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dimanche 8 mars 2015

Paul Schrader

Scénariste de renom, notamment grâce à ses collaborations avec Martin Scorsese, Paul Schrader est aussi un cinéaste qui ne saurait être négligé. Son œuvre méconnue reflète en effet des obsessions déjà visibles dans son travail d’écriture. Une cohérence thématique qui la rend particulièrement intéressante, surtout lorsqu’on la replace dans son contexte d’origine.Un industriel à la très stricte morale calviniste qui, pour retrouver sa fille disparue, se plonge corps et âme dans le milieu de la pornographie en mettant de côté ses principes rigides. Un acteur de sitcom, grisé par le succès, menant une vie de débauche, qui s’enfonce lui aussi dans la pornographie, perd sa famille et ruine sa carrière. Ces deux pitchs sont ceux de Hardcore (1979) et de Auto-Focus (2002), le second semblant être la réponse au premier, film souvent considéré comme réactionnaire. À tort, car là où un réalisateur comme Joël Schumacher fait un film nauséabond (8 mm, qui est le quasi-remake de Hardcore), Paul Schrader en tire quelque chose de beaucoup plus subtil. Car Schrader n’est pas un moraliste au sens classique du terme. Il ne cherche pas comme d’autres à dénoncer débauche et comportements déviants. Il éprouve plutôt une étrange fascination, parfois assortie d’une apparente condamnation, pour toutes les formes de pratiques libertaires et de vices. 


                                


Voilà tout l’intérêt de la démarche du réalisateur, dont l’origine est bien évidemment liée à son éducation et à son origine sociale. Paul Schrader a en effet grandi dans une famille protestante à la morale particulièrement rigide. Scolarisé dans un lycée calviniste où la théologie était enseignée, ses parents ne l’ont laissé voir son premier film qu’à l’âge de 18 ans. Les années hippies sont donc pour Paul Schrader, né en 1946, loin d’être synonymes de liberté et d’abus divers. Plutôt génération Nixon que Easy Rider en somme. Ces années sont pourtant celles de la découverte du cinéma, qui lui offre la liberté et l’ivresse que son éducation ne lui a pas permis de connaître.
Motivé par la critique Pauline Kael, le jeune Schrader s’installe à Los Angeles pour étudier le cinéma à l’université UCLA. Particulièrement intéressé par le travail de Bresson, Ozu et Dreyer, sur lesquels il publie un ouvrage en 1972, il devient aussi critique de films. Parallèlement, il écrit des scénarios, mais ne parvient à vendre son premier qu’en 1975: The Yakuza est co-écrit avec son frère Léonard, spécialiste du Japon, et Robert Towne. Et c’est le jackpot: il tire 325 000 $ de cette histoire d’Américain aux prises avec la mafia japonaise. Malgré l’échec du film de Sydney Pollack, Schrader devient l’un des scénaristes en vue de Hollywood. Taxi Driver (1976), script qu’il avait écrit au début des années 1970, pendant une période de vaches maigres et de dépression, devient immédiatement un film culte. Sa collaboration avec Martin Scorsese fera des étincelles, les deux signant ensemble Raging Bull (1980), La Dernière Tentation du Christ (1988) et À tombeau ouvert (1999). 



                                

