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jeudi 30 avril 2015

Let them swing !

Pour évoquer la musique américaine des années 1950, Continent musiques mixe morceaux choisis et anecdotes. Une époque swing... pas toujours facile.
New York, années 1950, à bord d'une vieille Bentley. Thelonious Monk dormait sur le siège passager, tandis que Nica, sa muse aux 122 chats, conduisait en fumant... La semaine du 21 juillet, sur France Culture, Amaury Chardeau proposait dans Continent musiques cinq balades sonores d'une heure. On entendait Louis Armstrong s'envoler pour Paris dans un grondement de trompette, Charles Mingus pleurer sur le divan de son psy, Miles Davis déplorer la paralysie de sa main droite, ou encore Art Pepper désespérer de son addiction à l'héroïne... La voix du producteur accrochait, les morceaux choisis (Round midnight, Someday my prince will come, Cornet chop suey...) envoûtaient, et l'écriture, volontiers argotique, épousait au plus près le sujet en mêlant fiction et réalité, anecdotes et grande Histoire. Donnant à sentir à hauteur d'hommes la ségrégation raciale, le zèle des policiers, l'empreinte du swing et du be-bop, les vapeurs d'alcool et de cannabis, les jupes retroussées en coulisses... Tout ce qui a inspiré le jazz. 


                          

Le rêve de Monk ;Géniaux marginaux, inspirations divines, jupes retroussées backstage, élégances cravatées ou déchéances le garrot autour du bras, mécènes fantasques, sessions mythiques, démences, volutes et fulgurances : le jazz contient dans l’odyssée qui l’a vu naître tous les ingrédients qui font les dramaturgies bien balancées. Ici, on explorera donc ce que le jazz américain a, depuis ses origines, à nous raconter au creux de l’oreille, sous formes de mini fictions inspirées d’histoires absolument authentiques.Amaury Chardeau est producteur de documentaires à France Culture depuis 2006, passionné de photographie (Mon œil ! diffusion France Culture été 2012, collaborateur à la revue The Eyes…) et d’histoires bancales si possible mâtinées de fiction.Emission consacrée à l'inclassable maitre du piano bebop, Thelonius Monk (1917-1982) et à ses relations avec la baronne du jazz Pannonica de Koenigswarter...  


                    


1946. Tournage à Hollywood du premier film où Louis Armstrong tient un rôle majeur: New Orleans, d'Arthur Lubin. Encore qu'il ne soit qu'un chef d'orchestre et que l'inoubliable Billie Holiday tienne le rôle d'une femme de chambre. Conclusion de Louis Armstrong: "Ce que nous font faire les gens de Hollywood, c'est toujours bidon!" Il sera quand même la vedette du festival de Nice avec Earl Hines. Le président Vincent Auriol lui offre un vase de Sèvres qui lui sera remis par Yves Montand. Concert à Paris en mars. Autres films: Courtin' Trouble, de Ford Beebe, et A Song is Born (Si bémol et fa dièse), de Howard Hawks. 
Selon la tradition, Armstrong est couronné roi des Zoulous à La Nouvelle-Orléans, en 1949. Hugues Panassié et Leonard Feather participent aux festivités. Time lui consacre une couverture. Désormais, Louis viendra en tournée tous les ans en Europe accompagné par un groupe de style dixieland. Plus de grands orchestres. A Rome, Lucille (sa nouvelle épouse) et lui sont reçus par le pape Pie XII: "Nous n'avons pas d'enfants, ce n'est pas faute d'essayer!" 
Puis l'enregistrement de La Vie en rose et de C'est si bon, succès d'Edith Piaf, accroît sa popularité auprès du grand public européen. Avant quelques nouveaux films, dont Glory Alley (La Ruelle du péché), de Raoul Walsh. Les lecteurs de Down Beat l'élisent "figure musicale la plus importante de tous les temps", devant Duke Ellington. Jean-Sébastien Bach est à la septième place. Emission consacrée au père du jazz moderne, Louis Armstrong (1901-1971) en partance pour un concert en France en 1952...

                            


Si par ses propos, ses actes et ses écrits, Charles Mingus a laissé le souvenir d'un personnage au caractère turbulent, irascible, voire violent, son oeuvre enregistrée met davantage en évidence d'autres qualités comme l'intensité, la spontanéité, la puissance de sa musique ainsi qu'une vision non conventionnelle du jazz tel qu'on le jouait dans les années 50 et 60. Au-delà du contrebassiste prodigieux qu'il était, l'art de Mingus réside bien plus encore dans ses capacités à composer et à diriger des pièces musicales où le passé du jazz se mélange bien souvent à son futur. Bien que Mingus laisse suffisamment d'espace aux musiciens à qui il confie l'interprétation de ses visions, ses compositions sont denses, complexes, imprévisibles par leurs brusques variations de cadence ou de tempo et, si elles contiennent parfois de belles harmonies comme aurait pu les concevoir son mentor Ellington, elles sont souvent soumises à des déstructurations sauvages, des accélérations impromptues et peuvent même se résoudre en dissonances tout à fait avant-gardistes pour l'époque. Emission consacrée au contrebassiste Charles Mingus (1922-1979) ,Invité en plateau : Yvan Amar, producteur à France Musique.

                            


Emission consacrée au saxophoniste Art Pepper (1925-1982), aux prises avec son addiction à l'héroïne...Dans les années 40, elle ne se procure pas dans des rues mal famées mais… dans des magasins: d’abord vendue librement comme pilule contre l’asthme et la diarrhée, elle s’achète en capsule pharmaceutique à 2 $ pièce. Après guerre, tous les jazzmen du bebop se refilent le filon : l’héroïne va faire des ravages chez les boppers. La liste est très longue, jusqu’aux 6o’s, pour ceux qui y arriveront. A cause de leur addiction, beaucoup passent par la case prison: Ray Charles, Gerry Mulligan, Billie Holiday, Anita O’Day.Art Pepper, Lester Young, Chet Baker, Thelonius Monk, Fats Navarro, Art Blakey, Milt Jackson, Miles Davis, etc. Charlie Parker ne fut jamais arrêté pour drogue, alors que les doses qu’il s’envoyait auraient terrassé un mammouth. Miles Davis, à qui l’on retira sa maison, se payait ses shoots en faisant bosser des filles de joie. De Keith Richards à Kurt Cobain, de Jimi Hendrix à Anton Newcombe, du Velvet Underground (Lou Reed, John Cale et Nico) à Nick Cave, de John Lennon à Johnny Thunders, en passant par Frankie Lymon, Dee Dee Ramone, Janis joplin, Sid Vicious, jim Hardin… La liste des musiciens rock’n’pop tombés sous la dépendance de l’héro n’a jamais cessé de gonfler. Comme celle des macchabées...


