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samedi 4 avril 2015

Yves Allégret

Yves Allégret (Asnières-sur-Seine, 13 octobre 1905Jouars-Pontchartrain, 31 janvier 1987) est un réalisateur français. Il a parfois tourné sous le pseudonyme de Yves Champlain.
Frère cadet du cinéaste Marc Allégret, il débute en 1930 comme assistant réalisateur aux côtés de son frère, puis occupe différents postes avec d'autres réalisateurs, dont Jean Renoir. Parallèlement à cette formation à pied d'œuvre, il réalise ses premiers courts-métrages et fait partie du Groupe Octobre.
À la déclaration de guerre, il est mobilisé. En 1941, il tourne en zone libre son premier long métrage Tobie est un ange, mais le négatif est détruit lors d'un incendie. Il se fait remarquer ensuite avec des films d'une grande noirceur poétique comme Dédée d'Anvers ou Manèges écrits par Jacques Sigurd, avec Simone Signoret (qui était sa femme à cette époque) en premier rôle.
En 1957, Alain Delon tourne avec lui son premier long-métrage, Quand la femme s'en mêle.
Il décède le 31 janvier 1987 d'une crise cardiaque.


                                  

J’ai revu Manèges l’autre jour, pour la cinquième ou sixième fois sans doute. Je ne connais rien de semblable dans l’histoire du cinéma français dit classique. C’est un film au cynisme et à la noirceur intacts soixante ans après sa réalisation, une œuvre explosive dont la puissance destructrice continue, vision après vision, de laisser pantois. Bien sûr, Manèges est un film de scénariste avant tout (Jacques Sigurd pour ne pas le nommer) et à ce titre, il est brocardé plusieurs fois dans l’article au vitriol que François Truffaut rédigea dans les Cahiers du Cinéma n° 31 de Janvier 1954, « Une certaine tendance du cinéma français » (Truffaut avait tort mais la fougue de sa jeunesse et le talent de son réquisitoire restent admirables). On a tendance à oublier à quel point c’est aussi un film d’acteurs : Bernard Blier, Simone Signoret, Jacques Baumer, Frank Villard et surtout Jane Marken, dont le personnage, l’un des plus abjects et fascinants du cinéma français, porte le film à bout de bras et lui donne sa cohésion. Le titre du film, Manèges est formidablement inspiré, évoquant à la fois le secteur d’activité professionnelle de Robert, les manipulations perverses de Dora et de sa mère, la structure circulaire du scénario de Jacques Sigurd et plus subtilement, l’arène dans laquelle se joue la bataille impitoyable qui nous est racontée. Le personnage joué par Jacques Baumer (le bras-droit de Robert), au physique et aux expressions proches de Buster Keaton, est le maître de cérémonie qui a tout compris mais qui garde sa réserve pour conserver son emploi. Figure de style à laquelle le spectateur peut s’identifier, il est l’antithèse de celle représentée par Jane Marken, incarnation saisissante de la duplicité et centre de gravité de tout le film. Car si Bernard Blier et Simone Signoret sont bien les têtes d’affiche de Manèges, celui-ci, comme les anglo-saxons le formulent avec justesse, « appartient » à Jane Marken.


 

La comédienne dodue de 55 ans, habituée aux rôles secondaires et à la carrière déjà bien remplie au moment du tournage du film, a du immédiatement voir, en lisant le scénario, à quel point le personnage qu’elle allait interpréter était la chance d’une carrière. Remarquablement écrit par Sigurd, le rôle de l’ignoble femme qu’elle incarne est sans doute le rêve de toute actrice tant il permet de jouer avec les sentiments les plus puissants, de la drôlerie à l’abjection et tant il offre au spectateur un point d’ancrage pour des réactions émotives fortes. La scène, au début du film, où, penchée sur le lit d’agonie de Simone Signoret, elle s’approche de la bouche de celle-ci qui lui murmure dans un souffle « Dis-lui, dis-lui ! » (lui permettant d’ouvrir le gouffre des révélations) et que son visage en gros-plan, ravagé de larmes qui ont ruiné le rimmel, passe de la douleur de veiller sa fille au plaisir d'humilier son gendre est un moment de jeu exceptionnel. 