Certainement un des films les plus étranges de la filmographie de Paul Schrader où son attrait pour la perversion et l'interdit s'exprime le mieux. Une première moitié de film montrant un couple Rupert Everett/Natasha Richardson en vacances à Venise où la beauté de la ville ne semble pas atténuer le manque de communication et l'éloignement progressif entre les deux. On a rarement vue Venise filmée comme cela, Schrader privilégie les ruelles vides, les coins bizarres où déambule notre couple en crise. Les monuments et zones touristiques ne sont aperçus que dans des ambiances très particulières, au petit matin où à la nuit tombante ce qui leur confère une étrangeté certaine et inédites.
Tout bascule avec la rencontre du mystérieux et impénétrable personnage de Christopher Walken qui lui prête son élégance et son excentricité. Les séquences se font de plus en plus onirique et vaporeuse (fascinant moment où la caméra déambule dans un bar tandis que Walken raconte un horrible traumatisme d'enfance) tandis que l'ambiance se fait sulfureuse et décadente lorsque le couple accepte de se rendre dans la demeure vénitienne d'époque de Walken. Le couple si froid jusque là se voit gagner par le démon du sexe, tandis que Walken et sa femme Helen Mirren les observe avec une délectation manipulatrice.
Schrader se lâche enfin et orne les demeures vénitiennes de ses fameux éclairages tape à l'oeil (plus discrets que dans La Féline ou un American Gigolo quand même) vert ou rose pastels. L'inspiration picturale de la Renaissance offre de véritables tableaux où se fondent nos protagonistes, les passions humaines se mêlant aux vestiges dans un tout bien tortueux. La photo de Dante Spinotti est somptueuse et le score de Badalamenti appuie encore l'aspect vénéneux du récit.


   


Malheureusement la magie s'estompe progressivement tant le propos se fait hermétique et l'intrigue avance peu pour une chute surprenante en forme de piège implacable. Sans doute le roman original réputé bien pervers (adapté ici par Harold Pinter tiut de même) est plus explicite mais au final je n'ai pas vraiment compris où Schrader a voulu en venir...
Ce n’est que dans les dix dernières minutes que Etrange Séduction révèle sa vraie nature: celle d’un film-piège diabolique et trompeur. Grâce à un retournement de situation final aussi bref que perturbant, il amène à reconsidérer tout ce que l’on vient de voir de plusieurs façons – en réalité, chaque visionnage encourage les degrés de lecture et les visionnages intempestifs. Cette révélation, qui accélère soudainement la cadence et fait l’effet d’une déflagration dans un paysage désert, ressemble à un climax. Dans un film d’horreur, cela se traduirait par l’irruption d’un monstre dans le champ. 


                                


Pas chez Schrader qui tient à rester réaliste tout en usant de la métaphore. L’impact des images, pourvues d’une vraie violence à la fois physique et psychologique, n’en reste pas moins similaire. C’est suffisamment marquant pour que l’on en conserve des séquelles des années après l’avoir vu. En passant, il n’est pas interdit de penser au David Lynch de Blue Velvet, ne serait-ce que pour la dichotomie entre la beauté de surface et les miasmes pathologiques, les disparités entre deux couples torturés ou la bande-son de Angelo Badalamenti qui décline des nuances subliminales. Etrange séduction, c’est aussi ça: un mystère filmé en suspension qui simule la distance et l’étrangeté pour murmurer des vérités qui font froid dans le dos. C’est pour cette raison qu’il impressionne à ce point. Objet mineur? Carrément pas. Mieux vaut être prévenus. Si ce n’est pas déjà fait, il faut vous procurer ça le plus vite possible. Vous ne le regretterez pas. Source :  http://lci.tf1.fr/cinema/news/le-coin-du-cinephile-etrange-seduction-paul-schrader-4988656.html



                


