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samedi 14 mars 2015

James Garner

James Garner de son vrai nom James Scott Baumgarner, fils d'avocat, quitte son Oklahoma natal et l'école à 16 ans. Direction la marine marchande puis une multitude de petits boulots en tout genre. Envoyé en Corée pendant la guerre, il est blessé et décoré de la "purple heart", une haute distinction militaire. A son retour au pays, entrainé par un ami, il se voit confier un rôle, sans aucune ligne de dialogue, dans Ouragan sur le Caine une pièce jouée à Broadway. Très vite, il accumule les apparitions télévisées ainsi que dans des publicités. Il débute au cinéma dans The Girl he left behind de David Butler.
Après quelques seconds rôles, c'est le petit écran qui lui apporte le succès avec la série Maverick où il donne la réplique à Jack Kelly. Son naturel et sa sympathie séduisent le public et James Garner devient très vite la vedette de la série, qu'il quittera après trois saisons.
Pendant cette période, il travaille avec des réalisateurs de renom (William Wellman, Mervyn LeRoy, Gordon Douglas), mais c'est John Sturges et La Grande évasion qui le font connaître des cinéphiles. 




                 

Par la suite, il décroche son meilleur rôle en jouant le " planqué " dans les Les Jeux de l'amour et de la guerre. James Garner s'illustre aussi bien dans des comédies dramatiques comme Grand Prix de John Frankenheimer (qui lui permet d'ailleurs de se découvrir une véritable passion pour les courses automobiles), le western avec La Bataille de la vallée du diable de Ralph Nelson en 1966, Sept secondes en enfer de John Sturges, où il incarne Wyatt Earp, rôle qu'il reprend en 1988 pour Blake Edwards dans Meurtres à Hollywood, et aussi la comédie: Ne tirez pas sur le shérif de Burt Kennedy.
Retour à la télévision en 1971, avec une série baptisée Nichols là encore il s'agit d'un western. Il change de registre avec la série The Rockford Files , où il incarne un détective privé peu recommandable. Solide, massif, et sympathique, il est un étonnant Marlowe dans La Valse des truands (Paul Bogart, 1969) avec Garner, le héros de Raymond Chandler, trouve toute sa dimension. Malgré la forte popularité qu'il conserve grâce à la télé, l'acteur ne fait que de rares apparitions au cinéma dans les années 70.



                


Blacklistée de la fin des années 40 au début des années 60, la dramaturge américaine Lillian Hellman compte, parmi ses pièces les plus célèbres, Les Innocentes, The Children's Hour en version originale, relatant l'histoire de deux institutrices à qui l'on prête une relation "contre-nature". Ecrite dans les années 30, la pièce ne tarde pas à être adaptée pour le grand écran. William Wyler est à la barre. Mais le code Hays ne permet pas, alors, d'aborder frontalement un thème aussi épineux que l'homosexualité, et Ils étaient trois (le titre de cette adaptation) déplace le problème: la rumeur porte sur une liaison que l'une des institutrices aurait eu avec le compagnon de sa collègue et amie. Plus commode. Une vingtaine d'années plus tard, un remake est en projet. Wyler se charge de cette nouvelle version et deux stars sont embauchées: Audrey Hepburn, que Wyler a révélée quelques années plus tôt avec Vacances romaines, et Shirley McLaine, qui vient de triompher chez Billy Wilder avec La Garçonnière. Ainsi débute le détournement - derrière ses apparences de mélo à stars, La Rumeur fera, cette fois, moins de courbettes et d'entrechats pour éviter de parler des choses qui fâchent. Pourtant, tout ou presque tient encore du non-dit, du sous-entendu, à l'image de ce qui se passe sur le plateau. Dans le documentaire The Celluloid Closet, consacré à la représentation de l'homosexualité dans le cinéma hollywoodien, Shirley McLaine indique que le sujet n'était jamais réellement abordé avec l'équipe, qu'aussi étrange que cela puisse paraître des années plus tard, on ne parlait pas d'homosexualité lors du tournage. Comme si les secrets et chuchotements du film étaient également ceux du plateau. La rumeur, elle, ne fait qu'enfler. 



