.

.

lundi 27 avril 2015

Claude ,Stéphane et Michel

N’ayons pas peur des mots : La Femme infidèle est un film parfait. Claude Chabrol a rarement manié l’art du cadre et du montage avec autant de dextérité que pour ce scénario apparemment classique, mais tout à fait révélateur du cinéma chabrolien de la fin des années 1960 ou du début des années 1970. Nous sommes en 1969, la femme bourgeoise est alors à son plus haut niveau, et Chabrol s’amuse à dépeindre un milieu où la violence mène au pardon, où la quête de soi passe par la destruction d’autrui. Il faudra ici regarder chaque plan (et quels plans !) pour comprendre le milieu dans lequel cette violence salvatrice s’installe et comment l’infidélité crée la femme.« Il est une figure féminine qui se développe de film en film (…) pour aboutir à cette évanescence, incarnée par Stéphane Audran, longtemps épouse du cinéaste. Son retour dans une quinzaine de films de Claude Chabrol ne se justifie pas seulement par cet esprit de « famille » (dans tous les sens du terme). L’actrice incarne à la fois un type féminin fait de force, de lucidité, de refus des illusions, et un type de comédien qu’affectionne le réalisateur : multiforme, mais surtout capable de jouer un ou plusieurs tons au-dessus du naturel. (…) Avec Bernadette Lafont, Stéphane Audran appartient ainsi à l’ensemble des acteurs que l’on a coutume de considérer comme typiquement chabroliens, parce que capables de transmettre au spectateur leur jubilation à jouer, et même à surjouer leur personnage, à la limite de la caricature. »
Comme l’a compris Joël Magny, avec La Femme infidèle, nous avons affaire à une femme de caractère : loin d’un personnage insipide qui subirait les événements, elle est avant tout actrice du spectacle (là où la femme ordinaire chabrolienne n’est que spectatrice). Elle est tour à tour femme seule (souvent fière de l’être), amante, épouse, mère… elle se définit davantage par le rapport de domination que par le manque ou le vide. Comme toute héroïne chabrolienne qui se respecte, la femme, Hélène Desvallées, conduit à la mort d’un homme. Mais elle ne se construit pourtant pas en personnage irréversiblement diabolique : il n’est pas ici de manichéisme qui consisterait à en faire la mère de tous les vices ou l’origine de tous les maux. Elle est au contraire érigée en modèle (après que l’on a dépouillé le terme de son sens moral) face aux personnages qu’elle croise.



   

Si elle a besoin des rapports sociaux pour s’affirmer et pour évoluer, notamment des rapports entre homme et femme, la figure féminine que le personnage de Stéphane Audran nous livre existe en elle-même. C’est une figure beaucoup plus construite que les précédentes -incarnées plusieurs fois par Bernadette Lafont- dans le domaine personnel, psychologique et social. Adepte de l’otium, elle n’en est pas moins au centre d’une action, dramatique en premier lieu, mais de l’action des autres également. Hélène est aussi socialement une femmes qui a du temps : la volonté a un coût en quelque sorte, et l’on ne peut l’assouvir que dans certaines sphères sociales. Claude Chabrol a ainsi écrit : « L’oisiveté de la femme est un élément favorable pour sa disponibilité, donc pour son aventure. » Mais cette oisiveté n’engendre pas ici l’ennui ou l’enfermement : elle donne parfois naissance au malheur, mais toujours de la part d’un sujet libre et responsable de lui-même.



               

C’est l’image même de cette liberté de mouvement et d’esprit qui permet aux personnages de vivre pleinement mais à leurs risques et périls : la peur n’évitant pas le danger, Hélène préfère faire l’expérience du danger plutôt que de ne rien ressentir (la femme ordinaire n’est justement prise dans aucun flot de sensation). Henry Rabine définissait ainsi émotionnellement cette femme « pompidolienne » en 1968 : « Mais c’est Stéphane Audran que je préfère, peut-être parce que son personnage à elle bouge, provoque, mais attrape de l’âme et ne s’en remet pas. ». Cependant la passion qui conduit à la folie, à la froideur meurtrière ou à l’acceptation de la sortie des codes bourgeois ne trouve son origine que dans leur humanité. Cette femme n’est l’instrument d’aucune transcendance, d’aucune fatalité. Elle n’est pas non plus la prisonnière d’une condition sociale. 