                              
 

Ses yeux éteints s’illuminent en un éclair d’un plaisir sadique et on sait que lorsqu’elle regarde Bernard Blier, esquissant un sourire plein de menaces à son intention en demandant à Simone Signoret sans ciller : « Tu veux que je lui dise ? Tout ? Tout ? », on est parti pour une promenade en montagnes russes dont personne ne sortira indemne. Passant d’une scène à l’autre de l’hilarité la plus fausse à la violence la plus blessante, Jane Marken se déchaîne comme peu d’actrices ont pu le faire dans l’histoire du cinéma français. Y-a-t-il seulement une performance comparable ? Je n’en suis pas certain et n’en vois à priori aucune. Elle est bien sûr aidée en cela par le montage du film, qui permet de passer en un instant d’un point de vue à un autre : ce qui nous paraît lors d’une scène comme un rire sympathique devient quelques moments plus tard, vu sous un autre angle, une hilarité moqueuse. Marken et Signoret rient en disant au revoir à un Blier ému par la fenêtre (vue depuis la rue) et on les retrouve dans l’appartement (vu du dedans), pleurant de rire : « Mon Dieu, ce qu’il peut être laid ! Oh, t'as raison, çà il est pas beau ! ». Source : http://sniffandpuff.blogspot.fr/2009/04/maneges-yves-allegret-1949.html


                                 

Yves Allégret  a connu une période créatrice féconde entre 1945 et 1953, enchaînant des œuvres importantes comme La boîte aux rêves (1945), Dédée d’Anvers (1948), Une si jolie petite plage (1949) et Manèges en 1950. Avec Les orgueilleux (1953), il atteint le sommet de son inspiration et signe ce qui restera comme son plus grand film, le reste de sa carrière n’étant clairement pas à la hauteur. Largement inspiré par un scénario de Jean-Paul Sartre intitulé Typhus, écrit en 1943, le script des Orgueilleux a toutefois été modifié de fond en comble par Jean Aurenche pour pouvoir coller au contexte mexicain. Effectivement, le script original de Sartre se situait en Indochine et avait une visée politique évidente condamnant notamment le colonialisme. Cette dimension politisée a totalement été évacuée par les auteurs afin de privilégier la dimension psychologique et sentimentale de cette histoire de deux êtres à la dérive qui vont finalement apprendre à s’aimer. Si l’on peut regretter l’aspect un brin policé de l’intrigue, il faut reconnaître que Yves Allégret en a tiré le meilleur durant la quasi-totalité du métrage.
out d’abord, il faut souligner la qualité de la description de ce petit village mexicain loin des cartes postales habituelles sur le Mexique. Si l’on excepte la petite fête animée par des pétards, le cinéaste évite les clichés et parvient surtout à nous faire ressentir la chaleur étouffante qui règne sur ces villages écrasés de soleil. Alors que les acteurs transpirent à grosses gouttes, le cinéaste tire d’eux le meilleur en prenant à contre-pied leur image. Gérard Philipe bien entendu, l’éternel beau gosse du cinéma français d’après-guerre, fait tout pour apparaitre le plus mal en point possible. Avec sa barbe, ses cheveux hirsutes, ses guenilles et sa crasse, il compose un personnage alcoolique d’anthologie. 



           


Sa prestation remarquable l’installe instantanément au panthéon des grands acteurs du cinéma français. Face à lui, Michèle Morgan arrive à briser la glace qui entoure son image glamour. Elle se livre à un léger strip-tease, se promène souvent le buste chichement vêtu et ose le contact charnel avec Gérard Philipe dans une scène de piqure mémorable.
Si l’on peut sans doute regretter la trop lente évolution des protagonistes et surtout un happy-end sentimental qui a été imposé à Yves Allégret par son producteur alors que le film entier conduisait les personnages vers l’autodestruction et non pas la rédemption, Les orgueilleux n’en demeure pas moins l’une des réussites éclatantes du cinéma français des années 50. 

Source : http://www.avoir-alire.com/les-orgueilleux-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray

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