                            


Le nouveau sextet de Miles est présenté le 05 juillet 81 à NY.  Des plages enregistrées à cette datte seront complétées par des extraits de la tournée d’automne au japon pour constituer l’album “We Want Miles”.
Le retour est triomphal mais Miles est épuisé. Sujet à des pneumonies chroniques, il se réveille un matin avec la main droite paralysée, suite à une attaque. Sur les conseils de Cicely TYSON, il suit le traitement et le régime strict d’un médecin chinois. Il reprend la route au printemps 82, amaigri, un filet ou un bonnet rassemblant les rares cheveux qui lui restent, mais il a retrouvé l’usage de sa main et il apparaît souriant à son public, comme il ne l’a jamais été. A son intérêt pour la haute couture s’ajoutera désormais le goût des coiffures (implants, perruques) et des couvre-chefs. En août 82, commence l’enregistrement de “Star people” ; un 2me guitariste fait son apparition : John SCOFIELD. En 83, ce dernier reste le seul guitariste et Tom BARNEY puis Darryl JONES remplace Marcus MILLER.  Les plages enregistrées en juillet 83 au festival de Montréal sont complétées en août et en septembre par des prises en studio avec Brandford MARSALIS.Il en résulte “Decoy”très marqué par les claviers et les arrangements de Robert IRVING, déjà responsable de la composition de “Shout” et de l’arrangement de The Man With The Horn.   Son influence est encore déterminante dans la préparation de l’album “You’re under Arrest” . Emission consacrée au trompettiste Miles Davis, victime en 1982 d'une attaque qui paralyse sa main droite...

Brian Keith

En France, où on n'a pas beaucoup vu The Westerner, on garde surtout de Keith un souvenir lié à ses autres meilleurs films, principalement des polars: Nightfall, de Tourneur d'après Goodis, Tight Spot, de Phil Karlson, et bien plus tard sa fine interprétation d'un rôle ingrat, le colonel amant de Liz Taylor dans Reflets dans un oeil d'or, de Huston. Jusqu'alors il n'avait joué que des westerns estimables (le Sorcier du Rio Grande, de Charles Marquis Warren, ou le Jugement des flèches, de Fuller, par exemple, dans lesquels il joue toujours la voix de la raison et de la conciliation en face de féroces racistes «pragmatiques», Charlton Heston et Ralph Meeker, respectivement).
Keith donnera encore sa chance à Peckinpah en insistant pour qu'il dirige The Deadly Companions son premier long métrage, mais qu'il a toujours renié: Maureen O'Hara était la vedette, le film était écrit et produit par son frère, et Peckinpah n'eut pas son mot à dire. Dans le film de Tourneur, Nightfall, Keith est parfait de menace implicite dans le rôle de «John», l'homme de main compréhensif et bonasse qui joue le «bon» méchant à côté du taré sadique («Red») joué par Rudy Bond. Ce qui ne l'empêche nullement d'essayer d'écraser la tête d'Aldo Ray sous un balancier de pompe à pétrole. Quand NBC avait offert à Keith et Peckinpah de «renouveler» The Westerner, mais en en faisant un feuilleton plus «familial», ils s'étaient trouvé d'accord pour dire à la direction de se mettre les deux millions de dollars proposés au cul. Mais, depuis, Keith avait succombé au lucre de la télé; il était déjà devenu pour les Américains ce qu'il est encore aujourd'hui (les nécros là-bas ne parlent que de ça): le Uncle Bill du bêtifiant feuilleton Family Affairs. Après des années de vaches grasses à la télé et chez Disney (il y eut même un Brian Keith Show), l'acteur continuera de travailler sans trop d'interruption, mais dans rien de notable à part Reflets dans un oeil d'or en 1967, et The Yakuza en 1975 (Paul Schrader), en face d'un Mitchum certes las, mais qui avait conservé sa grâce plus longtemps que lui ­ et accompli beaucoup plus avec un talent presque comparable. GARNIER Philippe



                

Si John Huston est un monument du cinéma américain – en témoignent les grands classiques que sont Le Faucon Maltais, African Queen, Le Trésor de la Sierra Madre, Les Désaxés, L’homme qui voulut être Roi, La Nuit de l’Iguane, et son dernier chef d’œuvre Gens de Dublin, d’après James Joyce – une partie conséquente de sa filmographie est restée relativement confidentielle.
Avant leur récente édition en DVD, il était en effet difficile de voir des films comme Wise Blood, Fat City, Under the Volcano (adapté du roman fulgurant Au dessous du volcan de Malcom Lowry). Reflets dans un œil d’or fait partie de cette même zone d’ombre dans la filmographie de John Huston – zone passionnante à explorer, car contenant des œuvres souvent au moins aussi accomplies que les grands classiques du réalisateur.
La vision du film permet toutefois de comprendre aisément pourquoi : sombre, lent, et montrant deux immenses stars dans des contre emplois, Reflets dans un œil d’or avait peu de chance de séduire le grand public. Celui-ci, avant de le bouder dans les salles obscures, avait d’ailleurs contribué à altérer les qualités et la particularité visuelles du film. En effet, la version voulue par John Huston, composée d’images sépia, dorées (pour donner l’impression que le film se reflète dans un œil d’or), a totalement dérouté les premiers spectateurs, ce qui incita les producteurs à sortir une copie aux couleurs « classiques », la copie dorée ayant définitivement disparu par la suite. 



   

Heureusement, un remarquable travail de restauration a été effectué, et le film est aujourd’hui disponible dans la version souhaitée par son auteur.
Le résultat est brillant : Reflets dans un œil d’or est une réussite totale sur le plan formel, restant, à ce niveau, l’une des expériences les plus audacieuses de John Huston. La lumière et les teintes dorées du film donnent lieu à des compositions singulières et fascinantes.
Au niveau du fond, Reflets dans un œil d’or est d’une noirceur absolue. Tout est dit dans la réplique citée au début de cet article. Dans l’œil doré d’un paon se mire une image petite et grotesque – deux adjectifs qualifiant parfaitement les personnages du film, leurs sentiments et les situations qu’ils traversent.
Le Major Penderton (Marlon Brando) est un militaire obsédé par l’ordre (cela se ressent jusque dans sa voix et sa diction, grâce au jeu encore une fois extraordinaire de Brando) et la normalité. 