               


Si le rôle tenu par Stéphane Audran semble parfois être l’agent du destin, il n’en est jamais le jouet : nous ne sommes ici ni aux abords de la tragédie grecque, ni dans les méandres des premières œuvres du réalisateur. Hélène Desvallées accepte le meurtre car il lui permet d’abattre toute superficialité et de consolider l’amour vrai, celui qui résiste, celui qui dépasse le cadre du mariage ou de l’infidélité usuelle. Son ultime désir n’est pas la solitude, la tranquillité, mais la satisfaction, à n’importe quel prix : Hélène est la Femme infidèle dans les faits mais tend vers la fidélité suprême qu’est la fidélité à soi-même, au prix d’une amoralité triomphante.
Hélène est aussi la détentrice du pardon : elle est à l’origine du crime perpétré qui reconstitue une cellule familiale ; mais elle pardonne le criminel justement pour avoir agi, pour avoir sauvé dans des formes amorales la liberté qu’elle se construit. Le secret -de l’infidélité puis du crime- est un moyen de se garder des autres et de se protéger : « Hélène Desvallées se complaît dans un rôle d’auditrice puis de confidente ; une façon de ne rien dire sur elle-même » écrit Christian Blanchet. On pourrait presque penser que se dégage une figure sacrée de la femme, qui, malgré ses turpitudes, conserve un caractère discret, introverti et salvateur. Source : http://www.critikat.com/panorama/analyse/la-femme-infidele.html


                           


Juste avant la nuit est un film assez sous-estimé, mais surement l’un des tous meilleurs de Claude Chabrol, pas loin derrière Que la bête meure (1969) ou Le boucher (1970), autres grands films de ce réalisateur génial, vestige d’un âge d’or du cinéma français.
Charles Masson (Michel Bouquet), directeur d’une agence de publicité, assassine sa maîtresse Laura (Anna Douking), la femme de son meilleur ami, François Tellier (François Perrier). Charles éprouve bientôt une grande solitude morale et, rongé par les remords, avoue tout à sa femme Hélène (Stéphane Audran) qui ne le condamne pas. Malgré cela, le calvaire moral de Charles va aller grandissant…
Claude Chabrol aborde donc dans ce film plusieurs thèmes comme la culpabilité, l’amitié et l’amour dans le milieu de la petite bourgeoisie française dont il aime tant se moquer avec grande finesse à travers ses nombreuses réalisations.
Ici, le coupable ne cherche pas à fuir et ne supporte pas longtemps le poids de son crime. Un crime charnel, résultat d’un jeu sadomasochiste qui a mal tourné. Il l’avoue d’abord à sa femme qui ne semble pas plus bouleversée que ça et ne le blâme absolument pas. Le fait de partager son lourd secret va permettre à Charles de le supporter pendant quelques temps, mais les remords et le sentiment de culpabilité reviennent vite le ronger. Il décide donc de tout avouer à son meilleur ami en personne et lui demande même de porter plainte contre lui afin qu’il soit jugé pour sa faute et ainsi libérer son esprit de ce crime qui lui torture l’esprit. 


           

Mais encore une fois, le résultat de son aveu n’a pas du tout l’effet escompté. Son ami ne paraissant aucunement rancunier à son égard et lui conseillant même d’oublier toute cette histoire. Cette réponse ne fait que plonger Charles dans un tourment encore plus profond. Leur discussion se termine d’une façon qui résume bien la situation: « Charles: – Ne te force pas à empêcher notre amitié de mourir si tu sens que ce n’est plus possible ». François lui répondant comme si de rien n’était, impassible: « A demain Charles… ».
Chabrol ne tombe pas dans le cliché du politiquement correct et de l’attendu et laisse son coupable seul avec ses démons. Le comportement de sa femme est très ambigüe. Elle ne parait pas touchée et refuse que son mari se rende à la police, mais est-ce pour le bien de ce-dernier ou plutôt pour son bien à elle, sa grande maison, ses enfants, son petit confort bourgeois? 


               


Pareil pour le mari veuf/cocu qui souhaite peut-être garder une certaine réputation, ne se souciant guère du malaise ressenti par son « meilleur » ami et le besoin qu’il a d’être jugé pour sa faute… Le réalisateur du Beau Serge (1958) décrit donc ici un des côtés sombres de la nature humaine, très bourgeois, qui ne pense qu’à sa pomme, à son petit bien-être, sous-couvert d' »aider son prochain ».
Comme souvent chez Chabrol, la réalisation est toute en sobriété et la mise en scène très maitrisée. La tension va crescendo pour amener à une fin ambivalente et que l’on peut imaginer comme finalement salvatrice pour Charles.
Le casting est très bon, avec en tête,  le duo Michel Bouquet/Stéphane Audran, déjà réunis dans La femme infidèle (1969), dont le sujet comportait d’ailleurs plusieurs points communs avec ce film là. Source : https://lecinemadughetto.wordpress.com/2013/02/18/juste-avant-la-nuit-1971/

1 commentaire: