.

.

dimanche 24 mai 2015

Cinéma & Amnésie

La question traînait dans tout le cinéma mondial depuis des années, traversait des territoires aussi différents que le dernier Kaurismäki (L’Homme sans passé), le cinéma américain indie (Memento, Mulholland Drive), les blockbusters (La Mémoire dans la peau, Paycheck), un film d’animation (Le Monde de Nemo), un film d’auteur français (Novo), un gros mélo des familles (Se souvenir des belles choses)… Et Eternal Sunshine of the Spotless Mind lui donne un tour conceptuel et réflexif définitif. Le héros de cinéma contemporain est désormais malade de sa mémoire. Totalement amnésique ou simplement affecté d’un trouble de la mémoire immédiate, il erre dans le récit, repasse toujours par les mêmes boucles, promène sur la fiction de grands yeux étonnés. Le réel lui apparaît toujours vierge et toutes les fois ont pour lui la fraîcheur de la première. Même si parfois d’incompressibles réminiscences, d’encombrantes images souvenirs remontent à la surface et perturbent ses circuits...



                                                   

Adapté d’un roman de Guy Endore, le scénario de ce film noir, intitulé en français Le mystérieux Docteur Korvo, est signé Ben Hecht. Pour l’anecdote, rappelons que certaines copies du film ne créditent pas Ben Hecht mais un certain Lester Barrow. L’explication de ce mystère est simple : à cette époque, Hecht est un fervent soutien de la cause sioniste dans la guerre qui oppose les Juifs à l’Angleterre. La Fédération Britannique des Exploitants boycotte alors toute œuvre où son nom apparaît. La Fox, dirigée par Zanuck, contourne l’obstacle en affublant le scénariste d’un pseudo qui n’est autre que le nom de son chauffeur !! Hecht, que l’on avait connu plus inspiré dans le registre psychanalytique avec Spellbound (La maison du Docteur Edwardes, A. Hitchcock, 1945), signe ici un script indigne de son talent. Certes le triptyque amoureux est séduisant, l’intrigue inventée par Guy Endore n’est pas dénuée d’intérêt, mais la caractérisation des personnages, notamment celle du docteur Barrow, est particulièrement faible et peu crédible. Comment un brillant psychanalyste peut-il vivre avec une épouse kleptomane sans se douter de sa maladie ? Comment peut-il observer sa femme sans réaliser qu’elle est sous l’emprise d’une séance d’hypnose ? Lorsque Barrow comprend cette réalité (dans le final du film), il tombe des nues alors qu’il est censé être un spécialiste du comportement humain !! De son côté, le personnage interprété par Gene Tierney a toutes les caractéristiques d’une victime "premingerienne". 



   


Mais contrairement à Laura Hunt (Laura) ou Morgan Taylor (Where the Sidewalk Ends), Gene Tierney incarne ici une héroïne peu crédible, notamment lorsqu’elle veut cacher, à tout prix, sa kleptomanie : alors qu’elle est accusée de meurtre, elle continue à taire ce secret qui pourrait pourtant l’aider à la disculper. Le spectateur a alors bien du mal à comprendre un tel acharnement ! Enfin, la crédibilité des actes du Docteur Korvo est également difficile à avaler : l’auto-hypnose qu’il s’inflige alors qu’il est gravement malade tient malheureusement plus d’un mauvais vaudeville que d’un récit policier. Dès lors, peut-on considérer que l’échec de l’adaptation de Hecht condamne le film ? La réponse est évidemment négative, car malgré ce scénario invraisemblable, la mise en scène de Preminger force de nouveau l’admiration. Sur ce tournage, Otto Preminger retrouve Gene Tierney et renoue avec certains thèmes et figures exploités dans Laura : l’héroïne est une victime partagée entre deux hommes, la relation père/fille sert de mécanique à la mise en scène, le récit se déroule essentiellement de nuit et un mystérieux tableau intrigue les protagonistes... 



