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mercredi 11 mars 2015

Dario Argento

Né le 7 septembre 1940 à Rome, Dario Argento est d’abord critique de cinéma. Sa rencontre en 1968 avec Sergio Leone est décisive, celui-ci lui proposant d’écrire avec Bernardo Bertolucci le scénario de Il était une fois dans l’Ouest. Introduit dans le milieu du cinéma italien de la fin des années 1960, d’emblée aux côtés de grands noms, il écrit plusieurs scénarios de séries B avant de pouvoir se lancer dans son premier projet personnel: L’Oiseau au plumage de cristal (1969). La musique est déjà composée par Ennio Morricone, qui l’accompagnera sur cinq de ses réalisations. Le film s’inscrit dans la lignée du Giallo, thriller italien créé par le maître Mario Bava. Le succès est immédiat, Le Chat à neuf queues (1970) et Quatre Mouches de velours gris (1971) complètent la trilogie animalière, qui totalisera près de quatre milliards de lires au box-office transalpin.
Malgré l’échec commercial de la Cinque Giornate (1973), Dario Argento reste sur sa lancée et réalise en 1975 Les Frissons de l’angoisse, sommet du Giallo et œuvre charnière. Il marque notamment sa rencontre avec les Goblin, groupe électro-rock dont la musique fusionnera à merveille avec les images d’Argento. Avec son dyptique maléfique sur la sorcellerie (Suspiria en 1976) et sur la mort (Inferno en 1979), Dario Argento abandonne le Giallo, et devient instantanément un réalisateur majeur d’un genre qu’il contribue à ne pas laisser mineur: le cinéma d’horreur. 
Une horreur baroque et flamboyante comme on n’en avait jamais vue jusque là. Sa nouvelle renommée internationale le conduit à collaborer avec Georges Romero sur Dawn of the Dead (1978), qu’il raccourcit au montage pour la version européenne, et surtout pour lequel il a la grande idée d’ajouter une fabuleuse partition des Goblin. Il retravaillera par la suite avec Romero sur Two Evil Eyes (1989), film à sketches adapté de deux nouvelles d’Edgar Allan Poe. 



                

Les femmes occupent une place prépondérante dans les films de Dario Argento. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne les ménage pas. Mais deux d’entre elles interfèrent particulièrement avec sa sphère privée. Rencontrée à l’occasion des Frissons de l’angoisse, l’actrice Daria Nicolodi deviendra sa seconde épouse et sa muse. Co-auteur du scénario de Suspiria, elle traversera l’œuvre d’Argento, des Frissons de l’angoisse à Opéra, soit pendant la meilleure période du réalisateur, dans des rôles aussi bien de bourreau que de victime (on se souviendra particulièrement de sa mort spectaculaire dans Opera). L’autre femme de sa vie, c’est bien évidemment sa fille, Asia. Dario Argento, un brin pervers bien que s’en défendant, prenait déjà un malin plaisir à satisfaire ses fantasmes macabres grâce à de jeunes actrices (Jessica Harper dans Suspiria, Jennifer Connelly dans Phenomena). Lorsque sa fille, en l’espace de trois films (Trauma, Le Syndrome de Stendhal et Le Fantôme de l’Opéra), prend le relais, le malaise est certain. Celle-ci n’a d’ailleurs jamais caché sinon le traumatisme du moins le trouble qu’avait pu générer cette relation semi-incestueuse avec son père devant la caméra. Sébastien Laeng

