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dimanche 15 mars 2015

Luis et Georges

Cela s'appelle l'aurore est un film de Luis Buñuel, d'après le roman d'Emmanuel Roblès, sorti en 1956Dire "je t’aime", ça peut être une façon de dire merde. L’amour plus fort que tout s’apparente alors à une opération de dynamitage social. C’est à partir de cette conception anarchiste de la passion amoureuse que se construit Cela s’appelle l’aurore. Sur une île méditerranéenne, un jeune médecin fait cette expérience. Pour commencer, ce médecin, marié, s’éprend d’une jolie brune et trahit les liens sacrés du mariage. Trahison ensuite de sa propre classe, celle des notables, quand le médecin, bon Samaritain, prend la défense des ouvriers, allant jusqu’à cacher l’assassin d’un patron inhumain. 
Cela s’appelle l’aurore ? Le titre italien est plus explicite : "Des amants sans maîtres". Sur le fond, un film fou, mais, pour la forme, sage comme une image. Si l’anarchiste Buñuel se dépêche de changer de trottoir à la vue du moindre uniforme, il veille toujours à respecter les passages pour piétons afin de ne pas se faire remarquer. Hostile aux prouesses techniques et aux effets voyants, Buñuel adapte avec une sobriété désarmante un roman à succès de l’époque.  Ce premier film français, film de transition, sonne le glas de la carrière mexicaine de l’auteur de El. Et il faut être fétichiste pour déceler çà et làles coups de patte bunuéliens, ces petits détails scabreux : une paire de menottes sur les œuvres complètes de Claudel, une tortue en guise de déclaration d’amour ou encore une image d’un Christ reconverti en borne télégraphique dans le cabinet du médecin… 


   

De minuscules accrocs sur l’amidonnage impeccable de cette fable sociale anarchisante racontée avec le flegme d’un constat de police.La volonté de Bunuel de se jouer des codes éblouit ici lorsque le couple tombe amoureux non pas lors d’une situation idyllique mais au chevet d’une fillette violée. Volonté de révolutionner la naïveté débile de l’image de l’amour au cinéma. Car, comme dans «Abismos de pasion» (Mexique, 1954), nulle n’empêche la passion d’enivrer les êtres. Enfin «Cela s’appelle l’aurore», titre poétique pour un film-fait, bascule la gravité de son illustration dans l’ironie déictique de Bunuel.



               

L'amour fou, valeur sacrèe selon Bunuel...Dix ans avant de retrouver Georges Marchal dans "Belle de jour", le cinèaste Luis Bunuel greffe ses obsessions et lui confie ici le rôle d'un mèdecin rèvoltè contre les tabous de la sociètè! Illustrant l'opposition entre morale personnelle et conventions sociales, ce personnage, en rupture avec les notables d'une ville de la côte corse, protège le meurtrier d'un riche propriètaire et vit une passion adultère! Pas un grand Bunuel mais la patte du cinèaste est belle et bien là avec le Christ en poteau tèlègraphique, l'âne maltraitè (rien à voir avec celui de Bresson) ou une fillette violèe par son grand-père! Le film est ègalement intèressant grâce au couple Lucia Bosè-Georges Marchal et au physique tourmentè de Gianni Esposito... Source : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-26211/critiques/spectateurs/



                               


La Mort en ce jardin, l'un des films de la période mexicaine de Luis Buñuel, est une œuvre un peu à part dans la carrière du réalisateur. C’est en effet un film d’aventures formellement très classique, même si le cinéaste utilise ça et là des images fortement symboliques pour marquer le film de son empreinte. On retrouve également quelques grands principes de mise en scène chers à Buñuel ainsi que sa vision de la société, de la religion et de l’homme. Mais si des images ou des séquences de La Mort en ce jardin rappellent ses premiers films (des fourmis et un œil crevé qui sont comme des échos d’Un chien andalou par exemple), voire même préfigurent certaines œuvres à venir, Buñuel assume complètement la forme classique de son film et son style romanesque. La Mort en ce jardin est d’ailleurs loin d’être le seul exemple de ce type dans une carrière dont on retient le plus souvent l’aspect fantasmatique et le surréalisme. Luis Buñuel a en effet toujours aimé la forme romanesque, et l’on se souvient par exemple de ses adaptations plus ou moins heureuses de Robinson Crusoé et des Hauts de Hurlevent. Il adapte ici avec son fidèle collaborateur Luis Alcoriza (El, Los Olvidados…) un roman de José-André Lacour. Insatisfait par le script, le réalisateur continue à le réécrire chaque nuit pendant le tournage - qui dure seulement trois semaines - et fait même appel à Raymond Queneau, un ami surréaliste, qui le rejoint au Mexique pendant deux semaines pour l’aider dans cette tâche. Difficile au vu de résultat de déterminer l’apport de chacun, mais une chose est sûre, c’est que leur travail acharné n’a pas été vain tant le film se déroule de manière fluide et évidente, tout en restant surprenant et enchanteur du début à la fin.


   

La première partie de La Mort en ce jardin se concentre sur la révolte des mineurs, un aspect social que l'on retrouve dans nombre des réalisations de Buñuel. Comme à son habitude, le cinéaste ne se laisse pas aller à une vision binaire de la société. Ainsi les représentants des forces de l’ordre matent violemment la rébellion, prennent des décisions arbitraires, sont corrompus… mais la décision de nationaliser les ressources du pays n’est-elle pas légitime ? De même, les prospecteurs défendent leur unique source de revenu, mais ce sont eux qui tirent les premiers coups de feu, abattant un policier et déclenchant par là la spirale de la violence. C’est le profit qui les guide et non une quelconque pensée politique, à l’exception d’un des leaders qui croit dans son discours fortement communiste, un discours qui logiquement aurait dû l’amener à défendre la décision du gouvernement ! Buñuel montre ainsi la complexité des questions politiques et sociales, mais de manière légère et discrète, sans que cet aspect ne prenne le pas sur l’aventure et les personnages. Il place bien ces derniers au cœur du film, soignant tout particulièrement leur entrée, jouant même sur une iconisation lorsqu’il s’agit de mettre en scène les premières apparitions de Shark et Lizzardi, en posant ces deux personnages comme les pierres angulaires du récit.


                             

Luis Buñuel travaille sur une caractérisation immédiate et très forte des personnages, ainsi que sur une narration qui ne s’encombre pas de digressions. C’est ainsi qu’un simple plan et quelques lignes de dialogues suffisent à décrire Castin, vieil homme vivant dans le fantasme d’un nouveau départ et qui n’en peut plus de ressentir la peur lui coller au ventre. De la même manière, Buñuel nous présente avec une saisissante économie de moyens Djin la femme vénale et sans scrupules, Shark l’aventurier, le père Lizzardi, le fourbe Chenko… tous sont aussi rapidement dépeints et prennent leur place naturelle dans un monde déliquescent et corrompu dans lequel l’argent règne en maître. Regards appuyés et significatifs, dialogues courts et allant directement au but, efficacité narrative, personnages emblématiques : en utilisant des ressorts issus du cinéma classique, Buñuel impulse au film un rythme trépidant et vif tout en installant un système qu’il va venir contredire dans une seconde partie étonnante. Celle-ci, la plongée dans la jungle, vient prendre le contre-pied de tout ce qui a été installé dans ce qui, après coup, s’avère une longue introduction au vrai cœur du film. Suite et source : http://www.dvdclassik.com/critique/la-mort-en-ce-jardin-bunuel

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