                                 


Ses désirs refoulés envers le soldat Williams créent donc un conflit intérieur violent ; en attestent les scènes où son visage adopte successivement une expression rêveuse, béate, puis soudainement plus fermée et sévère, tout comme ses accès de violence incontrôlés.
Son épouse Leonora (Elizabeth Taylor) est somptueuse mais vulgaire, stupide et égoïste ; au point que l’admiration aveugle que lui voue le soldat Williams (il ne la connait absolument pas) présente une dimension absurde. Leonora humilie régulièrement Penderton, lui jetant à la figure son absence de virilité (le couple fait chambre à part), ce à quoi le Major répond de façon ridicule ; en regardant ses muscles dans la glace, par exemple, ou encore en tentant de maîtriser son rival symbolique, le cheval Firebird (que Leonora qualifie, sans innocence aucune, d’ «étalon»), pour finir traîné dans la boue par l’animal (au cours d’une scène exceptionnellement bien filmée). Source : http://www.citizenpoulpe.com/reflets-dans-un-oeil-d-or-john-huston/


                


Yakuza est un des grands polars des 70's précurseur des hybridation à venir entre cinéma occidental et asiatique. Le film est le premier scénario à succès de Paul Schrader qui, épaulé par son frère Léonard Schrader fin connaisseur de culture nippone (il lui écrira plus tard le scénario du biopic Mishima consacré au controversé auteur japonais) apporte la touche d'authenticité souhaitée. Robert Towne, sommité de l'écriture hollywoodienne durant cette période (notamment pour son script oscarisé de Chinatown pour Polanski) apporte lui au script l'équilibre et le rythme souhaitée pour le grand public, le film dévoilant tout un pan d'un univers encore peu accessible au spectateur occidental sorti des cercles cinéphiles.
L'équilibre s'avère donc parfait entre la tradition du film de yakuza japonais et l'efficacité américaine, les rudiments de ce cadre nous étant subtilement dévoilés au travers des dialogues (parfois un peu démonstratif pour le public d'aujourd'hui habitué au genre) et des péripéties. S'il innove au niveau de la documentation, le principe du film (polar avec un américain perdu en terre japonaise) n'est pas totalement nouveau puisque déjà exploité dans l'excellent La Maison de Bambou de Samuel Fuller et sera repris (avec nettement moins de réussite) dans le Black Rain de Ridley Scott.



   

Dans Yakuza cette union se traduit essentiellement au niveau des personnages par la profonde relation qui unit Takakura Ken (stoïque, charismatique parfait) et Robert Mitchum (parfait en héros vieillissant à qui on ne la fait pas) conduite par le code de l'honneur et qui se mû progressivement en poignante amitié comme le montre la belle scène finale où Mitchum s'excuse selon les rites yakuza. La réalisation de Pollack est au diapason avec un scope superbe et des idées directement issues des classiques japonais du genre comme ses plans en plongée de Takakura Ken armé de son sabre et encerclé d'adversaire lors du final (on pense très fort à la fin de La Vie d'un tatoué de Suzuki entre autres, mais aussi pour la facette plus gangster aux film de Kinji Fukasaku comme Combat sans code d'honneur dont on reparlera bientôt) ou ce tranchage de bras bien graphique lors du sauvetage de la fille de Tanner. 



                              


La fusion est idéale entre imagerie pop, respect du genre et occidentalisation. Le sommet de ce principe est atteint lors d'un final anthologique ou Mitchum armé d'un fusil et Takakura Ken de son sabre déciment à eux deux le clan Tono, grand moments d'action où le western et le polar croise le chambarra le plus survolté.
On appréciera aussi la retenue typique des 70's, avec ce ton posé qui prend son temps pour présenter la situation et les personnages, et la manière de doser juste ce qu'il faut l'émotion sans appuyer outre mesure notamment toutes les belles séquences de conclusion. Une belle réussite qui ouvrit la voie à bien des réalisateurs et spectateurs et dont l'influence peut sans conteste remonter à d'autres hybride moderne comme la saga des Matrix. Source : http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2011/04/yakuza-yakuza-sydney-pollack-1975.html

mercredi 29 avril 2015

Pierre Bertin

Né le , à Lille, et mort le , à Paris. Comédien, metteur-en-scène et scénographe français.Après ses études de médecine, il est découvert par Antoine et devient acteur de théâtre, entre autres à l'Odéon.Entrant au Conservatoire et poursuivant en même temps ses études de carabin. Un soir, sur la scène de la Comédie-Française, il jouait le docteur Diafoirus du « Malade imaginaire » tout en étant le médecin de service. S’il fut avant tout un comédien de théâtre, il est resté vingt-deux ans à la Comédie Française avant d’intégrer la Compagnie Renaud-Barrault — il fut aussi passionné de musique, composant des chansons, des livrets d’opéras-comiques. 



                                 


Proche du mouvement surréaliste dans les années vingt, il fut l’ami d’artistes comme Jean Cocteau ou Darius Milhaud.Il a été le mari de Marcelle Meyer, à qui il a fait connaître Erik Satie et ses amis. Son fils Roland Bertin est également comédien de théâtre et de cinéma, à son tour sociétaire honoraire de la Comédie-Française. À l’écran : « (...) le lorgnon dont il use supérieurement concourt à fixer son image de marque. Onctueux et melliflu, il argumente et ajuste le pince-nez, le retire, le rejette, le replace, le fait tournoyer. » (in « Les Excentriques du cinéma français », Ed. H. Veyrier, 1983). Il fut spécialisé dans des rôles de pacifiques hurluberlus, pompeux, phraseurs et lunaires. Il fut Comte de Guiche dans Cyrano de Bergerac, Baron de Nesselrode dans Le Diable boiteux, Marquis de la Force dans Le dialogue des Carmélites. Enseignant souvent chahuté (L’amour chante. Knock, Professeur Cupidon); Lieutenant (Le secret de la Comtesse) ou Colonel (Tire-au-flanc) sans grande autorité, Abbé (L’affaire du collier de la Reine) ou Chanoine (Calmos), il fut encore Commissaire (Orphée), Président de tribunal (Les bons vivants, L’étranger) et même Roi (de Puerto Nero, dans Le Roi-bis). Il incarna dans Mademoiselle Béatrice le personnage qui lui ressemble le plus, rêveur et poète...  (référence : Fiche Monsieur Cinéma)   


                            