   

D'Audrey Hepburn, on a souvent une image plus lisse, plus limitée aussi, mais, de La Rumeur à Seule dans la nuit, il y a une autre comédienne, aux choix qui ne s'arrêtent pas aux couronnes de poupées. Face au feu de Shirley McLaine, Hepburn impose une urgence intériorisée, qui craquelle peu à peu, comme ce montage saccadé lorsque Karen se précipite vers le pensionnat, habitée par une inquiétude qui plane sans cesse sur le film. Wyler confronte ses comédiens dans ses plans de cocotte minute, exploitant la profondeur de champ où l'on passe son temps à se tourner le dos ou se parler de biais comme aux plus grandes heures des clips d'ABBA. La rumeur se souffle à l'oreille, s'avoue le regard ailleurs, mais on aura bien du mal à contempler son reflet, droit dans les yeux. Elle se sent et se voit partout à l'écran. C'est sur cette tension dramatique, au crescendo étouffant, que William Wyler base son film, tension qui tient d'ailleurs plus du thriller que du mélodrame, ombres inquiétantes et voisins venus épier les ogresses. 


                              

Les racines théâtrales sont là mais Wyler sait en jouer, joue avec son décor oppressant dont on ne sort qu'occasionnellement, joue avec ses comédiens en paratonnerres de luxe. Le désir, sali par la médisance et le tapage, est d'autant plus incommunicable. Une vilaine rumeur peut-elle détruire ce qui est beau ?, demande alors la bande annonce. La destruction est pourtant déjà là, avec cette histoire d'amour tue et enfermée dans son placard, étouffée par les bonnes moeurs. L'issue ici, vu le thème et l'époque, paraît alors presque téléphonée, silence enfin fait après le bruissement incessant, colporté par une gamine jouant comme une possédée et apportant au film, aussi poignant qu'angoissant, une lumière quasi-gothique. 
Nicolas Bardot
Source : http://www.filmdeculte.com/cinema/film/Rumeur-La-3021.html


                             


The Americanization of Emily est une satire des plus réussie et en avance sur son temps en cette année 1964 où les Etats-Unis s'engagent dans la Guerre du Vietnam bientôt fort contestée. Son propos est annonciateur des MASH, Qu'as tu fais à la guerre papa ? ou De l'or pour les brave mais avec une irrévérence se mariant à merveille à la comédie romantique. Le script de Paddy Chayefsky va d'ailleurs dans ce sens antimilitariste par rapport au roman éponyme de William Bradford Huie qui mettait plus en avant le thème de ces femmes anglaise se donnant par nécessité au officier américain de passage, signification du Americanization du titre original. Ce changement ajoute donc littéralement ce questionnement autour de lâcheté pour donner ce ton satirique au film alors que le livre est bien plus sérieux. Le film nous présente un drôle d'officier américain de passage à Londres, le lieutenant Madison (James Garner remplaçant William Holden initialement prévu alors que lui devait jouer le personnage finalement joué par Coburn). La rigueur, le sens de l'organisation et de l'improvisation, il possède bien toutes ses qualités là mais pas exactement développées sur les champs de bataille.Il a trouvé la planque parfaite à l'abri des tirs en étant l'organisateur des déplacements de l'amiral William Jessup (Melvyn Douglas) pour lequel il pourvoit (ainsi qu'à d'autres gradés) bonne chair, alcool et jolies anglaise peu farouche en échange de quelques cadeaux. Avec son ami Bus (James Coburn) ils mènent ainsi la grande vie et n'ont aucun scrupule à soudoyer la communauté locale pour s'approprier des plaisirs dont le peuple anglais est privé depuis bien longtemps. Une attitude qui révolte Emily (Julie Andrews), la jolie veuve lui servant de chauffeur dans Londres et témoin de tous ses trafics. Contre toute attente, ces deux-là vont pourtant se trouver attiré l'un vers l'autre malgré tout ce qui les oppose.Le scénario tord brillamment les clichés attendus à travers quelques dialogues et situations bien senties. 


