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dimanche 12 avril 2015

Dino de Laurentiis

Véritable icône du monde de la production cinématographique, Dino de Laurentiis débute comme vendeur de spaghettis pour le compte de son père mais sa fascination pour des acteurs comme Gary Cooper ou Vittorio De Sica le pousse finalement à se lancer dans le métier de comédien. Il étudie alors au Centro sperimentale delle cinematografia où il décide plutôt de consacrer à la production. En 1938, il finance L'Amore canta, premier long-métrage d'une des filmographies les plus impressionnantes du cinéma. Agé d'à peine 20 ans, il se fait rapidement un nom au sein de la société Lux Films. Il se construit alors un solide carnet d'adresse qui va lui permettre de voler de ses propres ailes avec sa propre société Dino de Laurentiis Cinematografica. Il participe alors grandement à la reconstruction du Cinéma italien d'après-guerre qui explose littéralement avec le courant néo-réaliste. Il produit alors les oeuvres des grands cinéastes italiens comme Fellini, Lattuada, ou encore Vittorio De Sica. En 1949 il signe son premier véritable succès, Riz amer, révélant au passage l'actrice Silvana Mangano qu'il épouse la même année. Au début des années 50, il s'affirme comme un producteur incontournable et s'associe avec Carlo Ponti avec qui il écrit quelques-unes des plus des plus belles pages du cinéma italien en produisant, entre autres, Europe 51 et La Strada. Ces années marquent également ses premières expériences internationales (Guerre et paix de King Vidor). Il construit alors les studios Dinocittà près de Rome qui lui permettent de mettre en chantier des projets ambitieux comme Barabbas de Richard Fleischer, La Bible de John Huston ou encore Waterloo de Serguei Bondartchouk. 



                         

Il finance également certains réalisateurs français comme Jean-Luc Godard (Pierrot le Fou) ou Claude Chabrol (Le Tigre se parfume à la dynamite) et bien sûr italien (L'Etranger de Visconti, Roméo et Juliette de Zeffirelli). Dans les années 70, le Cinéma italien est en crise et ses studios font faillite. Ils s'installent alors à Hollywood où il travaillera avec des réalisateurs aussi prestigieux que Sidney Lumet(Serpico), Sydney Pollack (Les Trois jours du Condor), William Friedkin (Têtes vides cherchent coffres pleins), Don Siegel (Le Dernier des géants), David Cronenberg (Dead Zone) et Milos Forman (Ragtime). Il s'impose également dans le divertissement grand public (King Kong, Conan le barbare) au risque parfois de s'égarer des dans productions particulièrement Kitsch (Barbarella, Flash Gordon). Aussi passionné qu'éclectique, parfois opportuniste (Orca, Body), il n'en oublie toutefois pas le cinéma d'auteur et finance L'Oeuf du serpent du cinéaste suédois Ingmar Bergman. Malgré quelques échecs commerciaux dans les années 80 (Dune, L'Année du dragon...) Dino de Laurentiis, fort de son statut de producteur mythique, poursuit sa carrière en maintenant toutefois un rythme moins soutenu qu'auparavant produisant notamment quelques grosses productions (U-571) et les adaptations des romans de Thomas Harris (Hannibal, Dragon Rouge...). Il reste encore aujourd'hui une figure mythique du 7e art.



                


Riz amer est un film charnière dans l’aventure néoréaliste. Le film sort alors que le genre s’apprête à entamer un lent déclin symbolisé par la défaite de la gauche aux élections en cette année 1948. Giuseppe De Santis, sans doute un des réalisateurs les plus engagés du néoréalisme (il fit partie de la résistance italienne en lutte contre Mussolini et l’Allemagne durant la Deuxième Guerre Mondiale) l’avait sans doute senti venir, tant avec ce troisième film il trouve l’équilibre parfait entre message et destins individuels.
Comme nombre de réalisateurs de l’époque, Giuseppe De Santis a débuté par la critique, plus précisément au sein de la revue Cinema. Là, son ancrage à gauche (notamment au sein du Parti communiste) l’amène à être un des premiers défenseurs d’un cinéma décrivant la réalité du prolétariat. Les paroles font bientôt place aux actes lorsqu’il collabore au scénario du Ossessione de Visconti qui l’engage même comme assistant. Sur le tournage se produit un fait anodin mais d’une importance capitale pour De Santis. Lors d’une séquence montrant le couple de héros arpenter la campagne, De Santis propose à Visconti de garder au sein de l’image en arrière plan les paysans effectuant les moissons. Visconti accepte et scelle là la profession de foi de De Santis. En effet, le réalisateur applique à la lettre cette méthode sur Riz amer tout en se démarquant légèrement des canons néoréalistes. Dans la plupart des films néoréalistes première période, l’aspect documentaire et l’expression d’une certaine vérité primaient sur la dramaturgie classique. Le focus se faisait donc progressivement sur les personnages après s’être appliqué à dépeindre l’ensemble d’une communauté (ouvrier, paysans…).