Jeunes filles en détresse est un film français réalisé par Georg Wilhelm Pabst, sorti en 1939.
Ah quelle bien belle langue que la langue française, parfaitement ma bonne dame, oh à cette époque-là les jeunes filles avaient encore du vocabulaire, n'étaient jamais vulgaires (eh oui, tout était soit "épatant", soit "chic", prenez-en de la graine, pauvres ados dégénérés de Secret Story po capables d'utiliser correctement un pronom relatif, vous qui passez votre temps à être "vénères" et à tout trouver "trop grave" entre deux gros mots), ah que cette France était pittoresque avec tous ces acteurs qui avaient encore l'accent de leur province (sacré Ministre de la Justice qui joue comme un cochon mais qui prononce super bien tous les "e" muets), ah que la France était coquette en ce temps-là, un temps où n'importe quel chapeau était à la mode et où on n'avait jamais peur du ridicule (j'ai fait une grosse fixette sur les chapeaux, c'est bien la première fois en matant un film... pas forcément bon signe...), ah... bon j'arrête là sinon on va croire que c'est une chronique signée Jean-Pierre Pernaut... Bon, franchement c'est bien gentil, c'est frais, c'est mignon tout plein cette petite pension de jeunes filles (bourgeoises) en fleur qui tente de se liguer contre le divorce de leurs parents, mais c'est aussi diablement cucul-la-praline pour ne pas dire franchement lourdingue, ce petit discours genre "famille, famille, famille" pour parodier un petit slogan de l'époque...
Sans vouloir être méchant avec l'ami Pabst qui a démontré par le passé tout son talent, ces Jeunes filles en Détresse menées par une Micheline Presle débutante et moralisatrice à souhait (on a d'ailleurs, de loin, préféré la prestation de la chtite Margot, Louise Carletti, pleine de candeur et de spontanéité) prennent rapidement l'allure d'un bon vieux cinéma de pôpa, sans mauvais jeu de mot. 


   

Si l'idée de départ n'est pas bien méchante en soi (regardez, misérables adultes bourgeois, vous qui vous consacrez pleinement à votre carrière et qui divorcez à tour de bras, comme vous rendez malheureuse votre progéniture (gros plan sur le visage trognon d'une petite fille toute en larmes aussi émouvante que Céline Dion en fin de concert, histoire de faire passer le message tout en finesse)), elle en devient vite gavante par son petit côté ultra-conservateur (les jeunes filles mettent au point une centaine de "lois" (!) qu'elles transmettent au Ministre de la Justice pour lutter contre le divorce - tiens, juste une, au hasard : "Toute personne qui divorce plus de deux fois devra se voir retirer sa carte d'électeur", ah). Le discours du dit Ministre qui reçoit les militantes et les rassure sur le fait qu'il existe déjà des lois n'est guère plus progressiste : vous, mesdemoiselles, qui êtes l'avenir du pays, saurez vous montrer plus tard de gentilles et fidèles épouses et saurez montrer l'exemple face à ce vilain mal qu'est le divorce (vivement Mai 68, malheureux...). 


                

Du coup même si le sujet pouvait sembler en soi un poil avant-gardiste (on est en 39 tout de même), la façon dont il est traité paraît, elle, diablement caricaturale et sclérosée... Un peu à l'image d'ailleurs de cette mise en scène, genre "Au Théâtre ce soir", où chacun récite à tour de rôle sa petite réplique sans jamais interrompre, mon Dieu, son partenaire - le naturel semble être définitivement resté au placard... D'où ce plaisir un peu désuet que l'on prend à écouter cet-teu bel-leu lan-gueu fran-çaiseu où cha-que petit mot est clai-re-ment ar-ti-cu-lé. Il n'y a pas de mal à cela, je suis le premier à en convenir... Et pis notre esprit tortin qui, tout de même, pour ne pas s'endormir totalement, finit par se focaliser sur ces chapeaux absolument "extravagants" qui feraient passer le Carnaval de Rio pour un défilé Prada (je suis pas chien, vous remarquerez, je vous ai préparé un petit best-of qui ne manque pas de plumes)... Mais bon, je ne voudrais point non plus me faire trop caustique avec l'ami Pabst qui nous a tant émerveillé avec sa Boîte de Pandore et son Journal d'une Fille perdue, pour n'en citer que deux... Ah ben oui, Micheline Presle n'est po Louise Brooks, c'est un fait...Source :http://shangols.canalblog.com/archives/2011/03/18/20659679.html 


                               

Monsieur Fabre est un film français réalisé par Henri Diamant-Berger, sorti en 1951.
Film sur la vie de l'entomologiste Jean-Henri Fabre, consacrée entièrement à l'étude passionnée des mœurs des insectes. D'Avignon à Paris, de Paris à Sérignan où il finira ses jours, et honoré par Poincaré alors président de la République. Sa patience, son obstination, son savoir seront reconnus par Napoléon III, l'éditeur Delagrave, le philosophe Stuart Mill et trouveront leur aboutissement dans ses Souvenirs entomologiques.Professeur à Avignon, Jean-Henri Fabre fait l'amusement et l'étonnement de ses concitoyens. Pourquoi donc ce digne personnage passe-t-il le plus clair de son temps vautré dans l'herbe des pentes du Ventoux, l'oeil fixe ? Quelques amis, dans le secret, savent qu'il étudie les moeurs des insectes et ne se lasse pas de suivre leurs curieux manèges. Encouragé par l'un d'eux, John Stuart Mill, Fabre publie le résultat de ses examens dans une fort belle prose, qui lui vaut un vaste succès et l'attention de l'empereur lui-même...
La France a honorè plusieurs savants dans des longs-mètrages très intèressants dont "Monsieur Fabre" d'Henri Diamant-Berger, film drôle, èmouvant et sensible! Pierre Fresnay qui campe un excellent entomologiste n'en croit ni ses yeux ni ses oreilles en 1951! 