   

L'américain arrogant se croyant en terrain conquis où qu'il aille est plus fragile et sensible qu'il n'y parait (superbe échange où il éteint le déni de la mère d'Emily) et l'innocente anglaise bien plus sexuée qu'on le pense. C'est même leur défauts respectif qui les lient, Emily étant au départ ravie de tomber dans les bras d'un lâche puisqu'elle elle a perdu mari, frère et père dans le conflit. L'image de l'anglaise droite et vertueuse est autant renforcée que malmené quand on découvrira que Julie Andrews a pour habitude de coucher régulièrement avec des soldats américains de passage.Nuance pourtant, elle ne le fait pas contrairement à ses amies pour des avantages quelconques mais par pure compassion puisqu'il s'agit d'anciens blessés qu'elle a veillé et qui doivent retourner au front. De même la lâcheté de Madison répond effectivement à une pure couardise mais surtout à un mépris de l'image valeureuse de l'armée dont les vertus (courage, héroïsme, fraternité) alimentent au contraire la boucherie en incitant à s'engager et à perdre la vie pour des motifs dérisoires.


                              

Les faits vont bientôt lui donner raisons quand par pur but politique, l'amiral Jessup se met en tête de produire un film filmant les marines le jour du Débarquement afin de maintenir le financement de son corps car le gouvernement n'a plus d'yeux désormais que pour l'aviation. Un concours de circonstances amène notre héros à devoir produire et filmer sur place le fameux film et il va bien sur tout faire pour échapper à cette mission suicide.Le film évite toujours miraculeusement le cynisme grâce à ses ruptures de ton allant du grivois (le running gag de James Coburn surpris dans sa chambre avec une créature topless, les deux caméramans alcoolisés) au romantisme le plus prononcé à travers les scènes tendre entre une Julie Andrews diablement touchante et James Garner pathétique, attachant et finalement très humain dans ses peurs.Alors que l'on s'attend à un revirement faisant accéder Madison à une prise de conscience et un statut héroïque, le film se moque à nouveau de ce type de cliché en faisant évoluer le personnage rigolard et coureur de Coburn dans cette voie. 


                              


Le fanatisme du drapeau et la folie qui en découle tourne à l'absurde génial quand les peurs de Madison s'avèrent nettement plus compréhensible. Cela sera l'occasion d'une impressionnante vision du Débarquement (même si ce grand moment est moqué à nouveau avec ce montage alterné où un soldat vomi dans son casque sa cuite de la veille pendant le grand discours galvanisant avant l'assaut), entre stock-shots d'époque et vraies séquences filmées (dont un mouvement de grue vertigineux partant de Coburn et Garner dans leur bateau pour s'élever sur la flotte en pleine mer) où les élans guerriers attendus sont détournés par un Madison plus préoccupé de survivre que de se battre.La conclusion est d'une grande ironie puisque l'héroïsme est détourné et s'avère un mal nécessaire en tant qu'opium du peuple. Les personnalités s'inversent avec une belle tirade finale de Julie Andrews "fière" de la lâcheté de son homme qui lui se découvrent des principes en étant pris pour ce qu'il n'est pas. C'est l'individualité à travers cette lâcheté qui s'exprime, plus fort qu'un patriotisme rassembleur mais illusoire. Un propos risqué et exprimé de la plus belle des manières avec cette romance. Blake Edwards réunira d'ailleurs bien plus tard Julie Andrews et James Garner pour Victor, Victoria avec une égale réussite et irrévérence dans un autre genre. Source : http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2012/11/les-jeux-de-lamour-et-de-la-guerre.html

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