                      
                      Bonus : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=860418#


Par son passé de critique, Dario Argento aborde le genre par des questionnements méta qui lui sont propre, en s’interrogeant sur la perception et le pouvoir des images. Le film pivot de cette idée est évidemment le Blow Up (1966) d’Antonioni et son influence court sur tous les giallos d’Argento avant d’être au centre des Frissons de l’Angoisse, au point d’en reprendre l’acteur principal David Hemmings. Dans Blow Up, David Hemmings incarnait un photographe témoin malgré lui d’un meurtre qui se révélait à travers la silhouette d’un cadavre dans une photographie. Plus il essayait de d’agrandir la photo et révéler le mystère, plus celui-ci semblait devenir insaisissable tandis que parallèlement le personnage du peintre Thomas semblait plus approcher de la résolution en misant sur son imagination.  Argento ne procèdera pas autrement dans Profondo Rosso où le héros passera le film à mener une enquête tortueuse quand la réponse se trouve dans sa mémoire, le visage du meurtrier lui ayant été révélé dès sa première confrontation à travers une illusion d’optique astucieuse. Quelques années plus tard, Brian De Palma également obsédé par le classique d’Antonioni en reprendra le motif mais par le son et dans une intrigue jouant plutôt de la paranoïa post Watergate dans Blow Out (1981). Dario Argento va lui pousser les archétypes du giallo dans leur derniers retranchement pour faire de son Profondo Rosso une apogée indépassable à la manière de Leone pour le western spaghetti dans Il était une fois dans l’Ouest. Le réalisateur avait déjà pris ses distances avec le genre en signant le film historique Cinq jour à Milan (1973) et Les Frissons de l’angoisse tout en obéissant aux codes du giallo annonce les écarts à venir de Suspiria (1977) ou Inferno (1980). Le surnaturel s’invite ainsi avec le personnage de médium Helga Ullmann (Macha Méril) dont la démonstration est interrompue par la présence d’un esprit maléfique dans l’assistance. Elle identifiera ainsi le meurtrier et signera sa perte puisqu’il la traquera jusque chez elle pour la tuer sauvagement. Si le fantastique ne surgira plus aussi ouvertement durant e reste du film, tout dans son atmosphère le suggère.


   



Les instants qui précèdent les meurtres sont ainsi des merveilles de montée d’angoisse jouant toujours d’un niveau rationnel et plus étrange. Argento s’inspire à nouveau de son mentor Leone en usant de la ritournelle musicale pour signaler la montée des instincts criminels. Dans Et pour quelques dollars de plus, le tic-tac d’une montre et une comptine mettait Gian Maria Volonté en condition avant d’abattre un adversaire et réveillait le désir de vengeance du Colonel Mortimer (Lee Van Cleef) et dans Il était une fois dans l’Ouest chaque thème constituait presque l’élément de caractérisation majeur de chacun tous les personnages. La mort s’annonce donc avec cette comptine instrumentale qu’entendent les victimes avant d’être trucidées. 



               

Dans sa mise en scène, Argento use de cadrage en amorce dont on ne sait s’il constitue une vision subjective ou non du tueur, brisée par des zooms agressifs lors de l’imminence d’avant que le thème frénétique des Goblins annoncent l’irruption et les meurtres sauvages du tueur. Toute la sophistication des prémisses (y compris quand Argento filme les objets fétiches du tueur) et contredite par la brutalité des assassinats tous bien corsés entre coups de machette, ébouillantement et décapitations dépeintes dans le détail. Argento aura réussi à créer un climat de paranoïa et d’insécurité par sa mise en scène mais aussi la caractérisation de son héros. Les scènes de badinage amusé entre Daria Nicolodi et David Hemmings semblent anodines mais place constamment ce dernier en position d’infériorité. 


                


Daria Nicolodi le domine en perspicacité, au bras de fer et Hemmings est même ridiculisé lorsqu’un siège défaillant le fait apparaitre minuscule à côté de sa partenaire en voiture. Des détails fortuits mais qui contribuent à renforcer le sentiment de danger, notamment la scène où le tueur pénètre dans l’appartement d’Hemmings et où la vulnérabilité du héros s’ajoute à tous les éléments de mise en scène précédemment cité. Les lignes de basse des Goblins semblent aussi créer un écho dans les espaces déserts (la ville de Turin et ses environnements irréels, l’intérieur de la villa ou l’école) qui distillant cette peur indicible. A cela s’ajoute des personnages étranges, sans importance dans le récit mais qui ajoute à ce sentiment tel cette petite fille adepte de la torture d’animaux. Source et suite : http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2014/10/les-frissons-de-langoisse-profondo.html


                