 
   

Dans Riz amer, c’est exactement l’inverse et ce, dès la scène d’ouverture qui fait écho à la tentative d'Ossessione. Au premier plan, une pure intrigue de film noir où l’escroc Vittorio Gassman (son emploi odieux habituel se teinte d’une aura menaçante délestée du comique qui l’allègera à l’avenir) est traqué par la police au sein d’une gare pour le vol d’un collier précieux. Sur le point d’être capturé, il confie l’objet à sa petite amie Francesca (Doris Dowling) qui va se mêler pour un temps aux journalières en partance pour la récolte de riz dans la plaine du Pô. La fuite des deux héros aura en effet été entrecoupée d’images du départ massif de ses « mondines », ouvrières agricoles officiant chaque été à l’époque dans la région de la Lombardie notamment. L’arrière plan réaliste s’inscrit ainsi de manière diffuse avant de devenir un élément clé de l’intrigue principale. Point d’astuce narrative à y voir cependant, ce transfert du cadre et des enjeux obéit totalement à la thématique du film qui va voir le comportement de la fille de mauvaise vie Francesca transformé au contact des ouvrières. 


                            


L’idée du film sera d’ailleurs venue à De Santis et son scénariste Carlo Lizzani alors qu’eux mêmes assistaient à un des grands départs estivaux de ses travailleuses. La vision de cette grande procession féminine, unies, chantante et d’une beauté sans égale dans leur vigueur travailleuse les aura durablement marqué. C’est là qu’on saisit le brio de De Santis et sa démarche à contre courant. Tous les éléments extérieurs tendent à se mêler à cette inaltérable vision de communion collective des ouvrières. La trame policière devient une tranche vie du quotidien de ces femmes, la grâce du moment est privilégiée au rythme enlevé du début. Plus symboliquement, les rôles s’inversent entre la starlette américaine de série B Doris Dowling (recrutée pour attirer le public d’outre atlantique) et la vraie vedette révélée par Riz amer, Silvana Mangano. L’ouvrière soudainement objet de tous les regards et la « star » gagnée par les vertus de la vie en communauté, tout un signe… 


                             


Riz amer, en plus de cet éloge de la collectivité est aussi (et surtout) une belle ode à la féminité. Sans se délester de son aspect documentaire, la caméra de De Santis s’attarde amoureusement sur la beauté de ces femmes au travail. Leur dur labeur semble les magnifier, tant dans leurs formes engoncées dans leurs tenues de travail que la pâleur de leur jambe ou de leur visage radieux et marqué à la fois par l’effort. La photo d'Otello Martelli est irradiée de l’atmosphère estivale de la province de Verceil où fut tourné le film. Cette chaleur palpable intensifie les moments de tension telle cette très originale scène où ouvrières sous contrat et clandestines s’affrontent dans une joute chantée. C’est également cette même fièvre qui les accompagne lors des instants plus sensuels et apaisés, le languissant repos quand la pluie empêche de se rendre à la rizière ou durant les bains. 