   

C'ètait bien la première fois qu'on osait lui tenir tête sur un plateau de cinèma! En acceptant de passer le costume de Jean-Henri Fabre, il n'imaginait pas qu'un gamin haut comme trois pommes puisse en ces termes "J'veux pas! J'veux pas! C'est pas mon père!" l'envoyer sur les roses! Ce gamin de 4 ans, c'ètait Patrick Dewaere (dans son premier rôle au cinèma) qui n'a que faire de la camèra et, de plus, il n'ètait guère à l'aise dans son habit! il le trouvait ridicule et avait même l'impression d'être vêtu comme une fille! Hormis cette anecdote, dans le domaine de la biographie filmèe, "Monsieur Fabre" est une rèussite avec un Pierre Fresnay qui offre ici de beaux numèros d'acteurs...
 Pierre Fresnay excéllait dans les rôles de "grands personnages". Il transmet une vrai émotion. Il rentre dans la peau du personnage avec une aisance à "la Fresnay". Si vous avez aimé "Dieu à besoin des hommes" et "les Aristocrates", vous tomberez sous le charme intarissable de Pierre fresnay...

mardi 28 avril 2015

O'Boys

Mississippi, 1931. Huck Finn et son frère Tom survivent sous les coups d'un père alcoolique et petit trafiquant. Pour échapper à une condition très précaire, le jeune homme est placé chez Mortimer Denis, éleveur de poissons-chats. Il fait alors la connaissance de l'un des ouvriers : Charley Williams. Commence alors une étrange relation entre ce garçon blanc et cet homme noir attaché à une guitare dont il est incapable de sortir de belles mélodies. Leur chemin sera à l'image du fleuve : sinueux et très mouvementé.
Il y a des couvertures qui interpellent, qui invitent au voyage. Celle de ce premier tome de O'Boys en fait partie, avec ses couleurs chaudes de crépuscule. Et il fallait oser présenter les deux personnages principaux de dos, pourtant cela fonctionne parfaitement tant l'envie de les suivre est forte. Le plus important n'est plus de savoir qui ils sont, mais où ils vont.
O'Boys est un récit d'aventure au sens noble du terme, celle qui entraîne le héros loin de son foyer, à la découverte du monde. Peut-on pour autant parler de héros concernant Huck et Charley, deux écorchés de la vie ? Le premier, livré à lui-même, sans repère pour se construire. Le second, un noir dans un État du Sud, subissant au quotidien sa couleur de peau. L'esclavage est certes aboli depuis des années mais la route est encore longue pour parvenir à l'égalité, tant il est difficile de lutter contre des décennies de servitude.


                  

De cette rencontre improbable va naître une profonde amitié, construite lentement, au fil de leurs péripéties, chacun ayant besoin de l'autre pour fuir un quotidien devenu insupportable. Pourtant, tous deux ont en commun une passion : celle de cette musique noire jouée dans les juke-joints, ces endroits à la fois cabarets et saloons. Philippe Thirault (Mille Visages, Lucy) et Steve Cuzor (Black Jack, Quintett) ont imaginé un récit haut en couleurs, d'une grande richesse. Mark Twain avec les Aventures d'Huckleberry Finn et John Steinbeck avec les Raisins de la colère, ne renieraient pas les tribulations de ce duo improbable, parti « brûler le dur » à la manière des vagabonds du rail.
Une telle histoire méritait une mise en images particulière pour restituer fidèlement l'environnement dans lequel évoluent Huck et Charley. Le trait de Cuzor possède cette rugosité qui sied parfaitement à la situation, il décrit avec justesse la vie des homme dans les États du Sud, peu d'années après la grande crise. Les visages sont marqués autant par la dureté de la nature que par les épreuves traversées. Premier tome de la trilogie, Le Sang du Mississippi est une entrée en matière d'une rare intensité, présageant d'une série de qualité si la suite est du même acabit. O'Boys est également un hommage au Blues, celui qui vient des tripes, mélancolique et rythmé, tout comme cet album mené tambour battant. Source : http://www.bdgest.com/chronique-3390-BD-O-boys-Le-Sang-du-Mississippi.html


                 

L’aventure dans l’Amérique des années 1930 continue. En pleine crise économique, Huck et son ami Charley nous font vivre un road trip mouvementé. Poursuivis par un shérif sans scrupules, ils vont tout à coup goûter aux révoltes de ceux qui dénoncent l’injustice sociale. C’est l’heure de la chasse aux « rouges », non pas les indiens mais ceux qui sont considérés comme des communistes.
Le périple est long dans cette Amérique de la misère, mais le voyage a lieu sans regarder la montre. Les multiples rencontres et le rythme soutenu garantissent une très bonne récréation. L’ensemble prend aussi, en quelques occasions, une tournure mystique, lorsque Charley se met à jouer du blues. La musique à en perdre l’âme… un hommage à quelques grands noms comme Robert Johnson.
Le scénario de Thirault est parfaitement maîtrisé, imbriquant de nombreux enjeux et personnages sans pour autant s’y perdre. Seule la conclusion du tome m’est apparue un peu tirée par les cheveux, mais – après tout – pourquoi pas ! Cela va sans doute donner une autre tournure au troisième et dernier tome.
Quant aux dessins de Cuzor, ils sont certes classiques, mais impeccables. Il nous fait revivre à merveille le pays de l’Oncle Sam, donnant à ses personnages de vraies « gueules » aux traits marqués.
Si vous n’avez pas encore découvert cette série, prenez en douce le prochain train de marchandise. Vous y entendrez la musique du Diable et le grand air d’une Amérique en plein doute. Aperçu : http://www.bdgest.com/preview-594-BD-o-boys-deux-chats-gais-sur-un-train-brulant.html?_ga=1.107087554.1781469914.1429770252





Enfin ! Après trois ans d'attente, Steve Cuzor clôt la première partie de cette série ô combien prometteuse. S'il a perdu en route son co-scénariste Philippe Thirault, remplacé par Stépan Colman, il ne s'est pas pour autant écarté de son objectif de départ, à savoir transposer l'histoire d'Huckleberry Finn dans l'Amérique des années 30. Ce troisième volume laisse de coté l'univers ferroviaire des hobos et recentre l'intrigue dans un décor purement urbain. Au menu, l'envoutante Memphis : « point de liaison entre le Sud sauvage et le Nord paternaliste, c'était d'ici que partaient tous les trains musicaux, blues, jazz, swing, western-counrtry… Memphis allait également inventer le barbecue, les supermarchés, les chaines hôtelières, les transports express et la nostalgie infinie… » Pour Huck, la visite de la ville va se circonscrire aux quartiers noirs et aux junk joints, ses bouges infâmes où les musiciens de passage jouaient chaque soir pour quelques dollars et où l'alcool coulait à flot. Cette Amérique de la grande dépression est ici parfaitement retranscrite par le trait dense et précis de Cuzor. Il me rappelle encore et toujours par moments le Blueberry de Giraud, ce qui est quand même LA référence ultime. En dehors du dessin, l'autre qualité majeure de l'album (selon moi) réside dans le clin d'oeil fait à l'histoire du légendaire bluesman Robert Johnson. Charley vend son âme au diable et cherche le Crossroad, ce carrefour mythique où l'on doit faire des choix qui vont sceller notre destin. Selon la légende, Robert Johnson aurait rencontré le malin alors qu'il s'était assoupi au bord d'un Crossroad. Une entité surgit de nulle part lui apparut et, en échange de son âme, elle accorda sa guitare. Suite à cette rencontre, Johnson, musicien sans talent, devint l'un des plus grands bluesmen de tous les temps. Mais quand on passe un tel pacte, il faut s'attendre à payer l'addition un jour ou l'autre. Charley, comme Robert Johnson (empoisonné par un mari jaloux, il mourut dans d'atroces souffrances), l'apprendra bien assez tôt… Source : http://www.babelio.com/livres/Cuzor-OBoys-Tome-3--Midnight-crossroad/343915