Jennifer Corvino, fille d'un célèbre acteur américain, est envoyée par son père en Suisse, dans un pensionnat de jeunes filles de bonne famille, pour poursuivre ses études et recevoir la meilleure éducation. Quelques mois auparavant, une jeune touriste qui avait raté son bus sur une route de montagne avait été sauvagement assassinée. Ce meurtre marquait le début d'une série de disparitions de jeunes filles dans la région. La police a pour seul indice une tête coupée occupée par des larves en tous genres.
PHENOMENA marque le retour de Dario Argento au surnaturel, genre qu'il avait un temps abandonné lorsqu'il a tourné TENEBRES. Ici, il met en scène une toute jeune actrice, Jennifer Connely, dont c'est le second rôle au cinéma. Et pour cause, elle n'a qu'une douzaine d'années à l'époque, et vient de finir IL ETAIT UNE FOIS L'AMERIQUE de Sergio Leone. C'est d'ailleurs celui-ci qui a conseillé à Argento de rencontrer cette étonnante enfant, dont le talent promettait déjà une belle carrière cinématographique. Autant dire qu'il a eu le nez creux, puisque non seulement la jeune fille est d'une beauté troublante, mais elle joue merveilleusement bien. Elle fait preuve dans PHENOMENA d'un caractère bien trempé, assorti d'une incroyable sensibilité à l'égard des personnages qui ne lui sont pas hostiles, à savoir l'entomologiste et les insectes. Loin de l'univers de SUSPIRIA, chef-d'œuvre incontesté de Argento, on peut toutefois noter dans PHENOMENA, dès les premières minutes du film, quand apparaît le personnage de Jennifer, une similitude avec le film précité qui nous fait redouter un remake : la jeune américaine, fraîchement débarquée, qui arrive au pensionnat de jeunes filles, grande bâtisse isolée au milieu d'une inquiétante forêt, et qui va être confrontée dès sa première nuit à d'horribles évènements. Un postulat qui emprunte beaucoup à la trame de SUSPIRIA. Pourtant, la comparaison s'arrête là, puisque PHENOMENA est traité tout à fait différemment. 


   

D'abord, on ne s'attarde pas ici sur les meurtres dont le premier, connaissant l'œuvre du Maître du Giallo, apparaît bien sobrement traité, même si le verre s'abattant sur le visage de la jeune fille est très impressionnant. Au passage, il est à noter que cette scène souffre d'une image granuleuse, ce qui est peut-être dû aux effets spéciaux et au ralenti employé puisque la version américaine souffre du même défaut. Cette jolie jeune fille en fleurs, qui ne fera qu'une brève apparition ici, n'est autre que la fille aînée de Argento, qui n'hésite décidément pas à faire subir à ses filles les pires sévices ! Tant qu'on parle de sa famille, notons aussi la voix du petit garçon, le fils de Mrs Bruckner, qui n'est autre que celle de Asia ArgentoPHENOMENA est aussi différent dans le traitement de l'image, où l'on retrouve un peu de l'univers cher à Jacques Tourneur, qui avait entre autres tourné LA FELINE. En effet, ici, les extérieurs sont tout aussi inquiétants, les jeux d'ombre et de lumière admirablement maîtrisés, donnant une dimension extrêmement inquiétante au pensionnat et à la forêt qui l'entoure. 


                

On sent le danger partout, dans le bruissement des feuilles d'arbres, dont les branches semblent vouloir happer l'imprudent promeneur, et ce vent, le Foehn, rajoute à cette sensation de malaise. Seuls les insectes apaisent le spectateur dans ces moments-là, ce qui est un paradoxe quand on sait la répulsion qu'ils provoquent généralement. Une fois de plus, Argento nous livre à nos craintes enfantines. Ici celle de se retrouver seul au cœur de la nuit noire, dans une forêt hostile où les craquements, les ombres, les formes sont autant d'éléments terrifiants qui nous poursuivent toute notre vie. Ainsi est-on véritablement effrayé lorsque Jennifer, puis Sophie, se retrouvent dehors en pleine nuit, à la merci du monstre qui rôde, qu'il soit croquemitaine, loup, ogre ou… psychopathe.


               


Le cauchemar cher à l'univers imaginé par Argento, retrouve ici une place importante, puisque Jennifer souffre de crises de somnambulisme. Pendant sa première crise, elle voit le meurtre d'une jeune fille, avant de se retrouver totalement apathique et amnésique sur une route où elle se fait presque renverser. Entre-temps, elle aura traversé, en rêve, un couloir interminable, d'une blancheur éclatante, où des portes noires seront autant de menaces potentielles. Reprenant peu à peu conscience, elle voit autour d'elle des maisons qui la surplombent de manière inquiétante, et dont la surexposition lumineuse rappellent qu'on est encore dans l'irréalité de ce qu'elle vient de vivre. La blancheur éblouissante est une constante qu'on avait déjà remarquée dans TENEBRES. Ici, Jennifer est toujours vêtue de blanc, à l'instar d'une jeune vierge que guettent d'innommables dangers. La noirceur qui lui est systématiquement opposée traduit bien cette idée. Source et suite : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=164

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