                               

Le spectateur n’assiste donc pas à un spectacle quelconque mais déguste avec délectation l’un des meilleurs morceaux de l’œuvre "premingerienne". Certes le matériau scénaristique n’est pas à la hauteur de Laura, Mark Dixon Détective, ou Angel Face mais la mise en scène du maître brille encore une fois de mille feux. Dans les années 50, Les Cahiers du Cinéma défendaient Preminger face à l’indifférence dédaigneuse de Positif. Dans un excellent texte paru aux éditions Yellow Now , Gérard Legrand rappelle que François Truffaut qualifiait la caméra du cinéaste de "Cadillac avec des fauteuils hydrauliques" et déclarait qu’avec cette mise en scène on atteignait "l’avènement du spectateur roi, le règne du confort !" Aujourd’hui, le DVD nous permet de retrouver l’œuvre du maître dans des copies de qualité et force est de constater que la Cadillac ‘Preminger’ est toujours aussi belle et confortable ! Source : http://www.dvdclassik.com/critique/le-mysterieux-docteur-korvo-preminger




                

Les Dimanches de Ville d'Avray est un film français réalisé par Serge Bourguignon, sorti en 1962Suite au succès inattendu d’A bout de souffle et des Quatre cents coups, les producteurs français sont tous à la recherche de jeunes auteurs capables de renouveler ce miracle. C’est ainsi que des cinéastes comme Agnès Varda, Jacques Rozier ou Luc Moullet ont l'opportunité de tourner leurs premiers longs métrages et que Serge Bourguignon - qui est passé par l’IDHEC et a réalisé trois courts métrages - se voit contacté par Romain Pinès. Celui qui a été le producteur de Pabst dans les années 20 et 30 lui propose d'adapter à l'écran un polar de Bernard Eschassériaux, mais cette histoire de braquage qui tourne mal n’enthousiasme guère Bourguignon qui ne se sent pas à l’aise avec le genre policier. Il entend donc décliner la proposition, mais explique cependant au producteur qu'un élément du récit retient tout de même son attention. Cet élément, c'est le parcours d'un des criminels qui suite à une chute devient amnésique et qui par un concours de circonstances est amené à prendre l'identité d'un homme percuté par une voiture qui vient juste d'abandonner sa petite fille à l'orphelinat. Cette histoire entre en résonance avec une autre, réelle cette fois, qui a profondément marqué Bourguignon. Alors qu’il se trouve à bord d’un porte-avions pour participer à la réalisation d’un documentaire, il entend parler d’un pilote persuadé d'avoir tué une petite fille au cours d'une mission et qui, traumatisé, reste errer dans le ciel longtemps après que son escadrille est rentrée, cherchant à se faire abattre par la DCA ennemie. A court de carburant, il reprend enfin ses esprits et parvient in extremis à regagner sa base. Bourguignon retrouve par hasard, quatre années plus tard, ce jeune pilote prometteur. Comme dans un roman de Conrad, il a été happé par l’Asie, vivant de la contrebande d’armes et ayant sombré dans l’alcool.



     

Pinès et Eschassériaux donnent toute latitude à Bourguignon pour transformer en profondeur l'intrigue du roman. De fait, Bourguignon taille beaucoup, supprimant des personnages, des intrigues secondaires et évacuant toute l’intrigue criminelle, transformant au final le roman policier en un drame bouleversant. Le début du film va très vite, Bourguignon présentant ses personnages et posant les enjeux du film avec une efficacité qui pourrait être celle d'un film policier, le film trouvant dans son démarrage ce qui caractérisait peut-être le roman d'Eschassériaux. 
Le pré-générique explique ainsi en une poignée de plans elliptiques le traumatisme de Pierre, puis en quelques plans concis Bourguignon raconte son arrivée à Ville d’Avray et sa première rencontre avec Françoise. Toujours avec une grande économie narrative, il pose son amnésie et sa névrose, ses relations avec Madeleine et le quiproquo qui l'amène à s'occuper de Françoise. 



                

A partir de là, le film commence à prendre son temps, Bourguignon racontant avec beaucoup de finesse comment ces deux êtres perdus vont se trouver, se rapprocher et tenter de se sauver. Le cinéaste ne cherche jamais le sensationnel qu'un tel sujet aurait pu appeler. Il ne se pose pas en moraliste mais en simple témoin ému de cette histoire où une enfant qui a trop vite grandi et un adulte retombé en enfance se rencontrent, chacun sortant de sa détresse au contact de l’autre. C'est en construisant, en inventant leur relation qu'ils se reconstruisent. Françoise trouve en Pierre cet amour paternel qui lui est interdit mais aussi un complice de jeu qui lui permet de se raccrocher à cette enfance qui lui glisse entre les mains. Pour Pierre, elle devient Cybèle, déesse phrygienne liée à la nature qui a le pouvoir de le guérir de ses traumas. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/cybele-ou-les-dimanches-de-ville-d-avray-bourguignon