Bon, alors là je ne prendrai pas de gants particuliers et assumerai dès les premières lignes de ma chronique mon parti-pris le plus absolu : ATTENTION CHEF-D'ŒUVRE ! Ce film est une véritable BOMBE artistique, que je considère avec le recul ni plus ni moins que comme l'origine de mon intérêt pour le nanar ! Je ne suis d'ailleurs pas le seul, car ce film de Mario Bava fait depuis un certain temps l'objet d'un petit culte, notamment chez certains cinéphiles anglo-saxons, qui y voient le summum du style sixties à son apogée la plus délirante. Avec raison, d'ailleurs : voyez « Danger : Diabolik », puis voyez des films aussi différents qu' « Austin Powers » ou « CQ » : ces hommages à l'esthétique des années 60 croulent sous les références et les emprunts – d'ailleurs avoués – à ce monument de délire. Il n'y a tout simplement pas de mots pour décrire l'imagination pétaradante dont font preuve les auteurs pour nous offrir l'un des plus beaux nanars volontaires qui soient. Précisons l'origine du film, qui a son importance : « Diabolik » est en Italie une B.D. (fumetto) célèbrissime : créé en 1962, et toujours en activité via des aventures disponibles tous les mois en kiosque, Diabolik est un voleur invincible dans la tradition de Fantômas, accomplissant les coups les plus audacieux au nez et à la barbe de la police tout en jouant à l'occasion, paradoxalement, les redresseurs de tort contre plus méchant que lui. 


   

Secondé par sa maîtresse Eva Kant, l'homme à la légendaire cagoule noire use de toutes les techniques du crime pour s'emparer des trésors les plus fabuleux. L'autre héros de la série est l'Inspecteur Ginko, qui depuis plus de quarante ans ne désespère toujours pas de l'arrêter un jour. Monument de la B.D. italienne au même égard que « Tex », « Diabolik » fut également édité en France, sans jamais atteindre de succès comparable ni le même statut de culte. Le succès en Italie ayant été énorme dès les premières années, une adaptation cinéma ne pouvait qu'être en projet. C'est là qu'intervient le producteur aux plus gros sabots de l'Univers, Dino De Laurentiis, l'homme de la démesure et du kitsch inconscient ! Ayant acquis les droits, De Laurentiis confie les rênes du projet à Mario Bava, l'un des meilleurs artisans du cinéma bis italien, connu pour son sens de l'image et surtout sa capacité à tourner vite en économisant sur les budgets. Le film, co-produit avec la France, se veut ambitieux, et des castings luxueux sont envisagés (Alain Delon dans le rôle de Diabolik, Catherine Deneuve en Eva Kant…).


                               

A l'arrivée, le rôle de Diabolik sera tenu par John Phillip Law, jeune premier américain également connu pour son rôle d'ange extraterrestre aveugle dans le « Barbarella » avec Jane Fonda (une autre production De Laurentiis) et futur stakhanoviste des séries B et Z. Eva Kant est jouée par l'Autrichienne Marisa Mell, et – trouvaille ébouriffante du casting ! – l'Inspecteur Ginko, par Michel Piccoli ! On note également la présence de deux figures familières des années soixante : Adolfo Celi (le méchant du James Bond « Opération Tonnerre ») tient le rôle du gangster Ralph Valmont, ennemi de Diabolik, et le comique Anglais Terry-Thomas (l'officier moustachu de « La Grande vadrouille ») fait une apparition en Ministre de l'Intérieur demeuré. Mais le casting – très connoté sixties – ne serait rien sans le style du film. Et là, comment dire… c'est tout bonnement inouï ! Mario Bava, habitué à utiliser des couleurs vives, voire criardes, s'est ici totalement lâché et signe des images fracassant toutes les frontières connues et imaginables du kitsch, des scènes d'action en accéléré, des cascades abracadabrantesques dont certaines furent d'ailleurs reprises telles quelles dans « Le Magnifique », parodie de James Bond avec Belmondo.


                 

Le tout est accompagné d'une musique d'un Ennio Morricone à son sommet, qui contribue grandement au sentiment de surprise, puis d'incrédulité, puis de délire que l'on ressent à la vision de « Danger : Diabolik ». Il est tout de même permis de s'interroger sur les intentions exactes de l'équipe du film, ce qui m'a amené à me demander s'il était très pertinent de le classer en nanar volontaire. Mais à la réflexion, oui, car l'œuvre apparaît comme étant dans la droite ligne d'autres adaptations de B.D. de l'époque, comme le « Batman » sixties avec Adam West. Les B.D. n'étant pas des choses "sérieuses", il est évident qu'on ne va pas se fatiguer à raconter des histoires crédibles. Or, si un tel raisonnement donne parfois des résultats pénibles, « Danger : Diabolik » offre le cas inverse, où le matériau de départ est totalement sublimé par son traitement narquois pour se muer en un véritable objet d'art unique en son genre. Source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-dangerdiabolik-danger--diabolik.html

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