Detroit, 1978. La capitale de l’automobile n’est pas encore le cimetière des illusions de l’Amérique, du moins tel qu’on le connaît. C’est encore une cité industrielle en surchauffe permanente, où les cols bleus, prolos et fiers de l’être, n’ont pas encore compris qu’ils vivaient en surplomb d’une catastrophe économique qui allait les rayer de la carte. Trois ouvriers, deux Noirs et un Blanc, essaient de trouver un peu d’intérêt à une existence tiraillée entre travail à la chaîne, caprices d’un contremaître bileux, factures en souffrance, famille bruyante et, en guise d’exutoire, de rares soirées rock’n’roll entre mecs. Plutôt désabusé, le trio décide de cambrioler le local de son propre syndicat, corrompu jusqu’à l’os, histoire de se faire du fric, mais surtout de se donner une petite raison de continuer à espérer quelque chose de l’existence.
Formidable plongée dans une classe ouvrière au bord de l’agonie, Blue Collar est aussi un film social qui ne verse jamais dans la fresque larmoyante souvent inhérente au genre. Les trois protagonistes ne sont ni des exemples de vertu ni des pères courages, mais les victimes énervées d’un système à bout de souffle, qui ont choisi de rendre les coups plutôt que de tendre l’autre joue. Le premier film réalisé par Paul Schrader, deux ans après Taxi Driver, dont il signait le scénario, joue sur une veine rigolarde, parfois paillarde, qui menace sans cesse de basculer dans le tragique le plus sombre. Dans ce registre, Harvey Keitel et Yaphet Kotto sont épatants, mais un ton en dessous de la folie dévastatrice de Richard Pryor, humoriste féroce qui atteint des sommets dans la peinture du désespoir teinté d’hilarité. En dépit de l’osmose des acteurs à l’écran, le tournage fut paraît-il un cauchemar, Pryor camé jusqu’aux yeux, s’étant disputé avec l’intégralité de l’équipe avant de braquer Schrader avec un revolver afin de lui faire promettre de ne pas dépasser trois prises pour un plan. Injustice finale, le film fit un bide au box-office, au point de plonger Schrader dans une solide dépression, tandis qu’un an plus tard, un autre film social, Norma Rae de Martin Ritt, allait connaître un triomphe international. Bruno ICHER


                 

Premier long métrage réalisé par Paul Schrader (en 1978), Blue Collar est atypique à plusieurs titres. D’abord, pour quiconque connaît l’œuvre de l’individu rendu célèbre avant tout par ses collaborations de scénariste avec Martin Scorsese (notamment Taxi Driver), le film a de quoi surprendre de sa part. Schrader, ce sont surtout des portraits de personnages sur de cauchemardesques chemins de perdition, portraits plus ou moins dignes d’intérêt suivant celui qui s’empare du scénario, que celui-ci vienne de lui ou non. Et il faut bien dire que quand c’est lui-même qui s’en charge (Hardcore, American Gigolo ou tout récemment The Canyons), la conviction n’est guère au rendez-vous, le résultat étant la plupart du temps engoncé dans une rigidité puritaine qui n’agite le glauque qu’en s’en protégeant derrière son moralisme (ce que Daney appelait ses « descentes aux enfers truquées »). Blue Collar, lui, ressemble à un premier essai porteur de promesses bien différentes, pour lequel son réalisateur a étrangement gardé peu d’estime (peut-être à cause des difficultés de travail avec des comédiens constamment en conflit). Le film arpente des chemins polémiques mais jouant autrement moins du soufre et de la flagellation : les vices domestiques de ses personnages sont des distractions face à l’oppression sociale qui les entoure, et dès lors source de comédie ; et s’il y a une posture morale, celle-ci se place moins en regard de ses personnages que d’un système qui les surplombe et les instrumentalise.


                               


Car nos trois personnages principaux, ouvriers dans une usine automobile de Detroit, sont des exploités, à la fois par les patrons et par le syndicat qui prétend défendre leurs intérêts. C’est là une autre singularité de Blue Collar. Peu nombreux sont les films américains traitant de la condition ouvrière de front, sans la mettre à distance dans l’arrière-plan ou la faire rentrer de force dans des archétypes de fiction, non sans arrière-pensée politique (ainsi compte-t-on plusieurs descriptions des syndicats comme un milieu véreux, comme dans Sur les quais ou dans Hoffa). Plus rares encore sont ceux qui le traitent sur un ton aussi pessimiste, au risque de compromettre encore plus le succès commercial. Un an après le film de Schrader, Martin Ritt allait réaliser un film au sujet voisin, Norma Rae, dont l’approche plus conciliante, centrée autour d’une héroïne confrontée aux dérives du monde du travail (et apprenant au passage à maîtriser les rudiments de la lutte syndicale vue pour une fois de façon positive), rencontrerait plus de reconnaissance en son temps et vaudrait même à l’actrice Sally Field un Oscar. Source : http://www.critikat.com/actualite-cine/critique/blue-collar.html

1 commentaire:

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    http://www.opensubtitles.org/fr/subtitles/3109777/blue-collar-fr

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