lundi 27 avril 2015

Claude ,Stéphane et Michel

N’ayons pas peur des mots : La Femme infidèle est un film parfait. Claude Chabrol a rarement manié l’art du cadre et du montage avec autant de dextérité que pour ce scénario apparemment classique, mais tout à fait révélateur du cinéma chabrolien de la fin des années 1960 ou du début des années 1970. Nous sommes en 1969, la femme bourgeoise est alors à son plus haut niveau, et Chabrol s’amuse à dépeindre un milieu où la violence mène au pardon, où la quête de soi passe par la destruction d’autrui. Il faudra ici regarder chaque plan (et quels plans !) pour comprendre le milieu dans lequel cette violence salvatrice s’installe et comment l’infidélité crée la femme.« Il est une figure féminine qui se développe de film en film (…) pour aboutir à cette évanescence, incarnée par Stéphane Audran, longtemps épouse du cinéaste. Son retour dans une quinzaine de films de Claude Chabrol ne se justifie pas seulement par cet esprit de « famille » (dans tous les sens du terme). L’actrice incarne à la fois un type féminin fait de force, de lucidité, de refus des illusions, et un type de comédien qu’affectionne le réalisateur : multiforme, mais surtout capable de jouer un ou plusieurs tons au-dessus du naturel. (…) Avec Bernadette Lafont, Stéphane Audran appartient ainsi à l’ensemble des acteurs que l’on a coutume de considérer comme typiquement chabroliens, parce que capables de transmettre au spectateur leur jubilation à jouer, et même à surjouer leur personnage, à la limite de la caricature. »
Comme l’a compris Joël Magny, avec La Femme infidèle, nous avons affaire à une femme de caractère : loin d’un personnage insipide qui subirait les événements, elle est avant tout actrice du spectacle (là où la femme ordinaire chabrolienne n’est que spectatrice). Elle est tour à tour femme seule (souvent fière de l’être), amante, épouse, mère… elle se définit davantage par le rapport de domination que par le manque ou le vide. Comme toute héroïne chabrolienne qui se respecte, la femme, Hélène Desvallées, conduit à la mort d’un homme. Mais elle ne se construit pourtant pas en personnage irréversiblement diabolique : il n’est pas ici de manichéisme qui consisterait à en faire la mère de tous les vices ou l’origine de tous les maux. Elle est au contraire érigée en modèle (après que l’on a dépouillé le terme de son sens moral) face aux personnages qu’elle croise.



   

Si elle a besoin des rapports sociaux pour s’affirmer et pour évoluer, notamment des rapports entre homme et femme, la figure féminine que le personnage de Stéphane Audran nous livre existe en elle-même. C’est une figure beaucoup plus construite que les précédentes -incarnées plusieurs fois par Bernadette Lafont- dans le domaine personnel, psychologique et social. Adepte de l’otium, elle n’en est pas moins au centre d’une action, dramatique en premier lieu, mais de l’action des autres également. Hélène est aussi socialement une femmes qui a du temps : la volonté a un coût en quelque sorte, et l’on ne peut l’assouvir que dans certaines sphères sociales. Claude Chabrol a ainsi écrit : « L’oisiveté de la femme est un élément favorable pour sa disponibilité, donc pour son aventure. » Mais cette oisiveté n’engendre pas ici l’ennui ou l’enfermement : elle donne parfois naissance au malheur, mais toujours de la part d’un sujet libre et responsable de lui-même.



               

C’est l’image même de cette liberté de mouvement et d’esprit qui permet aux personnages de vivre pleinement mais à leurs risques et périls : la peur n’évitant pas le danger, Hélène préfère faire l’expérience du danger plutôt que de ne rien ressentir (la femme ordinaire n’est justement prise dans aucun flot de sensation). Henry Rabine définissait ainsi émotionnellement cette femme « pompidolienne » en 1968 : « Mais c’est Stéphane Audran que je préfère, peut-être parce que son personnage à elle bouge, provoque, mais attrape de l’âme et ne s’en remet pas. ». Cependant la passion qui conduit à la folie, à la froideur meurtrière ou à l’acceptation de la sortie des codes bourgeois ne trouve son origine que dans leur humanité. Cette femme n’est l’instrument d’aucune transcendance, d’aucune fatalité. Elle n’est pas non plus la prisonnière d’une condition sociale. 


               


Si le rôle tenu par Stéphane Audran semble parfois être l’agent du destin, il n’en est jamais le jouet : nous ne sommes ici ni aux abords de la tragédie grecque, ni dans les méandres des premières œuvres du réalisateur. Hélène Desvallées accepte le meurtre car il lui permet d’abattre toute superficialité et de consolider l’amour vrai, celui qui résiste, celui qui dépasse le cadre du mariage ou de l’infidélité usuelle. Son ultime désir n’est pas la solitude, la tranquillité, mais la satisfaction, à n’importe quel prix : Hélène est la Femme infidèle dans les faits mais tend vers la fidélité suprême qu’est la fidélité à soi-même, au prix d’une amoralité triomphante.
Hélène est aussi la détentrice du pardon : elle est à l’origine du crime perpétré qui reconstitue une cellule familiale ; mais elle pardonne le criminel justement pour avoir agi, pour avoir sauvé dans des formes amorales la liberté qu’elle se construit. Le secret -de l’infidélité puis du crime- est un moyen de se garder des autres et de se protéger : « Hélène Desvallées se complaît dans un rôle d’auditrice puis de confidente ; une façon de ne rien dire sur elle-même » écrit Christian Blanchet. On pourrait presque penser que se dégage une figure sacrée de la femme, qui, malgré ses turpitudes, conserve un caractère discret, introverti et salvateur. Source : http://www.critikat.com/panorama/analyse/la-femme-infidele.html


