans la carrière du cinéaste et dans le patrimoine filmique mondial.
Source : http://www.cinemafantastique.net/Testament-du-docteur-Mabuse-Le.html

Pour ce qui restera son dernier film Fritz Lang, alors âgé de 70 ans, revient au personnage qui fit sa gloire trente ans plus tôt via Docteur Mabuse le joueur et Le testament du docteur Mabuse. Ce compromis commercial aurait dû permettre au cinéaste de diriger un projet plus personnel mais ce-dernier, consacré à un violeur en série, n’aboutit jamais.
Malgré son côté bis un peu bâclé, Le Diabolique docteur Mabuse fut cependant rentable et entraîna la mise sur pied de cinq séquelles, étalées sur autant d’années, qui prirent rapidement la voie du thriller d’espionnite à l’européenne, genre alors en vogue comme allait en témoigner le triomphe de James Bond dès 1962. Le résultat, plaisant, n’en reste pas moins une déception dont le manque de budget fait peine à voir après la luxuriance exotique du diptyque formé par Le Tigre du Bengale et Le tombeau hindou.
Sur le chemin le conduisant à une chaine de télévision, le journaliste Peter Barter est assassiné. Le crime avait été prédit par le voyant Cornelius, lequel est, cependant, incapable de déterminer l’identité du meurtrier. Le commissaire Kras mène dès lors l’enquête et s’intéresse aux clients de l’hôtel Luxor, unique lien apparent entre plusieurs assassinats commis récemment. Trevor, un riche Américain, réussit dans le même temps à empêcher le suicide d’une jeune désespérée, Marion Menils, menacée par des messages envoyés par un inconnu. La piste le conduit finalement à un génie du crime, supposé décédé depuis un quart de siècle, le diabolique Docteur Mabuse.
Inutilement complexe et labyrinthique, le scénario de ce Diabolique docteur Mabuse prend plaisir à égarer le spectateur dans une suite de fausses-pistes et de retournements de situations plus ou moins convaincants, inspirés de la littérature de gare, ces fameux « krimi » qui récoltaient, à cette époque, un franc-succès via leurs adaptations cinématographiques. 


   

Le plan du maître du crime semble, dès lors, improbable et quelque peu nébuleux tandis que l’action se concentre, probablement pour des raisons bassement budgétaires, dans le décor quasi unique d’un hôtel de luxe dont les clients sont observés, via un ingénieux système de caméras, par Mabuse. D’où le titre original plus évocateur, d’ailleurs traduit littéralement lors de l’exploitation belge du long-métrage des « 1000 yeux du Docteur Mabuse ». Ces quelques idées sympathiques n’empêchent pas, hélas, le film d’être longuet et un brin ennuyeux, s’élevant difficilement au-dessus d’une moyenne tout juste honnête. L’interprétation pénible de Dawn Adams constitue ainsi un des nombreux bémols d’une production qui tire à la ligne pour ne s’animer véritablement que durant sa dernière demi-heure. 



                               


Si Le Diabolique docteur Mabuse gagne dès lors en rythme, il ne sort pas pour autant de la routine du « policier de série B » avec son quota de fusillades peu convaincantes, de poursuite en voiture mollassonnes et de cascades prudentes. Difficile de se sentir vraiment intéressé par cette suite de rebondissements prévisibles d’autant que les révélations « fracassantes » du final concernant Mabuse ne surprendront personne.  Lors du climax pataud, on s’attend presque à voir débouler Louis de Funès pour hurler un « je t’aurais Mabuse, je t’aurais » de circonstance. Pas désagréable mais anodin, ce Diabolique docteur Mabuse s’avère une série B à petit budget correcte mais dénuée du moindre éclat. Une oeuvrette dans l’ensemble, parfaitement anonyme qui ne se distingue d’ailleurs pas vraiment (en bien ou en mal) des suites ultérieurs. Source : http://www.cinemafantastique.net/Le-Diabolique-Docteur-Mabuse.html

1 commentaire:

  1. http://dfiles.eu/files/9bwghtm90
    https://aj5bfz8fd3.1fichier.com/
    http://uptobox.com/8w0tbu9iw86q
    http://uptobox.com/4ck78re1lp5y
    http://uptostream.com/vi2q14n4ehiz

    RépondreSupprimer