                             

Paris, Texas ne s’est pas toujours appelé ainsi. La première version du scénario sera écrite par Wim Wenders, qui s’est laissé inspirer par le recueil de nouvelles de Sam Shepard, Motel Chronicles. Ce sera également le premier titre de ce qui n’est alors qu’un projet. Seulement Wim Wenders et Sam Shepard, à qui il fait lire ce premier travail, ne sont pas satisfaits du résultat. Ils décident alors de réécrire l’histoire à quatre mains. Ce sera Transfixed, ou l’histoire de Travis, qui sort du désert pour rentrer illégalement dans son propre pays. Un homme perdu, sans papiers, mais avec un but. Wenders décide de commencer à tourner alors que seule la première moitié du scénario est écrite, se disant que la suite se laisserait mieux écrire avec un début d’images. Entre temps, Sam Shepard est pris par sa carrière d’acteur et Wim Wenders se retrouve avec une moitié de film mais sans son co-auteur. Kit Carson, papa de l’enfant qui joue Hunter dans le film, est également scénariste. Il va aider le réalisateur à relancer le travail d’écriture. S’ensuit alors une liaison téléphonique, nuit après nuit, entre Wim Wenders et Sam Shepard, qui tourne à l’autre bout des Etats-Unis, pour poursuivre l’écriture du scénario. Aidé de son assistante, qui n’est autre que Claire Denis, il transcrit ainsi toutes les nuits le fruit de ses conversations téléphoniques avec l’acteur, afin de pouvoir tourner le lendemain. Le tournage sera ainsi chronologique, mis à part le film super 8 montré dans le film, qui sera lui mis en boîte le tout dernier jour. C’est au cours du tournage que le titre définitif, Paris, Texas, sera donné bien que, faute de budget, la production n’ait jamais atteint ce lieu. Le film démarre lentement, suivant le rythme de Travis, qui est à pied. Il prendra, avec les retrouvailles des deux frères, son rythme de croisière, celui de la route. Travis refusera même de prendre l’avion, moyen le plus rapide pour rejoindre Los Angeles et son fils. 



   

Il ne veut pas quitter le sol par peur de perdre pied. Il faut d’abord qu’à travers son frère, il se retrouve avant de pouvoir faire de nouveau face à son fils. La route entre le Texas et la Californie sera donc celle de la ré-acclimatation à la vie, à sa vie. Après plusieurs jours, le premier mot qu’il prononcera sera "Paris", comme jadis quand son père présentait leur mère - il disait qu’elle venait de Paris puis, après une pause, rajoutait "Texas", pour créer un effet. Travis, lui, ne veut pas créer d’effet, même si Walt croit qu’il veut aller en France. Il veut en fait aller sur un bout de terrain qu’il a acheté à Paris au Texas pour rendre hommage à cette mère qui en était originaire. 


                    
                             
A moins que ce ne soit un prétexte pour prolonger la route, pour avoir plus de temps pour se préparer. Il lui en faudra du temps pour parvenir à gagner la confiance d’Hunter, dont il n’a connu que les quatre premières années, la moitié de la vie de l’enfant. C’est ensuite en sa compagnie qu’il partira rechercher Jane, la maman d’Hunter. Ce sera un moment difficile pour lui car il sait que la fin de la route est proche et que son amour pour ces deux êtres n’a jamais été aussi grand. Tellement grand qu’il leur en donnera la plus belle des preuves.
Le caméraman Robby Müller a réussi le magnifique travail de donner à chacun des plans du film la même atmosphère. Que ce soit le bleu du ciel du désert, que l’on retrouve sur la peinture de la voiture de location, et plus tard sur celle que Travis s’achète, en passant par les murs du bâtiment où travaille Jane, ou les tons de sa pièce de travail. La véritable couleur dominante étant cela dit le rouge. Source : http://archive.filmdeculte.com/culte/culte.php?id=149

1 commentaire:

  1. https://90ffkw.1fichier.com/
    http://uploaded.net/file/eb3cnm5l
    https://c43z88.1fichier.com/
    http://revivelink.com/p10duc

    RépondreSupprimer