                           


Juste avant la nuit est un film assez sous-estimé, mais surement l’un des tous meilleurs de Claude Chabrol, pas loin derrière Que la bête meure (1969) ou Le boucher (1970), autres grands films de ce réalisateur génial, vestige d’un âge d’or du cinéma français.
Charles Masson (Michel Bouquet), directeur d’une agence de publicité, assassine sa maîtresse Laura (Anna Douking), la femme de son meilleur ami, François Tellier (François Perrier). Charles éprouve bientôt une grande solitude morale et, rongé par les remords, avoue tout à sa femme Hélène (Stéphane Audran) qui ne le condamne pas. Malgré cela, le calvaire moral de Charles va aller grandissant…
Claude Chabrol aborde donc dans ce film plusieurs thèmes comme la culpabilité, l’amitié et l’amour dans le milieu de la petite bourgeoisie française dont il aime tant se moquer avec grande finesse à travers ses nombreuses réalisations.
Ici, le coupable ne cherche pas à fuir et ne supporte pas longtemps le poids de son crime. Un crime charnel, résultat d’un jeu sadomasochiste qui a mal tourné. Il l’avoue d’abord à sa femme qui ne semble pas plus bouleversée que ça et ne le blâme absolument pas. Le fait de partager son lourd secret va permettre à Charles de le supporter pendant quelques temps, mais les remords et le sentiment de culpabilité reviennent vite le ronger. Il décide donc de tout avouer à son meilleur ami en personne et lui demande même de porter plainte contre lui afin qu’il soit jugé pour sa faute et ainsi libérer son esprit de ce crime qui lui torture l’esprit. 


           

Mais encore une fois, le résultat de son aveu n’a pas du tout l’effet escompté. Son ami ne paraissant aucunement rancunier à son égard et lui conseillant même d’oublier toute cette histoire. Cette réponse ne fait que plonger Charles dans un tourment encore plus profond. Leur discussion se termine d’une façon qui résume bien la situation: « Charles: – Ne te force pas à empêcher notre amitié de mourir si tu sens que ce n’est plus possible ». François lui répondant comme si de rien n’était, impassible: « A demain Charles… ».
Chabrol ne tombe pas dans le cliché du politiquement correct et de l’attendu et laisse son coupable seul avec ses démons. Le comportement de sa femme est très ambigüe. Elle ne parait pas touchée et refuse que son mari se rende à la police, mais est-ce pour le bien de ce-dernier ou plutôt pour son bien à elle, sa grande maison, ses enfants, son petit confort bourgeois? 


               


Pareil pour le mari veuf/cocu qui souhaite peut-être garder une certaine réputation, ne se souciant guère du malaise ressenti par son « meilleur » ami et le besoin qu’il a d’être jugé pour sa faute… Le réalisateur du Beau Serge (1958) décrit donc ici un des côtés sombres de la nature humaine, très bourgeois, qui ne pense qu’à sa pomme, à son petit bien-être, sous-couvert d' »aider son prochain ».
Comme souvent chez Chabrol, la réalisation est toute en sobriété et la mise en scène très maitrisée. La tension va crescendo pour amener à une fin ambivalente et que l’on peut imaginer comme finalement salvatrice pour Charles.
Le casting est très bon, avec en tête,  le duo Michel Bouquet/Stéphane Audran, déjà réunis dans La femme infidèle (1969), dont le sujet comportait d’ailleurs plusieurs points communs avec ce film là. Source : https://lecinemadughetto.wordpress.com/2013/02/18/juste-avant-la-nuit-1971/

dimanche 26 avril 2015

Alastair Sim

Avec une prédilection pour le théâtre, Sim débuta dans Othello en 1930. Il endossa pour une saison le rôle du Capitaine Hook à l’Old Vic Theatre, puis, entre 1941 et 1968, qu’il reprit ensuite et à six reprises dans différentes productions. Il débuta au cinéma en 1935, dans The Case of Gabriel Perry d’Albert de Courville, puis enchaîna les seconds rôles avec tant de talent qu’il volait presque toujours la vedette aux premiers rôles. Le Sergent Bingham restera le personnage le plus marquant qu’il joua à cette époque dans la célèbre série des Inspecteur Hornleig, tournée entre 1939 et 1941. Il en partageait l’affiche avec Gordon Harker, mais son jeu était si brillant, qu’on ne pouvait dire, en réalité, qui tenait le rôle principal. On lui proposa très rapidement des rôles à la mesure de son talent. Il multiplia les succès dans des réalisations telles que La couleur qui tue (Green for Danger – 1946), Cette sacrée jeunesse (en) – 1950) où il est Madame le proviseur, aux côtés de Margaret Rutherford, ou encore Rires au paradis. C’est sans surprise que dans les années 1950, il fut élu acteur préféré du public britannique. Mais c’est en 1951 et dans Scrooge (en), qu’il se sublima, dans une adaptation du roman de Charles Dickens Un chant de Noël (A Christmas Carol). Il revisita le personnage en 1971 en prêtant sa voix à un dessin animé qui fut, à cette occasion, couronné d’un oscar. On se souvient de sa prestation en tant que Miss Fritton, Proviseur à St Trinian, dans The Belles of St. Trinian’s (1954) où il jouait également le rôle de son frère, Clarence Fritton. Il reprit plus tard le rôle de Miss Fritton dans Fric-Fracs à gogo (Blue Murder at St. Trinian’s (en) – 1957). Bien qu’écossais, il déclina l’offre qu’on lui fit de participer à Whisky à gogo (Whisky Galore!) expliquant qu’il ne pouvait souffrir les écossais de métier. En autres films qui firent sa légende, il y a Un soir de rixe (en) (Waterloo Road – 1944), Le Grand Alibi d’Alfred Hitchcock (Stage Fright – 1950), Folly to be Wise (en) (1953), et Un inspecteur vous demande (An Inspector Calls – 1954). Sa prestation en tant qu’inspecteur Goole (Mr Squales) dans London Belongs to Me (en) (1948) impressionna tant Alec Guiness, que ce dernier s’en inspira pour son interprétation dans Tueurs de dames (The Ladykillers - 1955)



                               


Sidney Gilliat, qui s'était fait connaître avec son partenaire Frank Launder par de remarquables scripts de thrillers (Une femme disparait, Train de nuit pour Munich) ne s'était étrangement pas encore confronté au genre en passant à la réalisation sur les drames Ceux de chez nous et Waterloo Road. C'est chose faite avec ce remarquable whodunit qu'est Green for Danger même si sans doute moins marquant que les deux précédents. Réalisé un an après la fin de la guerre, le contexte y semble moins prépondérant que dans les premiers films de Gilliat mais ce n'est qu'une impression et le conflit de simple arrière-plan devient un motif majeur du traumatisme à l'origine du crime.Le film adapte un roman à succès de Christianna Brand paru deux ans plus tôt. L'intrigue alambiquée truffée de personnages, rebondissements et fausse piste du livre est grandement simplifiée par Gilliat qui l'épure à un film de 90 minutes néanmoins dans l'esprit. La première partie dépeint longuement le quotidien d'un hôpital anglais en temps de guerre. Entre les bombardements et les blessés, ce sont des conflits bien ordinaires et humains qui se nouent entre les médecins et les infirmières : affaires de cœur, jalousie, vengeance et ambition. Tout cela se dévoile dans une veine feutrée jusqu'à ce que l'impensable survienne avec la mort d'un patient sur la table d'opération.
La thèse du meurtre est rapidement conclue et on découvre que chacun des membres de l'équipe médicale avait une possible raison de commettre le crime.



                


Gilliat use de tout son brio  de scénariste pour distiller habilement les pistes et dépeindre les caractères de chacun : la relation de couple compliquée entre Trevor Howard l'infirmière jouée par Sally Gray, le caractère séducteur et sournois du médecin Leo Genn, l'anxiété et la culpabilité de Rosamund John...
Le réalisateur mêle une mise en scène réaliste encore dans l'esprit des films de propagande anglais dans cette description du quotidien et une stylisation marquée qui culmine lors d'une mémorable scène de meurtre nocturne dans une salle d'opération. Là le jeu d'ombre, le montage au cordeau et la mise en scène d'une précision chirurgicale (si on ose dire) offre une séquence d'anthologie.
Après cette mise en place proche de la perfection, le ton change à nouveau pour s'orner d'une causticité toute anglaise. 



                                


Cet esprit était cependant là depuis le début avec la narration distanciée d'Alastair Sim qui apparaît alors en chair et en os dans le rôle de l'inspecteur Cockrill. L'acteur offre une prestation irrésistible avec ce personnage aussi farfelu que perspicace, capable de déstabiliser un suspect par une répartie inattendue avec le plus aimable des sourires.
Dès lors la tension et la paranoïa bien réelle se dispute à un remarquable second degré grâce aux facéties d'Alastair Sim (le passage où il conclut la tirade du Marchand de Venise lancée par Leo Genn contant fleurette ou qu'il trouve la cachette de Trevor Howard épiant les deux amants). Le rythme est soutenu au fil des révélations et coups de théâtre divers sans égaler la première partie et le final est des plus réussis.
Source : http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2012/02/la-couleur-qui-tue-green-for-danger.html


 


Le duo formé par Frank Launder et Sidney Gilliat s’était au départ fait connaître dans le thriller en signant le scénario d’Une femme disparait (1939) d’Alfred Hitchcock puis en en réalisant le brillant décalque avec Train de nuit pour Munich (1940). Partageant parfois la réalisation ou se répartissant le plus souvent la mise en scène, le scénario et la production, les duettistes montrèrent pourtant le meilleur de leur talent à travers des vignettes où ils posaient un regard juste et attachant sur l’Angleterre et ses évolutions sociales. Cela se fit tout d’abord à travers le mélodrame et le prisme de la guerre avec un beau récit d’émancipation féminine dans Ceux de chez nous (1943), où une jeune fille quittait son foyer pour participer à l’effort de guerre en usine. C’est l’imagerie du couple ensuite qui serait ébranlée avec une rocambolesque histoire d’adultère sur fond de Blitz avec Waterloo Road (1945). Le tandem crée sa société de production en 1945 et la suite de leur carrière s’orientera plus franchement vers la comédie, sans pour autant remettre en cause leurs préoccupations sociales comme le montre The Happiest Days of Your Life.
Bien que sorti en 1950 et quoique que la nature contemporaine du cadre du film ne soit jamais clairement indiquée, on peut estimer que l’histoire se situe encore durant la guerre ou du moins l’immédiat après-guerre. Le postulat relève ainsi de situations souvent rencontrées lors du Blitz avec ce rapprochement forcé entre une école de garçons et une école de filles pour une mixité inédite et alors immorale.


           

Le scénario de John Dighton - fameux dramaturge et scénariste anglais auquel on doit les classiques Ealing Noblesse oblige (1949) et L’Homme au complet blanc (1951) - use certes du prétexte de l’erreur administrative pour installer l’imbroglio, mais plusieurs éléments inscrivent le film dans un contexte proche de la guerre comme la photo de Churchill trônant dans le hall de l’école ou ce nouveau professeur d’anglais fraîchement démobilisé. L’Angleterre d’alors est en pleine mutation, entre respect des traditions qui ont permis l’unité du pays dans les épreuves mais aussi velléités d’ailleurs et de changement justement après ces moments difficiles. Un reproche que l’on pourrait faire au film est de mettre les enfants et adolescents très en retrait, simples figures mutines dont on n’exploite pas toute la tension sexuelle des premiers émois que provoquerait ce rapprochement. Mais en fait le sexe opposé est finalement un camarade de jeu comme un autre pour les plus jeunes, et chez les adolescents cette promiscuité signifie une première initiation au marivaudage innocent. 


                


La guerre des sexes ne jouera pas, contrairement à la screwball comedy, américaine sur le tourbillon amoureux mais plutôt en opposition à la tradition. Forcément le film tourne donc autour des chantres de cette tradition, avec le directeur de l’école de garçons Wetherby Pond (Alastair Sim) et la directrice de l’école de filles Miss Whitchurch (Margaret Rutherford).
Ils représentent chacun à leur manière une vieille Angleterre dépassée et coincée, qui malgré leurs différences se rapprochent dans leur gêne extrême et leur crispation face à toute promiscuité garçons-filles. Dans un savoureux montage alterné, Launder les montre ainsi égaux dans leur idéologie poussiéreuse. Pond, directeur de son établissement depuis quinze ans est ainsi raillé en douce par ses collègues tant il est pétri d’une routine immuable qu’il ne faut surtout pas perturber. A l’inverse, Miss Whitchurch est une figure énergique et autoritaire mais dont le féminisme de façade - entre « la suffragette et l'amazone » comme le souligne un dialogue - se rapproche en fait d’une vision passéiste. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/the-happiest-days-of-your-life-launder